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Le livre est de plus en plus délaissé -Pourquoi les Algériens lisent moins

29 janvier 2010

1.LECTURE

Le livre est de plus en plus délaissé
Pourquoi les Algériens lisent moins
Par Assia Boucetta

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Le lectorat est de plus en plus maigre. Le premier souci du simple citoyen étant de boucler les fins de mois. Le livre se retrouve, ainsi, marginalisé, ne meublant plus le temps libre des Algériens comme cela fut le cas jadis. Bien sûr, il y a des priorités qui font oublier la chose culturelle. Quant à nos écrivains, ils sont contraints pour la plupart à l’exil, devant l’absence d’une véritable politique du livre à même de prendre en charge les problèmes de production et de vulgarisation de leurs œuvres.


Les chemins de l’exil

Perte : Nous assistons depuis plusieurs années déjà à la fuite de nos grandes plumes vers d’autres cieux où elles sont reconnues à leur juste valeur et où elles peuvent vivre leur passion sans trop se soucier d’autre chose.

Même les jeunes auteurs au talent prometteur n’hésitent pas à plier, eux aussi, bagage dans l’espoir de se promouvoir outre-mer en dépit des règles fermes de l’édition en vigueur là-bas. L’autre aspect qui semble important à évoquer en matière de livre, c’est ce désintérêt, voire rejet de la lecture de la part des nouvelles générations qui, visiblement, peuvent se passer aisément de la littérature.
Il ressort clairement des témoignages des uns et des autres qu’ils ne lisent pas ou très peu pour ceux qui le font. On ne peut, dans ce contexte, ne pas relever la situation peu reluisante existant dans les structures publiques de lecture, censées vulgariser le savoir. Ces dernières, même si elles existent, ont souvent du mal à se doter de toutes les nouvelles publications qu’elles soient scientifiques ou littéraires.
A cela vient s’ajouter le manque cruel d’informations, ce qui prive les amateurs du livre de connaître au moins la parution de tel ou tel ouvrage. Il y a aussi l’inaccessibilité du prix. Ce point noir, imputé directement aux autorités concernées par la promotion et la diffusion de la culture, pourrait, en cas de sa prise en charge, susciter, en effet, à travers des annonces et des communications étudiées, la curiosité des plus dubitatifs. Mais aussi entretenir chez certains cette passion de lire devant le nombre sans cesse croissant de chaînes satellitaires qui ont envahi nos foyers et bouleversé les habitudes même des plus accros de la lecture. Ce qui n’est pas surprenant devant la flambée des prix et la rareté de certains titres qui poussent de nombreux lecteurs à se rabattre sur l’Internet.
Cette absence de lecture a, donc, bien ses raisons. C’est pourquoi il paraît urgent, pour mieux cerner les difficultés à la fois des éditeurs et des libraires, que les institutions en charge de ce secteur fassent appel aux spécialistes pour faire une étude approfondie sur la problématique du livre en Algérie.
Ce travail est d’autant plus important qu’il permet de mieux connaître les besoins du marché et à la littérature algérienne de retrouver sa place.

Une arme contre l’analphabétisme
La lutte contre l’analphabétisme ne peut atteindre les objectifs assignés en l’absence de l’élément essentiel qui est le livre. A noter que dans beaucoup de wilayas, seuls les enseignants disposent de ces outils indispensables pour l’accomplissement de cette mission. Les élèves de ces classes, dont l’âge varie entre 12 et 85 ans, se contentent de suivre, oralement, les cours prodigués. Une situation qui ne permet pas aux élèves de suivre et réviser à la maison d’autant plus que certaines écoles n’ouvrent leurs portes que deux fois par semaine. Cette insuffisance est souvent relevée par les élèves qui attendent toujours une solution pour rattraper le retard et acquérir un minimum de connaissances leur permettant de sortir de l’analphabétisme.

