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Des tubes à la pelle -Cheb Hasni, le mythe, en tête des ventes-Du guellal au synthétiseur-Et les paroles alors ‘-Le raï Cette musique d’enfer

27 février 2010

Non classé

L’année écoulée, on a eu droit à un florilège de chansons et en l’espace d’une saison, des tubes ont accompagné les estivants et bourdonné dans leurs oreilles.
Évanescentes, ces chansons, on en «fabrique» à la pelle. Elles suscitent l’engouement. Quant aux chebs,

ils ont flairé le bon filon. Ils viennent de tous les horizons. Il y a à peine quelques mois cheba Djenet, une illustre inconnue, cartonne avec Matedjebdouliche ala li nebghih (ne me parlez de celui que j’aime). Sa voix rauque et suave a été très vite adoptée par le public surtout par la gent masculine. En chantant l’amour et la fidélité pour l’homme qu’elle chérit, elle a su gratter sous le vernis de l’atavisme machiste et y trouver des signes de tendresse et de sensibilité. C’est sans doute pour cela qu’elle a pu toucher à travers les paroles de sa chanson.
Cette dernière va devenir le tube de l’été. Suivra cheb Azeddine, un autre inconnu avec Ouach djabek andi Kheïra. L’on s’interroge dès lors d’où vient cet engouement et pourquoi ce succès qui élève les chanteurs raï au rang de chanteurs adulés. Est-ce la rythmique ‘ La poésie décadente, grivoise et licencieuse ‘ Ou tout simplement le fait que le raï touche du doigt tout ce qui rogne les ailes et inhibe une société en pleine mutation ‘ La réponse pourrait être la conjugaison de toutes ces raisons. Ces chanteurs, révélés au public l’été dernier, ont vu leurs albums se vendre comme des petits pains. Si la musique est rythmée, badine, chaude et folâtre, les lyriques sont suggestives et chargées de connotations sexuelles, donc libératrices du joug de la bienséance. C’est sans doute cet aspect révélateur d’une société où les tabous sont légion qui a fait que le raï revendicatif, faisant un pied de nez aux comportements hypocrites, soit si populaire car, et c’est de notoriété publique, la provocation bouscule les m’urs et par conséquent, les mentalités.

F. H.

Cheb Hasni, le mythe, en tête des ventes
Par Fatma Houari

La figure de proue de la musique raï, devenue mythe après sa mort, est incontestablement le chanteur Chekroun Hasni. Il est recordman des enregistrements de cassettes. Il en détient 150 environ.
Assassiné le 29 septembre 1994, au plus fort du terrorisme qui prenait pour cible les artistes et l’intelligentsia nationale, il continue, depuis cette date fatidique, à occuper la première place des ventes. Il s’est illustré, de son vivant, par des chansons romantiques qui ont fait de lui un crooner très apprécié par les mélomanes.
Une virée chez les disquaires nous renseigne sur sa popularité qui n’a pas changé d’un iota en dépit du fait que son répertoire n’est plus d’actualité. Et pourtant, ses fans ne se lassent pas de ses chansons et en redemandent à chaque sortie d’un album remixé ou inédit. Il est l’un des rares chanteurs décédés à susciter autant d’engouement.
La plupart des disquaires affirment que le chanteur est en tête des ventes des albums. Ils en vendent, en moyenne, quelque trois cents copies par mois. Il supplante le défunt Matoub Lounès. La raison de ce succès, selon les concernés, est liée à la sincérité du chanteur qui raconte sa propre vie et met en scène ses expériences personnelles. Ce qui l’a hissé au rang de chanteur sentimental par excellence.
Cela a contribué à garder intact l’amour de son public. Aziz est étudiant en interprétariat, rencontré au drugstore de la rue hassiba-Ben-Bouali, il vient acheter le dernier remix de cheb Hasni. «C’est un chanteur hors pair. C’est le seul qui me touche surtout quand j’ai un chagrin d’amour. Il raconte les choses avec son c’ur !», nous dira-t-il. Saïd, la quarantaine bien entamée, fonctionnaire de son état, fait une analyse plutôt pertinente : «Cheb Hasni est devenu une idole parce qu’il chante la «h’nana.» Son assassinat brutal a choqué et c’est l’effet inverse qui s’est produit. Les terroristes voyaient en lui un homme dissolu qui débauchait les jeunes par ses chansons à l’eau de rose et c’est cela je crois qui le différencie des autres. Déchiré par un divorce, le chanteur se confiera à son public dans ses chansons Madhenitch nat farkou ou encore Aâtouni l’visa bach n’chouf l’aziza.
Il est aussi le premier à avoir exprimé le ras-le-bol de la jeunesse algérienne, celui des «hittistes» et des laissés-pour-compte, en évoquant la fameuse demande de visa formulée de vive voix et à chaque fois que le chanteur avait rendez-vous avec ses fans.
Cette demande est reprise, tel un leitmotiv, dans les manifestations et au passage des cortèges présidentiels.

