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A FONDS PERDUS Les Algériens du Shâm

18 mai 2010

Contributions


Dans la morosité politique qui nous pèse, sur fond de reniements généralisés à notre Histoire, un récent ouvrage vient nous réconcilier avec nous-mêmes : Les Algériens de Bilâd ec-Shâm : de Sidi Boumediène à l’Emir Abdelkader (1187-1911), de Kamel Bouchama (*). Il faut reconnaître qu’on étouffait en ces temps d’algéro-scepticisme et d’ostracismes après des décennies de sectarismes, d’étroitesses et d’exclusions.

Avec Kamel Bouchama, on retrouve la fierté d’être algérien en allant sur les traces, anciennes et méconnues, de nos ancêtres dans une contrée souvent vénérée : l’Orient. L’inexistence ou la rareté des archives n’a pas découragé Kamel Bouchama dont le parcours s’inscrira en lettres d’or dans la grande tradition des intellectuels diplomates. Ambassadeur d’Algérie à Damas, il ne s’est pas, comme la plupart de ses pairs, emmuré dans l’enclos doré de sa résidence en quête des seuls privilèges que procure la fonction. Il a dépoussiéré et ouvert la représentation, réuni les élites locales d’origine algérienne, collecté des matériaux historiques pour nous livrer une œuvre qui mérite le respect. En charge de l’ambassade d’Algérie en Syrie, il croit pouvoir recenser «une communauté de plus d’un millions de personnes », principalement installées en Syrie et en Palestine, une communauté qui demande à recouvrer un droit inaliénable à la nationalité qui est la sienne. «Cet accès ne lui a pas été facilité par ceux dont l’intransigeance et la rigidité dans le traitement des dossiers leur font commettre des impairs, en ignorant invariablement ce potentiel vivant sous prétexte de lois et de souveraineté. Un comportement que l’Histoire ne leur pardonnera jamais !», déplore cependant l’auteur. Un des résultats du passage de Bouchama à Damas est un bel ouvrage de 344 pages entièrement consacrés à cette émigration récente, «segmentaire et continue» commencée au XIIe siècle ; depuis «Hittin» jusqu’au recouvrement de l’indépendance, en passant par «l’époque coloniale » où «elle devenait une nécessité pour un peuple qui ne pouvait plus supporter le joug colonial». Nous parlons d’émigration récente, car l’Histoire plus ancienne livre des secrets aussi peu connus des grands chefs berbères, comme le pharaon Sheshonq 1er, fondateur de la première dynastie berbère d’Egypte en 945 avant J.-C. (il a été le premier dans l’histoire de l’humanité à reconquérir vers 925 av. J.-C. la Palestine contre les royaumes d’Israël et de Juda, une conquête consignée dans la Bible), ou le pharaon Osorkon II qui régna de 874 à 850 av. J.-C., la reine berbère Karomama ou encore Nitocris qui portait le titre prestigieux d’épouse d’Ammon, fille du pharaon Psammétique 1er qui régna de 664 à 610 av. J.-C. L’époque romaine qui compte elle aussi une longue liste de Berbères parvenus aux plus hautes fonctions, s’achève avec l’arrivée de Saint Victor 1er, pape berbère né en Afrique, à la tête du Saint-Siège entre 189 et 199, sous les empereurs Commode et Septime Sévère. Nos ancêtres berbères reviendront en Égypte le 6 juin 969 sous le calife fatimide Al-Mo’izz li-Din Allah, pour jeter les bases de la nouvelle ville d’El-Qahira (Le Caire) et commencer par fonder la grande mosquée d’El Azhar. Les Algériens continuent encore à fréquenter El-Azhar, prenant de ses maîtres mais lui donnant également leurs meilleurs savants comme El Maqari, historien algérien né à Tlemcen vers 1591, mort et enterré au Caire en 1632, ou encore Abou Zakaria Yahia Mohamed E’chaoui El Miliani, un enfant de Miliana qui a enseigné au Caire et à Damas. Après la fondation de la nouvelle capitale, les Fatimides échouèrent à imposer leur chiisme aux populations. Pendant les Croisades, les Berbères sont aux premières rangées avec les guerriers de Salâh Ed-Dine (Saladin). Ils ont participé à la fameuse «bataille de Hattin» et s’y sont établis pour continuer leur djihad du temps de la troisième croisade dirigée par Richard Cœur de Lion. Ils sont rentrés dans la légende avec leur chef Sidi Boumediène Choaïb, professeur émérite à Béjaïa et saint patron de Tlemcen. Cet épisode mérite d’être connu de nos enfants. Il date du 3 juillet 1187, lorsque, profitant des disputes et rivalités internes entre les Templiers et barons Francs, Saladin dut mobiliser 15 000 soldats musulmans pour reconquérir Jérusalem. Ils affronteront 15 000 soldats chrétiens, dont 1 200 chevaliers templiers (commandés