Libraires : ça vend moins

Constat : De la librairie du Tiers-Monde, à El-Islah, en passant par celle de la faculté d’Alger et une dizaine d’autres que nous avons sillonnées, il est difficile de distinguer une librairie d’une autre.

Ainsi, malgré l’afflux que connaît la capitale, rares sont ceux qui ont pour intention de faire un tour aux librairies, histoire de prendre connaissance des nouveaux titres.
C’est presque illusoire de penser que les Algériens se bousculent dans ces milieux du savoir. Notre tournée nous a permis, toutefois, de mieux connaître les livres les plus demandés, ainsi que les prix affichés. Sur les rayonnages des librairies visitées, on distingue à première vue des livres d’informatique, d’histoire, du parascolaire, de psychologie, des romans, et une masse de reliures des publications religieuses portant sur l’Islam, l’exégèse, la sunna… Evoquant les publications proposées et leurs prix, les responsables de ces espaces étaient unanimes à dire qu’hormis les ouvrages importés qui reviennent relativement cher, les publications nationales restent abordables.
En précisant que le parascolaire et les publications religieuses viennent en tête des livres les plus vendus. Concernant cette absence d’activités parallèles, telles que les ventes dédicaces par les auteurs, comme cela se fait sous d’autres cieux où toute publication est suivie systématiquement d’une vente dédicace, il faut signaler que cette faille incombe pour certains, aux auteurs qui limitent ce genre d’activités, lorsqu’elles sont programmées, à une ou deux librairies. Pour d’autres cependant, ce type de vente est une tradition que nous avons du mal à faire perpétuer chez nous.
Pourtant, ce genre de manifestation est à même de rapprocher l’auteur de ses lecteurs en le fidélisant. «Le fait d’avoir la dédicace d’un personnage public sur son livre, celui-ci aura nécessairement une autre valeur», dira un des libraires. La vente du livre a, incontestablement, diminué par rapport aux années 1960, 70, 80, voire 1990. Et c’est une des raisons, d’ailleurs, qui ont poussé un certain nombre de libraires à changer d’activité.
Il faut dire que le manque de moyens matériels, d’espaces de lecture, de publications locales qui sont loin de se mesurer en valeur qualitative aux livres étrangers dissuadent tout amateur de cette «nourriture de l’esprit».
A cela s’ajoute la qualité de l’enseignement et la place accordée à la littérature dans nos établissements scolaires. En effet, hormis quelques titres d’écrivains qui se sont distingués au lendemain de l’indépendance, la jeunesse algérienne ne semble guère s’intéresser à la littérature.
On ne peut nier l’évidence qu’ils préfèrent passer leur temps libre devant les jeux vidéo, Internet, TV et autres… En somme, devant la séduction fascinante de ces nouvelles technologies, et l’absence d’une politique appropriée pour donner aux nouvelles générations cette passion de la lecture, on ne peut dire que celle-ci a un avenir devant elle.

De l’optimisme tout de même

Avis : Le marché du livre promet un avenir radieux à la seule condition d’être entre de bonnes mains, estime Amine zaoui avec qui nous nous sommes entretenus alors qu’il était encore directeur de la bibliothèque nationale.

