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KIOSQUE ARABE La face cachée des familles

8 mars 2010

Contributions

KIOSQUE ARABE La face cachée des familles dans Contributions logo3
Touchant tableau de famille filmé par la télévision nationale : Bouteflika, deux de ses frères, des petits neveux, mais pas de nièces, ni de mamans des nièces et des neveux. Côté invités : le clan Zidane au grand complet, moins la maman, les épouses, etc. Bref, l’élément féminin était quasiment exclu de cette réunion, pourtant qualifiée de familiale à trois reprises par le chef de l’Etat.

On invite massivement les femmes au stade pour assister à la déroute de l’équipe à Saâdane, mais la réunion familiale d’El-Mouradia les a ignorées, à moins qu’elles n’aient figuré hors champ des caméras. Dans la maison du Prophète, les femmes doivent se tenir derrière des paravents. La famille, telle qu’elle est codifiée chez nous, et montrée aux étrangers, «albarania », se réduirait à la masculine engeance. Celles qui sont censées contribuer à la formation de cette cellule de base de la société restent la face cachée des familles. Il faudra beaucoup plus que la maîtrise des moyens télévisuels pour remettre au premier plan cette humanité ignorée. Que notre Zidane, presque national, se soit prêté à cette mise en scène, sans vedettes féminines, voilà qui est franchement confondant ! Tout cela à quelques jours de cette Journée de la femme, celle du 8 Mars, jour à elles consacré, à l’exclusion de tous les autres. Le 8 Mars, le harem, chaque année plus voilé, met littéralement le nez dehors, sauf contreindication comme le «nikab». Les femmes, serrées de près par les caméras de circonstance, s’offrent des escapades, mais jamais hors des sentiers battus. Des discours onctueux, fleurant bon la résipiscence mâle, leur rappellent leurs droits et plus sérieusement le premier de leurs devoirs, celui d’élever les jeunes générations. Ce qui implique l’obéissance au doigt tremblant et à l’œil vitreux des anciens. Que diable ! On ne peut pas lâcher la bride aux femmes, satisfaire leurs revendications, au risque de mécontenter Dieu ! Ceux qui tiennent un tel discours ne sont pas forcément misogynes, mais ils n’hésitent pas à en conclure que Dieu doit l’être un petit peu, et qu’en agissant ainsi, ils ne font qu’exécuter ses volontés. En tout état de cause, les statistiques sont là pour tordre le cou à certaines affirmations péremptoires, concernant les droits et libertés de la femme sous nos sept cieux(1). Selon des données publiées par l’association américaine Freedom House, les pays arabes sont les plus mal lotis en ce qui concerne le traitement réservé aux femmes. D’après ces données reprises par Al-Arabia.net et disponibles sur le site Internet de Freedom House(2), le sort de la femme a plutôt empiré dans certains pays. C’est notamment le cas de l’Irak, du Yémen, et des territoires palestiniens, durant ces cinq dernières années. Néanmoins, notre le rapport, plusieurs pays ont enregistré pour la même période des progrès notables, comme le Koweït, l’Algérie et la Jordanie. Pour ce qui est du classement des pays où la femme a le plus de libertés, l’Algérie figure à une honorable deuxième place, après la Tunisie et devant le Maroc. Cependant, ce classement est à apprécier au regard du respect des libertés et des règles de la démocratie en général. Sur ce plan, l’Algérie est jugée comme un pays ne disposant pas de libertés en général, comparativement au Maroc qui jouit d’une liberté relative. Pour en revenir au cas particulier de la femme algérienne, Freedom House attribue des notes allant de 1 à 5 à des chapitres précis. Ainsi, la note relative à l’indépendance, la sécurité et la liberté individuelle est passée de 2,4, en 2004, à 3, en 2009. Pour ce qui est de la liberté économique et de l’égalité des chances, le progrès est moins sensible, puisque la note est passée de 2,8 à 3,1 pour la même période. Avancée plus timide encore dans le domaine des droits sociaux et culturels, avec 2,9, en 2004, et 3 points en 2009. A titre de comparaison, avec le pire, la