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A l’ouest du pays Que reste-t-il du ramadan de nos pères ?

5 janvier 2010

Non classé

A l’ouest du pays
Que reste-t-il du ramadan de nos pères ?
Imaad Zoheir

Changement :En Oranie, le ramadan ne ressemble en rien au mois de piété qu’on a connu durant les années cinquante, soixante et même soixante-dix.

Cela se vérifie aisément au niveau des grandes villes de la région, telles que Mostaganem, Tlemcen, Sidi Bel Abbes, Relizane, Tiaret, Saïda et Aïn Témouchent.
Un exode rural débridé, très peu contrôlé et pour tout dire anarchique, l’urbanisation ratée de populations rurales, l’absence de repères communs aux deux populations d’une même cité et difficilement intégrées l’une à l’autre ont fini par casser le charme, certes désuet, mais très authentique d’un jeûne qu’on vivait autrement et dont on ne garde qu’un lointain souvenir. Finies les processions de femmes voilées de haïk blanc le soir, de maison en maison, chargées de présenter des gâteaux au miel pour leurs hôtes avec lesquelles elles papoteront toute la nuit jusqu’au s’hor.
Finies les animations de quartiers qui donnaient à la ville un caractère de perpétuelle fête. A Gambetta, des troupes musicales improvisées au gré de la nuit et de l’ambiance du moment rapprochaient, dans la même ferveur, tous les jeunes de la «houma».
Le centre-ville était si illuminé qu’on oubliait, par moments, qu’on marchait en pleine nuit, à quelques heures de la première prière du jour. C’est à la «ville-nouvelle», M’dina Dj’dida, que la dimension typiquement orientale de ces soirées était la plus affirmée, la plus vraie et la plus marquée.
On se serait cru en plein jour. Tout était ouvert, cafés maures, marchés, bijoutiers, commerces en tout genre, magasins de friperie, même les vendeurs de mort-aux-rats et autres DDT ne chômaient pas, bien au contraire. La «tahtaha» (la place centrale du quartier) de par son site et de par sa longue histoire accueillait tous les étrangers qui se sentaient à l’évidence très à l’aise dans cet espace ultra-convivial. Au café Chahmi, ouvert d’habitude aux noceurs et aux flambeurs du petit jour, des cercles d’amis et de joyeux convives se faisaient et se défaisaient toutes les heures.
A 22 heures, la salle était déjà comble. Les plateaux de café et de thé circulaient au-dessus des têtes à une vitesse folle, au milieu de cris de toutes sortes. En face, à «hammam Es’baâ», un cabas sous le bras, une dizaine de clients venus de toute la ville attendaient sagement leur tour. Il paraît que ce lieu était auréolé d’une étrange baraka. La mosquée El-Falah était illuminée de mille feux et les prières des taraouih montaient du fond de la nuit, en même temps que l’arôme des lilas, jusqu’au sommet de la voûte céleste. De la poésie et des langueurs des ramadans d’antan, il ne reste plus rien aujourd’hui, à peine la trace. Les nuits magiques de veille dans ces cités blessées, écorchées et presque occultées se passent prosaïquement entre les cybercafés, la planète Internet où l’on peut sans bouger de place «surfer» à travers tous les continents, et les feuilletons que débitent les centaines de chaînes ou encore, au bord de l’eau lorsqu’on a une voiture où tout simplement sur le front de mer, dans l’une de ces dizaines de glacières qui vous proposent les mêmes crèmes, les mêmes chocolats et les mêmes vanilles, mais emballés sous des noms différents. Une innovation, cette fois, et qui est tout à l’honneur de ses promoteurs. La corniche oranaise est consacrée, cette année, spécialement aux familles. Out le raï et ses danseuses d’un autre âge.

I.Z.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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4 Réponses à “A l’ouest du pays Que reste-t-il du ramadan de nos pères ?”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Touiza particulière à Mostaganem

    Spécificité n Dans les grandes familles urbaines de Mostaganem dites «H’dar», le ramadan est d’abord et avant tout un mois exceptionnel qui est vécu de manière exceptionnelle.

