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Contrées présahariennes, jadis isolées par Farouk Zahi

11 mars 2010

Contributions

En ce 8 mars printanier, le ciel bas sur Djelfa laissait sourdre une fine pluie de bon présage. Cette bruine printanière s’étendait de Mouileh, à une encablure sur la nationale 46 venant de Biskra, jusqu’au col des Caravanes (1200 mètres),sur la nationale 1 menant vers le grand Sud.



En dépit des terres fertiles qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres et du patrimoine forestier du mont Senelba, la région à haute teneur pastorale, fait de l’élevage ovin son principal credo. Relativement tardive, cette manne pluvieuse n’en sera pas moins, la bien venue. Djelfa, cette nouvelle mégapole des Hauts Plateaux, est le chef lieu de la troisième wilaya démographique du pays. Centre universitaire, le bond en avant, est époustouflant. Le gros bourg de 1974, est devenu un centre nodal d’échanges économiques régional s’étendant de la dépression du Hodna, au plateau du Sersou. Sortant de ses anciennes limites territoriales, la ville s’étend dans tous les sens ; il est vrai aussi que la désharmonie urbanistiques est criarde. L’ensemble immobilier jouxte parfois, la masure. L’implantation de somptueux réverbères, plantés en rase campagne, dénote quelque peu de l’incohérence et du mimétisme contagieux qui s’est saisi, de la Collectivité locale.

A l’entrée est de la ville, on creuse une trémie, probablement une première dans cette région du pays ; sa mise en service est supposée éviter les « bouchons » du croisement des nationales 1 et 46. Le contournement du tissu urbain, fait découvrir le coté cour de la cité tentaculaire. D’innombrables immeubles aux couleurs candidement chatoyantes, grenellent les espaces jadis nus.

A gauche de la route, la pinède verdoyante, annonce déjà la forêt de Moudjebara, plantée dans les années quatre vingt et dont un ancien premier Ministre, mettait en doute la pertinence. Il aurait aimé que l’essence en soit le jujubier ; le double avantage disait-il alors, aurait été l’ombrage et le fruit. Ain Roumia à une trentaine de kilomètres sur la route de Laghouat, balayée par la bourrasque sableuse, offre une halte aux voyageurs dans le relais où l’on peut se restaurer et faire le plein de carburant.

La steppe, d’habitude florissante en cette période, est flétrie. Les touffes d’alfa, échinées par les rafles de vent, sont décolorées, signe annonciateur de sécheresse. Quelques kilomètres plus loin, entre les bifurcations de Ain El Bel et Tadmait, célèbre par sa station expérimentale d’élevage ovin et son casernement, un pasteur fait abreuver son cheptel à un point d’eau constitué, d’un bassin alimenté par pompage à l’énergie solaire. C’est déjà, un signe fort de sortie de l’archaïsme traditionnel.

Les travaux routiers, battent leur plein ; la bonification du réseau national est visible sur plusieurs tronçons. Un engin marqueur de bandes, trottine en bord de route, malheureusement les rafales de vent de sable risquent de compromettre son ouvrage.     Pourtant, les prévisions météorologiques peuvent à l’heure près, éviter à notre ingénierie de telles bourdes. Plus loin, un minuscule hameau, disposant d’une belle petite mosquée ressemblant à une maquette et une agence postale, semble faire des efforts gestatifs pour naître.

Les produits des célèbres tisseuses de Messâad, notamment le burnous et la kachabia en poils de chameau, sont vendus sur la route. Cette vitrine ambulante, évite aux potentiels acheteurs d’aller jusqu’au cru, situé à une quarantaine de kilomètres dans la profondeur steppique.

La route est animée par de gros tonnages qui renseignent sur la vivacité économique de la région exhalant déjà, le gaz naturel de Hassi R’Mel.

La vitesse imprimée au moteur, permet de venir à bout, un tant soi peu, de la monotonie de ces immensités. Sidi Makhlouf, dernière étape avant Laghouat, mue lentement mais sûrement. Le nouveau siège de la protection civile, le nouveau lycée et le siège de la Daïra font sortir le village de la dépression topographique qu’il occupait, le cachant jadis à la vue de loin. La route qui le relie au chef lieu de wilaya, est maintenant à double voie.

Le col des pigeons, piton de terre érodé par le vent, veille sur la cuvette qui va jusqu’ aux portes nord de Laghouat. Des prééminences coniques, faites de pierre, sont visibles çà et là.

Elles seraient les vestiges de marquage de l’ancienne route cochère ; les attelages en faisaient leurs repères pour éviter la perdition. La ville du barde Benkiriou, est nichée au bord de Oued M’Zi qui dévale du Djebel Amour, pour aller mourir dans les Ziban après avoir, pris le nom de Oued Djeddi l’impétueux. Les travaux de route érigent un autopont qui fera éviter, les flux circulants venant d’Aflou avec ceux qui vont au Sud ou au Nord. Après quelque parcours en lacis, c’est le parc de loisirs réalisé en grande pompe et qui geint sous un silence pesant. Apparemment abandonné, il n’attire plus les visiteurs. Encaissée par deux arrêtes montagneuses, la route en goulot, aboutit à l’enjambement de l’immense cours d’eau, qui pour le moment n’est qu’un mince filet.