par le grand maître Gérard de Ridefort et par le roi de Jérusalem Guy de Lusignan), le lendemain sur la colline de Hattin qui surplombe le lac de Tibériade. Un hommage particulier est rendu ici à Abou Médiène Choaïb, ou El-Ghaouth, né à Séville en Andalousie en 520 de l’Hégire – 1126 de l’ère chrétienne – sous le règne du souverain almoravide Ali Ibn Yûsûf Ibn Tachfin. Une précision de taille pour indiquer que l’ère des Almohades est marquée par le déploiement des sciences sous le génie de savants comme Ibn Tufail, Ibn Rushd, et d’autres. «Professeur émérite, Abou Médiène a déployé tout son talent avec de nombreux élèves qui assistaient avec ravissement à ses cours et à ses conférences. Il a enseigné longtemps à Béjaïa où il a inculqué à ses disciples – avec succès d’ailleurs – les grandes valeurs de l’Islam et en particulier les doctrines mystique. » C’est de Hittin que date donc l’installation des Algériens au Machreq. Une présence et une filiation jamais reniées puisqu’on retrouvera dans les années 1950 cheikh Tayeb El Okbi, éminente personnalité de l’association des Oulémas à Jérusalem et à Hébron pour la défense des lieux «habous» algériens (waqf) de Sidi Boumediène à Jérusalem. Géographiquement, la présence algérienne est assez marquée. On trouve trace de nos ancêtres en Palestine et en Syrie d’abord, sur les traces de la chasses aux Croisés et de l’exil anticolonial. Dans la banlieue de Damas, près de Merdj Es-Soltane, dans la plaine d’El Ghouta, ou encore dans les quartiers de Bab es- Souiqa, El Haymatia, Bab es- Seridja, Souk Seroudja, Ec- Châgour. Dans le Golan, à l’est, l’Emir Abdelkader possédait des terres dans les localités de Shadjara, Abidine et Beit Arrih, alors que de nombreux villages de Galilée, région opulente de Palestine, et de Haïfa, des Algériens marquaient leur présence. Jouxtant l’Esplanade des Mosquées, Hay Al-Maghariba est une récompense de Saladin aux combattants berbères. Dans l’un des immeubles, il y avait une mosquée et une zaouïa du nom de Sidi Boumédiène El Ghouth, destinées à l’éducation et à l’hébergement de nos pèlerins. Kamel Bouchama revisite les lieux : «Le tout se situe dans le même quartier de Jérusalem, en sus du domaine d’Aïn Karm, renfermant des terres de labour, des locaux d’habitation pour les fermiers, des jardins où coulent des sources et où existent des puits pour l’irrigation.» Cette présence est également accentuée après la reddition de l’émir Abdelkader le 23 décembre 1847 et les soulèvements de cheikh El Haddad et du bachagha El Mokrani. Libéré le 16 septembre 1852, l’Emir quitte la France peu de temps après à destination de la Turquie (où il effectue un court séjour de trois ans à Burça – Brousse) et rejoint la Syrie en 1855. Il n’est pas le premier à y poser pied puisqu’il y trouve une forte communauté constituée de nombreux intellectuels, des fonctionnaires, des religieux, des anciens soldats, des agriculteurs, des artisans. Ils ont construit une grande mosquée à Bab es- Souiqa, mais point de «qobba» (comme ceux de Nouvelle- Calédonie) et leur imam n’est autre que l’émir Abdelkader. Ce dernier se fera rappeler à la mémoire des chrétiens du monde dominant en portant secours à leurs coreligionnaires de Damas menacés de massacres à partir du 9 juillet 1860. Des milliers de chrétiens (12 à 15 000) avaient trouvé refuge et hospitalité dans ses demeures, protégés par les soldats de l’Emir, une escorte armée d’un millier parmi les plus valides au niveau des jeunes Algériens. On retrouvera les Algériens du Shâm, étroitement impliqués dans les luttes de libération des peuples du Maghreb, de Syrie et de Palestine notamment. Dans ce dernier pays, «les émigrés algériens de 1947 ont opté, sous la direction de Ahmed Bensalem, pour la région de Galilée en Palestine dont Akka, Saint-Jeand’Acre ». Du temps du protectorat anglais, les combattants d’Azzedine El Qessem comptent de nombreux Algériens qui exécutaient par pendaison pratiquement tous ceux qui vendaient leurs terres aux colonies juives. Les Algériens au Shâm sont une «communauté structurée», porteuse de valeurs, attachée à ses racines dans une dualité «intégration et complémentarité».
A. B.

(*) Kamel Bouchama,
Les Algériens de Bilâd ec-Shâm : de Sidi Boumediène à l’Emir Abdelkader (1187-1911),
344 pages, Editions Juba, Alger 2010.


Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/18/article.php?sid=100308&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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