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Manipulations, anathème, Parti pris sur la guerre de libération : Les mises en garde des historiens

11 mai 2010

Histoire


Manipulations, anathème, Parti pris sur la guerre de libération :  Les mises en garde des historiens


Si le livre de Saïd Sadi sur la mort des deux colonels historiques, Amirouche et Si El Haouès, n’a pas manqué de déclencher une vive polémique politico-historique, il reste qu’il n’en pose pas moins, par ailleurs, la délicate problématique de la frontière éthique et déontologique qui sépare le sujet de l’histoire de la chose politique. Jusque-là très largement « squatté » par des acteurs politiques, le débat ô combien sensible autour d’une des

phases les plus déterminantes de la guerre de Libération nationale, en ce que cette période a connu de tensions et de crises majeures, mérite d’être relayé, sinon pris en charge par des historiens dont c’est la profession sacerdotale même. L’entrée en scène de Ali Kafi, colonel de la Wilaya II historique, relance de plus belle la controverse sur un des points de l’histoire où notamment le politique le dispute outrageusement aux faits historiques. Ali Kafi, lors de l’entretien qu’il a accordé à quelques titres de la presse nationale, dans un moment de « colère », a critiqué les historiens en termes virulents, leur reprochant de n’avoir pas trop fait pour faire jaillir la vérité historique.

Le jugement est trop dur, d’autant plus que l’historien, en Algérie, rencontre d’insurmontables obstacles, souvent politiques, qui se dressent devant lui. Joint par téléphone, Mohamed Harbi, historien de renom, a affirmé : « Nous assistons à une fréquentation instrumentale de l’histoire. » Pour lui, elle « doit participer à la construction et à l’affermissement de la nation et non le contraire ». Commentant l’épineuse question liée à l’assassinat de Amirouche soulevée par Saïd Sadi, il soutient : « En aucun cas, le livre ne met en évidence le contexte dans lequel s’est déroulé l’assassinat de Amirouche et de Si El Haouès. » Et d’affirmer que « les éléments avancés ne sont pas démontrables ». M. Harbi déplore l’embrigadement des archives. « De toute manière, les archives sont réellement fermées. Si on disposait d’archives – celles des gouvernements successifs et du Comité de coordination et de l’exécution (CCE) – le débat serait tout autre. »

Le risque de retourner à 1959

Selon Daho Djerbal, maître de conférences à l’université d’Alger, les obstacles qui se dressent devant l’écriture de l’histoire « se situent au niveau des sources écrites et des archives diverses ». Pour étayer son propos, il a énuméré toutes les difficultés que rencontre l’historien : « Il y a les sources de l’armée française, conservées dans les Services historiques de l’armée de terre à Vincennes (SHAT). Il y a des documents concernant la Bleuite, des rapports d’officiers des services du 2e et du 5e Bureau et des états-majors de régions. En tout cas, tous les tenants et les aboutissants des opérations d’intoxication menées par l’armée et le pouvoir colonial durant la guerre de Libération. Ces archives ne sont pas encore accessibles. » « Il y a également des documents pris par l’armée française sur les officiers ou djounoud de l’ALN ou encore les minutes des écoutes d’émissions de radio de l’ALN captées et décodées par l’armée française qui pourraient nous informer sur les conditions dans lesquelles les positions de Amirouche et Si El Haouès auraient pu être localisées. Ces documents aussi ne sont pas accessibles. D’autres documents détenus par les anciens officiers du MALG ou ceux de la Wilaya III ou d’autres Wilayas ne sont pas accessibles au public », a-t-il indiqué. Ce dernier met en cause aussi l’inaccessibilité aux archives nationales. « L’accès aux archives nationales algériennes est soumis à réserve systématique. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un bien privé de l’Etat, alors qu’il relève du domaine public national. Les archives de l’ALN comme celles de l’EMG, des deux COM de l’Est et de l’Ouest sont au niveau du ministère de la Défense nationale. Personne ne sait, à ce jour, quel sort leur est réservé », a-t-il regretté.

