RSS

A FONDS PERDUS Un monde d’émotions

23 mars 2010

Contributions

Chronique du jour : A FONDS PERDUS
Un monde d’émotions
Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com

Un livre fait un tabac en ce moment : La géopolitique de l’émotion, de Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’Institut français des relations internationales. Son premier chapitre vient d’être publié par le quotidien parisien Les Echos en guise de bonnes feuilles. Le livre établit une cartographie des trois grandes émotions qui gouvernent le monde : l’humiliation, l’espoir et la peur.

L’humiliation, l’auteur la voit dominer le monde arabo-musulman. L’auteur revient sur un premier voyage qu’il a effectué l’été 2000 à l’université Al Akhawayn, cofondée par les rois du Maroc et d’Arabie Saoudite à Ifrane, qui consacre l’essentiel de ses enseignements au management et aux nouvelles technologies. «Les cours y sont exclusivement dispensés en anglais, et les étudiants n’y dépareraient pas une université californienne ». Il y décèle chez les étudiants arabes «un profond pessimisme quant à leur capacité à maîtriser le futur» qu’il rattache à leurs doutes sur les perspectives politiques de leur gouvernement, leur manque de confiance ou leur héritage culturel et religieux. «Quelle qu’en fût la raison, leur message était clair : s’ils devaient réussir sur la scène d’un monde globalisé, ce seraient par eux-mêmes individuellement, plutôt que comme incarnations de leur pays – et le Maroc ne serait probablement pas la terre de cette réussite». La seconde émotion est l’espoir. De Mumbai (Bombay) en Inde, l’auteur rapporte le sentiment contraire d’un «magnifique sens de l’optimisme», une énergie brute qui distille l’espoir. «Le contraste entre Mumbai la pauvre et ces jeunes gens riches du Maroc n’en est que plus violent. Les premiers, contre toute attente, voient dans la mondialisation une chance, tandis que les seconds la perçoivent comme un défi perdu d’avance». Troisième émotion : la peur. De Londres, la capitale financière du monde, il garde l’image d’une ville riche et animée, mais néanmoins dominée par la peur depuis les attentats à la bombe qui l’avaient secouée en 2005. «Humiliation à Ifrane, espoir à Mumbai, peur à Londres. Il se dessine ainsi une «carte des émotions du monde». Ces trois «instantanés» et les trois types «d’humeur» qu’ils révèlent ont plus de sens qu’il n’y paraît, selon l’auteur qui se propose d’aller au-delà du regard froid d’une caste professionnelle d’aristocrates européens regardant la politique mondiale - leur domaine réservé – comme un jeu d’échecs. «Etats et gouvernements étaient censés agir rationnellement. Les émotions, coupables d’introduire un surplus d’irrationnel dans un monde dont le désordre était déjà l’état naturel, étaient maintenues sous le boisseau ». Taire les émotions des hommes n’est pas un gage de paix. Depuis plusieurs générations, l’histoire fut longtemps le produit des conflits idéologiques, puis plus récemment de quêtes identitaires; «dans un monde où les médias jouent le rôle d’une caisse de résonance et d’une loupe grossissante», et où «les émotions comptent plus que jamais». Au sens large, pourtant, qu’elles soient religieuses, nationales, idéologiques ou même purement personnelles, les émotions ont, bien entendu, toujours compté. L’auteur soutient que les trois émotions primaires rencontrées à Mumbai, à Ifrane et à Londres (l’espoir, l’humiliation et la peur) sont toutes trois intimement liées à la notion de confiance. La confiance est vitale, tant pour les nations et les civilisations que pour les individus, car elle permet de se projeter dans le futur, de donner forme à ce dont on est capable et même de transcender ses talents. La confiance, qui n’est pas l’hubris (la démesure, l’orgueil), est l’un des ingrédients les plus importants de la bonne santé du monde. «On peut la mesurer de façon objective aussi bien que subjective. Dans le monde d’aujourd’hui où le sport, par le relais des médias, est devenu l’équivalent d’une religion