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KIOSQUE ARABE Le khimar de Fatima Ibnatou Soumer !

12 avril 2010

Contributions

Leçon d’histoire en 2030 dans une classe du primaire à Alger, tous les élèves sont accroupis, selon la tradition, les tables et les chaises ayant été déclarées non conformes à la Charia, depuis 2020. Les manuels scolaires ont été remaniés de fond en comble, et les planchettes d’antan ont déjà supplanté les cahiers, dans plusieurs écoles de

Kabylie(1). Le livre d’histoire se réduit à quatre grands chapitres : l’avènement de l’Islam, les conquêtes arabes, les guerres des Croisades, et l’Algérie, de 1830 à 1962. L’Algérie a adopté le régime du califat, sans jamais l’avoir réellement connu ou expérimenté, depuis l’introduction du passeport biométrique en 2015. Nous sommes au paragraphe «Lis et observe» :

- Le cheikh : «Élève Omar, lis-nous le résumé concernant Amirouche, à la page quatre de ton livre d’histoire.»
- Omar : «Amirouche était un héros de la guerre menée contre les croisés chrétiens qui occupaient l’Algérie. C’était un grand guerrier qui rêvait de rétablir le califat, et d’appliquer la loi de Dieu sur terre.»
- Le cheikh : «Peux-tu nous dire qui est Amirouche sur cette photographie en couleurs ?»
- Omar : «Oui notre cheikh, c’est le premier à gauche, celui qui a la barbe la plus longue, et qui porte la chéchia d’Istanbul.»
- Le cheikh : «Omar, que lis-tu dans le résumé de l’étage en dessous, celui réservé aux femmes ?»
- Omar : «Oum Fatma Ibnatou Soumer était une moudjahida qui a combattu les envahisseurs infidèles, armée de son seul courage et de son érudition religieuse. Elle récitait tout le Coran par cœur, et elle avait appris 5 000 hadiths.»(2)
- Le cheikh : «Comment est représentée Oum Fatma Ibnatou Soumer sur cette gravure d’époque ?»
- Omar : «Ana’am ya cheikh, l’héroïne porte un khimar de couleur noire.»
- Le cheikh : «Ce n’est pas tout. Que porte-t-elle aux pieds ?»
- Omar : «On ne voit pas ses pieds, cheikh, sa robe la recouvre jusqu’au sol.»
Cette saynète m’a été inspirée par le débat actuel sur le port du khimar sur les photos d’identité, un débat venu à point nommé comme pour faire diversion. C’est un débat qui n’aurait même pas dû être lancé si nous étions dans un pays, un État sérieux. Mais depuis quand, l’Algérie est-elle un Etat sérieux, par la grâce de ses dirigeants ? En tout cas, faisons comme si, et parlons d’un débat qui peut, tout au plus, jeter une lumière crue sur nos tares et nos avatars. En fait, trois éléments successifs m’ont incité à y participer, et je vais les traiter dans l’ordre. D’abord, il y a cette information, selon laquelle, le ministère de l’Intérieur allait obliger les femmes à enlever leur khimar, et les hommes à raser leur barbe, pour les photos du passeport biométrique. Au début, les autorités concernées laissent l’agitation et la polémique se dérouler et enfler en vase clos. Premier élément d’incitation, en ce qui me concerne, la réaction absurde, et disons-le habituelle, du Sieur Abderrahmane Chibane, chef de la commanderie des Uléma. Cheikh Chibane (tout le monde s’appelle cheikh dans cette galaxie) s’insurge donc contre l’obligation de retirer le khimar, pour les femmes, le temps d’une photo. Le khimar, c’est sacré, et le maintien des femmes à l’intérieur de ce vêtement est un acte de foi. Et M. Chibane en appelle au respect de la Constitution qui garantirait les libertés individuelles, y compris les plus féminines de ces libertés. En se rangeant spontanément dans le camp des «khimarisants », M. Chibane apporte un soutien, sans surprise, aux partis islamistes qui ont trouvé une tribune idéale sur la chaîne Al-Mustakila. Cette chaîne est animée par un soi-disant opposant tunisien, réfugié à Londres, qui ne porte pas la barbe, mais qui aime bien caresser les islamistes dans le sens du poil. Pour bien montrer qu’il est un super-musulman, ce douktour va jusqu’à psalmodier le Coran en direct. Et c’est là que les