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«On n’est pas en sécurité, même dans le bureau du DGSN»

27 février 2010

Contributions

«On n’est pas en sécurité, même dans le bureau du DGSN»

par Kamel Daoud

L’assassinat de Ali Tounsi, le patron de la DGSN, a fait peur aux Algériens. Il leur a rappelé le spectre du terrorisme mais leur a fait aussi entrevoir une sorte d’avenir possible quand un Pouvoir en vient aux mains et au meurtre. Il a fallu, ce jeudi, de longues heures pour tous pour constater et admettre le fait de l’acte isolé, ou qui l’est presque.



«Même dans le bureau du DGSN, on n’est pas en sécurité », avait résumé avec un faux humour une jeune internaute algérienne sur le web. La communication du ministère de l’Intérieur a tenté de clore, et très vite, la piste de la complotite en parlant d’un acte motivé par une crise de démence accompli par l’un des plus proches collaborateurs de Ali Tounsi et pour des causes qui restent à déterminer. Cela a presque suffi et la réaction des médiatiques algériens, même les plus indépendants et les plus «opposants», a adhéré à cette thèse du fait divers et de l’acte isolé. Il ne devait donc rien rester de ce drame, sauf sa tragédie, ou presque.

La version «fait divers» peut être la bonne, comme pourra le déterminer l’enquête, et, comme précisé par un collègue, il ne faut pas croire que les mœurs des rouages du Pouvoir sont au-dessus de nos mœurs de voisins de palier en guerre. On peut s’y faire voler, tromper, tricher, être intime ou ennemi, se tuer ou faire tuer et se faire la guerre pour une femme, un milliard ou une insulte. L’inflation de la morale dans les étages du Pouvoir est celle de beaucoup d’Algériens face au butin ou la tentation de la violence.

Reste cependant le fameux «cependant». A certaines altitudes du Pouvoir, un acte du genre, très « isolé », n’est jamais tout à fait isolé. L’assassinat de Ali Tounsi intervient dans un contexte qui en accentue le sens virtuel et supposé. Personne n’ira dire aujourd’hui qu’il s’agit d’un meurtre politique, d’un assassinat ciblé ou d’un règlement de comptes. Rien ne le permet pour le moment, mais cela rappelle que les Algériens ont tellement perdu confiance dans la communication officielle et ont tellement fait les frais de lourdes manipulations que, pour eux, derrière chaque mort à ce niveau, il y a un rideau et un Boumaârafi.

Le meurtre du DGSN intervint dans un contexte tendu entre centres de pouvoir, au beau milieu d’une étrange lutte contre la corruption et après de graves rumeurs sur un autre voyage de Bouteflika en Suisse et des guerres de position entre le défunt et le ministre de l’Intérieur. Cette guerre avait même cassé le consensus du silence pour émerger dans les colonnes de la presse algérienne. Si, deux mois après, Tounsi est assassiné dans son bureau, entre une enquête à Sonatrach et une arrestation dans les coulisses de l’autoroute Est-Ouest, les Algériens sont presque tentés de s’installer dans le confort de la thèse du complot. Cela répond mieux à ce qu’ils pensent du Pouvoir et de ses mœurs et de ce qui se passe depuis le fameux «3ème mandat» non consensuel.

La réalité peut cependant être pire que la simple tentation du complot imaginé : la «politique» est tellement morte en Algérie, comme les institutions, les médiations et les hiérarchies, que même à ce niveau-là, une dispute se règle par balles. Et au fond du fond, c’est cela qui a fait peur aux Algériens : le spectre d’une libanisation par le haut et sa facture pour «le bas». L’assassinat de Ali Tounsi n’est pas lié à cette crise des pouvoirs en Algérie, apparemment, mais cette crise est là et il suffit de rien pour la transformer en milices et en guerres des rues. Cela fait peur. Vraiment.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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