F. H.

03-07-2009

Du guellal au synthétiseur
Par Fatma Houari

Des tubes à la pelle -Cheb Hasni, le mythe, en tête des ventes-Du guellal au synthétiseur-Et les paroles alors ‘-Le raï Cette musique d’enfer clip_image001

Les origines du raï ont pris un pan important du débat sur cette musique. Il n’est pas évident de trouver les marques qui situent avec une exactitude minutieuse le point de départ qui a vu naître le phénomène. Certains musicologues n’hésitent pas à parler d’un «cumul» d’indices qui remonteraient au début du siècle. Le raï serait la sève ou le produit de plusieurs tendances musicales résultant des mélanges savants, orientaux, occidentaux et juifs. «La reconstitution de ce qui va nourrir cette musique (le raï, ndlr) englobe pratiquement toutes les formes et tous les styles qui font le paysage musical de l’Oranie durant près d’un siècle : musiques officielles et chansons de rue, airs du pays ou mélodies venues d’ailleurs, couplets sacrés et chants profanes, chansons à boire et bluettes sentimentales. C’est de ce florilège totalement assumé que le raï va s’inspirer pour dire son présent, empruntant ici un couplet, là un air, ailleurs une expression. À ce titre, malgré ses détracteurs, le raï est bien une représentation d’un terroir, d’un peuple, d’une histoire.» Du point de vue de la sémantique, le mot raï désigne «l’état d’esprit». Cette définition est plus proche du lexique populaire. Quand un individu gâche sa vie, on dit «raï etalef». Reste que l’étymologie est susceptible d’être discutée.
En outre, la «citadinisation» du bédoui traditionnel dans les années 30 à 40 allait marquer, d’une manière décisive, l’avenir du raï avec des chanteurs comme Hachemi Bensmin, cheikh Madani, cheikh Hamada et Abdelkader Khaldi. Ce dernier est le plus prolifique d’entre eux. Poète et interprète, formé à l’école coranique puis au lycée français, il s’imprégna des plus grands poètes du melhoun du terroir, et lors de son exil au Maroc en 1927, il s’est familiarisé avec les maîtres du genre’. «Les textes de ce dernier vont innerver la chanson oranaise durant plus de cinquante ans. Il se singularisa par ses textes amoureux dans lesquels il chantait ses multiples conquêtes.» La plus célèbre fut Bakhta reprise un demi-siècle plus tard par cheb Khaled.
Le raï a suivi un chemin sinueux avant de connaître la gloire et d’être reconnu ou plutôt récupéré. La musique était considérée à l’emporte-pièce comme la musique du diable et ses chanteurs stigmatisés à cause de leur réputation sulfureuse. On leur reproche de jeter leur gourme en magnifiant l’amour physique hors normes. Se recrutant dans les milieux libertins. Ce côté «ribaud et dévergondé» va longtemps peser sur le genre avant d’être dépassé et banalisé. Cependant, on ne peut nier cette énergie «luciférienne» qui met les férus du raï dans un état second. La transe, beaucoup la connaîtront surtout quand le raï sera modernisé et accessible à tous, d’où sa popularisation. Du guellal au synthétiseur, du cabaret au studio d’enregistrement, le raï aura suivi un parcours que peu de musiques ont eu la chance de faire. Plus la société étouffait dans un carcan rigide, plus le raï gagnait en popularité et les tentatives de le brider échouaient. C’est le schéma classique que prennent habituellement les formes de provocation, lesquelles, dans un contexte rédhibitoire, peu enclin à l’ouverture, constituent un réflexe de rééquilibrage des rapports de force.
L’introduction des instruments de musique moderne a permis au raï d’explorer d’autres mélodies et de transcender son domaine de prédilection. Il est arrivé, grâce notamment à la nouvelle vague de chanteurs, à rivaliser avec les plus grandes musiques du monde et même à les influencer. Les airs raï font désormais partie des répertoires de Sting avec Désert rose en duo avec Mami.

