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Et ça continue encore et encore…

3 mars 2010

Contributions

Et ça continue encore et encore…

par Abdelhamid Benzerari *

«Il faut être fier d’avoir hérité de tout ce que le passé avait de meilleur et de plus noble. Il ne faut pas souiller son patrimoine en multipliant les erreurs passées» (Ghandi)



Notre patrimoine culturel et archéologique national est menacé. Sa mutilation ne cesse de se répéter. La presse nationale relate souvent des faits de cambriolage.

El Watan du 03/02/2009 dénonce le trafic de pièces archéologiques à Constantine. Les services de sécurité ont arrêté les auteurs du trafic de vestiges anciens comprenant six statuettes, des pièces de monnaie et un bracelet de la période numido-romaine. En 2006, toujours dans la wilaya de Constantine, 49 interventions ont abouti à 444 saisies dont 325 pièces de monnaie ancienne (Quotidien d’Oran du 18/05/2008). Les autres wilayas ne font pas exception à la règle, notamment Souk-Ahras la ville de St. Augustin, M’Daourouch, la ville d’Apulée de Madaure où pilleurs algériens, contrebandiers, collectionneurs européens vident notre patrimoine. C’est une véritable hémorragie. Le bilan parle de lui-même : 1.282 pièces anciennes ont été récupérées en 2007 (Liberté du 29/10/2007). Un véritable crime contre l’identité nationale et une sérieuse atteinte à l’égard de l’héritage culturel et historique de l’Algérie.

Un crime qui dépasserait les frontières quand on sait que les pièces volées, selon leur nature, profitent à des réseaux organisés et à une mafia qui n’a épargné aucun site historique ou culturel de l’Algérie profonde.

Les traces des neuf statues volées le 26 décembre 1996 au musée de Skikda commencent à apparaître. Après avoir retrouvé et restitué aux autorités algériennes le buste de Marc Aurèle lors d’une vente aux enchères chez Christies à New York, Interpol est en train d’enquêter sur une 2ème statue dont les traces viennent d’être retrouvées en Allemagne.

A Tlemcen et à Tiaret, plus exactement à Ghazaouet et à Médrissa, ce sont 02 tableaux et un buste du célèbre peintre Picasso et un autre buste de la reine égyptienne Néfertiti qui ont fait l’objet de vol et de vente illégale, alors qu’à Batna plus de 100 objets dont 49 pièces archéologiques, une statue de femme et des fragments de colonnes ainsi qu’une stèle représentant Saturne. A Aïn Témounchent, 424 pièces de fossiles et dents de requin ont fait l’objet de vente hors-la-loi. A Oum El-Bouaghi, 155 pièces de l’époque numido-romaine et des bijoux font l’objet d’une enquête enclenchée par les gendarmes.

A Illizi et Tindouf, ce sont des moulins préhistoriques, un sac contenant des têtes de flèches et de lances en silex taillé, des météorites, un mausolée funéraire préhistorique qui ont été victimes de vente irrégulière.

A Skikda, 230 pièces archéologiques, découvertes fortuitement et non déclarées, ont été saisies en temps réel par les gendarmes. Les douanes d’Illizi totalisent depuis le début de la saison touristique 2008 un record de 324 pièces saisies : pointes de flèches, haches polies, perles… mais aussi les gravures rupestres découpées au marteau et au burin (tentatives avortées à Youf Ahaket dans le Tassili et l’Ahaggar). Tant que dans les endroits du Sahara, notre plus grand et plus beau musée du monde à ciel ouvert, les pièces, objets préhistoriques et peintures rupestres ne sont pas répertoriés, enregistrés et diffusés, les efforts de récupération seront nuls. Il est souvent difficile de recouvrer les biens volés d’un site non protégé, une fois localisés à l’étranger, parce qu’il est exigé leur authenticité pour prouver leur origine. C’est dire l’ampleur que prend le pillage de notre patrimoine, legs de notre héritage millénaire.

Le profil des trafiquants est considérable : il suffit d’aller voir la partie émergée de l’iceberg sur Internet où pullulent les sites de vente d’articles d’art ancien et contemporain. Pillage du passé, vandalisme, vol, partage du butin, exportation illicite : le marché de l’art est proche de la foire d’empoigne. Il est vrai que c’est un commerce dont le chiffre d’affaires dépasse actuellement le milliard de dollars.