Daho Djerbal, un historien dont l’engagement est connu et reconnu, ne s’est pas interdit de nous livrer son appréciation sur la contribution du livre de Saïd Sadi à l’écriture ou à la réécriture de l’histoire de la guerre d’indépendance. « Il ne faut pas oublier de mentionner que le livre de Saïd Sadi n’est pas nouveau en la matière. Ces dernières années, il y a plusieurs auteurs qui ont écrit sur la Wilaya III historique ou sur Amirouche en se basant sur des témoignages et divers documents. D’autres sont à paraître. Là aussi, comme sur d’autres problèmes sensibles, il faut consulter l’ensemble des sources et témoignages, et procéder à des recoupements avant d’arriver à avancer une quelconque hypothèse », a-t-il analysé avant d’asséner : « Toute vérité en histoire n’est que provisoire dans l’attente de nouvelles sources venant la confirmer ou l’infirmer. » Ainsi a-t-il considéré, comme pour loger tout le monde à la même enseigne (rectitude d’historien ?), qu’il est « facile de spéculer sur tel ou tel évènement, mais jusque-là les intervenants de part et d’autre n’ont pas exhibé les documents authentifiés pouvant accréditer leurs propos ».

D. Djerbal met en garde, sans rire, contre « le risque d’être encore une fois victimes de nos sources et nous inscrire contre notre gré dans le prolongement de l’entreprise d’intoxication qui avait commencé en 1958 et 1959 avec l’affaire de la Bleuite. Si l’on n’authentifie pas les documents entre les mains de telle ou telle personne et si l’on ne fait pas les recoupements indispensables, on risque de se retrouver devant une situation identique à celle de 1959 et d’ouvrir la voie à de nouvelles purges, représailles ou règlements de comptes », a-t-il averti. « A ce jour, aucune recension n’a été faite des officiers et djounouds victimes des purges internes ou de luttes intestines non seulement dans la Wilaya III mais dans l’ensemble des Wilayas du pays », témoigne-t-il. Se disant attaché au respect scrupuleux des champs de compétence du politique et de l’histoire, Daho Djerbal plaide pour une séparation nette des deux domaines. « Il faut, me semble-t-il, séparer le débat politique du travail de l’historien. Ce dernier n’a pas à prendre parti dans des disputes dont les tenants et les aboutissants échappent au plus grand nombre. On interpelle çà et là les historiens en les traitant même de lâches, mais il faut savoir que certains d’entre eux sont interdits de parole, éloignés des procédures d’examination et de sélection universitaires, ou leurs travaux soumis à la censure durant des années. Beaucoup font leur travail d’historien, publient quand ils le peuvent dans leur propre pays ou à l’étranger, forment des générations de jeunes historiens ou contribuent à l’édition de mémoires de beaucoup de militants et cadres du mouvement national dans l’anonymat le plus total ». Pour M. Djerbal, « il faut savoir faire la part entre le bon grain et l’ivraie ». De quoi convaincre Ali Kafi.

L’autocensure des années de plomb sévit encore

En plus de « l’inaccessibilité et la non-communicabilité des archives en Algérie qui dorment d’un sommeil paisible dans les rayonnages des centres d’archives publics » et ce, malgré la législation en vigueur, Mohamed El Korso, chercheur à l’Institut d’histoire, a évoqué, lui, un des obstacles majeurs à l’écriture de l’histoire. L’autocensure. « Il y a l’autocensure héritée des années de plomb que le chercheur traîne malgré lui. Elle est liée à un ensemble d’études dominantes qui font dans l’apologie et d’un discours politico-historique qui balise les espaces permis. Autrement dit, les espaces à ne pas dépasser sous peine d’être l’objet d’une critique à la limite de l’invective. Elle devient un obstacle majeur. » « L’archive reste une arme à double tranchant qui nécessite un traitement critique surtout quand elle émane du 5e Bureau. » Il a souligné, par ailleurs, que « le silence assourdissant des témoins qui, quand il livrent leurs témoignages, le font de manière sélective préférant une nationalité étrangère à la nationalité algérienne ». La polémique provoquée par le livre de Sadi pourra un tant soit peu combler cette faille ? « Toute polémique est, en soit, positive parce qu’elle nous pose des questions. Le danger, c’est l’instrumentalisation directe ou indirecte, volontaire ou involontaire du produit historique », a averti M. El Korso.

