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ENTRETIEN AVEC SMAÏL GRIM : «Coup de cœur pour la poésie de Matoub Lounès»

17 avril 2010

Non classé

Le Soir d’Algérie : Comment s’est fait votre chemin vers l’écriture ou peut-être vers l’édition ?

Smaïl Grim : N’était mon épouse, j’aurais sans nul doute gardé en moi, enfoui en ma pudeur, et enterrer ce «coup de cœur» pour «mon semblable, mon frère» Matoub Lounès. Je lui ai tant parlé du Rebelle, fait écouter ses chansons jusqu’à l’étourdissement qu’elle était convaincue que je saurais le faire aimer même à des néophytes. Grâce à sa sœur, libraire et critique littéraire émérite, j’ai pu rencontrer Sid-Ali Sekheri qui, de go, a apprécié la dimension «universelle et originale» de l’ouvrage et a décidé de l’éditer. Pour l’écriture en général, comme beaucoup de personnes, tout jeune je rêvais d’être «Victor Hugo ou rien» et on griffonnait des textes que, vite, on écrabouillait de peur du ridicule.

Vous consacrez votre livre à Matoub et, indirectement, à tous les poètes qui se sont brûlés les ailes à la beauté des mots. Pourquoi Matoub ?
Poètes maudits ou poètes au destin tragique ? Les Nerval, Pouchkine, Lord Byron, Corbière, Baudelaire, Poe, Verlaine, Rimbaud, Genet, Jean Sénac, ces orfèvres du mot «brûlés à leur propre voix» ont en commun avec Matoub Lounès cette quête de l’insaisissable étoile pour échapper à la sauvagerie naturelle de l’homme. La beauté des mots ciselés par le poète née de mots ordinaires, comme chez Lounès. Des mots souvent inquiets, modestes, implorants ou vengeurs et rageurs. A l’instar de ces poètes, il chante la désespérance, les témoignages de la douleur et de la tragédie du monde à travers sa propre souffrance. Non pour se lamenter mais pour combattre et faire taire les voix criardes et haineuses de l’oppression et de l’arbitraire. Matoub ne s’est pas contenté d’écrire de beaux textes et les chanter, il a tenté de concilier, d’allier le plus étroitement possible le verbe et l’action, le dire et le faire. Matoub intègre dans ses chansons non seulement les états fugitifs ou durables (émotions, sentiments) qui le traversent en tant qu’acteur et agent social mais aussi les situations et les personnages qu’il rencontre ou qu’il fréquente et qu’il place dans ses textes. Matoub, à l’exemple de ces poètes maudits, savait «qu’ils allaient mourir pour leur chimère et n’avaient pas espoir de vaincre», comme disait Verlaine.
Vous arrivez à déparler de Matoub en évitant la polémique sur les circonstances et les auteurs de son assassinat. Estimez-vous qu’on ne parle pas assez de Matoub poète ?

Mon intention n’était pas de parler de Lounès d’une manière qui convienne ou pas à certains ou à d’autres en évitant de polémiquer sur son assassinat. J’ai surtout voulu mettre en évidence, chose qu’on oublie, la portée universelle de sa poésie, riche et variée, de celle qui «jette sa flamme sur l’éternelle vérité» et les combats multiformes qu’il a menés pour la justice des hommes jusqu’à son dernier souffle. Quant à «l’autopsie de son assassinat», un travail d’investigation journalistique de longue haleine, la rétention d’informations empêche sa réalisation. Mais comme pour Victor Jara, le chantre de l’Unité populaire chilienne, assassiné, dont on vient d’arrêter un des meurtriers trente ans après, la vérité finira par jaillir aussi pour Matoub Lounès.
Vous êtes attiré par la chanson. D’où vient ce penchant ?

Avant tout de Na Zahra, ma mère, une inconditionnelle de Matoub qu’elle écoute jour et nuit. Peut-être aussi de cette Kabylie maritime d’Azeffoun, mon village natal, qui a enfanté et bercé tant de maîtres de chaâbi et de grands musiciens (El Anka, M’rizek, El Ankis, Iguerbouchen, H’nifa, Hilmi et bien d’autres) dont je me plais à fredonner les chansons pour me ressourcer. Cette Grande Bleue, ouverture et passerelle aussi, vers la chanson française à textes des Brassens, Brel, Ferrat, Ferré…
Vous venez du théâtre amateur que vous avez pratiqué d’abord en Algérie puis en France. Comment fait-on du théâtre amateur aujourd’hui ?

Lycéen, avec des camarades de classe, je découvris la magie du théâtre dans une troupe «d’agitprop », le Théâtre de la rue d’El Harrach qui connut un grand succès populaire avec deux pièces : Les Racines et Sens Interdit. Depuis le «virus» de la scène m’habite et me suit. Je continue à pratiquer le théâtre amateur avec un groupe d’amis dont Nouredine, un ancien du Théâtre de la rue, tous bénévoles, tout en exerçant d’autres activités professionnelles. A notre actif, trois pièces montées et jouées en France : Il était une fois… Si-Ahmed, Le cadavre encerclé et Veillée autour du cadavre encerclé de Kateb Yacine. La passion du théâtre et la camaraderie restent la cheville ouvrière du théâtre amateur aujourd’hui. Autour d’un verre d’amitié, naissent des créations théâtrales qui, souvent, meurent prématurément faute de moyens et de lieux de répétitions.
A. B.

Matoub, l’assoiffé d’azur

Enfin un livre sur Matoub qui ne soit pas polémique. Il est sorti de la passion de Smaïl Grim, un sociologue pratiquant le théâtre amateur, mordu de musique, et est publié par les éditions Mille-Feuilles. L’auteur ne se dérobe pas à l’éclairage de la situation politique dans laquelle Lounès Matoub a été assassiné en juin 1998. S’il brosse un tableau général où sont nettement situés les protagonistes de la violence politique en ces années 1990, il préfère néanmoins s’attacher à suivre le destin de poète maudit au destin tragique qui, de Rimbaud à Jean Amrouche, de Baudelaire à Victor Jara, par-delà les frontières, les époques, les cultures, continue à porter le feu prométhéen. Le regard que pose l’auteur sur Matoub est celui de l’admirateur cultivé, friand de poésie, sur le poète qui lie entre les signes et chante entre les lignes. Un hommage sensible, raffiné, et gonflé d’espoir.
B. A.
Smaïl Grim, Matoub,
L’assoiffé d’azur, Mille- Feuilles Alger), 101 p.

Biographie
Smaïl Grim est né à Azzefoun. Titulaire d’un DEA en sociologie à l’EHSS, il enseigne à Paris et élabore des manuels pédagogiques de vulgarisation de poésie et de théâtre. Metteur en scène et comédien de théâtre amateur, il a monté diverses pièces dont Veillées autour du cadavre encerclé de Kateb Yacine.


Propos recueillis par
Bachir Agour

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/04/17/article.php?sid=98680&cid=31

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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