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La gestion locale de l’Etat : du préfet… au wali

14 janvier 2010

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La gestion locale de l’Etat : du préfet… au wali

par El Yazid Dib

Le décès, chez lui, sur son sol du wali de Saïda, prouve une fois qu’un wali n’est pas mieux loti que quiconque. Il n’a pu hélas se servir d’une prise en charge à l’étranger.

Il est mort en service commandé.



Ils sont nombreux ces cadres visibles et non célèbres ou enfouis dans les arcanes du pouvoir mais qui vivent comme des citoyens ordinaires, avec tout le lot d’inquiétude, d’indifférence et de simplicité.

Personnage hautement étatique ou symbole du pouvoir local ; le wali voire la notion qui lui étant rattachée demeure astreinte à une éternelle suspicion vacillant entre la mesure politique et la définition usuelle et administrative. Qu’en est-il au juste ?

L’actualité vient de dévoiler qu’il existe hélas, beaucoup de dépassement dans la gestion des finances publiques. De l’autoroute à la pêche du thon passant par la passation de marchés publics, l’Etat est comme pris en otage dans la malhonnêteté et l’indélicatesse de certains de ses responsables. En réaction à tout ceci, les instruments officiels du contrôle se sont mis en branle. De l’investigation des services compétents, à l’inspection générale des finances, les commissions de contrôle font dans le brouhaha pour aller s’enquérir chez les gestionnaires sur les modalités pratiques et de respect des procédures liées à l’exécution du budget de l’Etat. Cette faculté de contrôle qu’octroie la constitution à un groupe parlementaire de pouvoir à une majorité édifier une commission d’enquête sur des faits d’importance nationale n’aurait de mérite que si la consolidation du droit à l’exercice du contrôle dénommé populaire venait à se faire suivre par un résultat clair et précis. Ainsi il restera plus perçu au travers de ce désir parlementaire un semblant de règlement. De compte. Bien évidemment.

Dépositaire officiel de l’autorité légale de l’Etat ; le wali n’est-il pas en passe de devenir un simple fonctionnaire qui n’a d’officielle que l’apparence protocolaire de l’Etat ? En fait il n’est qu’un sentiment à distiller vers la plèbe afin de la ramener à croire localement en une unicité de commandement, une représentativité exclusive du gouvernement. Il ne peut, eu égard aux maigres prérogatives «légales» que lui confèrent le code de la wilaya se prévaloir d’être le délégué du président de la république. Donc, sa capacité de représenter l’Etat est quelque part effrénée par des secteurs donnés échappant totalement à son emprise. De droit et non de facto. Mais en réalité et dans la pratique, pour certains walis, le pouvoir qu’ils sont censés exercer dépasse largement celui accordé au président de la république. Certes ils ne peuvent amnistier, ni gracier, mais font peser leurs poids sur l’orientation à donner à ceux là même qui sont appelés à traiter les causes d’une grâce fiscale, d’un avantage foncier, d’une concession minière ou d’une promotion professionnelle. Ils sont l’aide et l’assistance à la décision politique, sinon ils participent grandement à son accomplissement selon le canevas préétabli par une tutelle. Ils sont comme les gardiens sans supervision hiérarchique, du temple. La hiérarchie leur est une source d’émanation de toute disposition. Ils ne pensent pas. Ils appliquent. Comme sensation organique de l’existence d’un démembrement extérieur de l’Etat, ils se font passer ou leur fait-on passer au regard des administrés tels des passe-droits, des réalisateurs de fortunes, des architectes de la fraude électorale ; enfin des fluidifiants à tout obstacle généré par une grogne, une émeute, un ras-le-bol etc…

Fondement superficiel, la commune étant la cellule de base de la collectivité locale, le wali veille pour le compte du gouvernement dit-on à la bonne application de la loi. Tellement que la diversité de cette dernière prend de l’immensité sectorielle, qu’elle arrive en fin de compte à dépasser rapidement la compétence naturelle de ce poste. Doté de tout un appareil administratif au chef lieu, entouré de plusieurs « sous-wali » aux quels sont soumisses les communes de façon éclatante, présidant fonctionnellement sur toutes les administrations des services extérieurs des ministères, comment ce personnage, ce « commis de l’Etat » arrive t-il à éviter des erreurs de commandement, des mauvais choix de stratégies, et d’écarts flagrants quant-à la bonne gouvernance de sa finance locale ? Ainsi on le voit en dépit des textes lui faisant échapper tout attribut hiérarchique vis-à-vis d’institutions données ; prendre «des mesures nécessaires» ou des «dispositions adéquates». Le tout est pris en conformité à «l’intérêt général» au maintien de «l’ordre public» ou à défaut de l’un ou de l’autre ; le mystère de la «raison d’Etat» est brandi.

Abdelkader Kelkel, administrateur principal et spécialiste de l’administration et des collectivités territoriales écrit que «les premières nominations aux postes de préfets et de secrétaires généraux de préfecture de l’Algérie indépendante le furent par la série d’arrêtés, datés du 21 aout 1962 et publiés au journal officiel de l’Etat algérien n° 11 du 04 septembre 1962 ».