Par Hacen Ouali

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Manipulations, anathème, Parti pris sur la guerre de libération : Les mises en garde des historiens”

  1. Chergui Dit :

    Le 11.05.2010 à 09h58
    Kafi change son fusil d’épaule

    Guerre de libération nationale : les nécessaires clarifications

    A notre avis, ce sont des hommes comme Ali Kafi, qui montre, dans l’interview qu’il vient d’accorder à quelques quotidiens nationaux, dont El Watan, toute l’étendue de sa bêtise et de son ignorance, servis par des pseudo-intellectuels, sans foi ni loi, à la solde du panarabisme nassérien, qui ont causé la mort de centaines de milliers d’Algériens souvent gratuitement envoyés dans la gueule du loup colonial, durant la guerre de libération nationale, qui aurait certainement été menée autrement et plus intelligemment si des hommes plus qualifiés avaient occupé leurs postes et qui ont mené au désastre actuel l’Algérie postcoloniale, à cause de leurs choix dramatiques obstinément répétés.

    Dès 1956, Amirouche, le Kabyle, qui se voulait plus arabo-islamiste que les arabo-islamistes et ses sbires, avaient commencé à traquer le peu d’intellectuels francophones et arabophones, qui avaient rejoint les maquis, pour éteindre, une à une, les bougies qui devaient éclairer et baliser le chemin de l’Algérie indépendante.

    La « bleuite » n’a été que l’expression extrême de la politique obscurantiste menée par un homme, en l’occurrence, le colonel Amirouche, que Kafi nous décrit comme capable « d’égorger son propre fils et Said Sadi pour leur révisionnisme », s’il était encore vivant.

    Quand à l’interdiction, bête et méchante, faite par Kafi à Sadi, de parler ou d’écrire sur la guerre de libération nationale, sous prétexte qu’il n’en a pas été un acteur, elle est tout simplement ridicule et montre le niveau de ce quidam et l’état de panique générale dans lequel se trouvent les mammouths, qui continuent à diriger notre pays, 50 ans après sa libération par le peuple algérien.

    A l’image, tragi-comique, du dernier d’entre eux, Bouteflka, ils ont peur d’être jugés, de leur vivant, pour les nombreux crimes de sang ou économiques, trahisons et forfaitures commis, avec leur complicité ou leur complaisance, contre les intérêts moraux ou physiques du peuple algérien ou des compagnons de lutte comme le défunt Président Boudiaf, rahimahou Allah, que Kafi a remplacé à la tête du Haut Conseil de l’Etat sans jamais dire un mot sur son assassinat.

    Mémoire sélective oblige.

    Kafi, Bouteflika et leurs semblables, qui incarnent la mentalité cupide et obstinée qui prévaut majoritairement au sein du pouvoir algérien depuis 1962, doivent une fois pour toutes comprendre que l’Algérie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de leurs mémoire défaillante.

    Nous, qui avons l’âge de leurs déjà vieux enfants ou petits enfants, voulons que d’autres livres sur d’autres « héros » ou personnalités marquantes, injustement occultées, du mouvement national, dans ses branches armée et politique, soient publiés par d’autres Sadi.

    N’en déplaise à Kafi, la vérité historique doit triompher des calculs politiciens des partisans de l’histoire officielle.

    Enfin, concernant le timing de la parution du brûlot de M. Sadi, contrairement à Kafi, Mebroukine , Benachenhou ou Boudjedra, qui s’interrogent sur la « coïncidence » de la publication de ce livre avec le 30ième Anniversaire du Printemps Berbère ou avec les déclarations incendiaires de Bernard Kouchner à propos « de la génération de Novembre », sachant Sadi proche de certaines sphères du pouvoir, je crains personnellement qu’il eût été sollicité de nouveau pour distraire les opinions publiques algérienne et internationale, qui suivaient avec la plus grande attention, les scandales financiers qui ont secoué le pays, ces derniers mois et mettent directement en cause ce que Chakib Khelil a appelé « le clan présidentiel ».

    Pour accomplir sa mission, Said Sadi a jeté son pavé dans la grande mare qu’est devenue l’Algérie de Boutflika.

    Ainsi, il ramènera le débat qui secoue le pays sur un sujet d’actualité, la corruption généralisée, vers un autre sujet, certes important mais, qui concerne le passé.

    Vigilance ! Vigilance ! Vigilance !

    Mostfa et Linda Chergui

    http://mostfaetlindachergui.centerblog.net

    http://toutsurlelectionpresidentiellede2009.centerblog.net

    répondre

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