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Les élites arabes et musulmanes de Mohamed Lakhdar Maougal (aux éditions Sid Ali Sekhri, Mille feuilles, Alger)

23 avril 2010

Non classé

[Bouillon de culture] Commentaire sur : « «Les élites arabes et musulmanes», nouvel ouvrage de Maougal »

Vendredi 23 avril 2010 5h20


Auteur     : Fethani (IP: 213.140.59.46 , 213.140.59.46)
E-mail     : nfethani@yahoo.fr

Les élites arabes et musulmanes
                          de Mohamed Lakhdar Maougal
          (aux éditions  Sid Ali Sekhri, Mille feuilles, Alger)

 


                 L’ouvrage est volumineux -285 pages-. c’est une rétrospective sur la formation élitaire musulmane en domaine d’arabophonie- que nous propose aujourd’hui l’universitaire et intellectuel Mohamed Lakhdar Maougal sur les élites est le premier volet du troisième tome d’une série (2004 – 2005 et 2010)


Il s’agit d’un ouvrage édifiant  à plus d’un  titre. Composé de trois parties, même si la présentation « lisse » qui en a été faite par l’éditeur en a fait un travail pour grand public averti alors qu’il s’agit avant tout d’un essai académique et militant, traduit un consciencieux examen de la question élitaire à l’aune de deux logiques principales.
    La première est d’abord celle qui rend compte d’un engagement militant d’un intellectuel qui se soucie en premier chef du devenir d’une civilisation (en l’occurrence ,ici, la civilisation arabo–islamique) qui  semble devenir de plus en plus problématique en raison de ses dérives actuelles(voir l’annonce de l’extrait de la quatrième de couverture). Il s’agit d’un discours plus ou moins doctrinaire d’un témoin autant que d’un acteur averti et critique des luttes qui ont accompagné la lente formation, la difficile maturation et la fulgurante et rapide usure du nationalisme arabe, tout particulièrement depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce premier discours doctrinaire se veut incisif et sans complaisance. Il explique patiemment la grave dérive d’un projet pour lequel les sociétés musulmanes arabophones ont payé souvent un lourd tribut du fait des  guerres et des crises d’émancipation avortées.
Ce discours intervient aujourd’hui après les échecs affligeants du nassérisme, du boumédiennisme et enfin du saddamisme. Cet échec, Maougal l’attribue, sans détour, aux tergiversations des pouvoirs politiques arabes et de leurs institutions qui ont tourné le dos à la démocratisation citoyenne qui s’impose de plus en plus comme la solution idoine aux grands problèmes de l’heure. Pour resserrer le cercle étroit des représailles dictatoriales,les régimes arabes, totalitaires et autistes, tous confondus, ont imposées des camisoles à leurs peuples. Ces représailles ont abouti à des dépolitisations graves qui ont conduit rapidement à hypothéquer sérieusement les finalités des combats émancipateurs initiés par les grands nationalistes à l’instar  de Djamal Eddine El Afghani, de Saad Zaghloul, de Georges Habache pour l’Orient, et de Abdelkrim El Khattabi,  de Habib Bourguiba et de l’emir Khaled  pour le Maghreb.                       
Par ce discours doctrinaire qui se revendique explicitement de la révolution modernitaire et progressiste, Maougal démonte la mécanique implacable de la recolonisation des anciennes colonies et autres protectorats avec l’assentiment et l’intéressement des nouvelles classes sociales compradores et dictatoriales qui instrumentent des phalanges médiocratiques. Ces dernières sont chargées de la mission indigne d’agir sur des sociétés anéanties et chloroformées par le terrorisme intellectuel et identitaire. C’est ce qui s’était passé lors de la crise institutionnelle de 1929 en Egypte et qui se perpétue jusqu’aux toutes dernières gesticulations téléguidées de prétendus vigiles du patriotisme maghrébin en passant par les crises identitaires provoquées comme en 1949 :crise dite berbériste-, 1953 :crise de la colline oubliée-, 1980 ; la  double crise  dite identitaire islamo berbériste- et l’actuelle pitoyable autant que lamentable mise en scène qui tente de créer des diversions dans des conjonctures de confrontations violentes et assassines. Il est vrai qu’aujourd’hui a sonné l’heure des bilans des développements qui fait resurgir les  dérives mortelles comme les corruptions, les coups d’état d’inconstitutionnalité, les tentatives de contrôles draconiens serrées des populations civiles suite à des injonctions des véritables « maîtres du monde » qui restructurent à leur unique profit un nouvel ordre international néocolonial s’appuyant sur des périphéries remonarchisées ou soumises à des projets des républicanismes bananiers
La seconde logique  est, quant à elle, disciplinaire. Ainsi seront convoquées et articulées l’anthropologie, l’archéologie, l’histoire, la linguistique, la littérature, la philosophie du langage, la pédagogie, la sociologie  et la traductologie.
