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Kouchner et l’automne des patriarches par Abdou B.

11 mars 2010

Contributions

«Le disparu, si l’on vénère sa mémoire, est plus précieux et plus puissant que le vivant». (Saint-Exupery)



L’historique Boudiaf a rencontré des difficultés dit-on insondables pour trouver une soixantaine de parlementaires désignés, vite tombés dans un oubli tout aussi insondable. Tout simplement parce que la mémoire doit être effacée, servie à la carte sinon réactivée pour les besoins du moment et les gouvernants du jour qui furent un jour occultés et ainsi de suite. L’homme de Novembre, intègre, patriote jusqu’à la passion, a été floué par des hommes qui seront plus tard floués, décédés ou confinés à domicile. Sa stratégie algérienne depuis 1962 ressemble étrangement à un jeu de chaises musicales dans lequel certains attendent godet, leur tour, la chute ou la mort du leader bien-aimé qui, lui aussi, a attendu, fait un tour plus ou moins réussi pour retomber dans les limbes d’une histoire confisquée au peuple et aux historiens.

Boudiaf est emblématique de la trajectoire programmée pour les décideurs, les «élus», les supplétifs, ceux qui croient avoir le pouvoir. Avec ou sans légitimité historique, avec ou sans celle des urnes (que certains ont évité et évitent comme le Sida), ils parlent sans rendre compte, sans bilan et sont parfois allégrement, avec jouissance, incendiés par les successeurs et des courtisans qui se mettaient au garde à vous à trois mètres comme de parfaits sergents teigneux qui n’en pensent (enfin presque) pas moins.

Quel que soit le grade ou le salaire, quel que soit le rang occupé et peu importe comment et grâce à qui, tous les hommes sont rattrapés par l’automne de leur vie, la maladie, la trahison sinon leur propre incompétence, leur arrogance et leur déficit patriotique. L’argent et le pouvoir ont été et sont à l’infini les plus puissantes drogues. Ne résistent à l’addiction que les gouvernants éclairés par le savoir, l’humilité et l’amour profond porté à leur peuple, à leur pays. Des historiques, patriotes, avaient au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, et même avant, engagé le bras de fer avec le colonialisme. Ils sont par ces temps troubles, de parfaits inconnus pour l’écrasante majorité de la jeunesse et par des aînés analphabètes, écrasés par la facture des importations alimentaires. Ils sont peu intéressés par leur propre histoire, par leur identité réduite à des «constantes» virtuelles, de la bigoterie digne de l’inquisition, méfiants de l’histoire officielle rédigée par des écrivains publics officiels. Ces derniers grouillent dans les ministères, au Parlement, dans des «organisations de masse» tantôt secrétariats d’Etat aux affaires sociales pour «la famille» et ses descendances transversales, tantôt Torquemada rémunérés pour valider ou interdire un livre, délivrer une fetwa, des horaires de rupture du carême (haute science) ou décréter la fin de celui-ci après avoir scruté les augures. Les attributs de ces scribes à l’ère de l’Internet remontent aux origines, dans la nuit des temps. Les sourcils sont froncés à tour de rôle, la grimace en bandoulière, des vêtements hétéroclites, véritables insultes à l’élégance, la barbe plus ou moins taillée, le verbe haut et brouillon, blessant la grammaire aller-retour, ils officient, répandent ignorance, charlatanisme et des propos politiques simplement cacophoniques. Du n’importe quoi.

Bien entendu, avec les seules et exclusives rentes générées par l’exportation de gaz et de pétrole comme dans tous les pays, y compris les moins riches, on construit des écoles, des routes, des milliers de mosquées, pour (se) prouver que les dirigeants et les populations sont musulmans. Au cas où quelques centaines d’Algériens, séduits par une autre religion viennent semer le doute. Faut-il avoir des citoyens éduqués, informés, organisés librement, conscients, maîtres de leur destin ou des pratiquants écartelés par trente-six lectures dangereusement contradictoires du Coran? L’équation est laissée en suspens, au gré des conjonctures, de la pluviométrie et surtout au talent des enseignants, des médias et au génie des programmes scolaires dans lesquels barbotent la théologie de bazar, la grammaire, les maths, les superstitions, l’intolérance qui fait que de jeunes âmes sont persuadées que Moïse et Jésus sont en enfer, pour l’éternité ! Parce que des éducateurs militants officient en toute liberté pour faire pousser de la graine d’extrémistes, de censeurs, de policiers des mœurs.

