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La rente et la raison

18 février 2010

Contributions

La rente et la raison

par Mohammed ABBOU

Dans les toutes premières années de l’indépendance, les habitants d’une ville moyenne du pays ont hérité d’une belle équipe de football qui évoluait en division d’honneur, était la fierté de toute la population et faisait tous les dimanches la joie des grands et des petits.



Elle était l’objet de toutes les discussions et arrivait même à éclipser l’actualité nationale, chaque fin de semaine, durant les veillées encore fréquentes et très animées, à cette époque, dans toutes les chaumières. Ses joueurs étaient les héros des jeunes et des moins jeunes et avaient droit à la considération des habitants, des commerçants , des notables et des autorités locales. Ils étaient l’attraction de tous les regroupements et retrouvailles et ne passaient pas inaperçus dans les artères de la ville. Mais au bout de quelques saisons les résultats n’étaient plus les mêmes, les matchs étaient souvent perdus à l’extérieur et le score nul était quasi-systématique à domicile. La déception se lisait sur tous les visages et les dimanches étaient de plus en plus tristes même au printemps.

Les dirigeants du club faisaient moins leur superbe au café du centre ville et les joueurs étaient de moins en moins visibles dans les rues et dans les rendez-vous sociaux. Et si les plus âgés des supporters se contentaient de maugréer leur désespoir les plus jeunes exprimaient ouvertement leurs récriminations et de façon de plus en plus crue. Il fallait réagir et au plus vite. Une assemblée générale a permis à tout un chacun de mettre des mots sur sa frustration devant une contre-performance sportive dont la durée a empoisonné l’ambiance, nourri l’animosité entre fideles et moins fideles de l’équipe, réveillé de vieux antagonismes tribaux, divisé les joueurs et par extension leurs familles et leurs proches.

Bref, la ville avait perdu toute sérénité

Des débats houleux ont véhiculé les essais d’explications, les assauts d’accusations, les tentations de justifications, les replis nostalgiques et même les envolées incantatoires pour s’accorder après épuisement de toutes les énergies, sur la cause majeure de la débâcle : la précarité matérielle du Club. Les raisons de l’échec indiquaient dés lors la nature de la solution : une source de financement consistante et durable.

Les avis convergèrent rapidement vers l’urgence d’offrir la présidence du club à un mécène de la ville qui dispose d’une aisance financière conséquente et accepte de prendre en charge les destinées du club. La bourgeoisie locale était connue et ses capacités financières aussi, le choix de la personnalité qui répondait à toutes les attentes ne fut pas difficile. D’autant que le « requis » a été « candidat » comme membre du comité à diverses reprises sans succès en raison de l’activité commerciale qu’il exerçait et que la bigoterie locale vouait à toutes les gémonies. Mais comme il y ‘a rarement des fortunes rapides qui ne soient douteuses, il y ‘a aussi rarement des réussites financières qui ne fassent oublier leurs origines. Le nouveau président n’était pas pour ainsi dire un intellectuel mais sa réussite commerciale couvrait toute autre considération, et sa disponibilité à mériter sa «ré-adoption» même intéressée par la communauté augurait de bonnes perspectives pour le club.

Dés sa prise de fonction il multiplia les réunions pour s’enquérir des besoins de ses protégés et ne lésina sur aucune dépense pour réaménager les bâtiments, renouveler les équipements, couvrir les frais de déplacement, d’hébergement et de restauration dans les meilleures conditions. L’angoisse retomba et tout le monde se remit à espérer.

La manière de profiter des largesses du nouveau protecteur a fait oublier toute autre souci. Mais les dimanches se succédèrent et les bonnes nouvelles se faisaient toujours attendre;     L’atmosphère n’arrivait pas à s’extirper de la morosité dans laquelle elle s’était enlisée. Une réunion de concertation permit de passer en revue de nouveau tous les besoins et constata leur prise en charge plus que convenable estimant toutefois qu’il fallait « motiver » les joueurs par des primes plus conséquentes. Ce que le Président s’empressa de satisfaire sans aucune hésitation.

