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Contes du Niger Jean Muzi-La patience

29 janvier 2010

1.Contes

Au coin de la cheminée
La patience

Deux jeunes rois, dont les royaumes respectifs s’étendaient de part et d’autre du fleuve, étaient amis et se rencontraient souvent.
Un jour où ils festoyaient, l’un d’eux déclara :
— Nous sommes encore célibataires. Nous devrions songer à nous marier.


— Oui, répondit l’autre.
— Tu as une sœur qui est très belle, déclara le premier. Accepterais-tu de me la donner ?
— Oui, mais à condition que tu m’accordes la main de ta propre sœur.
C’est ainsi que les deux rois devinrent beaux-frères. Ils l’étaient à double titre, puisque chacun d’eux avait épousé la sœur de l’autre.
Peu de temps après leurs mariages, les deux amis décidèrent que le premier qui aurait un fils recevrait de l’autre trois lions en or.
Le temps passa. Et un matin, l’épouse du premier roi mit au monde une fille. Au même moment, naissait un prince de l’autre côté du fleuve.
Le premier roi dut s’endetter pour réunir l’or nécessaire à la fabrication des trois lions. Lorsqu’ils furent prêts, il alla les remettre à son ami. Ce fut l’occasion de longues réjouissances.
Les deux rois continuaient de se voir chaque semaine. Leurs enfants grandissaient. Toutes les fois que le père de la princesse demandait à son ami des nouvelles de son fils, celui-ci répondait en plaisantant :
— Le prince vaut trois lions d’or. Et ta fille ?
— La princesse grandit, répondait l’autre invariablement.
Quelques années plus tard, le père du prince dit à son ami :
— Accepterais-tu que nos deux enfants se marient ensemble ?
— Oui, dit le père de la princesse. Mais quel est le montant de la dot ?
— Choisis toi-même !
— La princesse vaut trois lions d’or.
— Très bien, dit le père du prince.
Il se leva alors et serra la main de son ami afin de sceller leur accord. Puis il le prit familièrement par le bras en ajoutant :
— Tu es l’homme le plus patient que je connaisse. Tu as su attendre le temps qu’il fallait pour récupérer ton or.

Contes du Niger Jean Muzi

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7 Réponses à “Contes du Niger Jean Muzi-La patience”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    La patience

    Deux jeunes rois, dont les royaumes respectifs s’étendaient de part et d’autre du fleuve, étaient amis et se rencontraient souvent.
    Un jour où ils festoyaient, l’un d’eux déclara :
    — Nous sommes encore célibataires. Nous devrions songer à nous marier.
    — Oui, répondit l’autre.
    — Tu as une sœur qui est très belle, déclara le premier. Accepterais-tu de me la donner ?
    — Oui, mais à condition que tu m’accordes la main de ta propre sœur.
    C’est ainsi que les deux rois devinrent beaux-frères. Ils l’étaient à double titre, puisque chacun d’eux avait épousé la sœur de l’autre.
    Peu de temps après leurs mariages, les deux amis décidèrent que le premier qui aurait un fils recevrait de l’autre trois lions en or.
    Le temps passa. Et un matin, l’épouse du premier roi mit au monde une fille. Au même moment, naissait un prince de l’autre côté du fleuve.
    Le premier roi dut s’endetter pour réunir l’or nécessaire à la fabrication des trois lions. Lorsqu’ils furent prêts, il alla les remettre à son ami. Ce fut l’occasion de longues réjouissances.
    Les deux rois continuaient de se voir chaque semaine. Leurs enfants grandissaient. Toutes les fois que le père de la princesse demandait à son ami des nouvelles de son fils, celui-ci répondait en plaisantant :
    — Le prince vaut trois lions d’or. Et ta fille ?
    — La princesse grandit, répondait l’autre invariablement.
    Quelques années plus tard, le père du prince dit à son ami :
    — Accepterais-tu que nos deux enfants se marient ensemble ?
    — Oui, dit le père de la princesse. Mais quel est le montant de la dot ?
    — Choisis toi-même !
    — La princesse vaut trois lions d’or.
    — Très bien, dit le père du prince.
    Il se leva alors et serra la main de son ami afin de sceller leur accord. Puis il le prit familièrement par le bras en ajoutant :
    — Tu es l’homme le plus patient que je connaisse. Tu as su attendre le temps qu’il fallait pour récupérer ton or.

