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Habib Ayoub. Ecrivain : « Pas de littérature sans subversion »

6 avril 2010

LITTERATURE

-  Quel peut être le meilleur emploi du patrimoine dans les œuvres littéraires ?

La plupart des gens pensent que le patrimoine est quelque chose de figé. En fait, parler du patrimoine, en usant de certains concepts, c’est le limiter déjà. Le patrimoine est un flux. Lorsqu’on parle d’architecture en Kabylie par exemple, cela renvoie à toute une histoire. On construit des maisons avec des couloirs étroits pour essayer, probablement, d’économiser l’énergie, brûler moins de bois, etc.

Ramener l’aspect patrimonial à ce qui se fait aujourd’hui, c’est déjà une erreur. Il y a des héritages successifs qui font qu’il y a stratification d’un savoir-faire et d’un mieux vivre. Toute œuvre de fiction a ses racines dans la réalité. Et la chose la plus difficile à imiter est la réalité. J’utilise souvent des histoires anciennes, des choses que j’ai apprises dans ma prime jeunesse.

J’évoque dans Vie et mort la pratique de Anzar qui se situe à la limite du paganisme mais qui était en usage. Du côté de chez moi à Dellys, l’histoire, telle que me l’a rapportée ma mère, a trait à ces tolbas de Sidi Mohamed Saâdi à qui on faisait l’aumône. Et lorsque le printemps est assez sec et qu’il ne pleut pas assez, on recourait à ce rite bizarre.Et curieusement, il n’y a que les enfants qui jouent cette procession. Notre ami Denis Martinez en fait un happening qu’il produit partout. Que l’on soit poète, romancier, plasticien ou dramaturge, on est le produit d’un processus long qui fait qu’on ne peut nous empêcher d’utiliser des référents…

-  Peut-on tout reprendre du patrimoine ?

On peut tout reprendre mais pas tout à la fois. Tout dépend de l’inspiration du moment et de quoi on parle. Dans Le Palestinien, j’évoque le Coran qui est aussi un patrimoine. C’est une façon pour moi de me déterminer. J’écris en français, mais je me revendique en tant qu’Algérien, Arabe, musulman. J’appartiens donc à une aire géographique, intellectuelle, etc.

-  La langue n’est pas une barrière…

Je ne pense pas. J’ai étudié dans une medersa. Je peux me remettre des deux mains. Le problème qui se pose est quel arabe faut-il utiliser ? Le classique ? Le dialectal ? Pour le dialectal, lequel ? Celui d’Oran, de Djelfa…Il y en a une multitude. Le même problème se pose pour tamazight. Je peux me mettre à écrire en arabe mais qu’est-ce que je vais utiliser ? J’aime bien la façon avec laquelle écrit Aziz Chouaki qui use d’un langage particulier. Il utilise un français remalaxé à la manière des écrivains martiniquais. Sauf que là, il y a à prendre et à laisser. Si je me mets à l’arabe, ce n’est pas par mauvaise conscience. On m’a posé une fois la question à Bordeaux, j’ai répondu en citant un hadith du Prophète, « Man tâalama loughata kaoumin amina charahoum » (Celui qui a appris la langue d’une autre nation sera préservé de son mal). Cela a jeté un froid dans la salle ! J’aime bien mettre les pieds dans le plat.

-  On célèbre le défunt Rachid Mimouni à travers les colloques. Mais est-ce qu’on connaît réellement l’œuvre du romancier ?

Il y a parfois tentative de récupérer des choses iconoclastes. Rachid Mimouni était iconoclaste. Il n’est pas doux. Son premier roman était dans la période de réappropriation de l’identité nationale. Ce qui est arrivé à la littérature algérienne, comme au cinéma. Il ne peut y avoir de cinéma ni de littérature qui n’aient fait leur mue pour progresser. Il ne peut y avoir de littérature ou d’art dignes de ce nom s’ils ne sont pas subversifs.

-  S’il n’y pas de liberté aussi…

La subversion ! La subversion ne serait que par rapport à l’ordre établi. Ce qui a fait la grandeur de Mimouni, c’ est sa capacité à le faire. Le fleuve détourné est son roman majeur. Il y a eu Tombéza, L’honneur de la tribu et Hzam el ghoula. Mimouni a été très critique vis-à-vis du système. Tous les systèmes ont la capacité de retomber sur leurs pattes et récupérer les écrivains les plus téméraires. Mon dernier recueil de nouvelles, L’homme qui n’existait pas, est assez féroce mais on le trouve dans les meilleures librairies et à l’aéroport d’Alger. Cela devient une espèce d’alibi à la démocratie. Mais que voulez-vous que je fasse ? M’arrêter d’écrire ? Je ne le pense pas.

Par Fayçal Métaoui

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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