RSS

LITTÉRATURE 2010, les 40 ans du polar algérien

27 mai 2010

Non classé

Le polar algérien célèbre cette année ses 40 ans. Si le plus connu des romanciers de ce genre reste Yasmina Khadra, l’histoire du polar algérien a commencé bien avant lui.
En 1970, la Société nationale d’édition et de diffusion (Sned)

— la maison d’édition nationale algérienne de l’époque — publie quatre romans d’espionnage de Youcef Khader : Délivrez la fidayia, Halte au plan terreur, Pas de Phantoms pour Tel-Aviv et La Vengeance passe par Ghaza. Deux autres volumes de la série suivent en 1972 : Les Bourreaux meurent aussi… et Quand les Panthères attaquent… 4. Une année plus tard, en 1973, paraît le roman d’espionnage, D. contre-attaque de Abdelaziz Lamrani, suivi par Piège à Tel-Aviv, en 1980 (1). A partir de l’année 1973, d’autres écrivains viendront tester le genre. Il s’agit d’Assia – on ignore le nom –, Larbi Abahri et Zehira Houfani Berfas. Mais c’est surtout Djamel Dib qui se distinguera en 1986 par deux polars à succès : La Résurrection d’Antar et La Saga des djinns. Selon la chercheuse autrichienne en littérature, Beate Burtscher-Bechter, «dans l’évolution du roman policier algérien, Djamel Dib doit être considéré comme l’auteur le plus important et le plus intéressant depuis Youcef Khader»(2). Une autre expérience sera tentée par Salim Aïssa qui publie entre 1987 et 1988 Mimouna et Adèle s’emmêlent puis en 1989 Rabah Zeghouda publie, pour sa part, Double Djo pour une muette. Une dernière entreprise sera initiée par Mohamed Benayat en 1991 avec Fredy la rafale dont l’histoire se déroule en 1961, au temps de l’Algérie coloniale. Des maquisards algériens chargeront Fredy la Rafale, un français, de tuer à Paris, Bouledogue, un policier français extrêmement cruel et injuste envers les Algériens en lutte pour l’indépendance de leur pays. Bien sûr, toutes ces premières expériences n’ont pas réussi à installer le polar en tant que genre confirmé dans la littérature algérienne en ce sens où elles sont éphémères et discontinues. Et c’est sans doute la raison pour laquelle les personnages de ces polars ont eu du mal à survivre dans l’imaginaire du lecteur algérien. Celui-ci se souvient davantage de l’inspecteur Tahar et de son apprenti — série télévisée des années 1970 — que de SM 15 de Youcef Khader et des inspecteurs Sid Goumani de Rabah Zeghouda, Antar de Djamel Dib ou Adel de Salim Aïssa.
SM 15, premier enquêteur
Le peu d’ancrage qu’a connu le polar en Algérie dans les années 1970 et au début des années 1980 s’explique par la réalité sociologique du pays. Rachid Boudjedra, interviewé en 1987 par le journal Horizons, fournit une excellente explication.
(Extrait de l’entretien) :
« – Horizons: Comment expliquez-vous l’absence de cette tradition [celle du roman policier] chez nous ?
- Rachid Boudjedra : tout simplement parce qu’il n’y a pas du tout de tradition du crime chez nous. La société algérienne est une société rurale. Cela fait à peine 15 ans qu’elle commence à s’urbaniser. Dans cette société rurale, le crime paysan existe, mais il n’y a presque jamais d’enquête, car ce crime-là est toujours camouflé. Ou alors, c’est un crime en plein jour consécutif à une vengeance, à une sorte de vendetta. Le silence du village légifère sur la justesse d’un tel acte». (3)
Les problèmes liés à l’urbanité n’ont commencé, en effet, à apparaître qu’au milieu des années 1980 et particulièrement après 1986, année du second choc pétrolier et la baisse des recettes en Algérie. La société étant livrée à elle-même les trafics et les crimes ne tarderont pas à se multiplier avant de laisser carrément la place au terrorisme armé dont les origines sont multiples : idéologiques, économiques et sociales. Partant de ce contexte nouveau, l’histoire véhiculée par le polar pouvait avoir un sens plus concret et c’est à ce moment précis qu’arrive celui qui donnera une meilleure assise au genre algérien : Yasmina Khadra. Yasmina Khadra publie son premier polar en 1990. Intitulé Le dingue au bistouri, celui-ci paraît sous la signature du Commissaire Llob, personnage central du roman et de tous les polars de Khadra. A ce moment-là Yasmina Khadra n’était pas encore connu comme personnalité publique. Il était militaire de fonction au sein de l’armée algérienne. Ce premier polar sera suivi, en 1993, de La foire des enfoirés puis, à un rythme discontinu, de Morituri en 1997, L’automne des chimères et Double blanc en 1998 et de La part du morten 2004. «En regard des autres romans policiers algériens, les romans de Yasmina Khadra n’innovent que très peu en ce qui concerne la forme, mais ceux-ci convainquent par leur structure rigoureuse, leur action compacte, leur tension ininterrompue et leur unité sérielle. De plus, l’auteur réussit à donner de nouvelles impulsions au genre en Algérie, impulsions qui résultent surtout des remarques courtes mais