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Foncièrement agricole par Ali Brahimi

13 mai 2010

Contributions

Depuis des millénaires, en Algérie comme pour les autres pays arabes, les invasions externes, conjuguées aux compromissions internes, n’ont jamais cessé de se succéder dans le temps .Et elles ont toutes pour objectif principal la déstructuration des bases existentielles du monde rural dans son ensemble, afin d’occuper les ressources minières ainsi que les terres fertiles et, à l’occasion, mettre en valeur d’autres par le truchement de nouvelles modalités foncières. Le tout, imposé par des modes de production exploiteurs.



A l’évidence, il serait vraiment futile de limiter les accaparements effectués sur le foncier agricole et les espaces champêtres d’une manière générale, qu’à une seule période de notre Histoire, colonialiste fût-elle, puisqu’ils continuent de s’opérer sous d’autres formes jusqu’à l’heure actuelle. Et peut-être pour encore longtemps. En effet, aux temps présents, les terres agricoles, notamment domaniales, constituent des enjeux politico-économiques et socioculturels foncièrement importants et, donc, à la merci des convoitises effrénées et en tous genres. Ainsi, des échanges d’allusions virulentes entre les différentes obédiences partisanes, pivotant toutes autour de l’axe central du pouvoir actuel, cultivant, pour sa part, le suspense, voire la suspicion sur le récent projet, entre autres, de proposition d’amendements de la loi foncière en vigueur, concernant des articles formulés par le département de l’Agriculture et du Développement rural, foncièrement soucieux, quand à lui, d’améliorer la production agricole alors que d’autres sont plutôt affairés sur la pérennité de leurs privilèges, y compris au dépens de l’intérêt général.

Sur un autre chapitre, il existe d’autres controverses non moins enragées concernant d’autres projets de loi, en couvaison incertaine, à l’image de celle incriminant le passé colonial de la France, instaurant en Algérie un système inique tant au niveau des paysages que des populations autochtones, rurales dans leur majorité, dépossédées, paupérisées… Pourtant, le parti du FLN se prétend être héritier de l’original, cultive la suspicion sur l’aboutissement dudit projet de loi. Qu’importe, puisque le passé colonial de la France ne relève pas d’une loi, encore moins d’un parti politique. Il appartient à la mémoire de l’Histoire. Et c’est justement ça qui dérange, voire inquiète, à plus d’un titre, les gens qui ont quelques choses à se reprocher, toujours scellées, en terme de compromissions déshonorantes, de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée. En fait, une arme à double tranchant pour les obscurs « secrets d’Etat ». Peut-être plus tranchante pour nous autres !

A ce propos, nous venons de remémorer, cette semaine, l’une des pages sanglantes parmi tant d’autres : le soulèvement du 8 Mai 1945. Ainsi, la paysannerie algérienne, constituant 75% de la population nationale de l’époque, avait payé un lourd tribut avant et après le 8 Mai 1945, aux multiples conséquences psychologiques perverses, notamment de comportement léthargique, visibles jusqu’à ce jour.

Actuellement, l’important secteur stratégique qu’est l’agriculture, formant la colonne vertébrale de tout pays soucieux de son avenir dans un Monde de toutes les incertitudes et incohérences, est censé être à l’écart des vicissitudes de gouvernance et des agissements politiciens, du fait de son passé et, surtout, de par ses activités liées intimement aux aléas de la nature, laquelle, de son côté, ne s’aligne que sur ses propres lois.

Il serait utile de noter et de reconnaître que le monde rural, avec toutes ses composantes, bénéficie depuis cette dernière décennie d’éléphantesques moyens humains et financiers. Cependant, ils sont insuffisamment ciblés et planifiés et, notamment, maladroitement appliqués sur le terrain du fait d’une myriade d’intervenants piètrement coordonnés à cause de la divergence des intérêts et des modes fluctuant d’une année à l’autre, de la distribution de la rente, variant du simple au double voire au triple, selon les régions, et le tout au gré des humeurs changeantes au plus haut niveau de l’Etat.

En plus, ces ressources financières investies proviennent exclusivement de la rente pétrolière et non d’une politique de l’épargne interne générée par le travail et le surplus des productions en découlant, notamment agricoles. A ce propos, l’autosuffisance alimentaire est définie également dans ce cadre comme suit : « C’est la capacité de subvenir à ses besoins essentiels, sans échanges commerciaux avec l’extérieur ». En conséquence, la situation du secteur agricole dans son ensemble interpelle des analystes animés par de la bonne volonté et, notamment, les professionnels actifs et observateurs pénétrants, afin que les différents responsables puissent s’engager réellement et pertinemment dans la voie nous permettant d’assurer notre indépendance alimentaire liée à des revenus conséquents au profit du monde paysan dans son ensemble.

