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Météo culturelle. La plus belle des saisons : Coups de printemps

20 mars 2010

LITTERATURE


Météo culturelle. La plus belle des saisons : Coups de printemps

Météo culturelle. La plus belle des saisons : Coups de printemps

Un éditeur algérien lance à Paris une idée poétique qui enthousiasme le monde et le village de Toudja ouvre le musée de l’eau

Le printemps a toujours inspiré les artistes et les hommes de culture. Au-delà des qualités climatiques de la saison, il est certain que le phénomène de la floraison présente de

nombreuses similitudes avec le processus de création artistique et littéraire. Du point de vue symbolique, la libération des forces de la nature ne pouvait trouver qu’un écho favorable dans le désir d’expression des poètes, musiciens, peintres, etc. Pour marquer l’avènement du printemps, nous avons voulu vous présenter ici, voire vous offrir, deux initiatives qui, par leur originalité, leur pertinence et leur dimension manifestement printanière, peuvent illustrer le lien entre la plus belle des saisons et la culture.

Le premier de ces coups de printemps nous vient de Paris, A la base, une idée à la fois géniale, sensible et subtile qui est en train de gagner le monde. Son promoteur est un éditeur algérien, Lazhar Nahal, implanté en France depuis de nombreuses années. Erudit, raffiné, amoureux des livres, l’homme n’aime pas parler de lui et c’est derrière les livres de qualité qu’il se tient, puisant toute sa satisfaction de leur succès auprès des connaisseurs. Les éditions Aden qu’il a fondées sont désormais une référence reconnue, autant par la critique que les lecteurs exigeants. Pourquoi Aden ? Le texte d’explication de cette enseigne répond à la question et renseigne sur son discret auteur : « En choisissant le nom d’Aden, nous avons voulu évoquer à la fois l’aventure de Rimbaud et la conscience critique aiguë de Nizan. La mention de l’Orient fabuleux symbolise la nécessité de sortir de l’Occident moderne et de s’ouvrir aux autres cultures. »

Tout un programme qui a pris corps, notamment, à travers la création de la collection « Le Cercle des Poètes disparus », titre emprunté au fameux film, et à travers laquelle les éditions Aden se sont fait connaître dans le monde entier. La série compte aujourd’hui vingt-neuf biographies qui, souvent, se sont imposées comme des références. On y retrouve de grands poètes et écrivains du monde entier, sans distinction d’origines, de langues ou de styles, le seul critère de sélection étant la grandeur littéraire. Ici se croisent René Char, Saint-John Perse, William Butler Yeats, Fernando Pessoa, Henri Michaux, Gérard de Nerval, Oscar Wilde et tant d’autres plumes universelles.

S’engager dans la publication de biographies érudites, et assez volumineuses, est un risque éditorial que peu de maisons prennent aujourd’hui. Mais l’obstination passionnée de Lazhar Nahal a fini par s’imposer. Plusieurs prix sont venus récompenser cet engagement. La biographie de William Faulkner a obtenu, à elle seule, trois prix en 2008 : celui de l’Académie française, celui de la Recherche et le prix France-Amériques. Les ouvrages consacrés à Victor Segalen et Hayim Nahman Bialik ont également reçu des distinctions. Outre cette collection-phare, les éditions Aden comprennent la collection « Tombeau » avec sept ouvrages, dont ceux consacrés à Mohammed Dib, Tahar Djaout et Kateb Yacine, le terme de « tombeau » désignant dans le jargon éditorial un genre entre l’hommage posthume et la biographie.

Ajoutez à cela les collections vouées au roman, à la poésie et aux essais littéraires et un press-book impressionnant d’articles de grands journaux et magazines spécialisés, tous élogieux et en tout cas fortement favorables. Pourtant, Lazhar Nahal continuait à traîner une frustration terrible à l’égard de la poésie, sachant qu’elle ne se vend plus, mais ne l’admettant pas. Il avait bien réfléchi à la question, cherché des issues, des formules, mais en vain devant la dure réalité du marché éditorial. Jusqu’au jour où lui vint l’équivalent de la pomme de Newton, sous la forme d’un manuscrit de poésie tombé à terre et ses feuillets éparpillés. Si les gens n’achètent pas des recueils de poésie, se dit-il, pourquoi ne voudraient-ils pas s’offrir des poèmes, « quelques grammes de poésie » ?

L’expression devint aussitôt un concept et Aden se mit à distribuer dans sa librairie (La Bibliothèque idéale) des pochettes ou coffrets thématiques comprenant sept poèmes, soit dix grammes pile de poésie ! La première de ces pochettes, lancée avec la Saint-Valentin, portait sur la poésie d’amour. Un succès énorme qui a nécessité de protéger l’idée et de diversifier l’offre. Aujourd’hui, Aden propose en ses murs, mais aussi dans de très nombreuses librairies, des pochettes Poèmes d’Algérie, du Monde arabe, d’Allemagne, d’Italie, des USA, d’Espagne, du Royaume-Uni et même du Japon dans leurs langues respectives. Mieux encore, des balances à l’ancienne (« comme celles des vieilles épiceries du pays », précise Nahal) permettent de composer soi-même sa pochette, exactement comme un bouquet de fleurs.

