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Peur nationale de retomber dans une tasse de café sans sucre par Kamel Daoud

31 mai 2010

Contributions

Rien. Grand, rond, large comme une place publique individuelle ou un atterrissage sur la lune pendant la sieste de l’humanité. Rien à commenter aujourd’hui, sauf encore les deux équipes, celle de Bouteflika et celle de Saâdane.

Et là aussi, tout a été dit, par l’observateur théorique de Princeton et par la plus vieille aïeule encore disponible au toucher sur l’arbre de la généalogie. «A-t-on une chance de passer au 2ème tour ?» disent les Algériens aux Algériens. Pas de réponse. A chaque fois qu’un Algérien pose cette même question à un même autre que lui-même, il a le même visage : un sourire forcé, des yeux qui implorent l’irrationnel, un soupçon de faux humour, un ricanement sous forme d’un collier de perle, et un double battement du cœur qui ressemble à une marche ratée pendant le sommeil. Les Algériens sont en train de négocier, collectivement, le dernier rêve collectif depuis celui de l’Indépendance : ils ne veulent pas «retomber» dans le même pays qu’un ballon leur a fait quitter dans une sorte de flash musculaire d’étoiles et de sueurs. D’ailleurs, vous devez sûrement la ressentir, la peur. Celle de sortir du Mondial à quatre pattes, de revenir vers l’Algérie cachés dans des souliers ou des soutes à bagage et de faire rire les Egyptiens assis sur des pyramides douloureuses depuis quelque temps.

Donc finalement, il y a quelque chose à commenter en y enroulant son délire verbal comme un turban sur une tête baissée : la peur. Les Algériens ont désormais peur : pas de perdre les 285 milliards de dollars qu’ils savent déjà perdus, mais de perdre la « face » : ce versant caché de tout visage. De revenir bredouilles vers la même case nationale avec l’enthousiasme de 1962 en moins et l’enfermement des paliers d’immeubles en plus. La grosse peur en pendentif au bas du cœur collectif d’avoir succombé à la nostalgie et à l’illusion du retour des années où nous étions capables de toucher la lune avec notre nez. Car finalement, tout le monde veut ce même passé comme écrit il y a des jours : Bouteflika veut être Boumediene, les opposants veulent réveiller les martyrs pour les interroger et nous que voulons-nous ? Revenir à 82 et lifter Belloumi et Madjer et leur redonner notre jeunesse pour qu’ils puissent nous rappeler la nôtre même si nous n’étions pas encore nés. Et c’est cela qui nous terrifie : que ferons-nous de juin, juillet et jusqu’en l’an 2057 si on ne gagne pas ? De quoi allons-nous nous occuper ? Quoi faire de notre nationalité et de nos papiers même biométriques ? Comment renouer avec la joie après être passé si près à côté d’elle et comment supporter la routine de tout un pays longtemps résumé à un jerrican d’essence avec un drapeau ?

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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