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A FONDS PERDUS Menaces sur l’Afrique

11 mai 2010

Contributions


L’Afrique découvre les religions monothéistes relativement tard et sa conversion se fait dans la douleur et les conflits. Il y a à peine vingt ans, en 1900, musulmans et chrétiens constituaient des minorités relativement faibles dans la région, cohabitant pacifiquement avec les religions traditionnelles africaines.

Depuis lors, l’espace qui sépare le Sahara du Cap de Bonne- Espérance (il compte 820 millions d’habitants) se convertit massivement à l’Islam (le nombre de nos coreligionnaires s’est accru de 20 fois, passant d’environ 11 millions en 1900 à environ 234 millions en 2010), tandis que le nombre de chrétiens a connu une croissance encore plus rapide (de près de 70 fois, passant d’environ 7 millions à 470 millions). L’Afrique subsaharienne abrite aujourd’hui un chrétien sur cinq (21 %) et plus d’un musulman sur sept (15 %). L’Afrique du Nord, à majorité musulmane, et le sud de l’Afrique, fortement chrétien, sont séparés par une «ligne de faille religieuse » constituée d’une bande de 4 000 milles, s’étalant de la Somalie à l’est au Sénégal à l’ouest. C’est l’espace de tous les périls où des conflits ethniques et sectaires provoquent épisodiquement des effusions de sang faisant des centaines de victimes. Les pères fondateurs de l’Unité africaine doivent se retourner dans leurs tombes. Le regain de religiosité est une arme à double tranchant, une source de conflit comme une source d’espoir dans la région : les chefs et les mouvements religieux sont, en effet, une force majeure dans la société civile et un pourvoyeur conséquent d’assistance et de secours pour les plus nécessiteux, dans un contexte de déliquescence généralisée des États et d’effondrement des services publics. Mais comment les Africains subsahariens perçoivent le rôle de la religion dans leur vie et leurs sociétés ? Deux ONG américaines, Forum Pew Research Center et la John Templeton Foundation, ont effectué un sondage d’opinion sans précédent, réalisant 25 000 interviews directes dans plus de 60 langues ou dialectes dans 19 pays, représentant 75 % de la population totale de l’Afrique subsaharienne(*). Les résultats du sondage suggèrent que de nombreux Africains profondément attachés à l’Islam ou au christianisme continuent de pratiquer des rites hérités des religions traditionnelles, notamment l’animisme. Beaucoup sont sincèrement démocrates et déclarent le droit pour les autres religions d’être pratiquées librement. Dans le même temps, ils sont également favorables à la transformation de la Bible ou de la charia en droit positif. L’Afrique subsaharienne figure aujourd’hui clairement parmi les espaces les plus religieux du monde. Dans de nombreux pays, près de neuf personnes sur dix, ou plus, affirment que la religion est «très importante» dans leur vie. Un autre indice mesure ce regain de ferveur religieuse : au moins la moitié de tous les chrétiens des pays de la région s’attendent à ce que «Jésus revienne sur terre» de leur vivant, tandis qu’environ 30 %, ou plus, des musulmans s’attendent à voir restauré le califat, vu comme l’âge d’or de la civilisation islamique, de leur vivant également. La grande majorité des gens sont également pratiquants, mais ils recourent aussi aux rites, traditions et pratiques anciennes : ils croient à la sorcellerie, aux mauvais esprits, aux sacrifices des ancêtres, aux guérisseurs traditionnels, à la réincarnation et à d’autres éléments des savoirs africains. Christianisme et Islam y cohabitent cependant de moins en moins bien, même si beaucoup de chrétiens et de musulmans d’Afrique sub-saharienne décrivent les membres de l’autre communauté comme tolérants et honnêtes. Un nombre important de chrétiens africains (environ 40 % ou plus dans une douzaine de pays) considèrent que les musulmans sont violents. «Les musulmans sont beaucoup plus positifs dans leur évaluation des chrétiens que ne le sont ces derniers dans leur appréciation des musulmans.» Il faut néanmoins faire confiance aux Africains pour ne pas perdre le nord lorsqu’on les laisse décider librement de leur destin. Aussi sont-ils majoritaires, au sein des deux communautés, à classer au