    Contes du Niger Jean Muzi

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    Les deux frères

    Deux frères avaient coutume de chasser ensemble et ne revenaient jamais bredouilles. Mais le gibier vint à manquer. Comme ils n’avaient plus grand-chose à manger, les deux hommes maigrissaient à vue d’œil.
    Un soir où ils rentraient sans avoir tué le moindre gibier, les chasseurs trouvèrent deux œufs, non loin du fleuve. Le puîné préféra attendre, car il savait qu’un œuf ne suffirait pas à calmer sa faim.
    Le lendemain, les deux hommes furent à nouveau bredouilles et ils trouvèrent encore deux œufs. L’aîné en mangea un. Le puîné garda l’autre.
    Il en fut ainsi durant toute la semaine. Le puîné, qui se contentait chaque jour des fruits qu’il trouvait, posséda bientôt sept œufs.
    Le matin du huitième jour, il eut l’agréable surprise de constater que ses œufs venaient d’éclore. Il était donc en possession de sept poussins qui grandirent rapidement. Six d’entre eux devinrent des poules. Et le septième un coq.
    Très vite, les poules se mirent à pondre et le puîné dut construire un grand poulailler pour abriter toutes ses volailles. Il cessa alors d’accompagner son frère à la chasse pour se consacrer exclusivement à l’élevage des poulets.
    L’aîné ignorait tout de cet élevage. Et il était surpris que son frère pût l’inviter à dîner chaque fois qu’il rentrait bredouille de la chasse. Un soir, n’y tenant plus, il décida de le questionner.
    — Comment te procures-tu tout ce que tu m’offres à manger ? demanda-t-il.
    Le puîné sourit et garda le silence.
    — Tu ne veux pas répondre ? reprit son frère.
    — Si ! dit le puîné. Mais, avant je souhaiterais te poser à mon tour une question.
    — Je t’écoute.
    — Il y a quelques mois, nous avons trouvé des œufs. Qu’as-tu fait des tiens ?
    — Je les ai mangés ! s’exclama l’aîné.
    — Tu les a mangés ! Mais moi, j’ai su garder les miens. Et grâce à mes sept œufs, je possède aujourd’hui un poulailler. Quelques petits sacrifices sont parfois nécessaires pour préparer l’avenir.
    — Tu as raison, dit l’aîné.
    Il abandonna à son tour la chasse pour travailler avec son frère. Et tous deux s’enrichirent rapidement.

    Contes du Niger Jean Muzi

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    L’oiseleur (1re partie)

