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ENTRETIEN AVEC FAROUDJA AMAZIT «La maison Dior fait partie de mon destin»

18 mai 2010

Non classé


Le Soir d’Algérie : Quel chemin vous a-t-il menée vers l’écriture?
Faroudja Amazit :
L’écriture a toujours été mon compagnon de route dans mes moments de solitude, et ce depuis mon enfance. Contrairement à d’autres petites filles qui s’accompagnaient de leurs poupées pour jouer, j’aimais déjà griffonner, entendre le bruit du crayon craquer sur la feuille quand l’inspiration était au rendez-vous !


Mes poches étaient toujours pleines de papier, avec des mots qui se mêlent et s’entremêlent comme des notes de musique. C’est la découverte de cette magie qui m’a donné envie de continuer à écrire. Cela fait dix ans que je me promène avec un carnet de poche glissé à l’intérieur de mon sac à main ou de ma veste, à rester là sur un banc avec mon imagination. Il y a deux ans, j’ai voulu écrire ma propre histoire, le soir à la maison, quand j’avais terminé mon travail chez Dior.
Comment vos parents, partis d’Ifigha, se sont retrouvés à Neuilly et qu’y faisaient-ils ?

Mon père est venu seul vers les années 1949 en France, à cette époque où l’Algérie était française. Lui, le berger d’Ifigha, avait construit seul un projet de vie pour sa famille. Mon père, Salem, voulait plus de confort pour les siens qu’il aimait. Car la vie dans les montagnes était rude et il était de condition plus que modeste. Mon père est arrivé dans cette ville bon chic bon genre de Neuilly par le fait du destin. À cette époque, nous n’étions que deux familles. Il vivait dans une ferme, avec des chevaux qu’il attelait sur une carriole pour monter et démonter les marchés, puis les chevaux ont été remplacés, par la suite, par des tracteurs. Salem exerçait deux métiers pour offrir une vie digne à notre famille. En économisant chaque sou, il a réussi à faire venir ma mère et mes trois premiers frères à Neuilly. Ne sachant ni lire ni écrire, il avait compris que pour réussir sa vie ailleurs, il fallait se servir d’autres capacités, comme l’intuition et l’émotion, ainsi que les valeurs du travail et le respect des autres dans sa différence.
Vous avez eu une enfance emplie de souffrances en dépit du fait que vous sentiez l’amour de vos parents. Racontez-nous pourquoi elle est devenue difficile ?

Un enfant est un don que la vie nous confie. Nous avons la responsabilité d’en faire des hommes et des femmes libres pour le monde de demain. Quand un enfant vit dans un univers de souffrance, il va se structurer avec ses peurs, ses angoisses, ses blessures et le rendre plus fragile. L’enfant se construit à travers l’image et les mots de l’adulte, c’est pour cela que nous devons préserver leur innocence le plus longtemps possible. Parfois nos parents ont vécu aussi à travers des schémas répétitifs, ce qui fait que nous sommes aussi des enfants blessés, j’ai été cette petite fille blessée, mais j’ai aimé éperdument mes parents et ma famille. L’enfant a une capacité d’aimer et de pardonner à l’adulte. Aimonsles aussi à notre tour avec dignité, chaque enfant est un peu le nôtre.
Votre père semble être une figure qui vous a particulièrement marquée. Dites-en davantage…

Mon père était un homme qui me rassurait, il était solide, tendre, je savais qu’il ne pouvait rien m’arriver : il était mon protecteur, je me nourrissais de ses sourires. Chaque apparition était une respiration, un nouveau souffle de vie, qui me faisait grandir. Il a été une image positive pour ma construction de petite fille et d’adolescente, j’étais toujours accrochée à son bras pour dire qu’il était un merveilleux père parti trop vite. On avait très peu de conversation ensemble, mais j’aimais sa présence, j’aimais ses silences qui me faisaient exister à travers mes mots. Il fut un père aimant ses enfants en s’oubliant lui-même. Un homme des montagnes de Kabylie, fier et courageux.
Malgré les handicaps de votre enfance, vous êtes arrivée à avoir une situation confortable, un travail chez Dior, et même à vous lancer dans l’écriture. Est-ce une sorte de revanche sur la fatalité ?

J’ai voulu aller à la rencontre de l’humanité en levant un jour les yeux vers l’autre, et aller vers cette main tendue qui allait bouleverser ma vie pour rentrer dans cette maison prestigieuse. Cette maison de luxe fait partie de mon destin, moi venant d’un milieu modeste, je ne pouvais imaginer un tel cadeau. J’ai fait trois fois le tour avant de pénétrer dans ce monde de rêves en pensant que ce n’était pas possible, ils m’ont donné ma chance et cela depuis 22 ans. Grâce à cette maison aux quatre lettres d’or, je me suis construite, en tant que femme, avec le savoir-faire et le savoir-être, ils m’ont donné l’opportunité de réussir. Cette maison de luxe a réussi sa diversité dans le monde entier.
Vous avez résolu les questions de l’identité en acceptant d’être à la fois de Neuilly et d’avoir l’identité algérienne, kabyle, de vos parents. Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui vivent cette double appartenance comme un déchirement ?
Oui, c’est une vraie question : comment concilier deux cultures, garder ses racines tout en s’adaptant à une nouvelle vie ? J’ai tout essayé. De ne faire vivre que l’Algérienne, j’étais en souffrance, et de ne faire vivre que cette Française, j’étais aussi en souffrance. Donc, il fallait que j’apprenne à les faire cohabiter. J’ai mis plusieurs années pour comprendre que ce sont deux richesses fabuleuses, oui deux cultures radicalement opposées mais si riches, avec chacune leur histoire. On peut être franco-algérienne, sans renier son identité, ses racines, son histoire et s’enrichir culturellement de la France et de son histoire aussi. J’ai été jeune aussi et en colère, mais la colère ne doit être que de passage, il ne faut pas la garder, il faut apprendre à la transformer en positif pour se construire. La vie nous offre un fabuleux voyage avec une porte d’entrée et une porte de sortie, faisons de nos vies un miracle.
Votre livre est un condensé de révélations sur les membres de votre famille. Pouvez-vous nous dire comment a-t-il été reçu par eux ?
Je parle avec pudeur de ma famille, je suis parce qu’ils sont, j’ai beaucoup d’admiration pour eux car ils ont aussi leurs blessures. Ce livre parle d’un contexte de vie, on peut vivre dans une ville bourgeoise en étant modeste et avoir les mêmes souffrances que celui qui va habiter à Bondy. J’ai écrit Les Larmes invisibles pour mettre des mots à nos maux, pour la protection de l’enfant car tout part de là pour en faire des hommes et des femmes accomplis.
Propos recueillis par Bachir Agour

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/18/article.php?sid=100283&cid=31

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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