A partir du socle constitutif de deux langues de travail (la langue arabe académique et la langue française universitaire) des textes fondateurs aussi bien arabes que français, très pertinents, sont visités et épluchés.
Dans le domaine proprement arabophone sont convoqués à cette fin d’exposition rigoureuse et pédagogique, les textes anciens de la littérature arabe (la poésie anté-islamique), la pédagogie de l’histoire selon Ibn Khaldoun, la pédagogie très disputée et très controversée de l’histoire de la littérature arabe dans les débuts du XX°siècle en Egypte, la poésie révolutionnaire irakienne entre les deux guerres mondiales ainsi que la diatribe et la controverse édifiante (Chekib Arslane/Taha Hussein) née de la crise égyptienne de 1929.
Dans le domaine proprement francophone l’auteur s’appuie sur des textes faisant universellement et unanimement autorité académique à l’instar des études magistrales de certains orientalistes français connus pour leurs sympathies arabes et pour leurs engagements et soutiens aux causes nationalitaires en particulier lors des décolonisations aussi bien en Orient qu’au Maghreb comme les essais de Jacques Berque, de Maxime Rodinson, voire l’histoire de la littérature arabe de Régis Blachère grand premier traducteur du Coran (1955). Dans cette même perspective anticoloniale s’inscrit la contribution de Frantz Fanon pour ce qui concerne l’Algérie, surtout dans son essai sur l’An V de la révolution
Deux textes fondateurs et néanmoins problématiques ont retenu l’attention du chercheur en ce qu’ils développent des thèses originales et extrêmement utiles pour comprendre les bien actuels développements de la régression qui frappe de plein fouet le monde arabe et musulman.
Le premier est un essai sur le mode confessionnel qui vient toutefois de faire l’objet d’une révision et d’une reformulation moins cadrée et moins contrôlée que la première. Ce texte anglais, initialement écrit en langue anglaise, est l’ouvrage édifiant de Thomas Edouard Laurence dit d’Arabie, étudié ici en sa version de 1922 traduite en  langue française. Il s’agit d’un aveu contrit mais avec certains élans de sincérité de la part de cet ancien agent des services secrets britanniques qui fut investi au début du XXe siècle de la mission de lever une armée arabe pour abattre le califat ottoman et restaurer le califat musulman soit en Mésopotamie pour les Hachémites, soit pour les rejetons corrompus des khédives égyptiens.  Cet ouvrage dense et fort intéressant établit la certitude que l’élite arabe aura été préfabriquée à des fins de perpétuation d’hégémonisme dans une contrée fort convoitée car elle laissait déjà entrevoir d’immenses réserves de …pétrole ! La nouvelle édition qui vient de voir le jour après la levée des secrets pour versement dans le domaine public ne manquera pas de nous étonner si les éditeurs ne sont pas encore contraints de nouveau pour des raisons d’Etat à se conformer aux diktat des politiques. Mais la Grande Bretagne est assurément une monarchie constitutionnelle et néanmoins démocratique.  Attendons de découvrir si la démocratie britannique s’avèrera ou si la raison d’Etat, surtout en ces conjonctures actuelles, ne finira pas par faire retomber le couvercle et la chape sur les confessions de l’ancien  colonel, honorable correspondant.
Le second ouvrage en langue étrangère lui aussi, en français cette fois-ci, est décoiffant. Il s’agit de la biographie très orientée consacrée par l’historien français Benoît Méchin–qui fut autrefois l’invité du festival panafricain d’Alger en 1969- à la dynastie des Saoud. Celle-ci fut préfabriquée par les Britanniques sur un terreau fondamentaliste wahhabiste qui devait se distinguer dans sa lutte à outrance contre la Turquie aussi bien ottomane que surtout kémaliste comme il se distinguera particulièrement dans sa lutte à mort contre le nationalisme communautariste arabe en sa version égyptienne et contre le républicanisme arabe en général aussi bien de l’algérien Boumédienne que de l’irakien Saddam Hussein que du syrien  Hafedh  El Assaad ou du libanais Kamal Joumblat.
Ce livre développe une thèse originale qui passera inaperçue pour les lettrés arabes mais qui inspirera au sulfureux historien israélien Shlomo Sand sa thèse sur la fabrication du peuple juif  par ces mêmes Britanniques qui ont également fabriqué le peuple saoudien.
Les élites arabes et musulmanes, mythes et histoire illustre, sur un plan plus général, la thèse que développe Maougal depuis une dizaine d’années à savoir que les élites se distinguent fondamentalement des cadres et qu’elles se forment non dans les institutions plus ou moins spécialisées mais dans les crises sociétales.
Livre non seulement à lire mais à étudier attentivement pour comprendre les enjeux actuels des combats émancipateurs contre les néo colonialismes qui se mettent en place là où des vigiles imbéciles heureux croient encore à la persistance du colonialisme en sa version traditionnelle
                Nourredine  Fethani