rang des priorités le chômage, la criminalité et la corruption bien avant les conflits religieux. Le rapport à la démocratie est moins évident. Certes, la plupart des sondés se disent favorables à la démocratie et à la liberté de croyance. Néanmoins, le sondage établit «un soutien substantiel parmi les musulmans et les chrétiens pour que le gouvernement soit fondé sur la Bible ou la Charia, de même qu’un soutien considérable parmi les musulmans pour l’imposition de peines sévères, comme la lapidation, en cas d’adultère». Beaucoup d’Africains sont alors préoccupés par l’extrémisme religieux, y compris au sein de leur propre communauté. En effet, de nombreux musulmans se disent plus préoccupés par l’extrémisme musulman que par l’extrémisme chrétien, et les chrétiens (dans quatre pays) se disent plus préoccupés par l’extrémisme chrétien que par l’extrémisme musulman. Dans l’ensemble, les chrétiens sont moins positifs dans leurs points de vue des musulmans que les musulmans des chrétiens ; un nombre important de chrétiens (allant de 20 % en Guinée-Bissau à 70 % au Tchad) pense que les musulmans sont violents. L’ignorance y est pour beaucoup dans ces préjugés : dans la plupart des pays, moins de la moitié des chrétiens disent qu’ils savent «un peu ou beaucoup de choses» sur l’Islam, pour la même proportion de musulmans à l’endroit du christianisme. L’enquête, américaine, soulignons- le, ne dit pas qui sont les commanditaires des conflits religieux et les intérêts fondamentaux, sonnants et trébuchants, qu’ils recoupent. Jean Christophe Servant a, sur ce point, raison d’écrire dans le Monde Diplomatique : «Au Nigeria, la férocité des luttes politiques en vue de s’accaparer la meilleure part du gâteau national reste en effet la grille principale avec laquelle on doit continuer à décoder la moindre secousse ethnicoreligieuse. »(**) On doit faire confiance aux Africains pour absorber par eux-mêmes les potentiels de violence que peuvent recéler les différentes communautés et qui menacent leur cohésion nationale, pour peu que les «mauvais esprits» ne s’en mêlent pas. Une récente étude américaine suggère quelques pistes sur d’éventuels commanditaires des conflits religieux. Les États-Unis comptent revoir leur approche des affaires internationales par le renforcement de leurs liens avec les communautés et groupements religieux prévalant à l’échelle de la planète. La question est évoquée par un récent rapport au titre fort évocateur : Prendre en compte les communautés religieuses de l’étranger – Un nouvel impératif pour la politique étrangère des États-Unis.*** En réalité, le fait religieux dans la politique étrangère américaine n’est pas nouveau. Samuel Huntington et son Choc des civilisations, la signature par le président Bill Clinton de l’International Religious Freedom Act en 1998, ainsi que le feu vert donné par son successeur pour la création d’«armées de compassion» aux fins de combler les lacunes de l’État sur le plan socio-économique, sont des signes persistants et manifestes de l’intrusion grandissante du religieux dans la conduite du monde. Les rédacteurs du rapport insistent sur «une approche renouvelée de la part de l’Administration américaine, qui prenne en compte les communautés religieuses et leurs représentants et soutienne leurs actions», parallèlement aux relations avec les États et les représentants de la puissance publique.
A. B.

(*) Lugo Luis et Alan Cooperman, Islam and Christianity in Sub-Saharan Africa, Pew Forum on Religion & Public Life, April 15, 2010. http://pewresearch.org/pubs/1 564/islam-christianity-in-subsaharan- africa-survey
(**) Jean-Christophe Servant, Au Nigeria, le retour du «génie du mal», Le Monde diplomatique, jeudi 15 avril 2010. http://blog.mondediplo.net/201 0-04-15-Au-Nigeria-le-retour-dugenie- du-mal
(***) Engaging Religious Communities Abroad : A New Imperative for U.S. Foreign Policy (Prendre en compte les communautés religieuses de l’étranger : Un nouvel impératif pour la politique étrangère des États-Unis). http://www.thechicagocouncil. org.


Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/05/11/article.php?sid=99947&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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