Le moment venu, il emportera tout sur son passage, gonflé par les eaux des imprévisibles orages d’été ou des crues automnales. Le nouveau dédoublement du pont porte cette ingénue inscription : Pont de Oued M’Zi. C’est à ce niveau, que l’évitement de la ville, prend le coté gauche sur la route d’El Assafia, célèbre par l’une des batailles menée par Bennacer Benchohra lors de la pénétration coloniale du XIX siècle.

Cet évitement de plus d’une dizaine de kilomètres, fait découvrir enfin, au visiteur l’oasis sud de Laghouat chantée par l’épître populaire : « Laghouat Eghouatine fi maariftana » (Il y a à notre connaissance, deux Laghouat..), faisant ainsi allusion aux deux oasis séparées par une petite chaîne montagneuse. La palmeraie, certes moribonde, conserve encore quelques attraits.

Elle est veillée par un fortin ceint d’une ancienne muraille en pierre, relique de la nuit coloniale. En contrebas, ce qui semble être un cimetière, est centré par deux sanctuaires maraboutiques et dont les dômes fraîchement repeints en vert, accrochent le regard. La double voie, reprend ses droits sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’à la bifurcation de l’aérodrome. Oeuvre du plan de relance économique, il n’est pas, croyons nous, desservi jusqu’à ce jour, par une desserte régulière.

La route est encore chahutée par des engins de terrassement aux fins de réhabilitation.

Le village de Bellil, pousse comme un champignon ; il offre à chaque passage, un nouveau visage. Son futur château d’eau en construction en forme de verre à pied, est un défi du génie civil. La myriade de pied droits et de tubes métalliques s’enchevêtrant pour soutenir le coffrage, donne le tournis. C’est probablement la future ville relais qui brisera, la solitude inhospitalière s’étendant sur deux cents kilomètres entre Laghouat et le M’Zab.

A quelques kilomètres de là, Hassi R’Mel, réservoir fossile du gaz naturel national, est joignable par une route qui part à droite. Seules ses torchères, sont visibles de loin. Tagdempt, un lieu dit et Z’Bair regroupement de quelques maisons, sont sans particularisme. Un gazoduc en réalisation et se dirigeant apparemment vers l’Est, fait son bonhomme de chemin.

La route annonçant Berriane, se déroulant sur près de 45 kilomètres tortueux, est ponctuée par des travaux de confortement ou de bonification. Les déviations caillouteuses, font vibrer les structures des véhicules. Désagréables certes, mais néanmoins nécessaires. La cité bouillonnante du M’zab est annoncée par le silo blanchâtre d’une plâtrière.

La présence d’un escadron mobile de gendarmerie à l’entrée de la ville, rappelle que les différends communautaires, ne se sont pas totalement dissipés. Les deux entités humaines semblent, toujours, se regarder en chiens de faïence au regard des forces de sécurité encore stationnées sur les lieux. Les forces anti émeutes de la police sont, quant à elles, cantonnées en plein coeur de la ville.         Les constructions en étages et haut situées, rappellent étrangement le bâti yéménite où il est fait usage de chaux et de moellons. La quarantaine de kilomètres qui reste à parcourir pour aboutir enfin à Ghardaïa, est maintenant distraite par la naissance d’une nouvelle ville. Oued Nechou, c’est son nom, est un vieux projet des années quatre vingt dix, mais qui n’a pas connu de véritable développement vient d’exploser par le fait des dernières inondations dans la vallée. Comme qui dirait, le malheur des uns…On découvre, non sans surprise, une studieuse fourmilière occupée à construire à perte de vue. Les jolies maisons individuelles, aux couleurs pastel, surprennent le regard non habitué à la diversité des tons. Ghardaïa, à une dizaine de kilomètres, est sortie de son écrin topographie, elle s’étend maintenant sur les hauteurs de Bouheraoua.

Le nouveau site, aéré et spacieux, est déjà doté de beaucoup de commodités qui accompagnent les milliers de logements réalisés ou en voie de l’être. A la sortie Sud, et au-delà du centre universitaire et de l’aéroport, Noumérat, la nouvelle excroissance de Metlili, pointe son nez.

Par la naissance de nouveaux pôles urbains, celle qui a été qualifiée de pentapole, gardera-t-elle ce particularisme ou va-elle le perdre ? Inéluctablement, la poussée démographique et le flux migratoire Nord Sud enclenché par la furie terroriste de sinistre mémoire, en auront ainsi décidé !

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Contrées présahariennes, jadis isolées par Farouk Zahi”

  1. Grim Dit :

    «A gauche de la route, la pinède verdoyante, annonce déjà la forêt de Moudjebara, plantée dans les années quatre vingt et dont un ancien premier Ministre, mettait en doute la pertinence. Il aurait aimé que l’essence en soit le jujubier ; le double avantage disait-il alors, aurait été l’ombrage et le fruit.»

    Bien vu…très bien vu même.

    Il y a tellement d’endroits où cet ancien gouvernant aurait pu faire appliquer son idée.

    Vous avez vu juste et vous n’êtes pas forestier. D’où vous vient cette perspicacité?

    Grim, ingénieur civil des eaux et forêts.

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