Publication
Le livre de cet ancien « Malgache » appellation qui sert à
désigner les membres du MALG (ministère de l’Armement et des liaisons
générales) une structure du FLN durant la guerre de Libération nationale
n’est pas un ouvrage sur le fonctionnement de ce corps militaire qui
allait donner naissance après l’indépendance aux services de
renseignements et de contre-espionnage connus sous des dénominations
successives comme la Sécurité militaire SM, la DGPS ou le DRS.
Ce sont des mémoires d’un militant
nationaliste, d’un combattant et d’un officier de renseignements qui
allait occuper, après 1962, différentes fonctions dont celles de cadre
supérieur de l’Etat, du secteur économique puis de parlementaire et
enfin de diplomate.
Au début de ses mémoires, Mohamed Lemkami, né le 1er décembre 1932 à
Khemis, une localité de la région des Beni Snous non loin de Tlemcen,
raconte son enfance dans le contexte d’une Algérie sous la colonisation
française. Une scolarisation dans des conditions difficiles et où il
faut se battre « coude à coude » avec les petits Français blancs pour
prouver que les petits « indigènes » étaient parfois les meilleurs. Un
itinéraire qui lui permit de croiser d’autres petits Algériens qui
deviendront d’illustres personnages plus tard, comme l’écrivain Mohamed
Dib. Premières classes au sein du mouvement nationaliste grâce aux
scouts musulmans qui ont familiarisé l’auteur avec les idées du Parti de
peuple algérien (PPA-MTLD), nommé instituteur dans son village natal,
le déclenchement de la guerre de libération le surprend comme beaucoup
de militants nationalistes tétanisés par la crise au sein de ce vieux
parti nationaliste divisé entre Messalistes et Centralistes.
Mohamed Lemkami se retrouve de par sa fonction d’instituteur et
d’observateur privilégié naturellement au service du FLN auquel il
fournit au début des renseignements importants pour monter des
opérations de guérilla. Intégré un peu plus tard au sein d’unités
combattantes, opérant de part et d’autres de la frontière
algéro-marocaine, le parcours de l’auteur croise celui des dirigeants
militaires comme Abdelhamid Boussouf, futur patron du MALG, ou encore
celui de Houari Boumediène, futur chef d’état-major de l’armée des
frontières, de Si Lotfi futur colonel de la 5e Wilaya.
Tout au long de ses mémoires Mohamed Lemkami effectue des
allers-retours, dans le temps pour rappeler le destin de ces
innombrables moudjahidine qu’il a croisés à un moment ou à un autre de
son parcours de combattant, que ce soit en Algérie ou au Maroc, où il
intégra les services de renseignements du MALG. Affecté dans une unité
opérationnelle de la région frontalière, il traverse et le lecteur
aussi, une étape de la guerre de la révolution à force d’anecdotes et de
récits inédits. L’auteur en profite pour déplorer également certaines
« dérives de la révolution », les exécutions sommaires de certains
éléments douteux, les procès expéditifs de certains supposés traîtres
avant que leur trahison ne soit établie. Après l’indépendance, Lemkami a
occupé plusieurs fonctions de cadre supérieur de l’Etat et du secteur
économique, et rapporte dans son ouvrage les conditions dans lesquelles
allait s’effectuer le développement de l’Algérie, la confrontation avec
une bureaucratie superpuissante et paralysante. Il nous conduit un tout
petit peu dans les arcanes du pouvoir où l’on peut y déceler certaines
pratiques de clans, de régionalisme dans les années 1970-1980, les
passe-droits et autres dessous-de-table étaient déjà perceptibles au
lendemain de l’indépendance au sein des rouages de l’Etat et des
organismes publics.
Tout comme on entre, toujours accompagné de l’auteur, dans les coulisses
de l’hémicycle de l’Assemblée populaire nationale (APN), à l’occasion
de la première législature en 1977 au cours de laquelle il fut élu
député, abandonnant son poste au sein de l’Etat lui qui avait
pratiquement mis sur pied, entre autres, les organismes de la Pharmacie
centrale algérienne qui allait beaucoup plus tard donner naissance à des
unités de production de médicaments. Après deux mandats passés à l’APN,
l’auteur se retrouve diplomate et nommé ambassadeur d’Algérie à Tirana,
d’où il continue de suivre le tumultueux développement économique et
social, les émeutes d’octobre 1988. Deux ans plus tard, il assiste à
Tirana aux premières révoltes albanaises et à la fuite des réfugiés
albanais auprès des ambassades étrangères présentes dans la capitale du
pays en pleine ébullition. Et c’est de Tirana que l’auteur et sa famille
suivent ce qui se déroule en Algérie, et les événements aussi marquants
que la victoire du FIS lors des communales et au premier tour les
législatives, l’interruption du processus électoral.
Une carrière qui s’achève en juin 1992 quelques jours à peine avant
l’assassinat du président Boudiaf et aussitôt après, accompagnée par la
fermeture de l’ambassade d’Algérie. Quelque temps plus tard dira
l’auteur, le FIS ouvrira une représentation qui acheminera les jeunes
Algériens à aller combattre en Tchétchénie et d’où seront acheminées les
armes pour les maquis du GIA…
Mohamed Lemkami, Les hommes de l’ombre
(Mémoires d’un officier du MALG)Editions ANEP – 531 pages
Par
4 avril 2010
Non classé