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KIOSQUE ARABE Attention, la biométrie a des oreilles !

19 avril 2010

Contributions


Pauvre Baradaï ! Le prix Nobel de la paix égyptien, candidat potentiel à la succession de Moubarak, par la voie des urnes, n’en mène pas large. Ses partisans les plus résolus et les plus actifs sont régulièrement tracassés, voire arrêtés par le pouvoir. Des complots se trament autour de lui et des ébauches de coalition se nouent ouvertement contre sa personne.

On voit des alliances douteuses se profiler entre les nassériens, ou ceux qui se proclament comme tels, et les Frères musulmans. Et ce n’est sûrement pas pour aider un homme qui peut s’avérer dangereux, par la suite, à cause de ses convictions démocratiques. Côté héritiers présomptifs, et souvent présomptueux de Nasser, on a de sérieuses raisons d’en vouloir à Baradaï. De son carquois ramené d’un exil de dix-huit ans, le successeur annoncé de Moubarak a sorti quelques flèches empoisonnées destinées à Djamal Abdenasser. C’est dans l’air du temps, et ça vous permet d’obtenir sans peine un satisfecit des Occidentaux. Seulement, la presse gouvernementale ne l’entend pas de cette oreille : alternant le persiflage et l’insulte, ses éditorialistes se sont lâchés. Baradaï est ainsi accusé d’attenter à la mémoire d’un président défunt, dans un pays où les chers disparus sont souvent accusés de tous les maux passés, présents et à venir. Puis on glisse in fine une allusion au père qui aurait milité dans le mouvement des officiers libres. Ce qui fait de l’adversaire du jour un parricide en puissance, doublé d’un profanateur de sépultures. Un chroniqueur, féru de gastronomie, s’enhardit à lui dénier tout mérite dans l’obtention du prix Nobel. Selon lui, Baradaï serait beaucoup plus apte à postuler un Nobel de Coca-Cola, ou de meloukhia (le fameux plat de viande cuit dans une mixture qui ressemble à du henné) et autres spécialités locales. Le très sérieux Al-Ahram recommande même aux parents de ne pas laisser les enfants seuls devant la télévision, au moment des apparitions de Baradaï. Il aurait ainsi des pouvoirs d’attraction nuisibles pour l’enfance, bien qu’il n’y ait aucune trace d’un séjour au Vatican dans son itinéraire. Dans ce sillage, les rares catalogués à gauche l’ont accusé carrément de faire des clins d’œil appuyés aux islamistes. Exercice d’explication de textes à pratiquer avec la plus extrême prudence. Tout ceci n’était qu’une mise en train, comme dirait le chef des comploteurs qui ont assassiné le candide Boudiaf. De fait, un super patriote arabe, plumitif dans un autre quotidien officieux, a sommé Baradaï de clarifier sa position en ce qui concerne Israël. Nous y voilà ! Les Égyptiens, qui étaient fiers d’avoir un des leurs à la tête de l’A.I.E.A, et plus fiers encore de son prix Nobel, deviennent iconoclastes. Un bon Égyptien, c’est quelqu’un qui vit à l’étranger, récolte des distinctions à l’étranger, sans s’aviser de revenir narguer le système en place, les bras chargés de lauriers. C’est de la concurrence déloyale pour un régime qui multiplie les échecs et les avanies. Alors, il faudra bien que Baradaï nous dise où il était lorsque les soldats égyptiens ont franchi le canal en 1973. Il nous doit une explication sur le fait qu’il n’a jamais servi dans l’aviation et n’a participé à aucune bataille aérienne au-dessus du Sinaï. Contrairement à celui(1) qu’il veut remplacer à la tête de l’Égypte. Bref, dans cette bataille médiatique, notre ami Ala Aswani, qui a pris fait et cause pour Baradaï, aura fort à faire pour contrer les attaques perfides et autres coups de Jarnac visant son candidat attitré. Sans compter que le Parti national, dont Moubarak assure la présidence sans fausse honte, fourbit ses armes, avec Baradaï en ligne de mire. Toutes les réunions du parti ne portent qu’un seul point à l’ordre du jour : comment conjurer le péril Baradaï ? En Égypte, les raisons d’aimer ou de haïr l’enquêteur spécial des Nations unies sur le péril