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63E FESTIVAL DE CANNES «Hors-la-loi»: au nom des Frères…

22 mai 2010

Non classé


22 Mai 2010 – Page : 12
Un film noir pour une cause qui mérite bien son droit au  soleil...

Le réalisateur Rachid Bouchareb a opté pour la synthétisation des faits que la fiction autorise.

Chronique d’une fratrie dépossédée de sa terre en 1925. Cela se passe dans les Hauts-Plateaux du Sétifien. Le père voit débarquer chez lui, le Caïd flanqué de deux représentants de la maréchaussée. Le caïd (Larbi Zekkal), signifie à un paysan (Ahmed Benaïssa) qu’en l’absence de document écrit, la terre appartenait de fait au colon du coin… Cette prolongation, dans les faits, du Senatus Consulte napoléonien va se dérouler sous les yeux de trois enfants (Messaoud, Saïd et Abdelkader)…
1945: la libération de la France du joug nazi. Sous l’air des lampions, les Européens fêtent la victoire. Les Algériens sortent à Sétif pour réclamer la liberté, un jeune scout est en première ligne, un emblème national entre les mains. Et puis tout s’emballe…
Le jeune louveteau sera abattu. S’ensuivra un massacre en règle. L’écran révèle des corps allongés sur les trottoirs. Des exécutions sommaires. Dans la réalité, c’était un mardi, jour de marché. Environ 15.000 personnes étaient parties de la mosquée de la gare, remontant la rue des Etats-Unis pour se diriger vers le centre-ville, rue Georges Clémenceau… Les mains nues, criant à gorges déployées, des slogans pacifiques: «Liberté», «Libérez Messali Hadj», etc.
Derrière les drapeaux des Alliés (de la France), les jeunes scouts étaient au premier rang suivis des porteurs de la gerbe de fleurs, et les militants suivaient juste derrière pour éviter tout débordement de la masse paysanne.
Quand soudain, et pour la première fois, le drapeau algérien faisait son apparition porté par un jeune scout. Ces couleurs nationales firent sortir de ses gonds le service d’ordre colonial. Des policiers se précipitèrent pour s’en emparer.
Le maire (socialiste) de Sétif pressentant le carnage supplie les policiers de ne pas tirer. Trop tard, un inspecteur en civil avait déjà mis en joue le jeune scout. Saâl Bouzid est abattu. Du Café de France d’autres européens tirent à leur tour et c’est le début de la plus grande tragédie à ciel ouvert perpétrée par une autorité coloniale en un laps de temps: 45.000 morts!
Mais Rachid Bouchareb optera pour une synthétisation des faits que, bien entendu la fiction autorise. Six minutes plus tard, l’action se transporte en France où la fratrie se reconstitue tant bien que mal: Saïd (Djamel Debbouze), Abdelkader (Sami Bouadjila) rejoints par le rescapé de la guerre d’Indochine, Messaoud (Roshdy Zem). Abdelkader avait été, en réalité, à l’origine de l’émigration de la famille en France, ayant été déporté, suite aux événements du 8 mai 1945, dans une prison parisienne. Et puisque la fiction autorise les raccourcis pour les besoins de l’histoire, le réalisateur fera «procéder» à la première exécution par guillotine, dans la cour de la prison de la Santé. Abdelkader en a suivi toute la procédure macabre à travers les barreaux de la fenêtre de sa cellule.
Cela l’aguerrira complètement. Il deviendra ce chef FLN qui, patiemment mais sans aucun état d’âme, tissera le réseau de ce qui deviendra par la suite la Wilaya 7 de la Fédération de France du FLN. Messaoud réussira à convaincre Abdelkader de le suivre dans cette aventure révolutionnaire. Mais aura moins de chance avec Saïd, plus intéressé de brûler les étapes pour survivre et plus tard flamber. Il s’alliera au gang corse pour se partager le bitume de Pigalle jusqu’au jour où il accomplira son rêve, ouvrir une salle de boxe…
Entre-temps la guerre est devenue fratricide, FLN et MNA se combattent sans pitié.
Les premiers porteurs de valise apparaissent. Les ellipses se succèdent, Rachid Bouchareb semble pressé de resserrer la toile qu’il a tissée pour mieux enserrer le destin des trois frères… En face, les services secrets français ne sont pas en reste.
Coup pour coup. «La Main Rouge», (ancêtre de l’OAS), fera son apparition en France, en 1957, à l’instigation du colonel Grossin. Ce sera le pendant de l’organisation terroriste créée par des colons extrémistes, en Tunisie, et dont la première victime fut, en 1952, le leader syndicaliste, Ferhat Hached.
Les deux frères sont emportés dans le tourbillon vertigineux de la guerre de Libération; en cours de route ils perdront leur mère, Chafia Boudrâa, étonnamment revêtue d’une coiffe différente, au moins de celle qu’avait Keltoum dans Le Vent des Aurès… Un détail qui brouille une certaine lisibilité de l’époque, celle des années cinquante où le foulard en turban était plus «dicible».
Orphelins de mère aussi, les frères finissent par s’unir, sous le feu de l’ennemi, refusant d’être aussi orphelins de la terre de leurs aïeux… De cette épopée, aux accointances cinématographiques avérées, surtout du côté de John Milius et son «Dillinger»… le cinéaste opta pour cette lumière particulière où l’on perçoit les particules de poussières au gré des halos.
Djamel Debbouze reste le plus naturel dans une interprétation physique qui n’est pas sans rappeler le grand Edward G. Robinson des grands jours. Dans un registre d’une sobriété, presque nippone, Roshdy Zem remplit bien son contrat.
Quant à Sami Bouadjila, il a su trouver cette froideur mécanique des justiciers solitaires comme les affectionne tant Sergio Leone… Hors-la-loi, est en somme, un film noir pour une cause qui mérite bien son droit au soleil…

De notre envoyé spécial Saïd Ould Khelifa

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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