    Un adolescent se passionnait pour les oiseaux. Grâce aux pièges qu’il fabriquait et posait, il avait capturé toutes les espèces d’oiseaux existant dans le pays, à l’exception de la tourterelle. Il avait beau inventer de nouveaux pièges, la tourterelle parvenait toujours à les éviter.
    Il décida un jour d’utiliser de la glu. Il en recouvrit les branches d’un arbre où l’oiseau avait coutume de se poser après s’être désaltéré dans le fleuve. La tourterelle ne se méfia pas et se fit prendre. Le garçon grimpa dans l’arbre et saisit, avec satisfaction, l’oiseau qu’il poursuivait depuis si longtemps.
    — Tu t’es montré habile, lui dit la tourterelle.
    — Oui, dit l’adolescent en resserrant son étreinte.
    — Ne me tue pas ! implore l’oiseau. En échange, je ferai ton bonheur.
    — Comment t’y prendras-tu ?
    — Je te donnerai cent vaches.
    — Je n’aime ni le lait ni la viande, déclara le garçon. En revanche, j’apprécie beaucoup la chair des oiseaux.
    — Laisse-moi en vie et je ferai de toi un homme riche, dit la tourterelle. L’adolescent accepta sa proposition et l’oiseau pondit un œuf.
    — Casse cet œuf, dit la tourterelle. A l’intérieur, tu trouveras une bague. Passe-la à ton doigt. Chaque fois que tu désireras quelque chose, regarde-la en formulant tout haut ton souhait. Tu obtiendras ainsi tout ce que tu voudras.
    — Je vais essayer, dit le garçon. Si tu m’as menti, je serai sans pitié pour toi.
    Il cassa l’œuf, passa la bague à l’un de ses doigts et demanda de quoi manger. Aussitôt apparurent dix calebasses pleines de nourriture. L’adolescent fut émerveillé. La tourterelle ne l’avait pas trompé. Il réalisa soudain qu’il possédait, grâce à elle, le plus merveilleux des bijoux. Mais il voulut vérifier une seconde fois le pouvoir de la bague.
    — Que mes parents viennent partager ce repas ! dit-il nerveusement.
    A l’instant même, son père et sa mère se trouvèrent à ses côtés. Il relâcha alors la tourterelle en la remerciant.
    Après avoir déjeuné, il retourna dans son village avec les siens. En chemin, les parents déclarèrent qu’ils étaient fatigués. Leur fils regarda sa bague et dit :
    — J’ai besoin de trois chevaux.
    Aussitôt apparurent trois splendides montures richement arnachées qui leur permirent de rentrer rapidement chez eux. Une fois arrivé, le garçon souhaita posséder la plus belle demeure du village. Une case d’une incomparable beauté sortit de terre et il s’y installa. Le lendemain, sa bague lui procura un grand troupeau de bétail. Il devint ainsi rapidement l’homme le plus riche de son village. Et il vécut tranquillement durant plusieurs années.
    Mais des gens jaloux allèrent raconter au roi qu’un oiseleur possédait une bague merveilleuse. Le souverain décida de la lui prendre. Pour cela, il se rendit chez l’oiseleur à la tête de ses soldats. Lorsqu’il les aperçut, celui-ci demanda à sa bague de lui fournir de quoi se défendre. Plusieurs milliers de soldats apparurent, qui ne tardèrent pas à décimer l’armée du roi.
    Comme il n’avait pu s’emparer de la bague par la force, le roi voulut se l’approprier par la ruse. Il avait une fille que tout le monde trouvait fort belle. (à suivre…)

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    L’oiseleur (2e partie et fin)

    Résumé de la 1re partie n Pour lui avoir laissé la vie sauve, une tourterelle offre au jeune adolescent qui venait de la capturer, une bague qui réalise tous ses vœux. Ayant eu vent de la nouvelle, le roi veut à tout prix la lui dérober…