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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5 Réponses à “Les élites arabes et musulmanes de Mohamed Lakhdar Maougal (aux éditions Sid Ali Sekhri, Mille feuilles, Alger)”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    LE PIED DE HANANEDE AÏCHA KASSOUL
    L’enrichissante épreuve de vie face au pire

    Le roman le Pied de Hanane, que nous offre aujourd’hui Aïcha Kassoul, est un itinéraire quasi initiatique d’une femme algérienne en prise de conscience au plus fort de la tragédie d’un pays.
    De l’enfance insouciante contrariée par la bêtise d’une enseignante injuste et raciste, à l’épreuve du feu face à de jeunes décervelés et endoctrinés qui veulent la condamner parce qu’elle enseigne la langue «de la laïcité et du colonialisme», la narratrice, sur le mode du récit, déroule des pans entiers d’une vie qui pourrait être non seulement celle de l’auteure mais celle de toute Algérienne et de tout Algérien. Il y a cependant quelque chose qui distingue cette enseignante romancière lettrée, nourrie aux humanités grecques et latines. Son écriture témoigne de ce souffle paradoxal où se combinent en s’entremêlant le vitalisme et la morbidité. On y décèle alors l’influence des grands tragiques grecs et des poètes et des essayistes latins. Conjuguant la trame tragico-dramatique d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide avec l’allure emportée de la comédie-farce de Plaute et d’Aristophane, Aïcha Kassoul nous ballotte entre un style sérieux et grave que casse et découd un autre style alerte et léger. C’est tantôt un ballet sur symphonie pesante et tantôt une fête galante sur fond de concerto allégro. L’écriture est quasiment musicale et envoûtante. Loin d’être «une revanche de la petite Arabe», et encore moins un banal récit de détournement d’avion un certain soir de décembre 1994, le Pied de Hanane c’est quasiment la plaidoirie de Nedjma, personnage central de Kateb Yacine, prenant en alternance la parole et la plume pour dénoncer un dérèglement du monde dans un pays qui, à force de chercher à produire les élans de l’espoir, n’aura abouti en définitive qu’à révéler la puissance destructrice de la désillusion. Aïcha Kassoul décrit, par de subtiles touches, toutes ces régressions adossées à l’insolente médiocrité. Elle nous aide à découvrir, grâce à son récit, une société algérienne rendue à elle-même par une indépendance qui comme le tapis de Pénélope n’a pas cessé de se défaire inéluctablement et tragiquement. Au gré de ses souvenirs amusés ou abusés de brillante lycéenne à Blida, cette âme sensible étale ici son indéniable don pour le diagnostic de la rude et bien enrichissante épreuve de vie face au pire. Elle révèle surtout, à contre-courant, la si forte et bien indigente facilité de la reddition à la gabegie. C’est alors qu’elle nous propose, pour nous guérir ou à défaut pour nous consoler de cet état du monde inacceptable, de revisiter avec elle la galerie de fantômes qui hantent sa mémoire intellectuelle et qui fourmillent dans ses souvenirs esthétiques. Elle nous les suggère, espérant sans doute nous arracher une complicité dans le partage de référents culturels. Sophocle, Aristophane, Diderot, Yourcenar, Kateb, Mammeri, Taha Hussein, Yahia Haqqi, Neguib Mahfudh. Tous l’ont accompagnée et soutenue sa vie durant et ne l’ont jamais plus abandonnée : une sœur révoltée par l’injustice et l’oppression, une petite fille morte en couches, l’inénarrable et insolent Jacques le fataliste, le truculent Neveu de Rameau, l’audacieux Zénon l’alchimiste, Adrien le sage et l’inégalé et énigmatique Salambô, Hassen pas de chance et Mustapha le rêveur désabusé, le révolté Arezki, Le petit aveugle d’El-Azhar, Oum Hachem et Hamida l’écervelée. Tout ce monde de personnages de grands écrivains, de mythes séducteurs et d’histoires plus ou moins inquiétantes vogue sur les lignes de crêtes des phrases du roman et nous harcèle de clins d’œil tantôt réprobateurs, tantôt goguenards et amusés. Kateb ressuscité ! Un livre à lire, assurément mais plus encore, à méditer.
    Noureddine Fethani
    Le pied de Hananede Aïcha Kassoul Editon Casbah