F. H.

Et les paroles alors ‘
Par Fatma Houari

On constate aisément dans toutes les chansons raï, que leurs auteurs ne font pas beaucoup d’efforts, pour composer leurs paroles. Ce qui est à la fois cocasse et intrigant, c’est que pour écrire les chansons raï, pas besoin d’avoir une verve littéraire développée ou un génie hors du commun. C’est presque à la portée de tout le monde ! La recette est la même et réussit à chaque fois. L’astuce est d’aligner quelques mots qui expriment une situation ou une émotion des plus banales. Le message passe facilement, surtout s’il est agrémenté d’une mélodie entraînante.
On est très loin des qassidate épiques qui font pâlir Démiurge de jalousie. Néanmoins, cette capacité d’exprimer les choses telles quelles, sans qu’il soit besoin d’artifices ou sans puiser dans le répertoire sophistiqué et baroque des anciens chouyoukh est ingénieuse, puisqu’elle permet de transmettre le message mais, paradoxalement, jugent certains observateurs, elle ferme la porte à la recherche et à l’innovation.
Cette littérature très prosaïque accule la musique raï à n’être qu’une musique dans l’air du temps condamnée à disparaître, comme n’importe quelle mode. On se demande au bout du compte si ce genre musical n’est pas en train de «dérailler», car il a beaucoup perdu de son originalité, sachant que ceux qui l’ont porté au pinacle versent actuellement dans d’autres mélodies en explorant d’autres genres différents, d’autres mixages, métissages pour être plus conformes aux styles occidentaux. Toujours est-il qu’aujourd’hui, nous avons droit à deux catégories de raï. Le hard, celui qui s’adresse aux mélomanes avertis et le soft prisé par le grand public. Ce dernier a encore de beaux jours devant lui vu qu’il emballe petits et grands et trouve surtout preneurs chez les éditeurs.

F. H.

Le raï
Cette musique d’enfer
Par Fatma Houari

« Rebelles » Ils s’appellent cheb Abdou, cheb Billal, cheba Kheïra, etc. Ils chantent l’amour, le sexe, la douleur et la passion.

