L’accord d’association entre l’Algérie et l’Europe ne sera pas remis fondamentalement en cause. Une option de rupture est improbable. Par contre, rien ne présage que les discussions annoncées en juin dans le cadre de la «clause de rendez-vous» vont donner du dynamisme à nos relations. Alger, déçue par la relative insignifiance des investissements directs européens, s’est placée dans une position défensive.
On ne remet pas en cause l’accord de manière fondamentale, le discours «sage» de Mourad Medelci vient compenser les critiques acerbes d’autres ministres. On fait savoir cependant que du moment que les accords ne profitent pas à l’Algérie, on fera en sorte d’en réduire les impacts. C’est une position défensive.
La représentante de l’UE s’est fait fort de rappeler, dans un entretien accordé à un confrère, que si les stratégies défensives permettent souvent de gagner du temps, elles ne permettent pas de gagner en général. Ce discours «raisonnable» n’enlève rien au problème posé par le déséquilibre flagrant dans la relation entre l’Algérie et l’Union européenne. Dans sa relation avec l’Europe, l’économie algérienne est bel et bien dans un statut de client passif. Le côté négligeable des exportations hors hydrocarbures algériennes vers l’Europe est perturbant. Les Européens ont beau jeu de l’imputer à la faible performance des entreprises algériennes face à un marché aux normes exigeantes. Ce n’est pas totalement faux. Mais en contrepartie, on n’a pas constaté depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association des incitations sérieuses à investir en Algérie. S’il y a un désabusement à l’égard de cet accord qui va au-delà du gouvernement, c’est justement son peu d’incidence sur le développement.
L’accord sert aux Européens à vendre et à conforter l’Algérie dans le statut peu enviable d’économie d’importations. Le «changement de cap» de la politique économique du gouvernement algérien est supposé introduire des correctifs à cette situation. Cette réponse – incarnée par la LFC 2009 – est discutée en Algérie même. En contestant de plus en plus fortement certaines de ces réponses, le FCE vient de subir un départ «ordonné» des managers publics. Elles ne manquent pourtant pas de bon sens, certaines de ces remarques. Comme le fait que des commerçants européens puissent constituer une société en Algérie et y détenir 70% alors que des producteurs ne peuvent détenir que 49%. On voit mal en quoi cela inciterait les Européens à sortir de leur stratégie strictement commerciale destinée à capter une clientèle solvable pour leurs entreprises. Avec un sens de l’opportunité, ces Européens qui n’ont pas beaucoup investi avant la LFC 2009 trouvent argument dans cette dernière et font valoir que ses dispositions sont rédhibitoires pour les investisseurs.
La boucle est ainsi bouclée. L’Algérie a bien entendu intérêt à «monnayer» son marché et sa solvabilité pour obtenir que les Européens s’intéressent à l’investissement productif et au développement. Beaucoup d’économistes font valoir cependant que la règle des 51/49% généralisée à tous les secteurs n’est pas un moyen pertinent d’y parvenir et qu’il ne faut pas se tromper de mesures. Le réajustement à faire – en faveur de l’investissement productif – est nécessaire pour que l’on s’oriente vers un partenariat gagnant-gagnant.
9 mai 2010
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