    Source de cet article :
    http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/01/26/article.php?sid=94771&cid=16

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    « DU CHEMIN ET DES HOMMES » DE MOHAMED REBAH
    Pour l’histoire, il fallait qu’un tel livre fût écrit. Mohamed Rebah l’a fait. Avec beaucoup de simplicité, mais aussi avec un certain brio, ce qui ne gâche rien. L’auteur signe là un des rares ouvrages sur l’épopée la plus flamboyante de notre histoire, qui ne soit ni convenu ni sentencieux.

    Ce livre doit son «épaisseur » à la somme de documents d’époque, de témoignages et de références d’archives exploitée par ce chercheur et néanmoins ancien pensionnaire des camps colonialistes de détention. Il nous rend le parcours sans faille et pourtant tourmenté de deux patriotes dont l’itinéraire entrecroisé a conduit sans détour au rendez-vous de l’histoire.

    Figure héraldique du mouvement progressiste en Algérie, Mustapha Saâdoun, né à Cherchell en 1918 et où il repose pour l’éternité depuis janvier 2009, avait eu tôt fait de prendre conscience de sa condition d’oppressé subissant la force, la violence, l’exploitation et le déni de tous les droits par une puissance qui se targuait bruyamment de sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen cependant qu’elle la foulait aux pieds et l’écrasait pour asservir, réduire et abaisser les Algériens.

    Si Mustapha n’aura de cesse alors de revendiquer pour son peuple la liberté, la justice et l’émancipation comme les plus hautes exigences d’humanité. Son nom va se profiler dans toutes les luttes, grandes et moins grandes de son temps. Avant lui, son frère cadet avait été impliqué dans un «complot» ayant pour but de fomenter un soulèvement et, pour cela, condamné à la peine capitale avant d’être amnistié.

    Saâdoun adhère au Parti communiste algérien en 1946, au moment où celui-ci appelle à la constitution d’un front démocratique anticolonialiste. Trépidant, toujours en mouvement, il s’attelle à organiser la lutte syndicale des ouvriers agricoles de la Mitidja dont il accompagne toutes les luttes. Il mène campagne contre la levée de contingents «indigènes » destinés à servir de chair à canon en Indochine.