D’après un index publié par Sotheby (La plus importante salle de ventes du monde), les prix des objets d’art ont été multipliés au moins en moyenne par dix au cours des vingt dernières années. Les collectionneurs ont les mains pleines, jouent et gagnent sur tous les tableaux. Ce bruit, cette fureur spéculative, ces surenchères se font, on le devine, souvent au détriment des oeuvres mêmes et des cultures qui les ont vu naître. A Paris, le 24 février 2009, la vente par Christie’s de 2 statuettes en bronze (1 tête de rat et 1 tête de lapin), volées du palais d’été de Pékin lors de l’expédition franco-anglaise en Chine sous Napoléon 3, a ranimé la polémique franco-chinoise.

Les trésors archéologiques ou ethnographiques sont aujourd’hui dans la grotte d’Ali-Baba dollar, loin des yeux, loin du peuple dont ils exprimaient l’essence.

L’art est à la banque et les coffres-forts sont bien gardés. L’UNESCO a toujours affirmé la nécessité de préserver le patrimoine culturel de chaque nation, et a dénoncé l’impudent trafic des objets d’art, qui vide les peuples de leurs chefs-d’oeuvre comme un corps peut l’être de son sang. Elle a tiré somme toute, la morale d’une fable amère, où l’on voit que l’art se vend d’autant plus qu’il n’a pas de prix et où l’on découvre que, s’il n’a pas de frontières, il ne manque pas pour autant de contrebandiers.

Chefs-d’œuvre en fuite

« Aucune culture, aucune oeuvre d’art, aucune civilisation n’est à l’abri de la destruction »

Qu’y a-t-il de commun entre un Raphaël, un siège africain et des bijoux en or provenant de Turquie ? Tous ont été soustraits au patrimoine culturel d’un pays contre sa volonté.

Un portrait de Raphaël avait été acquis par le musée des Beaux-Arts de Boston en 1967, mais il fut restitué à l’Italie après que les autorités de ce pays eurent fourni la preuve des conditions illégales de son exportation. Peu après, le directeur du musée démissionnait. A son tour, l’Italie a rendu à l’Ethiopie dernièrement l’obélisque d’Aksem subtilisé du temps de Mussolini.

La sépulture de Ramsès I, qui a atterri en Amérique vers le début du XIXe siècle au musée de Niagara Falls, a été vendue à l’Egypte par ses derniers acquéreurs qui ont payé une somme colossale au musée. Ces restitutions doivent être un exemple pour d’autres civilisations mises à mal par la loi du plus fort. Elles ne sont hélas qu’une part infime de ce qui devrait être entrepris dans le cadre d’un vaste retour de mémoire aux peuples.

Le siège plaqué or, principal symbole de la nation Achanti au Ghana, avait été saisi par les troupes britanniques en 1874. L’actuel chef des Achanti demande son retour au British Muséum. La Grèce réclame sans cesse la frise orientale du Parthénon d’Athènes exposée, elle aussi, dans ce même musée qui refuse de s’en séparer malgré une intense campagne grecque.

Cette frise, en marbre sculpté, unique au monde, avait été ramenée en Angleterre au début du 19e siècle par Lord Elgin, ambassadeur britannique auprès de l’empire Ottoman, et ce, avec l’aval des autorités turques qui occupaient la Grèce. Pour débattre et négocier la restitution des oeuvres anciennes et pièces archéologiques, un comité intergouvernemental formé de représentants de 22 Etats a été créé en 1978. En mars 2008, sous l’égide de l’UNESCO, s’est tenue à Athènes, une conférence internationale, regroupant juristes, archéologues et conservateurs de musées pour le retour dans leur pays d’origine d’oeuvres d’art pillées ou déplacées, le plus souvent, dans des conditions d’occupation ou de colonisation.

Les bijoux découverts à Usak, en Anatolie, font partie d’un trésor hydien du VIe siècle avant Jésus Christ. Le gouvernement turc, qui tente de les récupérer, accuse le Métropolitain Museum of Art de New York de les détenir dans ses réserves depuis 1966.

Un commerce à sens unique

«Tout homme qui acquiert une oeuvre d’art cherche à prolonger sa durée biologique, à se rattacher au passé et à se projeter dans l’avenir» ( Robert Musil)

Ces exemples, notamment ceux de Raphaël et des bijoux hydiens, illustrent un phénomène troublant : la fuite des objets de valeur artistique vers les pays riches. Ainsi les pays d’Amérique latine, où ont fleuri les cultures précolombiennes, sont radicalement dépouillés de leurs monuments anciens.