Pour lui, la situation du livre n’est pas aussi négative qu’elle paraît puisque sur le terrain, de nombreuses bibliothèques et librairies ont ouvert leurs portes en plus du nombre de plus en plus important d’éditeurs qui sont aujourd’hui au nombre de 504. Mais en dépit de cette relative prospérité, M. Zaoui a tenu à faire remarquer tout de même que des insuffisances subsistent tout en les incombant à l’Etat et plus particulièrement au ministère de la Culture. L’absence d’une loi sur le livre, telle qu’elle existe dans d’autres pays, a beaucoup «contribué à renforcer cette anarchie et ce manque de lecture que connaît notre société», dit-il, avant d’insister sur le fait qu’il ne peut y avoir de développement de ce secteur sans un texte réglementaire précis.
Il recommande, à cet effet, une présence plus soutenue des responsables de l’éducation et de la culture sur le terrain, car c’est à eux d’assurer l’application de toutes les mesures prises à un haut niveau. Ce qui ne manquerait pas sans doute de favoriser la disponibilité et l’accessibilité au livre. L’Etat est appelé dans ce sillage à supprimer toutes les taxes imposées aux librairies et aux maisons d’édition, prône-t-il aussi.
«Le livre c’est d’abord un service public et c’est à l’etat de le prendre en charge, ainsi que le pouvoir d’achat du lecteur», a par ailleurs estimé notre interlocuteur dans l’un de ses entretiens avec la presse.
Par ailleurs, l’anarchie qui règne du côté des libraires en tant que principaux distributeurs risque d’être très préjudiciable, avertit l’ex-premier responsable de le bibliothèque nationale.
En effet, les libraires ont à maintes reprises manifesté leur mécontentement quant à leur non-association dans l’importation du livre qui ne répond, semble-t-il, à aucune norme ni règle du marché. M. Zaoui a, dans ce contexte, insisté sur la nécessité de réinstaurer les commissions de lecture pour un contrôle plus rigoureux du contenu de tous ces livres qui nous viennent de l’étranger et qui sont importés le plus souvent par des commerçants plutôt que par des hommes de lettres.
Faut-il rappeler les ravages et les dérives qu’a connus notre pays à cause des interprétations religieuses importées. Le retour de ces commissions est d’autant plus souhaitable qu’il pourrait peut-être même redonner confiance à ces voix qui s’élèvent de part et d’autre pour affirmer que la place du livre dans notre société se rétrécit de jour en jour, demeurant le parent pauvre de toutes les politiques.


Un retour salutaire

 Environ 1 300 titres ont été publiés à l’occasion du 7e Salon national du livre auquel ont pris part une soixantaine d’éditeurs. Après 14 ans d’absence, le salon national du livre revient comme pour prouver l’efficacité de la nouvelle politique culturelle qui préconise de jeter les bases d’une véritable industrie du livre. Plusieurs genres d’ éditoriaux ont été exposés et traitent de tous les sujets. Les prix, quant à eux, étaient assez abordables, selon les témoignages des visiteurs.
En effet, le Salon, qui a vu un afflux considérable, a été marqué par une baisse des prix allant de 10 à 20% par rapport à ceux affichés dans les librairies. De nombreux visiteurs et exposants ont déploré, cependant, le manque d’informations ainsi que la durée du Salon, réduite à cinq jours, une période jugée trop courte. En appui au Salon, des conférences, hommages, rencontres et ateliers culturels et professionnels ont été organisés. Ces activités ont été sanctionnées par la distinction des pionniers de l’édition en Algérie pour leurs efforts dans le développement de la lecture. La Bibliothèque nationale a, pour sa part, décidé d’acheter tous les livres exposés dans ce Salon et qui ne sont pas disponibles à son niveau pour les mettre dans son espace «Mohamed-Bencheneb», dont l’inauguration est prévue prochainement et sera consacré à la production culturelle algérienne depuis 1962.
30 000 livres sont déjà classés dans cet espace de 1 500 m2 et le Salon sera une occasion pour l’enrichir.