    Il sera de la campagne de solidarité avec les militants de l’OS, la structure clandestine paramilitaire du MTLD et est l’auteur de plusieurs articles qui paraissent dans Liberté, l’organe du PCA. Son activité politique lui vaudra évidemment maintes interpellations, arrestations et brimades. Quand il est désigné en 1945 à la tête de l’UJDA, l’organisation de jeunes du PCA, l’estime qu’on lui porte et sa popularité débordent l’audience de son parti.

    Son voyage en Chine, en passant par le Vietnam, lui fait rencontrer Hô Chi Minh, comme plus tard, en 1961, il sera décoré par Youri Gagarine, le premier homme de l’espace. Noureddine Rebah a treize ans quand il participe à la manifestation du 1er mai 1945 organisée à Alger par le PPA, fer de lance du mouvement indépendantiste, et contre laquelle l’autorité coloniale fait donner la troupe et tue deux Algériens.

    Fraîchement libérée par les Alliés de la domination de l’Allemagne nazie qui l’avait occupée sans coup férir, la France s’épanche sur les Algériens désarmés. A quatorze ans, il est à l’UJDA avec Ahmed Akkache, Henri Alleg, Henri Maillot… Cette organisation sera le tremplin à partir duquel Noureddine et de nombreux autres de ses camarades seront projetés dans le feu du combat libérateur.

    Le jeune Rebah s’y déploiera par des activités nombreuses, intenses et mouvementées aux côtés, entre autres, de Abderrahmane Taleb, autre jeune trublion dont la tête allait bientôt tomber sous le couperet de la machine de mort de Serkadji. Le point d’orgue de l’investissement du jeune Rebah à l’UJDA fut sans conteste sa présence au Festival mondial de la jeunesse ouvert à Berlin en août 1951 et où les délégués algériens de son organisation, des SMA, de l’AEMAN… avaient défilé en entonnant Min Djibalina et en s’identifiant comme «la jeunesse algérienne en lutte pour l’indépendance».

    Son implication politique est à son comble : il est de tous les comités, de toutes les campagnes, de tous les meetings et de toutes les agitations. Il fait connaissance avec les geôles de la DST. C’est l’alter ego, la jeune émule de Mustapha Saâdoun. Il puise la force et la pugnacité nécessaire pour décrocher son baccalauréat et s’inscrit à la faculté de médecine d’Alger, mais le spectre et l’intensité de son engagement politique vont bientôt le faire renoncer aux bancs de l’université.

    A la veille de la Toussaint 1954, les communistes algériens se heurtent à l’impossible «front algérien» auquel ils s’arcboutaient, et avec les nationalistes radicaux, la revendication sociale et l’aspiration à l’indépendance se croisent, convergent, divergent. Quand les premiers coups de feu sont tirés, le choix insurrectionnel n’a pas été sans surprendre, décontenancer, voire indigner les communistes français du PCF. Mais la thèse thorézienne de la «nation en formation » déjà passablement ébranlée est maintenant en déroute ; la France est une entité oppressive et exploiteuse, non une composante à égalité avec les Algériens.

    Les communistes Algériens vont faire bouger les lignes, et au mois d’avril 1955, Noureddine Rebah accompagne Ahmed Akkache quand celui-ci tient meeting à El-Harrach pour exprimer haut et fort son soutien à la lutte armée. Le sort en était jeté. L’écart entre les communistes algériens, toutes origines confondues, et le PCF se creuse davantage.

    Le PCA est interdit en septembre 1955 pour collusion avec la rébellion et quand Henri Maillot déserte son unité le 4 avril 1956 en emportant un important stock d’armes, le coup d’éclat sonne comme un cinglant désaveu du vote des pouvoirs spéciaux par le PCF en mars de la même année.

    Mis en difficulté par sa propre intelligentsia, considérable à l’époque, qui estime que la cause du peuple algérien qui lutte pour détruire le système colonial est la cause de tous les hommes libres, le PCF «se bouge un peu», mais les communistes algériens, eux, se battaient déjà ! En attendant l’épilogue de leurs contacts avec le FLN, ils avaient formé leurs propres groupes armés, les CDL pour se tenir aux côtés des combattants de l’ALN.