L’Ile de Pâques s’est trouvée dégarnie de quelques « Moaï », ces statues géantes sculptées dans des monolithes granitiques. Leur acquisition par les musées américains, anglais, français est confirmée. On va jusqu’à mettre à sac des sites anciens dans la jungle, au moyen d’hélicoptères pirates qui emportent les monolithes sculptés des bas reliefs. Ce moyen de transport est utilisé en Papouasie Nouvelle-Guinée pour enlever des objets ethnographiques. Il en est de même en Afrique, comme le signale le directeur de l’Administration des musées nigérians. C’est ainsi que les objets de valeur sont dirigés vers les marchés lucratifs du monde occidental.

La Turquie, pays à multiples endroits historiques, n’est pas épargnée du détournement des antiquités. L’un des responsables du département des musées déclarait, lors des réunions d’experts organisés sous l’égide de l’UNESCO, que le trafic était aussi bien organisé que celui de la drogue. « Un objet déterré peut être vendu ou écoulé dans les vingt-quatre heures. Il est convaincu que le trésor d’Usak, évalué à près d’un million de dollars, a été embarqué pour New York par le port méditerranéen turc d’Izmir où opérait un spécialiste du trafic des antiquités, connu sous le sobriquet d’Ali-Baba. L’exportation illégale des objets d’art continue au Moyen-Orient, riche en art « primitif ».

Les musées d’Europe et d’Amérique sont propriétaires de fonds océaniens, africains ou asiatiques qui attestent que des pans de mémoire ont été, de part en part, spoliés. En novembre 2007, les responsables irakiens du patrimoine sont allés au siège de l’UNESCO à Paris clamer leur désespoir. Depuis le saccage et le cambriolage du prestigieux musée de Bagdad, lors de l’invasion américaine, des réseaux puissants, parfaitement renseignés perpétuent leur razzia. Les trésors de toute la Mésopotamie, région plusieurs fois millénaire, l’un des plus brillants foyers de civilisation antique, n’ont pas été épargnés. Mme Amira Ida, directrice irakienne des Antiquités, a dénoncé l’impunité des responsables de cette triste situation et reste impuissante devant la mise en vente des pièces de grande valeur sur Internet.

L’Union africaine et l’Union européenne, lors du Sommet de Lisbonne en 2007, ont débattu sur les produits et l’héritage culturels qui sont souvent l’objet de vols ou de détournements qui profitent aux collectionneurs privés. Certains pays africains ne protègent pas encore suffisamment leur patrimonie et demandent la collaboration de l’UNESCO pour la formation de leur cadre et la protection de leur richesse archéologique. En fait, le pillage s’exerce dans les pays qui n’assurent pas une protection suffisante des sites ou objets d’art, par manque de fonds, ou à cause de difficultés d’accès, de la corruption ou de la complicité officielle. Ce « commerce d’exportation » ne se limite d’ailleurs pas au tiers-monde : l’Italie en est une des plus grandes victimes.

Trois ans après l’affaire du portrait de Raphaël en 1972, le Métropolitan Museum of Art annonçait l’acquisition pour environ un million de dollars d’un superbe vase grec : le cratère d’Euphronios. La police italienne spécialisée est convaincue qu’après des fouilles illégales pratiquées dans une tombe étrusque, le cratère a été clandestinement sorti du pays. Le musée fait valoir pour sa part que le vase a été acheté légalement à un collectionneur libanais. Son directeur a cependant proposé de restituer le cratère aux Italiens si ceux-ci remboursaient la somme versée pour son acquisition.

C’était une proposition très judicieuse, a estimé un peu cyniquement un de ses collègues, car il était fort improbable que le gouvernement italien trouve la somme nécessaire. Même aux Etat-Unis, première nation du monde importatrice d’objets d’art, on commence à se préoccuper du contrôle sur l’exportation des objets artistiques et historiques. L’administration du musée des Beaux-Arts de Détroit estime que son pays devrait restreindre la liberté d’exportation en ce domaine. S’il y avait eu des lois dans ce sens, il est peu vraisemblable que l’ex-roi Farouk aurait pu acquérir l’épée de George Washington.