Ce qui semble être, en principe, dans les cordes dudit département ministériel au vu de ses intentions médiatisées et possibilités de maîtrises affichées ostensiblement. En principe seulement, car la réalité des contradictions agricoles sur le terrain est tout autre de ce que nous percevons de temps à autre, telles que les décisions d’importer des aliments de base pendant les occasions de bouffetance ramadnanesque, que nous croyons avoir à notre portée en terme de possibilités culturales.

Donc, l’essentiel est d’encourager la profusion des idées et, surtout, les pratiques agricoles rénovatrices entretenues inlassablement durant des décennies sur toute l’échelle de la profession, et non de celle relevant de la seule responsabilité d’une équipe ministérielle, fût-elle puissamment soutenue au plus haut niveau de l’Etat. Par conséquent, un engagement puissant tant au niveau des cadres honnêtes et surtout engagés corps et âme sur le terrain, que des agriculteurs et de leurs filiations amoureuses à l’encontre de ses différents métiers et, surtout, attachées viscéralement à la terre. Foncièrement ! Aussi, l’important, ce n’est pas l’instauration d’organes alibis du genre fourre-tout et d’avoir tout, à l’image d’un haut conseil national sur l’agriculture, tel que proposé dernièrement par l’UNPA, affiliée au parti du FLN, mais l’instauration d’un état d’esprit, indépendant, de suivi scientifique, à même le terrain, sur l’état d’évolution des richesses agricoles et, surtout, d’instaurer un état d’esprit concurrentiel entre des producteurs avérés.

Paradoxalement, il se trouve que les divergences d’appréciations sur la manière de concevoir ledit conseil sur l’agriculture, parmi d’autres initiatives, sont le fait de responsables issus de la même enseigne de partisanerie, mise sous condition permanente dans ce sens depuis un certain temps déjà et qui ont fait le malheur, et rarement le bonheur, de notre agriculture.

A l’image des frictions médiatisées entre l’UNPA et le département ministériel chargé du secteur. Entre ce dernier et la Chambre d’agriculture, ou encore avec celui, coalisé, de son collègue du Commerce et ainsi de suite. Que des balourdises issues de balourds ! En somme, que des chicaneries du niveau d’une ménagerie et non d’un ensemble gouvernemental cohérent dans les idées et les actes, et surtout animé par le travail harmonieux et les échanges clairs et pertinents de points de vue démocratiquement exprimés et sereinement défendus par des arguments perçants et convaincants, dans le strict cadre des lancinantes préoccupations citoyennes, devenues aujourd’hui non seulement démotivées mais révoltées, voire déroutées par tant d’insanités, de tous ordres, handicapant tout essor définitif du monde rural, aujourd’hui ressemblant à tout sauf à lui-même. En effet, il s’agit de problèmes cruciaux, répétitifs, qui traînent depuis 1962, rappelle-t-on, et ce malgré toutes les lois promulguées pour venir à bout de cette situation, illustrant à plus d’un titre notre incapacité de gérer, dans la transparence et l’objectivité requises, notre patrimoine le plus précieux que nous avons en main : le foncier agricole.

Les décrets de mars 1963, relatifs à la nationalisation des terres appartenant jadis au système colonial de production agricole, sont intervenus suite à une situation d’urgence. Actuellement, ce n’est pas du tout le cas. Malgré cela, l’on continue de perdurer dans cet état d’esprit inconséquent, nous reconduisant aux mêmes balourdises et mesures précipitées d’hier, qui nous ont menés là où nous sommes.

Pourtant, que d’innombrables sacrifices des 75% de paysans que nous étions – aujourd’hui à peine 30% – durant plus d’un siècle et demi, afin d’éviter aux temps actuels d’autres formes de précarités liées à notre dépendance alimentaire. A titre d’exemple, au cours de l’exercice de l’année 2007/2008, nous avons importé pour plus 8 milliards de dollars de produits alimentaires de base, dont les céréales, etc. Pour 2008/2009, la facture serait de moitié, paraît-il. Un yoyo des plus « amusants » !

Donc, nous n’avons pas suffisamment tenté de nous libérer des multiples sujétions d’hier et, surtout, de ne pas pouvoir, par des textes appropriés, amender nos approches pour un développement étalé dans le temps et l’espace. Le tout, lié à l’utilisation rationnelle et à la préservation pertinente des potentialités agropédoclimatiques des meilleures terres par des agriculteurs, foncièrement attachés à la profession, donc pensant aussi bien dans le court que dans le long terme.

Les enjeux et défis de l’heure, c’est de pouvoir imaginer les voies et moyens appropriés contre les défigurations ainsi que des dilapidations effrénées malgré la mise en valeur d’autres surfaces le plus souvent délaissées car servant uniquement de motifs afin de bénéficier des subventions de l’Etat et des crédits bancaires, sans que leurs occupants tiennent compte de leur devenir agricole en termes d’éventuels démembrements à d’autres fins non agricoles.