    J’ai une mission à te confier, dit-il à sa fille. Je connais un oiseleur possédant une bague qui le rend plus puissant que moi. Je voudrais que tu l’épouses afin de t’emparer de sa bague.
    Le roi envoya donc sa fille chez l’oiseleur, en le priant de la prendre pour épouse. Celui-ci fut charmé par la beauté de la princesse et il l’épousa.
    — Me feras-tu quelques présents ? demanda la princesse après le mariage.
    — Oui, répondit le mari, je te donnerai cent captives.
    — J’en possédais plus du double chez mon père, déclara-t-elle.
    — Je t’offrirai aussi des bracelets et des colliers en or et en ivoire.
    — J’en ai déjà beaucoup.
    — Que souhaites-tu donc ?
    — Je n’ai aucune bague, dit la princesse.
    — Je t’en offrirai autant que tu voudras.
    — Je veux celle que tu portes à ton doigt.
    — C’est impossible, dit le mari.
    — Puisque tu refuses, laisse-moi retourner chez mon père, dit la princesse en éclatant en sanglots.
    L’oiseleur fit tout pour la consoler. En vain. Elle n’accepta de se calmer que lorsqu’il lui eut remis la bague.
    — Comment fait-on pour s’en servir ? demanda-t-elle en souriant.
    — Il suffit de formuler ton souhait à haute voix pour qu’il soit immédiatement exaucé.
    — Bague, dit alors la princesse, ramène-moi chez mon père.
    Aussitôt, elle se retrouva près du roi. Et tous les biens que son mari avait obtenus grâce à la bague merveilleuse disparurent.
    Cela surprit beaucoup les parents de l’oiseleur.
    — Que se passe-t-il ? demandèrent-ils avec inquiétude à leur fils.
    — Ma femme s’est enfuie avec ma bague, répondit-il tristement.
    — Il faut trouver un moyen pour la récupérer, déclara le père.
    — Comment ? se lamenta le fils.
    Les deux hommes réfléchirent durant une semaine sans trouver la moindre solution. L’oiseleur était désespéré. Or, un matin où il posait des pièges, son chien lui déclara soudain qu’il pensait pouvoir lui rapporter la bague. L’oiseleur reprit espoir.
    Le chien alla voir le chat.
    — La bague de mon maître se trouve chez la fille du roi, lui dit-il. Si tu ne me la rapportes pas demain, j’exterminerai toute la gent féline.
    Le chat se rendit chez le rat et lui dit :
    — Tu as l’habitude de t’introduire chez tout le monde pour subtiliser ce qui te plaît. Tu vas aller chez la fille du roi et lui prendre la bague qu’elle porte au doigt. Si tu ne me la rapportes pas avant demain matin, je te dévorerai ainsi que tous ceux de ta race.
    Vers minuit, trois rats se rendirent chez la princesse et pénétrèrent en silence dans sa chambre. Elle dormait. L’un des rats lui chatouilla la plante des pieds pour voir si elle avait le sommeil profond. Elle ne réagit pas. Alors les deux autres rats lui ôtèrent la bague. Ils la portèrent ensuite au chat qui la remit au chien. Et celui-ci la rendit à son maître. L’oiseleur redevint rapidement très riche. Comme il craignait qu’on ne lui subtilisât à nouveau sa bague, il la regarda en disant :
    — Emmène-moi avec les miens loin de tous ceux qui pourraient m’attaquer. C’est ainsi qu’il se retrouva avec sa famille sur une montagne inaccessible où ils vécurent heureux.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    Les animaux reconnaissants (1re partie)

    Un jour, une colonie de singes entra dans un champ appartenant à un jeune paysan. Celui-ci arriva au moment où les animaux commençaient à déraciner les plants d’arachides et à en manger les graines.
    Le paysan portait un fusil. Il épaula, décidé à tuer les singes avant qu’ils aient entièrement dévasté son champ. Puis il se ravisa et s’abstint de tirer.
    — Ces animaux, dit-il, appartiennent à Dieu et ils ne mangeraient pas mes arachides s’ils n’avaient pas faim !
    Le paysan laissa la vie sauve aux singes et rentra chez lui.
    La nuit suivante, les fourmis s’attaquèrent au mil qu’il gardait en réserve dans un sac. Et elles en emportèrent tout le contenu. Lorsqu’il s’en aperçut, le paysan prit de la paille et alla la disposer sur la fourmilière afin d’y mettre le feu. Mais il finit par renoncer à son projet.
    — Ces insectes appartiennent à Dieu, dit-il, et ils n’auraient pas emporté mon mil s’ils n’avaient pas eu faim !.
    Le paysan ne brûla pas les fourmis.
    Quelques jours après, il se trouvait près du fleuve, lorsqu’il entendit mugir une de ses vaches. La malheureuse venait d’être attaquée par un crocodile alors qu’elle s’abreuvait. Le paysan prit son fusil et s’approcha pour tuer le crocodile. Mais il ne tira pas.
    — Cet animal appartient à Dieu, dit-il, et il ne mangerait pas ma vache s’il n’avait pas faim !
    Le paysan ne tua pas le crocodile.
    Une semaine après, il entendit du bruit dans son poulailler. Il sortit et aperçut un serpent qui venait d’avaler un de ses poussins. Il prit un bâton et s’approcha pour le tuer. Mais il y renonça.
    — Cet animal appartient à Dieu, dit-il, et il n’aurait pas avalé un de mes poussins s’il n’avait pas eu faim ! Le paysan laissa donc le serpent en vie. Or, cet homme avait un ennemi qui était très lié au roi. Un matin, décidé à se venger, ce dernier se rendit au palais royal. Il se plaignit du paysan et inventa plusieurs histoires qu’il conta longuement au souverain. Il mentait avec un tel aplomb et se posait si bien en victime que le souverain fut bientôt convaincu de la culpabilité du paysan. Le roi convoqua alors le paysan et le condamna à quatre épreuves. La première consistait à cueillir tous les fruits d’un immense baobab qui se trouvait devant le palais royal. La deuxième à séparer des grains de mil des grains de sable. Le paysan devait ensuite retrouver une bague qu’une des femmes du roi avait perdue en se baignant dans le fleuve. Pour réussir la dernière épreuve, il lui fallait tuer un buffle en le regardant fixement.
    — Je te donne une journée pour chaque épreuve, déclara le souverain. Si tu ne réussis pas chacune d’elles, tu seras condamné à mort.
    Le malheureux paysan n’avait pas le choix. Il s’approcha du baobab. Mais il lui fut impossible d’y grimper tant l’arbre était grand.
    — Les branches de ce baobab sont inaccessibles, protesta-t-il.
    — Tu dois cueillir tous les fruits de cet arbre, si tu ne veux pas mourir, dit le roi avec fermeté. Tu as jusqu’à demain. Plutôt que de tenter l’impossible, le paysan préféra se rendre une dernière fois dans son champ, car il était persuadé qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre. En chemin, il rencontra le plus vieux des singes qui avaient dévasté son champ. (à suivre…)