séculière, une victoire sur le terrain de jeu peut parfaitement, même un bref moment, redonner le moral à toute une population». A ce titre, il suffit de considérer l’impact qu’eut la qualification de l’équipe nationale de football au Mondial 2010. «D’une façon objective, la confiance peut être cartographiée, par ce qu’on nomme, justement, des indicateurs de confiance, mesurant scientifiquement celle d’une population en son propre avenir, et qui se traduisent de la façon la plus concrète qui soit par les dépenses de celle-ci. Le niveau des investissements l’exprime également.» Les fuites de capitaux qui rendent exsangues nos économies, la baisse du taux de natalité, ou encore, à un niveau géopolitique, le gel du projet d’intégration intermaghrébin reflètent l’angoisse et le manque de sérénité croissant qui traversent la région. Par une dialectique particulière, les trois émotions ne sont pas hermétiques les unes aux autres : «La peur n’est jamais loin de l’espoir, et il ne faudrait pas creuser très profond pour trouver, au-delà de la peur et parfois même de l’espoir, l’humiliation ». Ce faisant, Dominique Moïsi se réclame de la tradition intellectuelle de Stanley Hoffmann d’Harvard et Pierre Hassner de Paris, deux disciples de Raymond Aron, qui, tous les deux, ont, avant lui, souligné dans leurs travaux l’influence des émotions sur la géopolitique. Dans un entretien croisé avec Christophe de Margerie, directeur général de Total, Dominique Moïsi revient sur la nécessité d’intégrer la dimension passionnelle pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. «Je suis arrivé à la conclusion qu’on trouvait aujourd’hui plus d’espoir, de confiance en soi en Asie, un sentiment d’humiliation dans le monde arabomusulman et sans doute plus de peur en Occident.» Christophe de Margerie va au-delà des émotions. Il parle de «sur-sensibilité». «Avec souvent, au départ, des émotions d’ordre personnel, qui font tache d’huile et se propagent à l’ensemble d’une population, véhiculées par les élites et des médias de plus en plus présents. La réactivité des masses est alors exacerbée, et l’émotionnel prime sur tout le reste.» C’est par rapport au regard des autres que les hommes fixent leur ligne de conduite : «C’est le point central de mon analyse. On ne peut agir sur le monde que si l’on se met dans la peau des autres. Que l’on soit chef d’Etat, grand entrepreneur ou universitaire, on doit toujours se poser la même question : comment raisonne l’autre, qu’est-ce qui l’anime et le fait réagir ? C’est une question particulièrement importante dans le monde arabe. Mais cette curiosité suppose au préalable un travail sur soi. Car, si l’on ne transcende pas ses propres émotions, il est difficile de comprendre celles des autres…» Cela s’appelle respect et il est la base de tous les rapprochements entre les hommes : « Au fond, il y a deux tentations en Occident. La première est un relativisme culturel absolu vis-à-vis du monde arabe : ces pays ont leurs propres règles, leurs propres lois et il est impossible de les comprendre… C’est à mes yeux une forme de mépris ; et puis il y a l’excès inverse : une sorte d’universalisme occidental, partant de l’idée que notre civilisation est forcément supérieure, que nos valeurs doivent être partagées par tous. Entre mépris et arrogance, comment s’étonner du ressentiment manifesté dans les pays arabes à l’égard de l’Occident ? Il nous faut absolument prendre conscience de ces travers si nous voulons changer notre rapport au monde arabe…»
A. B.

(*) Dominique Moïsi, La géopolitique de l’émotion, Editions Flammarion, collection Champ actuel, Paris 2010. 272 pages.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/03/23/article.php?sid=97525&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

S'abonner

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Les commentaires sont fermés.

Académie Renée Vivien |
faffoo |
little voice |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | alacroiseedesarts
| Sud
| éditer livre, agent littéra...