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DECODAGES Les Algériens ont mal à leur économie

21 avril 2010

Contributions



J’ai eu, ces deux dernières semaines, plusieurs occasions de discuter, à des moments différents et dans quatre de nos principales villes, avec des cadres gestionnaires de différents secteurs d’activité économique ainsi qu’avec quelques entrepreneurs privés. Le thème qui revenait régulièrement, à chacun de mes entretiens avec ces cadres et entrepreneurs, concernait, bien sûr, l’économie nationale.


Sans avoir valeur de résultats d’un sondage d’opinion réalisé dans les «règles de l’art», les remarques et observations formulés par ces gestionnaires m’ont semblé intéressantes à résumer et à restituer aux lecteurs car touchant à des problèmes réels dont souffre notre économie. Deux grandes questions revenaient à chacune de mes discussions et semblaient préoccuper particulièrement mes différents interlocuteurs. D’abord, la question des perspectives économiques de notre pays, ensuite celle de la situation des cadres et de l’élite du pays, notamment notre jeune élite. S’agissant de l’économie, gestionnaires et entrepreneurs pensent que nous avançons dans ce domaine, «sans boussole », sans «perspectives claires», avec de grandes difficultés de lisibilité. L’exemple qu’ils ont le plus cité est celui de l’industrie : l’Algérie, qui se caractérisait avant toute chose par son ambitieuse politique d’industrialisation, n’a plus de politique industrielle. «Que devons-nous faire dans ce domaine pour renouer avec notre projet industriel ?» s’interrogent les entrepreneurs qui n’ont plus de repères pour leurs actions. Un autre secteur économique les préoccupe : l’agriculture : «Quelle est exactement notre politique agricole à moyen et à long terme et comment devra-t-elle s’articuler aux autres choix économiques et sociaux qui attendent d’être arrêtés ?» De même, «quelle stratégie devrions-nous mettre en œuvre dans le secteur de l’énergie et des hydrocarbures, mamelles nourricières du pays». Est-ce que l’objectif de «maximisation des recettes de l’État» sans cesse répété par le ministre de l’Energie peut remplacer l’élaboration d’une véritable stratégie du secteur ? De façon plus globale, cadres gestionnaires et entrepreneurs posent la question de savoir quel est le mode d’accumulation, c’est-à-dire, plus simplement, la politique d’investissement que nous devons promouvoir et qui tienne compte de toutes les nouvelles données nationales et surtout mondiales. Il ne suffit pas d’investir, il faut aussi savoir le faire c’est-à-dire savoir choisir les secteurs et les branches les plus porteurs ainsi que les technologies les plus appropriées notamment à l’objectif de compétitivité. Mes interlocuteurs ne s’expliquent pas ce «lourd silence» sur toutes ces questions et cette absence de «réflexion sérieuse sur une esquisse de développement de moyen/long terme qui puisse tracer à l’économie nationale un chemin de croissance orienté sur des objectifs précis, comme on a su le faire au début des années 1970». Mes interlocuteurs ont été sans complaisance : «Nous n’avons jamais été aussi imaginatifs et aussi immobiles. Est-ce que développer un pays, c’est engranger des ressources financières jusqu’à ne plus savoir quoi en faire? Est-ce que développer un pays c’est surveiller ses équilibres financiers externes ? Et, disent-ils, «équilibres par rapport à quoi ?!» L’inquiétude chez ces forces vives de l’économie est grande face à «cette incapacité qui semble frapper ceux qui sont aux affaires et qui se plaisent «à ne regarder que le guidon », nous obligeant, tous, à aller dans le mur. La situation économique et sociale actuelle interpelle tout le monde et exige une grande délibération sur les grandes options économiques du pays et surtout sur «les voies et moyens à même de remobiliser les Algériens sur ces nouveaux choix à arrêter». Les entrepreneurs pensent que les «problèmes politiques prennent une trop grande place dans notre société et qu’il faut apprendre à parler économie, à penser économie». «De toute façon, affirment-ils, une grande partie de ces problèmes politiques ont leur solution dans une bonne gestion de l’économie et nos décideurs ne semblent pas avoir compris cela !»
• Le second problème qui inquiète beaucoup de cadres gestionnaires, beaucoup plus d’ailleurs ces derniers que les entrepreneurs, est celui qui a trait à leur situation et plus exactement à leur statut social dans leur pays.
• Première constatation : un nombre considérable de quadragénaires et de quinquagénaires, sortis de grandes écoles et dotés de compétences et d’expérience chèrement acquises, sont purement et simplement renvoyés dans leur logement pour être remplacés par des personnes, pas forcément plus jeunes mais surtout beaucoup moins qualifiées. Les critères de la fidélité politique et de la servilité semblent plus en vogue encore aujourd’hui qu’ils ne l’étaient du temps du parti unique. Le gâchis est, bien sûr; énorme et le coût que supporte le pays est lourd, bien lourd.
• La seconde inquiétude qu’expriment les cadres que nous avons rencontrés est celle qui a trait à cette «saignée » de compétences nationales poussées à l’émigration «n’ayant plus rien à faire ici» de par la volonté de certaines personnes qui se sont accaparées certains centres de décision. Tous ces cadres forcés à l’émigration font partie, dans la grande majorité des cas, de l’élite algérienne et sont, de par leurs profils, accueillis sans difficulté au Canada, en France, aux États-Unis ou encore dans les pays du Golfe.
• Troisième observation : les jeunes diplômés algériens aspirent tous à aller faire valoir leurs compétences, leurs talents et leurs énergies sous d’autres cieux, considérant que «ce pays ne leur appartient pas autant qu’aux “chefs”». «Comment pourrait-on redresser la situation si le pays est vidé de sa sève ?» se sont demandés des cadres rencontrés dans le pôle économique de Annaba.
Pour ceux qui doutent encore de «l’instinct de vie» qui anime toujours les Algériens, ces inquiétudes exprimées par la «technostructure» nationale annoncent en fait que «l’après-sécuritaire » a commencé et que les urgences sont identifiées. Il reste aux pouvoirs publics d’engager la bataille de la réhabilitation économique.
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/04/21/article.php?sid=98928&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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