Mais la panne de l’équipe ne se démentit pas pour autant

Comment conjurer un tel- sort ? Devant la persistance de la déconvenue à quel saint se vouer ? Les saints de la ville ne se vengent-ils pas d’avoir été délaissés ? Il fallait s’attirer leur bénédiction et la prodigalité du président a l’occasion des «mouassem», «ouâda», «taâm», «zarda» et «rakb» a ravi la vedette aux donateurs traditionnels.

Rien n’y fit

Une ultime assemblée fût alors convoquée pour se réunir en véritable conseil de guerre , il fallait trancher dans le vif, le temps n’était plus aux civilités, il était à la vérité et chacun était invité à dire la sienne. Après un tour de table défaitiste sur les réalités du club, l’entraineur sur un ton pessimiste mais solennel prononça la sentence que l’assistance s’était résignée à entendre : l’équipe manquait de condition physique. Assommés, tous les présents se turent… Soudain une voix, curieusement sereine et décidée brisa le silence de plomb qui avait suivi l’intervention de l’entraineur : combien coûte- t-elle ?

L’auteur de cette étrange question, qui n’était autre que le Président avait un stylo à la main droite et tenait de sa main gauche un chéquier ouvert sur la table. Les regards sidérés s’échangèrent dans la gène et même la consternation pour certains.

Au delà de l’inanité des propos, les présents ont subitement pris conscience que la situation du club n’a jamais été analysée, que les moyens financiers avaient obnubilé toutes les facultés et que les véritables équations n’ont jamais été posées.

La composition de l’équipe a été héritée et maintenue en l’état , personne n’a cherché à connaître les raisons qui ont présidé à l’époque à sa mise en place ? En fonction de quoi ont été arrêtées les sélections et les affectations sur le terrain ? Les conditions sont-elles toujours les mêmes ou ont-elles changées ? Comment ont évolué les capacités de chaque joueur ?    Comment a évolué l’adversaire ?

Et l’entraineur qui déborde de qualités que personne n’a qualité de discuter a t-il une ambition pour le club ? Sa technicité laisse-t-elle une place au rêve qui décuple les forces et force les talents. Est-il en mesure de cerner les soucis endurés individuellement et d’en donner une acception générique pour préparer leur traitement collectif ? Les dirigeants ne doivent-ils pas esquisser et promouvoir une vision performante de l’action collective et définir l’apport de chacun à cette performance ?

Ne doivent-ils pas convaincre le groupe que le succès est dans la capacité de renaitre à chaque fois et dans la «perpétuité» des nouveaux départs ? Le club avait-il une stratégie pour sa prestation et un projet pour son développement ?

A-t-il crée et entretenu le creuset humain nécessaire à son renforcement et à sa relève ? La fugacité du vedettariat n’a rien à voir avec la durabilité de l’estime publique, comme la célébrité du coup d’éclat n’est rien devant la renommée que seul l’effort peut garantir. Toutes ces questions ont été superbement voilées par le mécanisme de la dépense, prompt à se déclencher quand les moyens financiers ne font plus défaut. La panne intellectuelle s’installe subrepticement et toute velléité de raisonnement finit par gêner le processus simpliste de la fonction de dépense.

L’aisance financière met l’esprit à la retraite, libère la dépense de son opportunité et réduit la concertation à un oiseux retard. L’évaluation de la réalité n’est contrainte à la précision par aucun souci d’économie et l’anticipation du résultat n’est exigée par aucune crainte de gaspillage.

Même l’éthique ne peut accompagner une conscience non éclairée. Alors l’incompétence qui s’ignore peut offenser l’intelligence et faire rire de la rigidité de ses principes et de la Chape de ses précautions.

Oui la raison est soluble dans la rente.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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