Aden installe désormais ses balances et ses poèmes dans les librairies. Les demandes affluent de partout. L’idée gagne d’autres pays d’Europe et du monde. Le printemps verra ainsi une grande offensive de poésie, grâce aux éditions Aden qui préparent même des versions aromatisées des feuillets. Lazhar Nahal a réussi, au passage, à mettre en œuvre une formidable promotion de la poésie algérienne et arabe. Il espère aller plus loin encore. L’Algérie, en manque de relais culturels internationaux, aurait tout à gagner à soutenir une telle initiative qui lui permettrait de plus et mieux diffuser sa culture dans le monde, et même auprès des publics nationaux. Demain, pourquoi ne lirait-on pas Hizya, ce merveilleux poème d’amour, de qualité universelle, dans sa version originale à Biskra et en suédois à Stockholm, etc. ? La culture est foncièrement printanière, nous montrent les éditions Aden. Sans innovation, audace et ouverture, elle ne peut fleurir.

De Paris, direction Toudja, village perché au dessus de Béjaïa, notre deuxième coup de cœur et de printemps. Aujourd’hui doit être inauguré le musée de l’eau, ou plutôt lancé, car le projet est appelé à se développer davantage pour se rapprocher des ambitions de ses promoteurs qui souhaitent en faire un lieu de référence national, voire international. Pourquoi Aden, se demandait-on. Donc pourquoi Toudja ? C’est d’abord un formidable réservoir d’eaux de sources connu depuis l’Antiquité. En l’an 152, les Romains construisirent un aqueduc à partir de la source principale, ce qui permit d’alimenter Saldae (nom latin de Béjaïa) à 25 km du village. Aussi, on peut affirmer, par paraphrase, que « Béjaïa est un don de Toudja ».

Aujourd’hui encore, la métropole régionale puise une petite partie de ses eaux de ce piton de montagne aux charmes insoupçonnés et aux habitants si accueillants et ouverts. En face de l’APC de Béjaïa se trouve d’ailleurs la plaque gravée par Norius Datus, vétéran de la IIIe légion Augusta, qui fut l’ingénieur de l’aqueduc. Son récit captivant montre toute l’ingéniosité romaine et la difficulté de concevoir et bâtir un tel ouvrage d’art sur des reliefs capricieux. On se demande encore avec quels calculs a été conçu le percement si précis du tunnel de près de 500 m, qui se trouve à un endroit de l’aqueduc. Une étude devrait le préciser. En 1340, le voyageur et chroniqueur Al Umari notait : « Il y a deux fortes sources d’eau dont l’une est très puissante et alimente Béjaïa. »

Au XVIIe siècle, le Chevalier d’Arvieux souligne la puissance de la tribu de Toudja et relate également la présence d’une grosse source d’eau ainsi que les aqueducs qui pourraient être rétablis « en peu de temps, presque sans frais ». Dans son ouvrage Bougie, la perle de l’Afrique du Nord, Louis de Hasbourg, archiduc d’Autriche, relata son voyage dans la région en 1899, insistant sur « l’un des plus grands atouts de Bougie », à savoir « sa richesse en eau, d’une très grande qualité ». D’autres témoignages viennent confirmer cette abondance du précieux liquide, dont ceux de l’écrivain Jules Roy et du peintre Azouaou Mammeri (1890-1954).

Une légende locale est venue magnifier cette richesse naturelle. Trop longue à raconter ici (ce qui vous donnera l’envie peut-être de l’écouter sur place), elle indiquait déjà que cette eau provenait du mont Akfadou dont la forêt abrite le lac Noir. De tout temps, les habitants de Toudja ont vénéré leurs sources comme une bénédiction divine. Ils ont surtout développé un savoir-faire remarquable dans l’exploitation de l’eau avec une tradition unique de moulins à eau et une réglementation coutumière très précise. On peut dire surtout qu’ils possèdent une culture de l’eau, comme peut en attester le poème des femmes du village sur l’eau. D’ailleurs, beaucoup s’étonnent encore des oranges de Toudja, au goût si particulier, qui continuent à pousser à une altitude inhabituelle. Aujourd’hui, l’eau de Toudja, aux qualités minérales naturelles réputées, s’est fait connaître par la marque éponyme distribuée sur tout le territoire national.

C’est tout ce patrimoine que le musée de l’eau de Toudja permettra de répertorier, de mettre en valeur, avec son histoire, ses accessoires, ses traditions, ses archives, etc. Un beau projet qui réunit le patrimoine et l’écologie dans notre pays où la question de l’eau est cruciale et où l’on a oublié, ou plutôt délaissé, la culture que nos ancêtres ont élaborée dans toutes les régions et pas seulement au Sahara. Un beau projet aussi car il sera implanté dans les locaux de l’ancien Souk El Fellah, abandonné depuis de nombreuses années. En cédant la bâtisse à un projet culturel aussi original, les autorités locales ont fait montre d’une ouverture et d’une lucidité qui les honorent.

D’ailleurs, l’une des caractéristiques du projet réside bien dans la formidable communion entre la population de Toudja, l’association Gemihab, la wilaya de Béjaïa, son APW, l’APC, la Société des eaux de Toudja, la direction de wilaya de l’hydraulique, sans compter l’aide apportée par le programme européen d’appui aux associations algériennes de développement, des artistes, des spécialistes bénévoles, l’université de Béjaïa (laboratoire Lamos), etc. Quand la société civile et les institutions territoriales ou autres s’écoutent et se complètent, c’est là aussi quelque chose de printanier qui mérite d’être souligné. Diffuser des poèmes dans le monde, ouvrir un musée de l’eau, voilà deux exemples magnifiques, et même semblables dans le fond, du potentiel immense de créativité des Algériens.

*Editions Aden, 7 rue de la Bûcherie, 75005, Paris. Tél. : 00-331 43 26 74 12. E-mail : edaden@wanadoo.fr

*Musée de l’Eau de Toudja. Akham ouaman. L’had Ouakli. Toudja. Tél. : 034 21 08 00

Par Ameziane Ferhani

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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