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ELLE COÛTE UN TIMBRE POUR L’AUTEUR ET UNE CARRIÈRE POUR LA VICTIME La lâcheté des lettres anonymes

3 mai 2010

Contributions

Lorsque j’ouvre une enveloppe qui m’est personnellement adressée, je regarde la signature au bas de la lettre. Si elle est anonyme, je la mets directement au panier. A quoi bon accorder de l’attention à de lâches rédacteurs?».

C’est la réaction d’un religieux à l’abondance du courrier anonyme de dénonciation dans son secteur. Une belle leçon de raison donnée à ceux qui usent ou abusent de ce genre de procédé qui coûte un timbre à son expéditeur et une carrière ou toute une vie à sa victime. Les grandes campagnes de lutte contre la corruption ont rappelé, à certains, la sinistre mémoire des fameuses lettres anonymes qui ont fait éclaté des vérités cachées mais qui ont brisé des vies et des carrières entières. Fille aînée de la surveillance policière en mode dans les régimes politiques policiers, la lettre anonyme a connu ses décennies de gloire, en Algérie, à l’époque du socialisme et ses économies d’appareil, sa SM et son parti unique. Parfois argument majeur d’une campagne de purges ou d’enquêtes ciblées, ce genre de courrier, à double tranchant, a très tôt fait de démonter son caractère nocif et «très lâche». Car au lieu d’assumer une citoyenneté entière et un courage de face, le rédacteur de la lettre use de son anonymat pour intenter des procès et des diffamations qui ne vont rien lui coûter à la fin. La psychologie des rédacteurs des lettres anonymes démontre, en effet, souvent que l’expéditeur n’est absolument pas motivé par le souci de justice, mais par le besoin de vengeance ou l’alibi de la moralité détournée de ses fins. Si la lettre anonyme reste un moyen pour les faibles et les moins protégés pour alerter les pouvoirs publics, elle constitue aussi le vice des plus lâches pour manipuler la justice. Les lettres anonymes restent donc un faux butin pour l’Etat de droit et peuvent faire déclencher des enquêtes mais sur la base de simples suppositions et affirmations non signées. Depuis peu, ce genre de missives peut aussi constituer le premier recours pour les règlements de compte personnels et les calomnies les plus diverses. La cible de ces rédactions reste souvent le staff dirigeant, les directeurs et les premiers responsables administratifs ou d’entreprise souvent impuissants à satisfaire tout le monde. Ces lettres restent aussi l’arme fatale des femmes en quête de vengeance pour dénoncer des manoeuvres d’harcèlement sexuel supposé, sans oser le courage de s’identifier pour mieux aider à ce que la justice soit faite. La conjonction entre des animosités ou des empressements policiers et une lettre anonyme pouvant être à l’origine de drame familiaux irréparables: pour la société algérienne très conservatrice, la simple accusation d’harcèlement sexuel pour un cadre père de famille, vaut le poids d’une inculpation vérifiée même si ce n’est pas le cas. Les conséquences sur la vie de famille de la cible sont souvent très lourdes et imposent des mutations, des changements de résidence ou des démissions. «Il suffit qu’un salarié mécontent de sa fiche de paie prenne un stylo et une feuille pour qu’on s’empresse, parfois, de briser un cadre supérieur responsable de toute une administration et sur lequel repose une réforme, une relance ou le pain de dizaines d’autres salariés. Il y a là un grave problème d’appréciation des faits», nous expliquera un sénateur. Le phénomène de la lettre anonyme touche aujourd’hui tous les secteurs économiques et administratifs du pays. «On en parle pour les marchés et les appels d’offres internationaux, comme pour les simples luttes de section syndicale dans une commune enclavée», analyse notre source. Preuve d’un déficit flagrant dans les systèmes de contrôle public de gestion et d’administration ou des pouvoirs locaux. Depuis peu, et avec un recul du poids de l’élu face à celui de l’administrateur et un affaiblissement du mouvement associatif ou celui des journaux et des médias, comme le répètent certains, c’est toute la machine du contrôle public et par les pairs qui se retrouve grippée. Conséquence? Une méfiance accrue et une tension sociale qui ne trouvent d’exécutoire que dans le recours à la recette ambiguë de la lettre anonyme et à ses dérives. En l’absence d’une véritable justice pour tous, pleine et active, c’est la justice de chacun pour soi, avec lettres anonymes, dénonciations, diffamations et accusations ciblées. Ce genre de courrier pouvant, à la longue, permettre quelques découvertes et quelques réussites d’enquête mais desservent grandement le sens de la justice et de la responsabilité de chacun. La méthode ayant fait aussi de grandes victimes à chaque campagne contre le cadres algériens ou à chaque mode de lutte contre la corruption, réduisant la volonté d’assainir, à la scène d’un règlement de compte. Et comme pour démontrer le caractère maladif de la lettre anonyme, les dénonciateurs du genre sont appelés les «corbeaux » dans la tradition française. D’où vient cette image? D’une ancienne histoire que l’on peut retrouver sur le net et que le législateur algérien, le responsable politique, le juge ou l’enquêteur policier doivent méditer car le phénomène fait encore des ravages dans le société algérienne et au détriment de son «encadrement» déjà insuffisant: l’expression «corbeau » trouve ses origines dans les années 20, suite à un fait divers qui s’est déroulé dans la ville de Tulle, en Corrèze, entre 1917 et 1922. «Une véritable nuée de lettres anonymes s’abat alors sur la ville: tout le monde est visé et tout le monde finit par suspecter tout le monde. On finit par inculper et juger une hystérique… La presse s’empare de l’affaire, qui tient la France en haleine pendant des semaines. C’est le journal  »Le Matin » qui donnera naissance à l’expression, en décrivant l’accusée comme un corbeau, dans ses vêtements noirs de deuil: un «oiseau funèbre qui a replié ses ailes». Quelques années plus tard sortira le film d’Henri-Georges Clouzot,  »Le Corbeau », réalisé pendant l’occupation, et qui dépeint l’ambiance lourde de la France de Vichy. Lâcheté, mesquinerie et délation sont au menu… Le film tourne justement autour d’une affaire de lettres anonymes. Le succès de l’oeuvre de Clouzot fera définitivement passer le mot  »corbeau » dans le langage courant pour désigner ce type de délateurs». MB

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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