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ICI MIEUX QUE LA-BAS Terne crépuscule

16 mai 2010

Contributions


Un vieux, très vieux potentat décrépi, dans la solitude et la fantasmagorie, suspicieux jusqu’à la paranoïa, ne faisant confiance à personne, soupçonneux de sa propre ombre, dépérit en son palais sans voir que le monde file son train sans lui… C’est l’histoire que raconte L’Automne du patriarche de l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Le vieux, plutôt que de régler son pas sur celui du monde, de le laisser aller à sa guise, ou de le guider dans le bon sens, ce qui relèverait pourtant de sa mission de berger, tout au contraire, le ralentit pour ne pas se faire devancer.


Freiner l’univers pour qu’il ne prenne pas le large en le larguant, c’est l’apanage du pouvoir. Y’a que là qu’on peut le faire ! Tout stopper parce qu’il y a diffraction dans les rythmes respectifs. Pathétique ! Hallucinant même ! Je ne sais pas pourquoi cette figure décatie et féroce du satrape, dépeinte à profusion essentiellement par la littérature latino-américaine, — et par Rachid Mimouni dans un roman sublime et peu connu : Une peine à vivre— fait penser à certains modèles achevés encore en exercice dans le club cossu des présidents à vie. J’ai vu le nôtre, l’autre jour, à la télé. C’était pour la finale de la Coupe d’Algérie. Il avait ce regard absent des hommes rognés par la solitude. Ses yeux perdus dans le vague, captés dans la fugacité d’un zoom de caméra, trahissaient la distance de ceux qui ne sont déjà plus là. Où était-il donc, Monsieur le Président, et où est-il maintenant ? Au-delà de la question — politique — de son absence aux affaires, en tout cas de son insuffisante présence, tout comme ses homologues de la littérature sud-américaine, le constat de ce qu’il donne à voir pose une question afférente à l’usage métaphysique du pouvoir et de son ampleur. Quand on détient un pouvoir aussi immense, qu’est-on en devoir d’en faire ? Quels retentissements ce pouvoir a-t-il sur la vie de l’homme, en tant qu’homme ? Une fois l’élection gagnée, quel que fût le moyen pour y parvenir, la Constitution déverrouillée à la baïonnette pour laisser ouvert le chemin d’une présidence à perpétuité, le pouvoir bien ajusté dans la paume de la main, que fait-on ? Cette question s’impose devant le constat d’un contraste saisissant : voilà un pays «officiel» qui reste figé dans un immobilisme tragique et baroque en surface, alors qu’il est malmené, en dedans, côté cour, par toutes sortes d’intrigues et de manigances que favorise le climat délétère de règne sur le déclin. Et, en opposition, en gestation, il y a ce pays réel qui s’agite peu à peu, galvanisé par les pulsions de vie, jeune et vibratile, un peu dans tous les sens, comme un navire dont le capitaine, incapable de tenir le gouvernail, n’avait d’autre choix que de le laisser tourner sur lui-même. Discordance des temps ? La désaffection du tempo réside dans ce que le pays «officiel», vespéral, déjà enseveli par la nuit des ankyloses, cuve son troisième âge dans les renoncements tout en se préparant à l’irréversible, ainsi qu’à l’inscription dans le grand – et impitoyable – livre de l’histoire, en faisant subir au pays réel la langueur de ceux qui s’apprêtent à l’ultime pèlerinage. Il n’a cure d’écouter cette sagesse qui, pourtant, recommande de renoncer au pouvoir, quitte à le léguer avec panache en un geste magnanime. Tout au contraire, il semble se griser de ce dernier, au point de ne consacrer ses rares actes qu’à la mise en route de la machine qui permet de le garder à vie. Nous en sommes là, et là, c’est nulle part. Un président figé dans un chromo, pour ne pas dire dans une posture soufie, placide et recueilli, aux oreilles duquel ne semblent parvenir ni les grands tourments d’un pays frappé par la concomitance entre la paupérisation de la majorité de la population et l’enrichissement indigne, à coups de basses manœuvres, de corruption, d’une frange assujettie, flétrie dans son intégrité, tirant sa sur-vie et ses dividendes de l’instinct du courtisan. Pas de cour sans courtisans, c’est bien connu. L’une des prouesses de notre patriarche est d’avoir remis en vogue un mode de gouvernance que l’on croyait disparu, avalé par le tourbillon de l’histoire qui a flanqué par terre le Mur de Berlin. Il a réhabilité le culte de la personnalité, du zaïmisme, couplé à son corolaire, cette obséquiosité des sujets, qui n’empêche pas que les dents soient aussi longues que féroces et les ambitions ingrates. Et dans la danse de Sioux que mènent les courtisans, dans le but de garder intact le lien d’allégeance, histoire de renforcer leur territoire, on ne voit pas le double pas, le décrochage qui, d’ores et déjà, augure de la suite logique de la duplicité. Les ouailles les plus zélées d’aujourd’hui seront demain les plus ferventes détractrices de qu’elles ont feint d’adorer. C’est connu, c’est fatal ! Qui, par exemple, de ceux qui ont prospéré sous Boumediène se lèvent aujourd’hui pour défendre ce qu’ils ont commis en commun avec lui ? Ce sont, bien entendu, les premiers à lui jeter la pierre. Ainsi en sera-t-il demain, pas de doute. Rien ni personne n’étant éternel, à la fatalité politique de l’absolutisme répondra, implacable, la fatalité biologique de l’alternance. Un jour ou l’autre, bien entendu, les thuriféraires et les séides du seigneur solitaire en son palais seront obligés, car c’est dans leur nature, de retourner leur veste. Ils auront beau le faire avec l’aisance de chevronnés en la matière, il restera toujours la mémoire du gâchis. Même les autocrates les plus obtus ne sont jamais seuls responsables des prisons qu’ils font en général de leur pays. Ils ne peuvent rien et ne sont rien sans cette nuée de caudataires, qui, le moment venu, sauront, eux, se fondre dans la foule anonyme. C’est ce qu’ils croient !


Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/16/article.php?sid=100159&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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