    Contes du Niger Jean Muzi

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    «Tsériel, ou les yeux de feu»
    Un roman de l’absence
    Par Yacine Idjer

    Ecriture n Après Zorna, paru aux éditions Chihab, Jaoudet Gassouma publie, aux éditions Alpha, ce deuxième roman.

    Ce roman écrit «dans un style tantôt poétique tantôt imagé où se confondent beauté du vers et force du détail» s’organise telle une saga où sont racontées plusieurs histoires, dont celle en particulier d’une jeune femme, Mina, qui, amnésique et frappée sur un mauvais coup du sort d’aliénation à la fois mentale et mémorielle, prend son mari, Titiss, pour son frère et sa fille, Tsériel, pour sa nièce.
    Le roman est aussi l’histoire de la petite fille, Tsériel, qui, curieuse, pertinente et attentive, se plaint à sa grand-mère, Bniqa, du manque d’amour de sa mère et de l’absence de son père – celui-ci est certes présent, mais ne prête pas attention à son enfant.
    Tsériel se trouve perdue dans les méandres d’une existence dépourvue de repères. Elle souffre de l’absent. Curieuse et pertinente, elle demande alors à sa grand-mère ce qui ne va pas bien chez sa mère. La grand-mère explique à sa petite-fille que sa maman, si elle ne la reconnaît pas, c’est parce qu’elle a perdu la mémoire, et que celle-ci se trouve quelque part dans une rue, chez un certain vieux.
    Ainsi, Tsériel, l’enfant de l’amnésie, s’en va, dans un élan d’innocence et de pureté, quêter cette mémoire perdue dans les profondeurs de la ville – Tsériel considère la mémoire de sa mère comme une chose matérielle comme elle la considère également comme le remède au mal qui ronge cette dernière – pour la faire restituer à sa mère. Oscillant entre réalisme et fiction, Tsériel, ou les yeux de feu est un roman de l’absence – et de l’absent. Un roman de la mémoire : Tsériel, en allant à la recherche de la mémoire de sa mère, s’embarque en fait dans une quête de sa propre mémoire. Tsériel se cherche à travers sa mère et son passé familial. Son seul point de repère est Bniqa, sa grand-mère – celle-ci est d’ailleurs le point de conjonction vers lequel convergent aussi tous les autres personnages, notamment Titiss et Mina. Bniqa – ce vocable signifie dans le parler algérois ce foulard par lequel les femmes enroulent leur chevelure dans le hammam – se révèle l’ancestral, l’histoire.
    Bniqa se veut aussi un personnage identique à une conteuse, puisqu’elle raconte à Tsériel, sa petite-fille, des histoires anciennes et étonnantes, parfois singulières et insolites.
    Le roman, qui interpelle la réalité, l’histoire, la mémoire et, du coup, nous interpelle, comporte autant d’éléments fantastiques qu’extravagants. C’est un roman fantastique en fait. Il se lit comme un conte magique, voire une fable des temps modernes où la magie opère dans une imagination frétillante d’émotions et de résurgences mémorielles. C’est un roman truculent et savoureux, sémillant et à tempérament.