frappantes, des dialogues humoristiques et agressifs, des constatations inattendues et directes du protagoniste des romans, le Commissaire Llob, mais aussi de l’utilisation de l’ironie et de l’humour comme de la critique de la vie sociale et du système politique». (4) Le commissaire Llob suit l’affaire : les polars de Yasmina Khadra ont la forme de toile d’araignée sur laquelle la réalité algérienne profonde vient échouer. Car il y a quelque chose qui va au-delà de l’histoire policière racontée et jamais aucune œuvre du même genre n’a su rendre compte de la réalité algérienne. A chaque fois le commissaire Llob est appelé à dénouer les intrigues. Et globalement toutes les histoires des polars de Khadra se passent à Alger, la capitale, pour s’étendre parfois à l’arrière-pays. Alger symbolise, en fait, le centre du pouvoir politique et économique et offre, par ailleurs, le meilleur cadre pour la problématique urbaine. Du reste, «Y. Khadra respecte l’un des critères du genre : la série. Comme San Antonio et d’autres romanciers du polar, c’est la continuité au niveau du style, de la structure, du lieu de l’action (Alger), des personnages récurrents (Llob, Lino, Le dirlo, la secrétaire…). » (5) En 2008, les Editions Gallimard ont publié en un seul volume, Le quatuor algérien, les quatre derniers polars de Yasmina Khadra : La part du mort, Morituri, Double blanc et L’automne des chimères. Ce recueil ne comprend pas les premiers polars de l’écrivain : Le dingue au bistouri et La foire des enfoirés… Une autre remarque s’applique à l’auteur lui-même. Yasmina Khadra a inventé le personnage du commissaire Llob dans Le dingue au bistouri et trouve la mort dans L’automne des chimères, son quatrième polar. Or, l’écrivain ressuscitera son personnage fétiche dans Double blanc, paru juste après… De notre point de vue ceci s’explique par le fait qu’à partir de 1997, Yasmina Khadra a commencé à publier en France et le succès de ses polars Morituri et L’automne des chimères a entraîné une demande d’une suite de la part des lecteurs français et c’est pour cette raison —probablement — que Khadra a re-convoqué Llob pour d’autres enquêtes. Ceci étant dit, il y a lieu de dire que cette scissure dans la série Llob a dérouté le lecteur ayant lu les premiers polars de Khadra, en l’occurrence le lecteur algérien. Du côté de l’écrivain, le retour inattendu de Llob a une explication plutôt affective. Dans la préface du Quatuor algérien Khadra écrit : «Lorsque, en 2001, j’étais passé de l’écrivain «encensé» au «scribouillard sulfureux », lorsque mon téléphone avait cessé de sonner, lorsque tous mes amis s’étaient dérobés devant les «anathèmes et les sortilèges» qui me ciblaient, lorsque les fossoyeurs s’étaient apprêtés à jeter de la terre sur mes rêves d’enfant, Brahim Llob me rejoignit sans une seconde d’hésitation, déterminé à vendre cher notre peau. Il fut tout simplement admirable de patience et de présence d’esprit. C’est lui qui m’a appris cette autre vérité : pour triompher des mauvaises passes, il est impératif de rester soi-même, le véritable port d’attache d’un homme étant le respect de soi. Sacré poulet !» (6). On le voit bien, le retour du commissaire Llob est une nécessité pour Yasmina Khadra. Mais il l’est aussi pour le polar algérien en tant que genre aujourd’hui adulte. Aux côtés des commissaires et inspecteurs de polars qui l’ont précédé, le commissaire Llob a démontré qu’on ne peut pas s’en passer comme ça d’enquêteurs intègres pour qui la justice et le souci de vérité priment sur tout. Surtout pas aujourd’hui que des renforts arrivent. Les jeunes écrivains-journalistes algériens Yassir Benmiloud, dit Y. B., et Adlène Meddi lancent à la rescousse de Lob leurs propres détectives : Le commissaire Krim (2008) pour le premier et Djo, dans La prière du mort (2010), pour le second. Par leurs initiatives, ils viennent de marquer noblement le quarantième anniversaire du polar algérien !
Hakim Amara
(1) Beate Burtscher-Bechter, Naissance et enracinement du roman policier en Algérie, in Algérie Littérature Action.
(2) Op ; cit.
(3) Claudia Canu, «Le roman policier en Algérie: le cas de Yasmina Khadra» in Francofonía, n° 16, 2007, Espagne.
(4) Beate Burtscher-Bechter, Naissance et enracinement du roman policier en Algérie, in Algérie Littérature Action.
(5) Mohamed Boudjaja, «La pratique intertextuelle dans le polar de Yasmina Khadra», in Seynergies Algérie, n° 04, 2009.
(6) Yasmina Khadra, Le quatuor algérien, Editions Gallimard, 2008.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/27/article.php?sid=100724&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

S'abonner

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Les commentaires sont fermés.

Académie Renée Vivien |
faffoo |
little voice |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | alacroiseedesarts
| Sud
| éditer livre, agent littéra...