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Bouchareb, football et dérives chauvines Par Hassane Zerrouky

27 mai 2010

Contributions


Y a-t-il un rapport de cause à effet entre, d’une part, le projet de loi de criminalisation du colonialisme et le film Hors-la-loi et, d’autre part, la non-sélection de Karim Benzema et Samir Nasri pour le Mondial sud-africain ? Aucun. Pourtant, à lire certains journaux — pas tous heureusement — les deux joueurs n’ont pas été convoqués par Raymond Domenech pour des raisons extra-sportives. Le fait qu’ils soient d’origine algérienne aurait plaidé en leur défaveur… Par contre, il y a beaucoup à dire sur la polémique ayant entouré le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb.


Ce n’est pas tant la manifestation d’une poignée de nostalgiques de l’Algérie française qui fait problème mais cette résurgence glorificatrice du passé colonial de la France dans le débat politique français. Et ce, depuis que le gouvernement de Nicolas Sarkozy a entrepris de réhabiliter cette page sombre de l’histoire de France. En fait, cette entreprise ne date pas d’aujourd’hui. C’est en 1983, à la suite du livre de Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc, suivi d’un colloque sur le thème «Le tiers-mondisme en question» organisé par la fondation Liberté sans frontières, qu’on a assisté à toute une campagne de dénonciation de ces Français progressistes accusés de faire dans l’autoculpabilisation, la haine de soi, à propos du passé colonial de la France et des rapports entre pays riches et pays pauvres. La suite est connue : tous les nostalgiques de la colonisation se sont engouffrés dans la voie ouverte par Bruckner et ses amis. Ce dernier ne s’est pas arrêté en si bon chemin puisqu’il a fait partie, avec Alain Filkinkraut et André Gluksman, de ces intellectuels français qui ont soutenu l’invasion de l’Irak par Bush en mars 2003! On sait ce que cela a donné ! Ces débats provoqués par Bruckner et ses amis, qui ont permis à la droite française de rebondir, de n’avoir plus aucun complexe sur le passé colonial français, ont pris un tour beaucoup plus officiel, voire institutionnel, depuis l’adoption de la fameuse loi de février 2005 sur les «aspects positifs» de la colonisation. Ce qui relevait encore de l’interdit — l’OAS — et du négationnisme, est en train d’être réhabilité puisque des stèles et des monuments ont été inaugurés à la mémoire des tueurs de cette organisation qui n’avaient pas hésité, à deux reprises au moins, à tenter d’assassiner le général de Gaulle en personne ! Dès lors, quoi d’étonnant à cette montée au créneau d’élus de l’UMP (parti au pouvoir) et de l’extrême-droite à propos du film de Bouchareb, qu’ils n’ont d’ailleurs pas vu ! Cela étant, si en France, on se refuse à regarder le passé en face, chez nous en Algérie, la polémique soulevée par le livre de Saïd Sadi sur Amirouche relève de la même vision, de cette instrumentalisation de l’histoire par les politiques à des fins de pouvoir. Dans un entretien au Monde, Mohamed Harbi indiquait, à juste titre, que «l’histoire est sous surveillance » depuis l’indépendance du pays alors que les historiens sont contraints à l’autocensure. Assurant que c’est aux historiens qu’il revient de «dépouiller les relations entre les deux pays des interprétations nationalistes chauvines et ne pas craindre la vérité, si cruelle fût-elle». Bien plus, on déplore ou on dénonce le refus des Français d’ouvrir les archives concernant la guerre de Libération nationale alors que chez nous, comme le souligne Mohamed Harbi, «on omet de dire que les archives disponibles en Algérie sont sous scellés !» Pour finir : plus inquiétante est la tournure que prend le débat actuel concernant les rapports de l’Algérie avec la France à propos de tout et de n’importe quoi ! Ce débat, où la passion l’emporte sur la raison, risque de prendre une tournure franchement chauvine, pourfendant tout ce qui est français, alors que l’heure devrait être à l’apaisement. Par exemple, on monte en épingle une histoire de footballeurs d’origine algérienne non sélectionnés en équipe de France, alors qu’en France l’équipe nationale algérienne suscite une extraordinaire sympathie parmi les Français. On médiatise la levée de boucliers des nostalgiques de l’Algérie française et des harkis, alors que le film de Bouchareb va faire un tabac ! Comme quoi, entre les deux peuples, il existe d’autres rapports, d’autres liens d’amitié et de solidarité que ceux que l’on cherche à exacerber négativement de part et d’autre.
H. Z.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/27/article.php?sid=100738&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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