    Mustapha Saâdoun et Noureddine Rebah plongent dans la clandestinité. Saâdoun intègre le maquis CDL, le fameux «maquis rouge» de Beni Boudouane, dans la région de Ténès, très tôt décimé par la sinistre et surarmée milice du bachagha Boualem. Il survécut miraculeusement à cette équipée et on le retrouve dans l’ALN où il favorisera l’implantation de maquis dans les massifs de sa région de prédilection, avant de pérégriner et de souvent galérer au gré des humeurs, des étroitesses et de l’ostracisme de certains responsables. Noureddine Rebah est tout à son activité clandestine qu’il tente de concilier avec des emplois à Aïn Errich et en Kabylie.

    En juillet 1956, il rejoint l’ALN sous la bannière de laquelle il tombera les armes à la main le 13 septembre 1957 dans la vallée dantesque de Oued Merdja. En replaçant Mustapha Saâdoun et Noureddine Rebah dans le long et exaltant combat des Algériens pour la liberté, la justice et l’indépendance, Mohamed Rebbah dessine aussi en contre-points ou en dressant les portraits, des figures sur lesquelles l’historiographie officielle n’a pas insisté quand elle ne les a pas carrément éludées malgré l‘engagement exemplaire et l’héroïsme reconnu de ces patriotes.

    Le vieux préjugé proto-nationaliste et son corollaire anti-intellectualiste sont parfois passés par là et les difficultés d’insertion sont allées de l’incompréhension et du rejet à l’hostilité contagieuse des délires d’épuration.

    Noureddine Fethani

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Les démocrates et les législatives du 17 mai

    Participation ou collaboration ?

    L’Algérie est assurément sur une pente plus dangereuse que jamais, celle qui la fera s’abîmer durablement dans les égouts du Léviathan.

    Il est malheureusement très possible que la confusion politique à laquelle se mêlent maintenant d’ex parangons de l’opposition démocratique convertis à la mode de la repentance ne soit que le syndrome annonciateur qui nous prépare

    l’opération suicide.

    Si, sous d’autres cieux, la participation politique associée au concept de citoyenneté est une norme érigée en valeur fondamentale qui confère aux gouvernes une influence sur le choix et le fonctionnement du système politique, elle n’a jamais été chez nous qu’une simagrée inutile et inopérante.

    Le verrouillage institutionnel, la toute puissance des partis-Etat gavés de rapines perpétrées sur les ressources nationales, le contrôle étroit de la vie politique, la mainmise sur le déroulement des élections et les trucages à grande échelle sont à ce point systématiques que l’issue des scrutins ne fait de doute pour personne.

    Dans ces conditions la pratique répétée du suffrage universel (plébiscites et autres élections législatives et locales) n’a jamais effrayé le régime, ses clients et ses auxiliaires recipendiaires de promotions, de privilèges et de prébendes fastueux qu’autorise l’opulence de la rente.

    Alors, quoi que puissent penser certains « spécialistes » pleins d’eux mêmes, à qui l’on impose qu’à condition d’user d’un galimatias aussi invérifiable que le leur, autrement dit de les inonder d’une pluie de fausse monnaie politique, la clarté et même à l’occasion, l’ingénuité n’est pas forcément une marque d’ignorance; les étonnements qu’il nous arrive de manifester ne leur semble scandaleux que parce qu’ils rechignent à l’habitude cartésienne, voir simplement puérile et honnête, de dire « pourquoi ? »

    Le magnétisme de la rente, ce virus propagé partout, fait apparaître les faux prophètes et ameuter les magnans. Les clans s’agitent, les oppositions se rallient, les trublions se divisent. Les dissidents de notre grande cause grossissent le flot, ternissent nos épopées et brouillent la vérité.

    Passés pour d’indomptables et inexpiables pourfendeurs du système, des démocrates-ils se sont longtemps arroges le monopole de ce label-pourtant sortis chaque fois démembrés des scrutins concoctes par le pouvoir ne trouvent rien mieux que de « remettre ça » avec, en sus, l’offre non plus secrète mais déclamée sur les toits de participer a l’exécutif d ‘un système plus qu’à son tour décrié comme « le gestionnaire de la fraude » et « l’artisan de l’échec recommencé ». Ce mouvement de va et vient, ce jeu de yo-yo, en devient maintenant franchement indécent et, plus encore, délétère parce qu’en dirigeant une fois encore l’opposition sur le terrain des illusions, on ne propagera que l’illusion de faire de l’opposition.

