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Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE Querelle des langues et enfermement

27 mars 2010

Contributions

                   Décidément, ce n’est pas à cause des turpitudes financières de son élite politique que l’Algérie donne actuellement une si mauvaise image. Il y a également tout ce qui se rattache à son héritage historique et à l’utopie de son combat libérateur qui à leur tour inquiètent certains intellectuels français dont l’empathie, qu’ils ont avec ce pays, est au-dessus de tout soupçon.

Ainsi, au moment où Jean Daniel, célèbre journaliste fait docteur honoris causa en 2004 par l’université d’Alger, établissait un constat amer la concernant, l’historien de renom Gilbert Meynier, spécialiste du mouvement national algérien, donnait une interprétation sombre de ses interminables querelles autour des éléments constitutifs de l’identité. Alors que le premier se désole que l’Algérie soit devenue un pays «fermé et immobile», le second fait un examen de ses «intégrisme identitaires». Par pédagogie de l’exemple, il rappelle que le patriotisme des hommes qui ont fructifié l’idée nationale n’a jamais été indexé à l’idiome qu’ils parlaient.(1) Ce n’est donc pas un simple fait du hasard si ces intellectuels expriment leurs sentiments et soient attentifs à ce qui frappe, en terme d’obsolescence, la société algérienne où même la polémique autour de l’usage de langues porte encore des relents d’exclusion. Appréhendée jadis sous le prisme idéologique, la question a, durant 30 ans, été l’affaire des courants politiques (1962 – 1991). Or, elle refait étonnamment surface, mais cette fois entre des cénacles de l’intelligentsia cultivée ! Une réactivation de la campagne anti-francophone loin d’être innocente, tout au moins par rapport au contexte. Cheval de Troie du néo-colonialisme, dilution de l’identité nationale, aliénation culturelle ; tout y passe. Le catalogue des reproches est infiniment plus sophistiqué sous les plumes des littérateurs qu’il ne l’était dans les tracts politiques. Et pour cause, il faut montrer et démontrer qu’il ne sera jamais question de transiger au profit de la moindre ouverture quitte à priver le pays d’une passerelle scientifique pour accéder à la modernité du monde. Or, l’argumentaire dans son ancienneté faisait sûrement sens lorsqu’il soupçonnait le forum de la francophonie de n’être qu’un cadre politique et un espace rénové par l’ex-puissance coloniale pour baliser sa zone d’influence, — la francophonie justement. Mais était-il préjudiciable même sans y adhérer de continuer à le privilégier en tant que simple outil ? Certainement pas, sauf pour les chasseurs de sorcières indigènes. De plus, un demi-siècle plus tard et toutes les modifications profondes qu’a connues le monde, n’ont-ils pas en quelque sorte délivré et affranchi des tares politiques, cette langue que nous avons partiellement en partage ? Sans toutefois surenchérir sur une quelconque «complémentarité » linguistique, entre les deux rives, qui ne fera d’ailleurs que raviver des quiproquos de ce côté-ci, pourquoi ne pas insister sur une réappropriation de notre «butin de guerre» si cher à Kateb Yacine et M’hamed Yazid ? En d’autres termes, parvenir à immuniser cette langue, encore prégnante dans l’usage populaire de tout connotation politique humiliante. Mais est-ce possible dans un pays «immobile et fermé» ? Le «politiquement correct», étant toujours une censure en amont, il est difficile d’amender un credo du siècle dernier afin de nous inscrire dans le présent. Le chauvinisme «nationalitaire» opère cycliquement sur ce thème. Et c’est pourquoi, au nom de ce tabou identitaire, des campagnes de culpabilisation s’attaquent, de nos jours encore, aux contradicteurs lucides qui appellent à plus de mesure et à un minimum de réalisme. Des maîtres censeurs aux compétences douteuses continuent à s’acharner sur tous les bastions d’une langue étrangère en recourant aux plus ignobles assertions. Parmi elles, celle de qualifier les écrivains de langue française de «déracinés» apatrides. Comme s’il suffisait d’écrire dans la langue d’El Djahid pour échapper à la tentation de trahir. Bien plus qu’un discours réducteur sur l’apport intellectuel de Kateb, Feraoun, Mammeri, Dib et Haddad, il y a dans cet assaut du fondamentalisme linguistique un procès d’épurateurs. Des torquemada mystificateurs mais auxquels il manque la mystique du génie. Idiome contre idiome : l’un prétend définir exclusivement les racines alors que l’autre incarne leurs altérations et leurs aliénations. Du premier émane l’encens de la personnalité algérienne quand le second empeste l’odeur du soufre. Une guéguerre des langues foncièrement inutile et qui fige un pays dans un statu quo mortifère. En effet, rattrapée par l’histoire et surprise par le rythme de la globalisation, cette identité linguistique est devenue un concept trop étriqué pour nous prémunir des échecs. S’accorder à des caravanes – fussent-elles linguistiques – est aujourd’hui une nécessité. Que la francophonie, jusque-là rejetée pour des raisons souvent sensées, puisse désormais constituer un apport non négligeable à notre système éducatif ne fera pas de l’Algérie une néocolonie. Accéder à un savoir-faire porté par cette «autre» langue permettra de donner un air vivifiant à une culture sous serre et dont les œuvres sont approximatives à l’image de l’école algérienne. Se plaindra-t-on de cette «concession» après que nous ayons stérilisé son génie créatif au nom de l’idéologie ? Sans doute pas. Il suffit de tendre l’oreille à la rue pour écouter le baragouin échangé par nos jeunes.
B. H.

1) Dans ses éditions des 23 et 24 mars, le quotidien El Watan a publié une contribution de Gilbert Meynier intitulée L’air du temps des intégrismes identitaires et un entretien avec Jean Daniel dans lequel il disait notamment ceci : «… Si la charte de la Soummam a été concrétisée, moi je rentre tout de suite dans ce pays.» Un propos sans appel.

Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/03/27/article.php?sid=97698&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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