RSS

Villages DZ et Crans Montana: rien de national mis à part Saâdane et Raouraoua par Kamel Daoud

21 mai 2010

Contributions

C’est dans les villages algériens que l’on peut toucher de l’index mental l’immense enfermement de la population dans un pays qui n’est le sien que par la gravité et l’emprunte de la chaussure. Les effets de loupe médiatique ont pris le pli confortable de diriger le regard et la critique sur le sommet plat de l’Etat, El Mouradia,

ses opposants internes ou ses ministres de service, mais si l’Etat n’existe plus que pour lui-même, c’est dans le Village DZ qu’on peut le prouver. Une sorte d’enfermement sans voie de secours sauf en cassant les murs avec sa tête nucléaire. Est-ce un hasard si le meilleur représentant du peuple depuis une décennie est un pneu brûlé et que le geste de vote est remplacé par l’incendie d’une mairie ? Non. Ici, dans cet espace coincé entre la ville qui n’en veut pas et le vide qui n’arrive pas à l’enjamber, on est seul, chacun. Le matin par exemple, dans un service administratif, un Algérien raconte : «j’ai demandé quand je peux retirer mon document ? On m’a dit quand le directeur rentrera.

Et lorsque j’ai demandé quand va rentrer ce directeur, l’agent m’expliqua simplement qu’il vient de subir une opération chirurgicale et qu’on ne sait pas quand il va revenir. Personne ne peut signer à sa place, m’a-t-il dit». Et c’est valable pour tous les autres demandeurs en file d’attente. Il faut, à cette seconde précise, prendre en photo le visage de l’Algérien qui vient de subir le viol latéral de cette réponse : renfermement, repli, recherche de la plus grosse insulte dans le registre des langues ancestrales, puis regard tourné vers un martyr en transit dans le vide de la mémoire collective pour lui réclamer justice, un moment de flottement dans le répertoire des «connaissances» capables de dégoupiller la situation, enfin, un autre regard vers l’employé pour soupeser si on ne peut pas l’émouvoir, puis geste violent de la main et éloignement vers l’espace quasi irréversible de la haine et de l’émeute en puissance, direction la sortie.

L’Etat est mal vu dans les villages, aujourd’hui bien qu’il donne des logements, de l’argent, des cartables et des coups de matraque. Il est subi pas accepté ni désiré. Les villages algériens attendent quelque chose et il faut y vivre pour le deviner. Pas une révolution, une élection, un chef d’opposition ou une manipulation, mais quelque chose de plus. Les villages algériens, et c’est connu par les historiens de l’intuition, connaissent cet exercice millénaire au Maghreb, de l’attente opposante. On le voit dans le regard du citoyen refoulé de son propre pays et qui n’a plus le choix qu’entre le recours à la lettre ouverte, « l’intervention », la menace indirecte, la position assise ou l’amertume en bocal, pour exprimer cette situation d’impossibles recours. Et comme pour mieux prouver son caractère de tragédie de la métaphysique, personne n’est responsable nominatif de cette situation bien qu’on peut en accuser un ministre ou un Président : le peuple est ainsi : il subit la douleur mais peut la donner car il est à la fois le refoulé et l’agent derrière le guichet, le directeur manquant et le réclamant, le policier et le conducteur, le corrupteur et le corrompu, le fraudeur d’élection et le quêteur de la démocratie.

Une sorte de sombre destin sado-masochiste qui n’a d’issue que dans les formulaires d’entrée au paradis, à remplir une vie durant et à signer par son propre décès. Dans beaucoup de villages algériens (il ne faut pas les traverser mais les emporter longuement avec soi quand on y passe), il n’existe de l’Etat que ses effets secondaires nocifs ou anesthésiants : l’aliment, l’inertie ou les mécanismes de la bureaucratie et de l’ennui entre deux décolonisations. Rien de national en vérité, sauf le foot, Saâdane et Raouraoua et son culte de la dignité.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

S'abonner

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Les commentaires sont fermés.

Académie Renée Vivien |
faffoo |
little voice |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | alacroiseedesarts
| Sud
| éditer livre, agent littéra...