    Pour transformer en pur or la boue du système, la branche rédditionniste sortie du MDS brandit la pierre philosophale; ceux là vont « réhabiliter le suffrage universel », rien moins. Il est vrai que l’exposé des motifs a été un grand moment. Les amateurs de bons mots ont retenu que c’était la une magistrale et éblouissante leçon de marxisme … tendance Groucho !

    Accessoirement, on pourrait comprendre que la cacochyme ANR, dont on ne se souvient pas qu’elle a quitté son grabat pour les luttes politiques, sociales et identitaires de ces dernières années, ne veuille pas mourir le ventre creux, ou que l’UDR réclame la rétribution des coups de serpe portés au RCD.

    Autrement dit, tout ce beau monde trouve naturel de faire trempette dans le Pactole plutôt que d’être submergé par ceux qui en dirigent le cours. Mais, de ce désir à un besoin positif de suicide, il y a un abîme. Il est déshonorant de laisser s’estropier et s’éliminer un organe aussi essentiel que l’opposition franche, frontale et radicale à un système infâme, un gynécée qui enfante la prédation et les plus effroyables scandales et dont les méfaits et les forfaits répandent les effluves du crime.

    Les démocrates et les patriotes fermés à l’envoûtement et attachés à la lutte ont le devoir de persévérer dans la contestation et de déjouer, sous toutes les formes possibles, les règles perverses d’un jeu électoraliste tout juste bon à attirer les cautions et la légitimation et à conforter le système, le régime et le pouvoir qui le portent.

    La seule offre de service honorable, c’est celle que l’on fait à son pays et à son peuple. Cela vaut infiniment mieux que de compter pour des avatars de la multiplicité du système.

    Noureddine FETHANI

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Il y deux ans, disparaissait Hachemi Chérif Le Feu et la Cendre
    par Noureddine Fethani

    Il refusait de se cacher et d’attendre quelque part des jours meilleurs quand des discours et des postures plus « correctes » faisaient admettre les bonimenteurs et les arracheurs de dents dans les asiles tranquilles et souvent dorés de France, de Navarre et d’Helvétie pendant que se jouait le sort de la patrie et que tombaient quotidiennement ses meilleurs enfants.

    Quels que soient les risques, en dépit des rafales qui l’avaient miraculeusement raté, il était toujours là, bravant les assassins et défiant ceux qui pensaient l’Algérie à la taille de leur appétit.

    Il est allé jusqu’au bout, accroché à son idéal et à son engagement comme à un sacerdoce, poussant le courage jusqu’aux limites de l’absurde. Il ne connaissait ni la mollesse, ni la tiédeur, ni le confort de ceux qui, parce qu’ils se sont tus dans ces moments où l’on trucidait à la chaîne y compris leurs propres « camarades », n’ont plus droit ni à la parole ni à jeter leur venin couleur d’encre.

    Jusqu’à l’épuisement, Hachemi Chérif aura été fidèle à son parcours, jalonné de luttes pour l’indépendance nationale, la justice sociale, la dignité humaine, le progrès général et la sauvegarde de la République.

    Il refusera l’indigence politique, la compromission et la promotion de la fatalité intégriste, face au système rentier et à la tentation du modèle archaïque et liberticide qui gangrènent l’Algérie et l’empêchent de s’affirmer pour s’inscrire dans le courant civilisationnel moderne dans lequel elle retrouverait l’essence humaniste et universelle; une identité nationale, une dialectique de l’affirmation de soi qui postule l’algérianité : l’arabe comme langue de savoir et de rationalité, l’islam religion de tolérance et de paix et l’amazighité composante incontournable de la réalité culturelle et linguistique du Maghreb.