note du Yémen plafonne à 2 sur chacun des chapitres considérés. Toutefois, Freedom House, qui considère l’Algérie comme un pays non démocratique (colorié en rouge sur la carte), relève un certain nombre de freins à l’évolution de la femme vers plus de libertés. L’organisation note que l’amendement constitutionnel de 1988 consacrant les droits politiques de la femme est positif, mais que son objectif immédiat était de séduire l’électorat féminin. Quant au code de la famille, et malgré quelques amendements, il demeure encore en deçà des attentes féminines. Se référant également au code civil, Freedom House relève l’ambiguïté de certaines de ses dispositions. Elle pointe notamment le retour à la chariaâ, ou à la tradition en cas d’absence de textes législatifs. Or, je peux en témoigner, et tous les Algériens avec moi : nos femmes ne vous diront jamais du mal de la chariaâ. Le droit à l’audace ne leur a pas été encore reconnu. Les Algériennes sont de bonnes musulmanes, très attachées à leur religion, Seulement, elles aimeraient bien que les dispositions les plus défavorables à la gent féminine s’appliquent ailleurs. Puisque nous ne possédons toujours pas le ou les regards qui nous permettraient de mieux nous connaître, apprenons à le faire dans le regard des autres. Par pure naïveté ou mauvaise foi, des millions d’aveugles, une poutre énorme fichée dans l’œil droit, s’indignent devant la moindre référence à cet accident de la nature. Seulement, on ne peut pas forcer l’Occident à regarder ailleurs, pendant que ces mêmes millions s’acharnent à s’enfoncer une deuxième poutre dans l’autre œil. On ne peut pas dénoncer l’islamophobie, chaque fois que les médias occidentaux reprennent des déclarations ou des fatwas d’un autre âge. Et nous en produisons avec le savoir et l’application d’un mineur de fond chinois. La dernière poutre est celle de Abderrahmane Al-Barak, éminent théologien saoudien octogénaire, qui condamne à mort quiconque autoriserait ou encouragerait la mixité. Le même homme avait lancé il y a deux ans une fatwa identique contre les écrivains libéraux saoudiens. Elle était passée presque inaperçue parce que les écrivains libéraux ne sont pas en odeur de sainteté dans la cité wahhabite. Cette fois-ci, le cas est différent parce qu’on prête au roi Abdallah l’intention d’autoriser la mixité dans l’université éponyme qu’il a fait construire. Ajoutez à cela le retentissement provoqué par cet édit mortel dans les pays occidentaux, et vous comprendrez la douleur ambiante. Un éditorialiste saoudien a dénoncé cette fatwa, à cause de ses conséquences fâcheuses hors du royaume (le front intérieur tient bon, je vous rassure). Il s’inquiète, en particulier, de l’influence négative de cette fatwa sur les négociations avec les Etats-Unis en vue du retrait de l’Arabie saoudite de la liste des pays à haut risque. Notre confrère ignorait sans doute les résultats de ce sondage de l’institut américain Gallup, à propos du problème qui nous préoccupe. Ce sondage indique que 53 % des Américains considèrent que l’Islam n’est pas une «bonne religion». 66 % d’entre eux pensent également que la majorité des musulmans n’acceptent pas les autres religions. Si 70 % des sondés estiment que les musulmans veulent la paix, 81 % disent, en revanche, que la majorité des musulmans ne sont pas pour l’égalité homme-femme. Ce qui nous renvoie au problème évoqué plus haut.
A. H.

(1) Nous croyons aux sept cieux, aux quatre épouses, au nombre d’or inventé par les Grecs et islamisé par nous, mais dès que nous sommes plus de deux à penser différemment, c’est la fitna, la discorde meurtrière.
(2) Ceux qui sont intéressés par le rapport sur l’Algérie en arabe le trouveront sur ce lien : http://www.freedomhouse.org /uploads/specialreports/womens rights/2010/Arabic/AlgeriaArabic 2_26.pdf

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
La face cachée des familles
Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/03/08/article.php?sid=96765&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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