Culture menacée «L’art c’est la plus sublime mission de l’homme puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre» (Auguste Rodin)

Le pillage des sites archéologiques et ethnographiques entraîne souvent leur détérioration ou leur destruction, et nuit, par conséquent, aux recherches des savants. D’après le président de l’Organisation des antiquités égyptiennes, il y a quelques années encore des tombes anciennes étaient profanées par des voleurs qui emportaient une ou deux pièces pour les vendre à l’étranger. Afin de décourager ce trafic, l’exportation des antiquités à partir d’Egypte a été totalement interdite. Le professeur Ezzat Negahban de l’Université de Téhéran a fait remarquer que les pillages des sites préhistoriques entraînaient une détérioration du charbon des os et des cendres qui permettent la dotation au carbone 14, effacent les traces du plan des villages et font disparaître les premières manifestations de l’architecture, privant ainsi les archéologues d’informations précieuses. L’exportation des objets d’art prive un peuple de la possibilité de comprendre pleinement sa culture. Les populations des îles du Pacifique Sud se trouvent dépossédées de leur culture en raison de l’exploitation qui est faite de leur art et de leurs artistes. L’exportation massive d’objets ethnographiques entraîne de fâcheuses conséquences : «La jeune génération vivant actuellement en Océanie n’a jamais eu l’occasion de voir un objet artisanal de qualité fabriqué par ses ancêtres au siècle dernier ou auparavant », selon le directeur du Musée de Canterbury en Nouvelle Zélande. L’exportation illicite de pièces ethnographiques authentiques se poursuit en Papouasie Nouvelle-Guinée, tout comme en Nouvelle-Zélande malgré une loi de 1962, interdisant leur sortie. Une célèbre galerie d’art de Paris a organisé une exposition d’art primitif provenant de Papouasie Nouvelle-Guinée et un certain nombre de pièces des Nouvelles-Hébrides. Parmi celles-ci, de grands masques saisissants, de superbes sculptures en bois et de gigantesques statues rituelles en fougère recouverte d’argile.

Le directeur du Musée de Nouvelle-Zélande, de passage à Paris, s’était déclaré profondément choqué. Si ces pièces sont sorties d’Océanie au cours des dix dernières années, c’est qu’elles ont dû être exportées sans autorisation ; en effet, elles sont d’une qualité telle qu’aucun gouvernement digne de ce nom n’aurait permis leur départ et la Papouasie Nouvelle-Guinée a des lois très strictes concernant l’exportation d’objets d’art…

Marchands et collectionneurs

« L’art est de nature hypnotique » (Le Corbusier)

Les musées portent d’ailleurs eux-mêmes une part de responsabilité. Un conservateur qui se refuse à acheter une peinture volée et dénonce le vol ne se tracasse surtout pas pour des pièces archéologiques ou ethnographiques de provenance douteuse. Une chose est claire, conclut le directeur des Musées nationaux de France, un coup d’arrêt serait donné au marché illégal des oeuvres d’art si les cinquante plus grands musées du monde décidaient d’agir d’une manière plus scrupuleuse.

Pour aider les conservateurs, le Conseil international des musées, affilié à l’UNESCO, a publié récemment un manuel intitulé « La Protection du patrimoine culturel » qui contient les textes législatifs régissant les transactions d’œuvres d’art dans différents pays.

D’autres accusés ont été mis en cause lors de la réunion de Bruxelles et notamment les diplomates qui abusent de leurs privilèges. Michael N’kanta, directeur de l’Administration des musées du Nigeria affirma que bon nombre d’ambassades utilisaient la valise diplomatique pour exporter des oeuvres d’art dont le départ n’aurait jamais été autorisé autrement. A l’autre bout de l’échelle sociale, on déplore également des malversations : dans certains pays, par exemple, et d’une manière quasi-institutionnalisée des douaniers mal payés se font quelque argent supplémentaire en fermant les yeux sur le trafic organisé par des « experts » plus que douteux. Une autre sorte d’escroquerie mineure est pratiquée par des personnes bien moins désargentées qui donnent des certificats d’honorabilité à des objets volés ou passés en fraude, en affirmant qu’ils appartenaient à une collection de « leur famille ». Enfin, il y a des collectionneurs privés qui, tout comme certains musées, ne se préoccupent pas outre mesure de l’origine des pièces qu’ils acquièrent. C’est ainsi qu’un des plus grands collectionneurs privés contemporains, un multimillionnaire californien, n’hésite pas à avouer qu’il a acheté des objets volés. En 1972, il a acquis une statue indienne en bronze du Xè siècle. Cette oeuvre, dérobée dans un temple de sivapuram (Etat de Madras) en 1957, était sortie de l’Inde vers les années 1960. A la question de savoir s’il était prêt à restituer le bronze, il répliqua : « S’il y avait pour cela des raisons valables et s’il était possible de faire cesser la fraude, je le ferais… ». Mais souvent, ce sont les pays eux-mêmes qui encouragent la fraude. Cela leur rapporte beaucoup. Ils ont l’habitude de pousser les hauts cris mais laissent le pillage se poursuivre. « Ils devraient commencer par renforcer leur législation ». Prenant au mot le collectionneur, le gouvernement indien a engagé des poursuites contre lui aux Etats-Unis mêmes.