    Pourfendeur inlassable et irréductible du régime et de l’idéologie rétrograde, « l’homme qui veillait au grain » (*), ne manquait jamais de surgir, chaque fois, pour pointer du doigt le péril, stopper les dérives et dénoncer les fastueuses exactions et les plantureuses turpitudes du système. La justesse de ses analyses et la pertinence de ses projections confinaient à l’insensé et l’on regrette aujourd’hui qu’il ne fût pas plus écouté et qu’il s’en fût allé aussi tôt, au grand dam de ceux, très nombreux, qui le tenaient pour un repère essentiel, une référence incontournable dans une scène politique à laquelle manquent terriblement sa lucidité, sa rectitude, sa rigueur et son autorité intellectuelle et morale.

    Sa disparition aura sérieusement étiolé l’aura du MDS où certains, comme s’ils avaient trop attendu, comme s’ils s’en étaient trop privé, ont eu tôt fait de se précipiter dans la fosse électoraliste pour tourner le dos à 80% des électeurs et, à la clef, une performance qui a inspiré le trait des caricaturistes et la férocité des persifleurs.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Le MDS commémore sa disparition
    Hommage à El Hachemi Cherif

    Le premier anniversaire de la disparition d’El Hachemi Cherif, leader du MDS, a été commémoré jeudi dernier au siège du parti sis au Télemly.

    Point de figures de proue du mouvement à cet hommage qui a commencé avec le dépôt d’une gerbe de fleurs au cimetière de Miramar. Les dissensions en sont pour beaucoup, soutient-on. Seuls quelques militants, sa femme, des victimes du terrorisme et Karim Younès et l’ancien président de l’APN y ont pris part. Toutefois, l’hommage boudé par les sympathisants n’en était pas moins émouvant. Le mot qui est revenu le plus dans la bouche des présents est celui du renoncement. Houria Sayhi, femme de médias, l’a d’ailleurs utilisé à satiété. Ahmed Miliani, nouveau secrétaire général du mouvement, rappellera, comme pour expliquer une désaffection certaine, qu’un hommage plus appuyé sera rendu le 5 octobre, journée de la naissance d’El Hachemi, et, étrangement, dit-il, celle des événements d’Octobre ou encore date qui a vu la disparition d’un militant du mouvement, Guenzet en l’occurrence. L’organisation à Melbou de l’Université d’été en est aussi la raison, insiste le SG. Pour Miliani, combler l’absence du leader n’est guère aisé. Ainsi, soutient-il, il est du devoir de ceux qui l’ont connu de poursuivre son parcours militant. A l’en croire, beaucoup ont voulu que le MDS disparaisse avec la mort de feu El Hachemi Cherif. Le secrétaire général n’a pas mis de gants pour fustiger, en aparté, ceux qui se font écho de la « dissidence ». Entendre, la presse écrite.

    Nourredine Fethani, membre du conseil national, nous dira qu’El Hachemi était intraitable et « désorientait de son vivant les dissidences latentes ».

    Deux courants plus ou moins imperméables sont apparus après sa disparition : les légitimistes et une aile dissidente menée par Hocine Ali, évincé des organes du parti. Mme Steiner, qui se dit proche du MDS, abondera dans le même sens en disant que l’homme, « fort de sa légitimité passée et de sa disponibilité jamais démentie », a su fédérer autour de sa personne plusieurs personnes, même celles ne partageant pas son analyse de la situation politique du pays. Ahmed Mahi évoquera dans un message celui, que « l’histoire retiendra tant son patriotisme, son engagement conséquent pour le progrès et la justice sociale relevaient de l’abnégation et de la modestie ». Plus loin, il fera savoir qu’en dépit de la maladie, il était « formidablement serein ». Rien de ce qui agitait le monde des idées, argue-t-il, ne lui échappait. D’autres sympathisants discrets mais néanmoins estimés par le défunt diront l’engagement d’El Hachemi. Ils évoquent pêle-mêle, l’étudiant qui « a pris à bras-le-corps la révolution, le scénariste qui a subi les affres de la censure et le politique qui a affronté le terrorisme ».

    El Watan Edition du 5 août 2006
    Par Nadir Iddir

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