Le système de la fonction publique décrété en 1966 a été élaboré sur l’héritage du système colonial français. Outre les appellations respectives des fonctions de préfets, sous-préfets, maires qui ont connu un genre « d’arabisation » les attributions toutes aussi respectives n’ont pas grandement changé. Dès la mise en œuvres, l’on voyait surgir le spectre de la politique. Il fallait réduire sensiblement les pouvoirs que pourraient avoir les détenteurs de ces fonctions publiques. Le maire en est réduit d’une façon aléatoire en un banal exécutant aux mains d’un wali, qui à son tour devient une simple transmission d’ordres et vaillant exécutant pris entre les serres de sa hiérarchie. Hiérarchie déclarée ou agissant dans le noir. Quel est cette personnalité, appelée wali à qui l’on refuse de droit de gracier ou d’éponger à titre d’exemple une contravention de simple police à un citoyen-administré de bonne conduite, de bonne foi et de haute civilité ? En dehors du domaine quoique résolu comme administratif ; élections ; mandat populaire, délibérations communales, implantation de projets d’utilité publique, expropriations, titre de concessions ; mais qui se couvre sous un emballage purement politique; le wali n’a semble t-il aucun autre pouvoir légal.

Dépouillé totalement de l’infime capacité à régler un cas social en toute transparence, il demeure à juste titre un « quart de président » dans sa wilaya. En vertu des textes en vigueur il ne peut attribuer un logement. Tout passe par des commissions. Les terrains, les lots, les marchés, les projets, les routes ; l’électrification. Mais…dans la pauvre réalité, la réalité est tout autre. La wali, certains wali du moins, arrivent quand bien même à surpasser le tiers, le quart et le président même ! Ils font fourmiller autour d’eux, associations, comités de quartiers, et créent pour la circonstance des instances à mesure de pouvoir satisfaire leur instinct de survie.

Ils font élire des maires, des députés et des sénateurs dans la seule optique d’être au diapason du desideratum alternatif d’un degré plus élevé dans la pyramide des fonctions publiques. Les partis, comme les personnes au gré des scandales, des amours et des répudiations sont tantôt chouchoutés tantôt bannis.

Nul égard aux penchants populaires, majoritaires ou politiques de leurs sujets. Ils font la prière en public, comme ils trinquent à huis clos.

Ce qui semble animer bon gré, mal gré ces quelques titulaires de postes, c’est l’absence de statut. Pour la prospérité du pays, ils sont les victimes d’un système. L’escalade aux postes leur fait miroiter faussement qu’ils sont là pour le bien de ce pays. Qui peut en fait ou en droit obtenir les faveurs de cette nomination ? Tout et personne. Il n’existe pas une pépinière académique d’où seront puisés les embryons de futurs wali. Tout est aléatoire. La simple jointure à une borne solide d’une rive du pouvoir peut faire le nécessaire. Ils sont venus de tout horizon. De l’énarque persévérant au petit directeur d’un espace de formation. De leur ensemble, il y a tout de même certains qui se sont distingués par une neutralité difficile à conserver en ces temps et par une perspicacité légaliste dans le traitement des affaires étatiques. Heureusement pour eux et pour la noble éthique de la fonction publique. Ils auraient à faire un jour l’addition de l’évincement. D’autres, plus nombreux se comportent en d’incontestables « mouhafedh » si l’Etat était le FLN d’antan. Farouches militants de l’Etat providence. Plus patriotiques, plus jaloux que les autres sur la chose nationale, ils tentent d’édicter la manière d’aimer son pays, son président et même son Dieu.

Au risque de se reproduire, n’avions-nous pas clamé que, l’autorité investie du pouvoir de nomination en l’occurrence, le président de la république, sur les trente millions de citoyens et plus, n’a-t-il pas la sagacité de pour y choisir 48 walis, tous beaux, élégants, courtois, compétents, neutres dans le traitement, impartiaux dans le jugement ?

Ainsi l’éventualité de commissions d’enquête parlementaire aurait en plus de résoudre l’imbroglio financier de certains walis, qui au demeurant ne seraient retenues contre eux que des insignifiantes irrégularités procédurales. Le détournement, la dilapidation de deniers publics, la concussion ou autres infractions infamantes du genre n’auraient, le cas échéant qu’une fadeur précoce de règlement de compte. Ils sont loin nos walis de ces avatars de débauche financière de dernier siècle. Seulement ils seront comptables des choix du développement local, de l’équilibre régional dans la distribution des recettes budgétaires, l’orthodoxie dans la dépense, la lutte contre la misère culturelle, et la moralisation de leurs administrés. Exemple de crédibilité, ils pourront pour certains claquer la porte avant le jour fatal. Un baroud d’honneur apporte toujours un baume dans le coeur. Mais hélas, il y a des walis, qui avant qu’ils ne le soient, étaient d’un comportement ordinaire avec tout leur originel environnement. Une fois se faisant appeler «sid el wali !» ils ne peuvent lutter contre cet ego étouffant de continuer à connaître ceux qui les ont connus quand ils ne furent que foetus administratif anonyme pour s’offrir à une nouvelle connaissance de puissance, de force et d’intérêts.

Même dans ce corps républicain, les différences de traitement font loi.

Les uns passent pour d’intouchables gouverneurs, les autres pour de simples mais très hauts fonctionnaires.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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