Les efforts du gouvernement indien sont un exemple précis de la lutte qui doit être menée pour protéger le patrimoine. Mais, comme le confiait un spécialiste du marché de l’art, tous les gouvernements ne sont pas aussi attentifs : « Ils savent ce qui se passe et choisissent de ne rien faire. Dans de tels cas, la question du trafic devient un problème de « Politique nationale ». Tant que les oeuvres artistiques et ethnographiques pourront être achetées ou vendues librement, « elles finiront toujours par traverser les océans ».

Des mesures de protection

« Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l’information se traduisent par un enrichissement et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial »

En novembre 1973, le professeur de l’université de Téhéran, Ezzat Negahban, a présenté, au cours de la réunion d’experts organisée par l’UNESCO à Bruxelles, un programme de lutte contre le vol et la fraude d’objets de valeur artistique, historique ou culturelle :

- Organisation dans les musées du monde entier d’expositions itinérantes qui, en apportant un complément aux collections de chaque pays, contribueraient à ralentir la course aux acquisitions menée par les conservateurs ;

- Délivrance d’une licence de fouilles pour toute expédition archéologique afin d’assurer une juste répartition des découvertes entre les missions des fouilles et les pays d’accueil ;

- Création d’unités spéciales de la police nationale pour combattre les délits ayant trait à l’art et aux antiquités ;

- Recensement par tous les pays de leurs sites archéologiques et de toutes les oeuvres importantes de leur patrimoine culturel.

- Interdiction absolue d’attribuer une valeur commerciale aux découvertes archéologiques.

Nombre de ces mesures sont déjà plus ou moins appliquées par divers pays. La directrice du Département du patrimoine culturel à l’UNESCO a rappelé que l’organisation encourageait activement l’échange d’expositions entre musées de différents pays. D’autre part, l’obligation pour les expéditions archéologiques d’obtenir une licence de fouilles est maintenant très répandue ; enfin, des unités spéciales de police existent déjà et ont aidé à retrouver des oeuvres volées en Angleterre, en Allemagne, en France, et en Italie. Dans tout plan contre le vol et le trafic, le recensement des richesses culturelles est essentiel : il permet en effet une identification sûre des oeuvres.

Un précurseur en ce domaine est le Japon où un inventaire, entrepris voilà plus de soixante-dix ans, est régulièrement tenu à jour et complété. D’autres pays, comme la Belgique, se préoccupent activement de dresser des inventaires analogues. L’épiscopat italien, pour sa part, a décidé récemment de mettre sur pied un vaste fichier photographique inventoriant paroisse par paroisse, toutes les églises présentant une valeur artistique. Le gouvernement turc, de son côté, fait établir un répertoire des richesses artistiques contenues dans les édifices religieux de la Turquie. L’UNESCO ne demeure pas en reste, puisqu’elle apporte son assistance pour l’établissement d’inventaires dans différentes parties du monde. La Confédération internationale des négociants en oeuvres d’art (CINOA) qui groupe dix pays européens, plus les Etats-Unis, avait vivement recommandé à ses membres d’être scrupuleux sur la provenance des objets mis en vente, et proposa les services de cette association pour aider gouvernements et musées à couper l’herbe sous le pied des traficants. Elle suggéra que les oeuvres existant à plus d’un exemplaire dans les collections nationales soient vendues à l’étranger. L’ancien président de l’Organisation des antiquités égyptiennes, Gamal Mokhtar, a fait connaître que son pays offrait chaque année trente à quarante spécimens exceptionnels de son patrimoine archéologique à des hommes d’Etat en visite qui les remettaient par la suite à des musées. L’Egypte a même fait don de temples entiers : cinq d’entre eux ont été offerts à différents pays en connaissance de leur contribution à la campagne sur la sauvegarde des monuments de Nubie. Un autre moyen d’aider les conservateurs à enrichir leurs collections incomplètes est de leur proposer des reproductions ou des copies d’oeuvres originales.