    Y.I.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Au coin de la cheminée
    Les animaux reconnaissants (2e partie)

    Résumé de la 1re partie n Un paysan laissa la vie sauve à une colonie de singes, à des fourmis, à un crocodile et à un serpent qui lui avaient pourtant causé chacun un grand tort…

    Pourquoi es-tu aussi triste ? lui demanda l’animal en le dévisageant.
    — Un ignoble individu, qui est l’ami du roi, a décidé ma perte, répondit l’homme ayant de raconter ce qui lui arrivait.
    — Calme-toi, dit le singe. Je n’ai pas oublié le jour où tu nous as laissé la vie sauve alors que nous venions de saccager ton champ. Aussi allons-nous t’aider.
    Le lendemain, avant le lever du soleil, les singes grimpèrent dans le baobab et cueillirent tous les fruits qu’il portait. C’est grâce à eux que le paysan put réussir la première épreuve. Mais il n’était pas tiré d’affaire pour autant. Restaient trois épreuves.
    Le matin du deuxième jour, l’ennemi du paysan fut chargé de préparer trois grandes calebasses de mil qu’il mélangea à trois grandes calebasses de sable. Le paysan devait trier le mélange avant le lendemain. Il n’avait aucune chance de réussir, car le temps qui lui était accordé était trop court. Aussi sanglotait-il tristement. C’est alors que la reine des fourmis l’entendit.
    — Pourquoi pleures-tu ainsi ? questionna-t-elle.
    — Il m’est arrivé malheur, répondit le paysan avant de lui raconter sa mésaventure.
    — Ne t’inquiète pas, dit la fourmi. Je n’ai pas oublié le jour où tu as renoncé à brûler ma fourmilière bien que nous eussions volé ton mil. Je vais t’aider.
    Sous la direction de leur reine, les fourmis se mirent rapidement à l’ouvrage et travaillèrent sans arrêt tout l’après-midi et toute la nuit. Au petit jour, elles avaient séparé les grains de mil des grains de sable. Grâce à elles, le paysan réussit la deuxième épreuve.
    Le troisième jour, il devait retrouver une bague dans le fleuve. Comment y parvenir alors qu’il ne savait même pas nager ? Il s’était assis sur une pierre et regardait couler le fleuve en songeant à l’injustice dont il était victime. Totalement désemparé, il ne put contenir ses larmes. Mais soudain, un crocodile s’approcha de la rive où il se trouvait.
    — Je vois que tu es triste, lui dit le crocodile.
    — Oui, répondit l’homme. Je dois retrouver une bague qu’une des femmes du roi a perdue dans le fleuve. Si je n’y parviens pas, je mourrai.
    — Tu n’as aucun souci à te faire, déclara le crocodile, car je n’ai pas oublié le jour où tu t’es abstenu de tirer sur moi alors que je dévorais une de tes vaches. Je t’aiderai donc.
    Il plongea aussitôt et revint rapidement avec la bague qu’il déposa sur le sable de la berge. Le paysan la ramassa et la passa à un de ses doigts. Grâce au crocodile, il venait de réussir la troisième épreuve. Le quatrième jour, un énorme buffle fut attaché à un piquet devant le palais royal. Le paysan évita de s’en approcher, car il savait qu’il était impossible de tuer le moindre animal en se contentant de le regarder fixement. (à suivre…)

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