    Déjà, dès la dernière quinzaine de chaâbane, la literie est lavée, essorée, séchée dans les maisons. Les chambres et surtout la cuisine sont rafraîchies et repeintes du plafond au plancher. Les plinthes cassées ou abîmées sont remplacées, la vieille vaisselle est rangée. Elle cédera la place à du neuf, du brillant et de l’étincelant. Tout est passé en revue et dans le moindre détail : cuvette qui fuit, mur qui suinte, robinet bouché, serrure forcée, etc.
    Parallèlement, les maîtresses de foyer ont déjà bouclé leur réserve spéciale destinée au ramadan faite de poires et pêches confites, compotes de pommes ou de cerises, mkhetfa, diouls, lentilles et autres pâtes et, bien sûr, les fruits hors saison dont elles gardent jalousement le secret de conservation. Une remarque à propos de ces vieilles familles qui font la réputation de la ville : elles ont chacune un ou deux invités attitrés et qui partagent avec elles la rupture du jeûne. A vie.
    Ces invités sont en général des Mostaganémois de souche, veufs et souvent sans progéniture ou dont les enfants sont mariés et installés à l’étranger. Ils connaissent tous les membres de la famille et se considèrent comme membres à part entière… C’est peut-être dans les souks et les marchés improvisés, qui naissent ici et là dans les méandres de la ville, que l’on sent le plus le souffle feutré qui donne à cette période de jeûne son relief particulier et son caractère spécifique. Cela vient peut-être des arômes, des épices, de la longueur des mouvements, de la nonchalance des corps. Pour donner du piment aux soirées du ramadan et les rendre plus utiles en plus des prières des taraouih, les familles organisent à tour de rôle chez elles une touiza particulière.
    Cette touiza, elle n’a pas d’autre nom à notre connaissance, consiste à «travailler» collectivement le trousseau d’une jeune fille ou du moins celle qui devra se marier juste près l’aïd. Chaque convive apporte à une pièce du trousseau sa propre technique aussi bien au niveau de la couture, du mariage des couleurs, des tailles, des festons , des ourlets et même un petit brin de fantaisie personnelle.
    Quand les convives sont intimes et familièrement très proches et qu’il n’y a pas de trousseau à revoir ni de jeune fille à marier, les hôtes vident leurs armoires à linge et invitent tout le monde à mettre la main à la pâte en recousant un bouton par-ci, et repassant une chemise par-là ou en pétrissant la pâte pour les gâteaux de l’aïd. En fin de soirée, tout est nickel, tout est propre. D’autres familles voient les choses en beaucoup plus grand. Question de moyens évidemment.
    Au lieu de faire appel à la «main-d’œuvre locale» pour effectuer les mêmes travaux de la maison, ils préfèrent carrément ouvrir leurs tables aux proches et à leurs beaux-parents ainsi qu’aux voisins les plus immédiats pour une grande soirée aïssaoua. Cette rencontre permet de raffermir les liens entre les membres d’une même famille de gommer certains préjugés et d’effacer certaines rivalités, bref des petites rancœurs et des petites misères.
    Dans les familles très riches et qui restent attachées à cette tradition, les danses rituelles menées au rythme de la ghaïta et du tambour impliquant naturellement tous les hôtes, hommes et femmes, chacun dans sa salle. Au cours de ces prestations qui font monter aussi bien la température ambiante que celle des nerfs mis à rude épreuve, tout danseur a droit d’aller jusqu’au bout de sa transe. Jusqu’au bout de ses forces.

    I. Z.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Le «sahar» de Tlemcen

    Fierté n Il y avait très peu d’immeubles à loyers modérés construits à Tlemcen avant l’indépendance. Normal. Chaque famille se devait d’avoir son propre chez-soi, elle s’en faisait un point d’honneur.