téléspectateurs qui se sont aventurés sur cette chaîne doivent zapper, comme on dit, car c’est un véritable attentat à la beauté du texte sacré. Voilà donc la chaîne Al- Mutstakila, l’indépendante (de qui ?), qui s’empare de cette atteinte «intolérable» aux libertés des Algériens, et à leurs traditions vestimentaires héritées des pères fondateurs. Louanges à celui qui peut tout transformer ! Oui, rendons grâce à la divine providence qui peut changer à ce point les situations et les êtres. En 1984, M. Chibane, alors ministre des Affaires religieuses, a provoqué une petite sensation au séminaire sur la pensée islamique de Béjaïa. Alors que des jeunes garçons et filles, originaires pour la plupart de Tazmalt, faisaient leur entrée sur scène pour y jouer une opérette à la gloire du pays et des ses combats, quelques vieux bonzes ont cru bon de déserter la salle. On a très vite compris que les séminaristes grincheux n’avaient pas apprécié le fait que les jeunes filles soient dévoilées. M. Chibane était alors monté à la tribune, pour fustiger les intolérants, alors que le sujet de l’opérette était justement à la gloire de l’Islam en Algérie. Finalement, les «boycotteurs» étaient revenus à la raison, et avaient même fait l’effort d’applaudir le spectacle. M. Chibane avait alors mérité l’étiquette de ministre du culte le plus moderne, hâtivement décernée par ceux qui avaient encore le cœur à gauche. Aujourd’hui, parce que son association veut être en première ligne pour la promotion du fondamentalisme, il défend le khimar, qui n’était même pas à l’ordre du jour à l’époque, comme si c’était une question vitale. C’est ce genre de courant, inquisiteur et opportuniste, qui est capable, non pas de changer l’histoire, mais de la travestir, et de l’habiller d’un khimar de la tête aux pieds. C’est ce que rappelle opportunément, et c’est le deuxième élément déclencheur, notre ami Slimane Boussoufa, dans le magazine Elaph. Après avoir rappelé que le khimar n’est pas une tradition nationale, mais une mode imposée par les mouvements «islamawistes», il interroge : «Est-ce que les moudjhidate, comme Djamila Bouhired et Hassiba Benbouali, portaient le hidjab ? Est-ce que les leaders de la révolution, comme Abane, Boudiaf et d’autres, portaient la barbe ?» D’où la saynète en introduction. Quant aux Uléma, dont l’un des survivants proclame aujourd’hui la primauté du khimar, notre confrère rappelle qu’ils étaient contre le déclenchement de la Révolution en 1954. Il pense cependant que tout est fait pour détourner le peuple des vrais fléaux. Comme le fait de tricher aux concours d’accès à la magistrature, en se servant du Bluetooth. La directrice du quotidien Al-Fadjr, Hadda Hazem, rapporte le cas de cette candidate qui cachait un portable sous son khimar. Prise en flagrant délit, elle s’est confondue en larmes et en protestations d’innocence, alors que tout l’accablait. Notre consœur imagine ce qu’aurait été le destin de cette candidate si son procédé avait réussi. Elle aurait sans doute été amenée à juger et à condamner des délinquants, et parmi eux des faussaires. Ce qui nous rappelle opportunément l’affaire Mellouk, un homme condamné à la prison, parce qu’il avait dénoncé des «magistrats faussaires».
A. H.

(1) Contrairement aux prévisions alarmistes de certains milieux, la Kabylie fait toujours partie de l’Algérie, elle en est le cœur et les poumons, usés et atrophiés, mais qui fonctionnent encore. Grâce à la vigilance des croyants, le christianisme, sous ses diverses tendances, a été éradiqué et la Charia y est strictement appliquée.
(2) C’est devenu la matière fondamentale dans l’enseignement, du primaire à la fin du secondaire. Celui qui n’a pas terminé son cycle des «5 000» devra redoubler, après avoir subi la «falaqa» à chaque échec.


Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/04/12/article.php?sid=98475&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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