Indispensable pour l’enfant

Le livre ne peut en aucun cas être suppléé par les nouveaux moyens de communication aussi performants soient-ils, estime Mohamed Tahar Guerfi, président du Syndicat national des éditeurs du livre (Snel). A ce propos, ils appelle les médias à jouer leur rôle dans la promotion du livre et l’incitation à la lecture. Pour lui, le prix du livre affiché dans nos librairies reste, comparativement à nos voisins, très accessible. Le président du Snel a tenu, d’autre part, à mettre en relief le rôle essentiel des éditeurs à qui il incombe de faire connaître tout nouveau produit à travers les ventes dédicaces et les débats autour des livres.
Après un bref rappel des différents objectifs de son syndicat, qui sont la promotion du livre, de l’écrivain et de la lecture, M. Guerfi a indiqué qu’une demande a été soumise à l’Office national des droits d’auteur (Onda) en vue d’entreprendre une enquête sur la lecture et le livre à partir du mois d’avril prochain. Les résultats de ce travail permettront, apprend-on auprès de lui, de disposer d’une base de données plus fiable pour établir la liste des œuvres à publier. L’apport de la lecture dans la formation de la personnalité de l’enfant reste le volet le plus largement mis en exergue par M. Guerfi. Le livre étant un élément indispensable pour la formation et l’épanouissement de l’enfant, notre interlocuteur préconise d’établir ce contact dès la petite enfance.
Il rappelle, a cet effet, le rôle incontournable des parents et de l’école qui doivent encourager d’avantage l’enfant à lire tout en suggérant l’introduction de la lecture comme matière dans les programmes scolaires. Il n’en demeure pas moins, comme l’a si bien souligné M. Guerfi, que les professionnels du livre n’ont jusqu’à présent pas fourni de grands efforts pour «se rapprocher des associations de parents d’élèves ou des enfants».

Kaci Hadjar, écrivain
«On lit de moins en moins»

Carence n Le livre est une culture et en même temps une industrie. Mais, en Algérie, il semble n’être ni l’un ni l’autre.

Kaci Hadjar est de ces auteurs qui s’adonnent à l’écriture plus par vocation et par passion. Il est professeur en chirurgie obstétrique, mais parvient régulièrement à achever des romans qui n’ont rien à envier à ceux d’écrivains affirmés. Pour lui, c’est simple : «le livre est une culture et doit l’être, car c’est avec le livre qu’on peut combattre l’ignorance.» Le livre a besoin de garder sa vocation, même si, reconnaît-il, «on lit de moins en moins du fait de la montée de l’audiovisuel». La lecture était, selon lui, à la fois un loisir et une richesse qui «nous a permis d’embrasser une autre culture». Pour le professeur Hadjar, les initiatives de certains éditeurs pour promouvoir la lecture sont louables, même si des éléments dissuasifs sont à signaler.
Il citera à ce propos, le refus souvent manifesté de la part des éditeurs de publier ce qui «ne rapporte pas», comme les recueils de poèmes ou qui risquent de «causer des ennuis», tels les livres à scandales…. «Les éditeurs tentent de drainer les livres qui rapportent et qui sont susceptibles d’être lus», dira ce passionné de philosophie et de livres classiques. La libéralisation de l’économie en Algérie et, par extension, de la pensée, laisse espérer que l’industrie du livre va connaître un essor même si la montée en puissance de l’Internet tend à marginaliser cet instrument. Une approche que partage peu, notre écrivain.
Pour lui, le livre gardera, quelle que soit l’évolution des technologies, son importance. «L’Internet peut même être un complément positif à la fois pour le lecteur et l’écrivain ayant besoin de se documenter, d’étayer ses arguments, et de s’informer», nuancera l’auteur de La machine infernale, un livre de philosophie riche en réflexions sur la condition humaine qu’il vient de publier avec un recueil de poèmes, Des joies et des peines.
Les technologies de l’information tendent aujourd’hui vers une réelle massification. Ainsi pour éviter que le livre ne tombe en disgrâce, notre professeur-gynécologue préconise de prendre en charge en premier lieu la réforme de l’école sans se laisser «obnubiler par les technologies avancées à l’image de l’Internet et tous les artifices de la communication et du multimédia», avant d’ajouter qu’il est impératif d’inculquer à la jeunesse «les vertus qu’elle ne trouve pas toujours dans ces artifices». L’enfant, dit-il, a besoin d’être intéressé dès le primaire à la lecture «en lui donnant les bases de la langue ainsi que les fondations de l’instruction qui sont la lecture, le calcul et l’écriture».

A. B.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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