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Des souris et des hommes par Kamel Daoud

24 avril 2010

Contributions

C’est une règle universelle de détournement de sens : lorsqu’un peuple veut changer de président, le président change de ministres. C’est la nouvelle rumeur mise en ligne depuis quelques jours chez nous. A l’appui de ce bruit hammam, la discrétion médiatique des ministres, la nouvelle bouderie de Bouteflika

et son absence du GNL 16, évènement qui pourtant a réuni tout ce que aime Bouteflika : une jonction entre la Jet-set internationale, le pétrole et les étrangers. Mais au beau milieu de cette chronique, quelque chose monte le long de l’estomac : une sorte de nausée. Explication : faut-il encore parler de ce bonhomme national et des siens ? Peut-on vendre un journal en annonçant un nouveau gouvernement ? A quoi ça nous sert ? A une analyse amusante : en règle générale, dans «les républiques pipe-line», une équipe de gouvernement se divise en trois catégories : les ministres «pétrole», les ministres «sociaux», les ministres «hommes de mains».

Les premiers dépendent à moitié du président qui les désigne et à moitié de leurs partenaires occidentaux, de leur maîtrise de l’anglais et de leur expérience dans les transactions internationales et dans les marchés des énergies. Les seconds sont souvent recrutés dans les partis de base qui soutiennent le président X, administrateurs moyens, beaux parleurs parfois, bon ramasseurs de balles et parfaits militants capables de comprendre ce que veut le président et de traduire ça en budgets, remerciements et annonces de projets. La troisième catégorie, celles des ministres «hommes de mains» est plus fascinante : se sont des hommes qui sont très proches du président X, qui ont croisé son enfance ou sont natifs de sa région ou de son village, qui l’ont fréquenté quand ce même président n’était qu’un homme avec un manteau déchiré, qui le défendront parce qu’il s’agit d’une question de survie pour eux. Dans le cas de l’Algérie, pour les ministres «hommes de mains et de cœur», on peut lister Zerhouni bien sûr, Barkat surtout ou, à moindre degré, Ould Abbas, officieusement. Dans la catégorie ministre pétrole, il y a Khellil et les siens bien sûr.

Dans la catégorie ministres «sociaux», on a Ould Abbas, officiellement, Amar Tou, Ghoul et les autres dont le peuple ne se souvient pas des noms sauf quand il regarde l’ENTV. Bien sûr, le schéma n’est pas aussi stable : un ministre «sociale» comme Ould Abbas peut jouer sur la région, la relation avec la mère défunte du président et sur la proximité affective. On peut aussi avoir des anomalies genre Benbouzid, qui n’est désigné par «personne», second prénom d’Ulysse le grec. On peut aussi avoir des ministres flottants genre Ghoul et des ministres mondains genre Messahel. Autour de ces lignes, s’organisent la rente, la haute administration, les parrainages et les familles. Le président possède donc «ses» ministres tout autant que d’autres parties. Changer uniquement les ministres «qui donnent», dits les ministres de la distribution de la rente et des projets de développements, ce n’est pas un évènement mais des mutations. Faire changer les ministres du président, c’est un coup d’Etat ou une révolution lourde. Faire changer le ministre du pétrole c’est une redistribution des pouvoirs et des forces. Faire changer le ministre des affaires africaines, c’est de l’oisiveté. C’est pourquoi l’info sur un remaniement ministériel déjà décidé avant le sommet de la Ligue arabe peut être importante, vitale, soporifique ou banale. C’est selon. A la fin ? La nausée a disparu, un intérêt se réveille. Cette analyse peut être fausse, mais tout ce qu’on a depuis l’Indépendance : des yeux pour humer les traces. C’est notre terre (nous y sommes), mais c’est leur pays (ils l’ont libéré).

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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