Les dernières semaines, après une éclipse, qui a semblé être interminable, du président de la République, la morosité est toujours de mise. L’expédition des affaires courantes, les mésaventures de la loi contre le colonialisme français, la déroute de l’équipe nationale de foot ont mis plus en exergue la grève des enseignants, du système de santé qui donnent l’impression, pour certains, la certitude que l’Algérie navigue comme elle peut. Si le fort ne peut plus rien cacher ni faire diversion, le mois de la grande bouffe va sûrement faire l’affaire et démentir les propos de M. Kouchner qui n’est pour rien dans les problèmes algéro-algériens et algéro-français. Pour la simple raison que cette génération n’est pas au pouvoir.

Quel est le responsable qui a la légitimité historique, donc celle de Novembre, qui aurait pu tenir les propos irresponsables et provocateurs de M. Benbouzid ? Devant une année scolaire largement compromise, ce dernier, accroché à l’UGTA qui n’est pour rien dans les grèves qui ont perturbé grandement son département, n’a pas trouvé mieux que de lancer des avis de recrutement pour des enseignants suppléants (transitoires – transitions provisoires bricolés…) au nombre de 50.000. Entre deux grèves, des menaces, le ministre va donc régler le problème d’un système éducatif moribond, déstructuré. Ce système, patriarche, vit lui aussi son automne, avec ou sans suppléants. La génération de Novembre n’y est pour rien à travers quelques rescapés, en plein automne de leur vie, reclus ou pour certains jouant le rôle d’alibi pour gonfler des budgets.

La crise sérieuse que traverse l’hôpital et la médecine en Algérie ne doit rien aux rescapés de Novembre, à ses idéaux et principes qui n’ont plus cours. Les représentants de cette fabuleuse épopée ne dirigent ni les hôpitaux, ni les ministères de la Santé, des Finances et n’élaborent aucune grille de salaires. Ce sont là quelques exemples algéro-algériens. Quant aux relations avec la France, l’UPM, la loi de finances qui a recadré le crédoc et le crédit à la consommation, qui de la génération de Novembre est impliqué dans la réflexion, la prospective, les propositions et la mise en pratique d’une diplomatie vis-à-vis de la France ? M. Kouchner se trompe de génération dans les grandes largeurs et fait, là aussi, jouer aux Ben M’hidi, Benboulaïd, Abane, Aït Ahmed et d’autres, les rôles d’alibi et de repoussoir. La légitimité historique a vu son dernier épisode se jouer avec l’assassinat de Boudiaf. Point à la ligne. Le mois de la grande bouffe arrive à grand pas pour les importateurs publics et privés dont certains, c’est leur tour, vont se régaler dans des passations de marché. Le café, le citron, la viande, le sucre, le thé et tous les ingrédients utiles à l’obésité, au diabète, au gonflement de la facture des importations vont se déverser dans des estomacs qu’aucun clergé ne cherche à éduquer pour manger moins, importer moins, gaspiller moins… Et la aussi la génération de Novembre, du moins ceux qui sont encore vivants et lucides, n’y sont pour rien. Ils traversent, peut-être, le dernier automne des patriarches.

En Irak, en Afghanistan, les habitants votent sous les bombes et la mitraille, dans la boue et le sang. En Algérie, la génération de Novembre, pas la taïwan, celle dont en compte les rescapés, n’occupe aucun poste à même d’autoriser un point de vue face à l’occupation et aux crimes validés, en France, par la génération de Kouchner, celle dont les membres sont au pouvoir, qui cautionne la chasse aux «bicots-nègres» et aux musulmans pour justifier un «débat» néo-nazi sur l’identité française. Les relations algéro-françaises iront comme elles iront sans les artisans de Novembre. Qu’on leur… fiche la paix des deux côtés de la mer. C’est l’automne des patriarches. Quant au printemps, ceux de Novembre l’avaient fait pousser lors des fêtes mixtes en 1962.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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