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A FONDS PERDUS «La Corrèze avant le Zambèze»

8 juin 2010

Contributions


Le sommet «politique» de l’Union pour la Méditerranée, prévu pour aujourd’hui, mardi 8 juin, à Barcelone est finalement repoussé à novembre prochain. Dans cette perspective, la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen a rendu public, le 20 mai dernier, un rapport préparé sous la direction du député socialiste français, Vincent Peillon.


Le document comporte principalement une proposition de résolution du Parlement européen demandant «aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’UPM de tout mettre en œuvre pour faire de ce rendez-vous, après deux années difficiles, une réussite pour la mise en route des institutions de l’UPM et la mise en œuvre des grands projets et progresser dans tous les chapitres de la coopération euro-méditerranéenne ». En réalité, le texte dresse un sévère bilan d’un projet qui semble être mort-né. L’Europe a ouvert les yeux sur son voisinage méridional après avoir accompli la tâche historique de réunification du continent par son élargissement à l’Est. Cette ouverture ne suffit cependant pas à construire un ensemble homogène, en dépit de la proximité géographique. En effet, depuis son lancement par le sommet de Paris pour la Méditerranée, tenu à Paris le 13 juillet 2008, le projet semble faire du surplace. Il faut dire que la France n’a pas les moyens (notamment financiers) de ses ambitions et se trouve sans cesse reléguée dans le peloton de tête, l’Allemagne fait cavalier seul et affirme un nouveau leadership, les économies de la rive Sud (à l’exception de l’Italie) sont en faillite, les déficits publics se creusent, tout semble inverser les rôles : c’est l’Europe qui a besoin des pays de la rive Sud, notamment pétroliers, et non le contraire, alors que de nouveaux partenaires plus propices au partage frappent à leurs portes. La crise aidant, les deux innovations majeures de l’UPM — l’une institutionnelle (coprésidence, comité conjoint permanent, secrétariat de l’UPM), l’autre opérationnelle (projets intégrateurs) —, devant fonctionner de manière efficace et transparente avec pour souci opératoire «de ne pas multiplier ni superposer les instruments politiques et les niveaux institutionnels déjà existants», ces deux innovations sont donc restées lettre morte. C’est pourquoi, «l’Europe perd progressivement son influence culturelle auprès de ses partenaires méditerranéens», alors que les disparités entre les Etats membres de l’Union européenne et les pays tiers méditerranéens se font croissantes et les difficultés structurelles «préoccupantes». Le sommet de Paris avait arrêté six grands secteurs stratégiques horizontaux : la protection civile, les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres, la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire méditerranéen, l’Initiative pour l’expansion des affaires en Méditerranée et l’université euro-méditerranéenne. Aucune de ces priorités inscrites au projet initial, pourtant largement consensuelles, n’a progressé d’un iota du fait de l’action de l’UPM. Le peu qui a été retenu n’a pas été suivi d’effet. Or, comme le rappelle le Parlement européen, les aspects socio-économiques, commerciaux et énergétiques, tels que les investissements directs étrangers, l’emploi, l’efficacité énergétique, l’économie informelle ou la réduction de la pauvreté, avaient également été négligés dans la déclaration de Paris. Plus fondamentalement, en termes de démarche, pour le Parlement européen, la création de l’UPM, n’a pas comblé «l’absence de définition claire de la politique méditerranéenne de l’UE et de vision stratégique à long terme pour le développement et la stabilisation de la région». Constatant que les échanges Sud-Sud ne représentant que 6 % des échanges commerciaux, il rappelle l’intérêt de ces pays à intensifier leurs relations et leurs échanges afin de constituer un «pôle économique uni, fort et attractif» pour les investisseurs, à même de défendre les intérêts de la région et de valoriser son développement – ce qui «générerait de véritables bénéfices pour les citoyens et améliorerait le climat politique dans la région». «La Corrèze avant le Zambèze», disaient les ultras français dans les années 1960. Sans Maghreb, le gain escompté des accords avec l’UE est pratiquement nul. Dix ans de partenariat n’ont fait qu’accroître le fossé des revenus entre pays de l’UE et nations du pourtour méditerranéen et les PIB des pays du Sud atteignent à peine 18% de ceux des Etats des Vingt-Cinq. Par ailleurs, le coût du «non Maghreb» — évalué par le FMI à un précieux point de croissance annuelle du PIB (le Premier ministre tunisien Ghennouchi l’évalue même à deux