nucléaire s’accumulent et se neutralisent pour le moment. Mais de telles incertitudes pèsent sur l’avenir de Baradaï, qu’il a décidé d’aller se ressourcer aux Etats-Unis, dont il possède aussi le passeport. Ce qui est pratique pour échapper aux scanners et autres innovations (pluriel de bid’a) ourdies par les Américains pour empoisonner la vie, et l’éternité, des bons musulmans. Baradaï a promis de revenir à la mi-mai, à condition que le nuage islandais(2) ne prenne pas la région sud-Méditerranée, comme villégiature de printemps, mais il y a de quoi être sceptique. L’homme qui a démasqué les plans nucléaires machiavéliques des mollahs iraniens a pourtant fait de grands efforts, pour apparaître comme un Égyptien authentique aux yeux des petites gens. On l’a vu ostensiblement faire la grande prière du vendredi, les bras croisés au-dessus de l’abdomen. Posture privilégiée des fondamentalistes, qui refusent d’y voir un lien quelconque avec l’attitude traditionnelle et altière observée chez les pharaons de l’Égypte ancienne. Comme tous les Arabes ayant franchi la soixantaine, il veut bien croire que la rédemption commence par l’adoption d’une tenue vestimentaire ad hoc. Il a troqué son complet veston contre une l’abaya locale et posé en compagnie de membres féminins de sa famille, convenablement revêtues de voiles à biométrie variable. Chez nous, et même sans diplômes ni prix Nobel, cela aurait largement suffi à asseoir une réputation et à vous assurer une qualification pour les plus hautes destinées. Un sondage que publie le quotidien Al- Khabar est venu conforter la conviction que nous devenons de plus en plus une société du paraître. La question posée par ce sondage est la suivante : «Êtes-vous pour ou contre le fait que la femme algérienne découvre ses oreilles et ses cheveux sur les photographies destinées aux passeports et cartes d’identité biométriques ?» Quelle que soit la valeur qu’on attache à ce sondage, les réponses me paraissent éloquentes et refléter l’état actuel de la société. Sur près de 90 000 participants au sondage, 85 % environ sont pour le hidjab qui recouvre les cheveux et les oreilles. Malgré la reculade évidente des autorités en la matière, les partis et les dirigeants de la mouvance islamiste exploitent à fond le laxisme de ces dernières années en matière de respect des lois civiles. Quand on autorise des femmes en niqab à franchir des dispositifs policiers, réputés sévères, comme le contrôle aux frontières, on valide des comportements. On en arrive ainsi à des appels à manifester sous prétexte que le gouvernement actuel tenterait «d’extirper l’Islam de la société algérienne». Ils ont raison, dans un sens, nos islamistes, la vue d’une oreille féminine fait se dresser plus d’un. Que dis-je : la simple évocation d’une oreille ou d’une mèche de cheveux entraperçue provoque des raidissements aux conséquences imprévisibles. Attention ! La biométrie a des oreilles et il est donc inutile d’y ajouter les vôtres. Dans le doute, s’abstenir se conjugue au féminin, mais l’abstinence n’est pas opposable à la masculine libido, aussi mal intentionnée qu’elle soit.
A. H.

(1) Là, je m’avance un peu trop sans doute et les témoignages divergent sur les qualités de guerrier de Moubarak. Franchement, je n’arrive pas à imaginer un tel homme réalisant des acrobaties aériennes dans le ciel d’Égypte. Il n’y a qu’un fantassin, de préférence un grenadier-voltigeur, qui peut tenir le pouvoir aussi longtemps en Égypte.
(2) Au moment où j’écrivais ces lignes, je ne pensais pas que j’allais être une «victime collatérale» de ce nuage islandais. Comme le wahhabisme saoudien, ce phénomène n’est nuisible qu’à l’extérieur de ses frontières naturelles. Je vais donc scruter le ciel musulman pour guetter les apparitions de fatwas explicatives émanant de nos théologiens.


Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/04/19/article.php?sid=98821&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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