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LETTRE DE PROVINCE Le foot pour l’oubli, Djaout pour mémoire

29 mai 2010

Contributions


… Encore heureux qu’il restera bientôt le football afin d’évacuer les mécontentements et le scepticisme. Une merveilleuse échappatoire à tout ce qui constitue, jusque-là, notre lot de malheurs. Qu’importe l’issue du galop, de vendredi soir, face aux Irlandais. Il n’était qu’une répétition générale

d’où il ne faut, surtout pas, tirer la moindre conclusion. Le vrai, c’est-à-dire le meilleur, reste à venir tant il est rare de se retrouver au pinacle de cet œcuménisme du sport. Une grandiose élection dont nous fûmes longtemps privés et qui relève votre statut de nation… parmi les nations. C’est que l’onction du football ignore et se fiche pas mal, d’ailleurs, des droits de l’homme et de la misère des peuples. Il est une messe médiatique qui se mêle rarement de ces sujets au nom de la neutralité. Et c’est ainsi que l’on a beau être natif et natal d’Alger ou de Yaoundé, l’on se sent l’égal de ce vis-à-vis ayant grandi en Californie ou du côté de Manchester. Une égalité factice de statuts qui, évidemment, ne dure qu’au mois ou, peut-être, seulement quelques jours. Le temps d’être défait après trois rencontres et de retourner à la patrie clochardisée où la liberté est rare et la pauvreté visible partout.
… Encore heureux donc que l’an 2010 coïncide avec ce jubilé de stades et que nous y soyons de la fête. Une consolation éphémère qui ressemble à une rustine cachant un échec global et à un cautère incapable de soigner des douleurs anciennes. Parmi celles-ci il y a justement le souvenir de l’assassinat du romancier Tahar Djaout à qui un colloque vient de lui être consacré. Or, comment parler du rayonnement de l’œuvre inachevée de cet écrivain sans évoquer une certaine engeance des «lettres» qui l’avait poursuivi de ses critiques au-delà de sa mort ? De tous les contempteurs de l’écrivain qui avaient cru «expliquer» son assassinat, en 1993, à travers des grilles idéologiques, le plus féroce fut certainement le «nauséeux» Tahar Ouettar, comme le qualifie au détour d’une phrase Abdelkrim Djaâd. Secrétaire général du cénacle d’El Djahidia après avoir été apparatchik du parti unique et écrivain officiel du pouvoir, il se rendit tristement célèbre en tenant des propos indécents sur les raisons de l’attentat qui a coûté la vie à l’auteur des Vigiles. Sans la moindre trace de retenue ou de compassion, il se comporta comme un fasciste épurateur à qui même le meurtre d’un poète se conçoit comme un moyen. Des années plus tard (novembre 2002), ce graphomane, à l’infidélité intellectuelle notoire et aux reniements dans le compagnonnage devenus légendaires, récidivait. Rien, pas un seul mot ni même une virgule n’étaient venus nuancer les jugements odieux qu’il eut à proférer à chaud. C’est-à-dire à l’annonce de l’attentat du 25 mai 1993. Dans sa quête inquiète d’une nouvelle notoriété littéraire, il persista dans la provocation. Feu Saïd Mekbel, également assassiné en décembre 1994, ne faisait-il pas allusion aux perfides exégètes, semblables à Tahar Ouettar, qui fournissaient des justifications éthiques à de tels meurtres ? – « … Qu’est-ce qu’ils avaient déjà dit pour Tahar Djaout ? Que sa plume était méchante et qu’elle faisait beaucoup de dégâts», écrivait-il dans le dernier numéro (ou l’avant-dernier probablement) de la revue Rupture en juin 1993. C’était justement le sens de la campagne qu’a orchestrée le pontife d’El Djahidia. Reprochant ainsi à la victime d’avoir été provocateur dans ses écrits. «Il en a fait des ennemis (allusion aux islamistes) d’autant qu’avec Mimouni, Djaout avait un penchant pour la France», déclarait-il. Et d’ajouter odieusement que «la mort de Djaout n’est pas une perte pour l’Algérie, seulement mais pour la France aussi. De toute façon Djaout, Mimouni et tous les autres n’avaient aucun enracinement réel dans la société algérienne parce que écrivant en français et obéissant à des attentes éditoriales extra algériennes. » Par l’attitude sectaire qui est la sienne, Ouettar n’était finalement qu’un crypto-islamiste qui a longtemps caché ses préférences en agissant sous le couvert de la pensée progressiste. Lui qui, sciemment, associe la langue arabe à la prédication religieuse, voire à l’imprécation des islamistes, continue à prétendre que dans tout francophone algérien sommeille un «étranger». Ce fondamentaliste de la pensée unique, plutôt redevable aux mécènes du Golfe (il vient d’ailleurs d’être distingué aux Emirats arabes) qu’à ses lecteurs autochtones, n’a jamais cessé de crier au complot contre la langue en désignant les intellectuels d’expression française à la vindicte. Djaout est justement une de ses victimes la plus emblématique. Son acharnement a déjà fait date mais de la manière la plus déshonorante pour ce scribe crépusculaire.

Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/29/article.php?sid=100775&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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