« L’art pour l’art peut être beau, mais l’art pour le progrès est plus beau encore » (Victor Hugo).

La seule solution

« La jeunesse doit non seulement assimiler tout ce qu’a créé la vieille culture, mais élever la culture à une hauteur nouvelle, inaccessible aux gens de la vieille société » (Constantin Stanislavski)

Afin de favoriser une appréciation plus désintéressée des oeuvres d’art, les experts ont invité instamment l’UNESCO à propager, par le biais de ses activités éducatives, le respect du patrimoine culturel de chaque nation. Plus important, l’organisation est priée de redoubler d’efforts pour faire adopter par un plus grand nombre de pays la convention de 1970 visant à empêcher le commerce illégal des trésors culturels. Chez nous, un travail de sensibilisation par la presse, la radio et la télévision, par des expositions, visites de musées et lieux de réminiscence, rencontres avec les scolaires, les universitaires, les éducateurs, reste à entreprendre pour combattre la marginalisation du domaine archéologique, l’ignorance et la négligence de la préservation. Certaines de nos villes ne possèdent pas leur musée. L’agrandissement de certains devient nécessaire. Constantine, ville millénaire, ville de vestiges, son unique musée est à l’étroit. Ces greniers de l’histoire, ces temples de la mémoire, doivent servir de points de repère à nos jeunes qui y glaneront les joyaux du passé et du présent pour la formation de l’esprit et de la sensibilité. La sensibilité se forme comme l’esprit et est également nécessaire : « Un bon esprit cultivé est, pour ainsi dire, composé de tous les esprits des siècles précédents. Ce n’est qu’un même esprit qui s’est cultivé pendant tout ce temps-là ». Notre effort aura atteint son but, si l’enfant algérien est devenu sensible à cette beauté partout présente dans les oeuvres de l’homme et permis le déclic de se déclencher pour la préservation des trésors antiques et l’archéologie.

L’éveil à l’archéologie est cet acte pédagogique qui consiste à faire sentir aux élèves que l’analyse du monde est une nécessité. Il doit être non pas un apport de savoir, mais l’outillage mental et le vocabulaire qui permettront à nos potaches d’apprendre et comprendre leur temps.

« L’acquisition du sens historique chez l’enfant »

« Par la confrontation avec le réel du passé dans le milieu connu, la connaissance historique devient une connaissance véritable qui possède son assise naturelle, cette localisation dans l’espace, d’autant plus nécessaire que les élèves sont plus jeunes».

Evoquer ses ancêtres sur lieux où ils ont vécu n’est-ce pas la seule manière de présenter l’histoire comme une résurrection ? Les vieilles pierres parlent à l’imagination de qui les contemple. Elles l’émeuvent plus que des récits ou des gravures vite oubliées. Rappelant ses longues visites au musée, Michelet s’écriait : « C’est là et nulle autre part que j’ai ressenti la vive intuition de l’histoire ! ». Du point de vue émotionnel, le sens historique correspond à une certaine façon, dont l’enfant doit prendre connaissance des choses du passé et surtout des vestiges authentiquement historiques. Faire prendre contact avec la réalité des réalisations d’autrefois (monuments, vestiges, ruines, musées…) est une activité capitale et éminemment éducative. Cela permet de dispenser une formation esthétique en même temps qu’une formation historique reposant sur des bases concrètes. C’est un gage d’efficacité. Le sens historique, dans le domaine des émotions et des sentiments, est la faculté de s’émouvoir devant les témoignages du passé, devant les efforts des hommes à travers les siècles. Du point de vue intellectuel, le sens historique est la conscience d’un certain devenir dans le temps. Son acquisition chez l’enfant dépend alors de l’intensité de l’émotion qu’on est capable de faire naître chez lui.

Nos élèves comprendront ainsi notre solidarité avec les peuples d’autrefois, et sans doute, sentiront-ils le devoir que cette solidarité nous impose : ajouter notre effort à ceux de nos ancêtres pour transmettre à nos descendants les trésors de civilisation, enrichis et embellis, que nous a légués le passé.

Source : Informations-UNESCO




* Directeur d’école retraité
Ancien membre de l’Association des amis du musée Cirta Constantine

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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