Il y a des moments où, simple algérien assis sur le trot toir en face de l’Etat, on a de la peine à retenir le rire. D’ailleurs on reconnaît le burlesque à trois choses : le noir et blanc, le rythme des cascades
et, enfin, la date de fabrication des acteurs. Dernièrement, l’Algérie a reçu le président du Vietnam dans le cadre de la relance des relations entre les deux pays. Lesquelles? Celles d’autrefois. A l’époque où Bouteflika était jeune, l’Algérie non-alignée et le Vietnam utile comme partenaire de club et ancien Djoundi. En regardant le film des évènements lors de la visite du président vietnamien la semaine dernière, on pouvait facilement comprendre que cette visite remontait à au moins trente ans. Car elle n’avait aucun rapport avec le moment, le Présent, le temps immédiat. Il ne faut même pas être président de la République ou spécialiste de la politique étrangère algérienne et des alliances stratégiques pour s’étonner jusqu’au rire de cette «relance». Jugez-en: l’Algérie et le Vietnam ont signé à Alger plusieurs accords de coopération et trois « mémorandums d’entente». Lesquels ? A lire : ces accords concernent notamment l’«entraide judiciaire en matière pénale, civile et commerciale, l’extradition, et la protection des végétaux», selon cette source. Les «mémorandums d’entente» concernent les secteurs de la justice, la pêche, l’aquaculture et le sport. Un officiel expliquera même que ces accords «jettent des bases juridiques favorables à la coopération entre les deux pays dans la perspective de créer les conditions d’épanouissement de la coopération bilatérale». D’où la question que doit se poser tout algérien assis sur son trottoir d’origine, en face de son Etat en 2 D, muni d’un manuel sur le non-alignement et d’un traité de psychiatrie sur la nostalgie comme caprice étatique: c’est quoi l’entraide judiciaire entre le Vietnam et l’Algérie? Quand un banquier genre Khalifa veut fuir le pays qui l’a poussé au vol, il va à Londres ou au Vietnam ? D’ailleurs, il y a combien d’algériens qui ont falsifié des visas pour se réfugier à Hanoï et vice versa? Ils seront combien d’algériens en deux mille ans de hold-up, à se cacher au Vietnam pour nécessiter un accord d’extradition ? Pire encore, que faut-il penser de cet énigmatique accord sur «la protection des végétaux» !!!. Sachant que l’Algérie n’a presque jamais acheté une vache à manger de ce pays ami, on peut aussi tourner la page et s’interroger avec sérieux ou avec rire sur cet autre accord sur la coopération en matière de santé vétérinaire, ou sur le «mémorandum d’entente et de coopération dans le domaine de la pêche et l’aquaculture» signé, ô mystère! par le ministre algérien délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines !
Pour faire bonne mesure, enfin, et dans le cadre de l’esprit des non-alignés d’autrefois, les membres des deux délégations ont révélé une «convergence de points de vue» entre les deux parties sur des questions internationales d’actualités. D’où, enfin encore une fois, la bonne question: de quoi s’agit-il finalement, mis à part de la tentative de faire rire toute une nation ? Réponse: d’une maladie. Celle de la nostalgie. Traduire: le retour d’âge en politique. Le Vietnam est, dans l’esprit officiel algérien, un souvenir de jeunesse au plus haut niveau de l’Etat. C’est la seule piste pour expliquer cette mascarade. Le Vietnam est un pays souverain, ami, pas ennemi, pauvre, lointain, et on n’a rien contre sauf à ce qu’il cède à nos caprices de photos de groupes pour rappeler «le bon vieux temps». On n’avait même pas besoin donc de pousser au ridicule cette rencontre du « souvenir ». La tendance est morbide : elle nous a coûté l’argent d’un Panaf. Il ne nous manque qu’un sommet Afrique-Asie et la chansonnette de Lamari le chanteur.

































18 avril 2010
Contributions