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HENRI CURIEL Un suspect sous tout rapport

5 avril 2010

LITTERATURE


L’ouvrage consacré par René Gallissot à Henri Curiel n’est pas une biographie classique, une biographie-parcours. Sous-titrée Le mythe mesuré à l’Histoire, elle interroge le personnage en regard d’un contexte historique qui voit naître les grands mouvements de libération nationaux et poindre la question palestinienne. Tout se passe comme si le récit de la vie de Henri Curiel venait, en contrepoint, éclairer la marche de l’Histoire.

Impossible, en effet, d’appréhender ce «juif égyptien étranger» sans revenir sur le passé collectif des juifs d’Egypte. Ce que l’auteur étudie longuement jusqu’à son aboutissement dans le mouvement national égyptien qui, en s’identifiant à l’arabisme, exclut ipso facto cette composante de la population vouée à l’exil. Impossible aussi de concevoir le réseau Curiel, son rôle dans la guerre de Libération – la cause algérienne prenant le relais d’une impossible action en Egypte – sans évoquer les activistes de ce réseau et le parcours de chacun d’eux. Des noms derrière lesquels se cachent de grandes figures trop souvent méconnues : Didar Fawzy, Joseph Hazan, Joyce Blau, Raymond Stambouli, les frères de Wangen, Georges Mattéi, Robert Davezies, Martin Verlet, Jean Tabet. L’abbé Davezies, en particulier, permet d’aborder la collaboration des milieux chrétiens à la lutte anticolonialiste et la question des alliances catholiques-marxistes. L’auteur revient sur la démarche pieds rouges, «une démarche idéaliste à côté de la société algérienne plus qu’aux côtés» et sur les visions contradictoires de l’Algérie postindépendante, visions conflictuelles opposant Francis Jeanson à Henri Curiel. Tandis que le premier se projette dans une Algérie illusoire, le second la conçoit comme une place forte pour le soutien aux mouvements de libération. C’est dans cette semi-clandestinité que la route de Henri Curiel croise celle de Mehdi Ben Barka et de la Tricontinentale. René Gallissot approche le personnage à travers les paradoxes qui en font un «homme à part», et reprenant cette formule de Gilles Perrault, il le désigne comme gaulliste et communiste à part. Gaulliste à part car extérieur à l’histoire métropolitaine. Communiste à part car non intégré dans le mouvement communiste international. L’auteur rappelle d’ailleurs à ce propos que pris dans l’affaire Marty-Tillon, Curiel sera qualifié, tant par le Parti communiste français que soviétique, de «communiste douteux». Un communiste suspect donc puisque ignorant le mouvement international communiste comme le montrent ses positions vis-à-vis de la Palestine. Un chapitre est consacré à cette question et à l’histoire du sionisme et du communisme en Palestine. En mettant en œuvre des stratégies de rapprochements avec des collaborateurs de Nasser et des pacifistes israëliens, Henri Curiel a maintenu l’idée d’un Etat binational en Palestine. On se pose alors cette question : Curiel, médiateur de paix mais pour quel avenir ? Et audelà : un Etat binational est-il possible ? Tandis que la plupart des écrits braquent les projecteurs sur l’affaire Curiel, René Gallissot l’insère dans un enchaînement d’assassinats commis en France, la plupart sous la présidence de Giscard d’Estaing, démontant un système d’Etat impérial et sa branche action chargée des exécutions. L’auteur dresse la liste des assassinats ou tentatives d’assassinats politiques commis sur le territoire français entre 1965 et 1996. Une soixantaine au total, en général non élucidés. Démêlant les fils, identifiant les sujets, l’ouvrage de René Gallissot nous donne des clés indispensables à la compréhension de notre temps. Il nous offre des pistes de réflexion suscitant les questions essentielles qu’il convient de se poser aujourd’hui dans une démarche prospective. Une biographie à part pour un homme à part.
M. N.

René Gallissot ; Henri Curiel,
Le mythe mesuré à l’histoire ; Riveneuve Editions, 315 pages.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/04/05/article.php?sid=98125&cid=31

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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