points) – condamne les pays de l’UMA au rapprochement économique, quels que soient leurs intérêts «tribaux» du moment (dixit Aït Ahmed). Après le bilan, viennent les propositions croisées de trois commissions compétentes. Revenant sur «un lancement controversé et deux années successives de relatif blocage» et souhaitant apporter sa contribution à la réussite de ce sommet, «déterminant pour l’avenir de l’UPM», le Parlement européen interpelle le deuxième sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UPM, qui se tiendra en juin 2010 à Barcelone» sur quatre grandes lignes directrices : primo, bâtir l’UPM sur les acquis de Barcelone (donc veiller à suivre une logique communautaire) ; secundo, avancer concrètement vers des coopérations sectorielles et multilatérales en dépit des tensions politiques et les conflits régionaux en Méditerranée ; tertio, assurer un fonctionnement efficace, démocratique et transparent des deux innovations structurelles — institutionnelle (coprésidence, secrétariat, comité des hauts fonctionnaires) et opérationnelle (projets intégrateurs) ; quatro, garantir les financements nécessaires. Le troisième point lui semble particulièrement important : «En vue du sommet de Barcelone, il faudra avancer dans la définition de l’architecture institutionnelle et fonctionnelle de l’UPM en veillant au respect des exigences d’efficacité et de transparence, et notamment clarifier les critères de décision, de financement et de mise en œuvre des grands projets (…) Le secrétariat général est appelé à devenir la cheville ouvrière du dispositif. Son efficacité dépendra de la capacité de son personnel à travailler de manière indépendante». Pour sa part, l’Allemagne dont le Parlement adoptait, le 21 mai dernier, une loi qui l’engage à consacrer jusqu’à 148 milliards d’euros pour soutenir, par des prêts et des garanties, les membres de la zone euro qui ne parviendraient plus à lever des fonds sur les marchés à des taux acceptables, cette Allemagne-là ne semble pas prête à consentir un traître kopek pour un projet généralement vu comme étant destiné à assouvir des envies de puissance (perdue) et à élargir l’influence française en Méditerranée. L’avis de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (son rapporteur est Niki Tzavela), avis joint à la proposition de résolution de la Commission des affaires étrangères, compétente au fond, est beaucoup plus pratique : sécurité énergétique oblige, elle soutient la promotion des interconnexions trans/euro-méditeranéennes dans les secteurs de l’électricité, du gaz et du pétrole et appuie « le développement d’un corridor gazier méridional. De même qu’elle réclame un soutien «énergique » du plan solaire méditerranéen visant à accroître le recours à l’énergie solaire et à d’autres sources d’énergie renouvelable pour produire de l’électricité, avec un objectif ambitieux de 20 GW de capacité supplémentaire installée d’ici à 2020 et à permettre une économie d’énergie de 20 % dans le Bassin méditerranéen. L’avis de la Commission du commerce international, dont le rapporteur est Marielle De Sarnez, réaffirme l’importance d’une zone Euromed de libre-échange qui contribue «de façon significative » à la paix, à la prospérité et à la sécurité dans l’ensemble de la région, et à une plus grande intégration économique et territoriale privilégiant la croissance économique de la région». Elle demande que les négociations sur la zone de libre-échange se poursuivent « de manière concertée et graduelle », dans le cadre d’un partenariat «rationnel et prévisible reflétant les réalités socioéconomiques de chacun des pays ». Il est enfin souhaité que les accords d’association soient révisés «en tenant compte des besoins nouveaux liés à la crise financière, économique et sociale, et aux crises alimentaires et énergétiques » — l’un des objectifs principaux de la création d’une zone euro-méditerranéenne de libre-échange devant rester celui d’un commerce au service du développement et de la réduction de la pauvreté».
Amen.

Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/06/08/article.php?sid=101278&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “A FONDS PERDUS «La Corrèze avant le Zambèze»”

  1. Mutuelle Dit :

    Superbe travail, je vous remercie pour votre aide, et notez dans un 1er temps que je « plussoie » moi aussi entièrement votre positon ! J’insiste, oui votre article est vraiment bon, je reviendrai régulièrement vous lire… Je vais avoir besoin d’un peu de temps pour réfléchir à tout ça.

  2. Mutuelle Dit :

    Reunion trés important pour des décisions clés. Que le climat politique s’améliore dans la région est important et nécessaire pour le bon déroulement des projets.

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