En somme la vie de tous les jours en lâchant, bride à toute retenue dictée par la morale. Ils sont les idoles des nouvelles générations. Ils brisent les tabous avec des mots crus, insolents, indécents aux yeux de certains, qui trouvent, néanmoins, une oreille attentive auprès d’une jeunesse écorchée vive à la recherche de ses repères. Emergeant des bas- fonds de la société algérienne, le raï est un genre musical qui cartonne et fait même de la concurrence au rap, au funk et au rythm & blues. Les autres genres musicaux tels le châabi ou le haouzi ont du mal à aller sur ses brisées. Certains le comparent à la saoul-music, car il sort, estiment-ils, des tripes et s’abreuve du cocktail détonant «désarroi, douleur et mal vie». D’autres, caustiques et acerbes trouvent que cette musique est vulgaire, car elle provient des milieux de débauche.
Les plus avertis reconnaissent au raï le mérite d’avoir été un rempart de résistance, face à l’obscurantisme et la tentative d’asservissement du peuple algérien car, c’est au plus fort du terrorisme islamiste, admettent-ils volontiers, que cette musique a explosé et est sortie des méandres de l’inconnu, en dépit de l’environnement hostile à toute forme d’expression en dehors du discours religieux.
Marginalisé pendant longtemps et confiné dans les cabarets et les endroits malfamés, le raï a su pénétrer les maisons et dépasser les frontières.
Les ambassadeurs de ce chant, à l’image des khaled et Mami, boudés et traités de tous les noms d’oiseaux, dans leur propre pays au début de leur carrière, sont devenus des stars adulées, défilant sur les plus prestigieux podiums internationaux.
En tentant de faire le parallèle avec les musiques du monde, la musique raï ressemblerait au rock and roll s’agissant du rejet qui a suivi son accueil par les puritains et les conservateurs.
L’Amérique s’en est trouvée bouleversée et par la suite le monde occidental. L’effort revient à ces promoteurs qui en ont fait une musique de dimension mondiale. En effet, flairant la bonne affaire, les big-boss de Beverly Hills se sont emparés du phénomène. Son ascension fut fulgurante. Chez nous, le raï reste l’apanage des petites boîtes de production qui engrangent des fortunes colossales, d’autant plus que le marché est ouvert et enregistre une forte demande.
Cette situation attise les appétits des maisons d’enregistrement qui privilégient les interprètes des chansons raï aux autres chanteurs.
Les pouvoirs publics n’ont pas encore compris l’importance du phénomène, ni son impact sur une jeunesse fragile et dés’uvrée. Selon certains observateurs, le phénomène est délaissé par la tutelle. Il y a eu, certes, des initiatives dans un passé récent visant à sortir le raï de son carcan, mais elles n’ont pas abouti bien loin.
L’on se souvient du premier festival de raï «officiel» en 1985, perçu comme un événement, auquel ont assisté bon nombre d’artistes arrachés aux estrades des cabarets, pour venir célébrer le raï.
Ce dernier a réussi, grâce à une poignée d’hommes qui y croyaient dur comme fer, par gagner sa place dans le paysage musical.
Le raï fascine, révolte et dérange. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est un fait, il s’est imposé comme la musique qui touche des milliers de fans. Elle est l’exutoire des frustrations et des fantasmes, mais c’est surtout un rythme sur lequel on danse et on se trémousse pendant les fêtes et les soirées organisées.
Au-delà de toute considération morale ou religieuse, le raï reste un genre musical exclusivement algérien et donc un élément important du patrimoine collectif. S’il déchaîne les passions, c’est que quelque part, il traduit un malaise social. Il n’a donc pas fini de faire des vagues.

F. H.

Une musique contre le spleen
Par Fatma Houari

Le raï est né dans l’Ouest algérien, région réputée pour son épicurisme. Durant les années 1970, la musique encore à l’état brut, connaîtra, un départ plus ou moins tumultueux et désordonné, avant de trouver sa forme épurée dès le début des années 1980. Se classant dans un registre iconoclaste, elle va se substituer naturellement, au vide culturel découlant d’un conformisme édicté par une gestion socialiste homogénéisante et réductrice de l’individu. Son évolution exponentielle est due, notamment, à l’apparition de la cassette et du radio- lecteur portatif. Les éditeurs, qui étaient pour la plupart concentrés à Oran, ont remarqué l’intérêt que suscitait cette musique foncièrement érotique, mais véhiculant en arrière-fond un discours frondeur et revendicatif. A ce propos, la réflexion faite par le binôme Bouziane Daoudi et Hadj Miliani, sur le phénomène musical dans leur livre intitulé L’aventure du raï, met en évidence, cet aspect torturé d’une musique qui s’identifie pleinement aux laissés-pour-compte et aux strates sociales frappées d’ostracisme. «Raconter le raï d’hier et d’aujourd’hui, c’est proposer une explication de ce qui se joue culturellement et socialement en Algérie, à travers les termes, visions et positions des nombreux exclus du système politique, qui sont essentiellement les femmes et les jeunes de ce pays. C’est comprendre comment avec ses mots et ses sons, une jeunesse décline ses envies et ses angoisses et persiste à faire de la passion amoureuse, envers et contre tous, sa raison d’être d’être libre». Mais, cette musique va encore plus loin et n’hésite pas à braver les interdits, car elle ne craint pas de choquer. Mettre à nu la laideur de ses tourments, les ébréchures de son c’ur et les latences de ses angoisses, pour enfin se libérer. «Chansons, tranches de vie, paroles débridées sur les amours impossibles ou les étreintes illégitimes, le raï évoque, jusqu’à l’exemplarité presque parfaite, les interdits et les contraintes subis, intériorisés, sublimés dans les sociétés musulmanes contemporaines. Mais plus qu’un simple reflet des mentalités ou d’un quotidien difficile, la chanson raï, par son évolution, sa relative popularisation dans le monde qui se voit confronté aux règles et au système de production, de promotion et de consommation occidentaux.»

F. H.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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