A l’image, justement, de la fameuse loi 87/19, entre autres perversités et paravents plusieurs fois transgressés par ses propres concepteurs, de tous acabits, que par les bénéficiaires eux-mêmes, n’ayant pas hésité à effectuer toutes les transfigurations inimaginables jusqu’à les démembrer outrageusement, puis les donner en location usufruitière, ensuite sciemment les délaisser en friche, voire carrément les vendre en dernier lieu en utilisant des subterfuges, justiciables et punissables à tout moment, selon les failles de la… dernière loi sur l’orientation foncière en vigueur. En attendant les nouveaux textes, en projet, initiés par les services du département concerné, et qui font déjà l’objet d’une levée de boucliers de la part des intéressés, il serait utile d’élargir les débats sur l’essentiel des motifs qui ont motivé ces nouvelles approches.

Essentiellement, ces dernières tournent autour de la durée des baux d’exploitation, moins prolongée dans le temps que précédemment, et du droit de regard plus conséquent par les pouvoirs publics sur la manière de travailler les terres, dont une grande partie est en jachère broussailleuse, rappelle-t-on, ne servant que d’alibis pour bénéficier de crédits bancaires le plus souvent non remboursés, et reprises de surcroît dans le cadre des opérations de mise en valeur supportée par de… l’argent public issu de la rente des hydrocarbures.

Ainsi, et à quelques égards, ce projet de loi pourrait engendrer un renouveau foncièrement prometteur. Malheureusement, encore une fois, il intervient après avoir fait habituer les concernés à l’esprit rentier le plus extrémiste, voire n’acceptant nullement d’être dépouillés des privilèges indûment acquis par la faute des successifs reports aux calendes grecques, des actions salvatrices allant dans le sens de l’assainissement de fond en comble de cette situation aux multiples effets pervers sur l’activité agricole et rurale, liée à un foncier foncièrement assaini.

A l’image de la lutte actuelle contre la corruption, dans le dit secteur et d’autres, après tant d’années de gabegie et de tergiversations-souvent dues au laxisme pour des considérations de perdurer au pouvoir -, intervenant donc trop tard, d’après des analystes, malgré le semblant de volonté affichée.

A l’évidence, lorsque les malversations commencent par la ressource, fondatrice à d’autres richesses, qu’est la terre ? Le reste devient de la normalité et…de l’habituel. Ainsi est le lot des pays confondant les priorités et donc se complaisant dans les contradictions.

Après la terre appartient à celui qui l’occupe, est-t-il venu le temps de celui qui la fructifie ? Peut-être. En vérité, il existe manifestement une obsession pour ce genre de slogan et de terminologies arrangeantes, pour un temps, plus que par la volonté de mettre un terme, y compris par la contrainte mesurée allant jusqu’à la déchéance du droit de jouissance, à ces échappatoires ne menant nulle part, sinon aux erreurs répétitives qui ont causé tant de régressions conjuguées à la non-visibilité des enjeux sur le long terme.

Pour que la terre fructifie dans le bon sens et non dans l’autre, à caractère minier, c’est-à-dire purement extractif et donc usurier de nature, au lieu de l’interactif fructificateur des potentialités agropédoclimatiques en présence, il serait judicieux d’établir des contrats de performance décennaux, évalués en profondeur, clôturés par ceux illimités, selon les cas, tout en instituant des mécanismes successoraux, préservant le potentiel agronomique des terres, qui restent à imaginer avec pertinence pour les lignées héréditaires qualifiées dans le domaine agricole, en premier lieu, et rural en général.

De toutes les façons, toutes les reformes foncières, mal ou bien conçues et appliquées, pourraient apporter un plus et, dans la plupart des cas, beaucoup de moins. C’est selon et c’est ainsi ! Par contre, seul l’engagement passionné et désintéressé de braves agriculteurs attirés corps et âme par le travail foncièrement agricole, quel que soit le statut de la terre, pourrait constituer la norme à suivre. Enfin, le temps presse, aussi bien pour le secteur agricole que dans d’autres intimement liés au devenir des futures générations du pays. Dont principalement leur autosuffisance alimentaire, gage de leur indépendance d’agir et de s’imposer dans un monde de plus en plus imposant. Entre-temps, les enjeux – non ceux du football, devenu néanmoins chez nous un investissement politique sur le long terme – et les défis agricoles nationaux grossissent démesurément par rapport aux acquis. Les attentes pour des jours meilleurs également.

L’essentiel est d’éviter de se complaire dans la « conviction » du genre : plus que ça, il n’en existe pas. A l’évidence, cela relève de la déraison, voire de l’arrogance blasphématoire. Et encore, sur un autre registre foncièrement de « sportivité » : sans un Algérien à la tête de la Ligue arabe, celle-ci ne marchera pas. C’est comme elle avancerait avec un autre. Ainsi, le dernier match de football entre l’Algérie et l’Egypte n’a pas encore montré tous les dessous de son… maillot !!!

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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