    C’était indispensable à l’époque pour compter dans une société plutôt fermée.
    Ce petit chez-soi, était en général une maison bien modeste, avec un patio à l’ancienne, une courette pour sécher le grain et laver le linge et deux ou trois petites pièces où s’entassaient en général le père, la mère, les enfants, la belle-mère…
    Dans les demeures un peu plus «classe», on trouvait toujours un pommier ou un cerisier planté dans la cour aussi bien pour ses fruits que pour son ombre bienfaitrice. C’est tellement chic un cerisier en fleurs qu’il donne l’impression d’habiter un palais.
    Et comme il n’y avait pas de réfrigérateur dans les foyers, ou très peu, tous les légumes étaient pratiquement suspendus aux murs tels que les oignons ou les tomates séchées, l’ail et parfois même un fruit hors saison tel que le melon. Ce n’était pas très esthétique, mais c’était nécessaire. Pour les repas du ramadan, par exemple, tout était fait à la maison et à la main, le pain, le petit-lait, les gâteaux traditionnels et même le jus de fruit. Les femmes se surpassaient. Seule la z’labia était achetée. C’est avec une bonne hrira chaude et onctueuse, copiée aux maîtresses de maison de Fès, que les Tlemcéniens rompaient généralement le jeûne non sans avoir avalé auparavant trois dattes et une gorgée de leben. Dans ces contrées, on ne badine pas avec la sunna. Le menu, ici, est, lui aussi, largement inspiré de ce qui se fait de l’autre côté de la frontière à quelques nuances près. Les longues soirées du ramadan se prolongeaient invariablement jusqu’aux premières lueurs de l’aube, jusqu’à l’appel du muezzin, quand le ciel commence à rougeoyer comme sous l’effet d’un fer rouge. Dans les familles les plus aisées et les plus nanties, il était de bon ton d’inviter dans les salons lambrissés de leur villa un poète ou mieux un musicien pour animer une «sahra» strictement privée. Et comme le hawzi était indémodable, on fera souvent appel à cheikh Sari, le maître du genre et dont le talent dépasse aujourd’hui les frontières. Si les hommes dans leur ensemble quittaient la maison sitôt la dernière bouchée du f’tour avalée pour aller planter leur «chapiteau» dans les cafés du centre, les femmes, elles, ont d’autres projets, d’autres engagements.
    Elles s’invitent mutuellement soit pour écouter des poèmes du genre «melhoun» soit pour écouter une vieille forme d’astrologie, le «tahouef» toujours déclamée par une femme. L’astrologie n’étant pas une science exacte, de nombreuses convives se contentaient d’écouter et de hocher la tête non sans apprécier, au détour d’une phrase ou d’une image, la sagesse profonde du poème.
    Il n’y a plus de «sahar» comme au siècle dernier qui venait tambouriner à votre porte, au beau milieu de la nuit profonde pour vous réveiller et vous inviter à prendre votre s’hour. Aujourd’hui, le charme est rompu, c’est chacun pour soi et le réveil matin pour tous.

    I. Z.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Un morceau de calentita

    l La rupture du jeûne est un moment privilégié de la journée. La sunna conseille aux fidèles de le faire à partir de trois dattes et un verre de lait. C’est du reste ce qui se fait un peu partout à travers le pays. Dans certaines régions du Sud par exemple, c’est un morceau de galette ou de matloue qui fait office de rupture, un verre de café parfois ou de thé. A Mostaganem, en revanche, on fait très fort. On commence le repas avec un morceau de … calentita.

    I. Z.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    A Sougueur, il y a 50 ans…

    Nous sommes dans les années 1950.
    Le petit bourg à vocation essentiellement pastorale compte environ dix mille, âmes dont trois mille Européens (colons et petits artisans). Ici, au seuil de la Steppe, tous les métiers coexistent. Il y a le dinandier, le tisseur, le bourrelier, le forgeron, le cantonnier, la «dellala», la marieuse, la pleureuse et le crieur public. L’église n’est séparée de la mosquée que par une longue avenue commerciale, pompeusement surnommée Charlemagne. Lorsque ramadan sonnait aux portes, les femmes du village étaient prêtes. Les unes avaient séché plusieurs cageots de tomates et rempli une bonne douzaine de bouteilles de jus, les autres en roulent plusieurs kilos de «merise» qui servira de chorba et donc de plat d’entrée, très apprécié dans cette région de la steppe, bien plus que la traditionnelle «hrira».
    Pour donner plus de chance à leurs élèves de décrocher le CEP (certificat d’études primaires), certains instituteurs de l’école indigène leur conseillaient carrément de ne pas faire carême. Personne n’en tenait compte évidemment et celui qui osait défier l’ordre établi était copieusement insulté et traité de «oukel ramdan». Mais ce qui était remarquable dans ce village où tout le monde était pauvre, exception faite des propriétaires terriens, c’était la rahma. L’extraordinaire rahma du monde rural, l’incomparable rahma du monde paysan faisait preuve. Savez-vous que des citoyens faisaient le guet devant la gare routière pour se disputer les derniers passagers qui débarquaient du car et qui ne savaient pas où aller ?
    Ils les invitaient à rompre le jeûne en famille. L’inconnu avait droit à tous les égards et il avait droit aussi aux meilleurs morceaux du repas. Cela a totalement disparu de nos jours. Et lorsqu’on le raconte aux jeunes, ils écarquillent les yeux d’étonnement. La rupture du jeûne au départ signalée par l’appel du muezzin. Voyant que la voix de l’imam ne portait pas très loin, les autorités françaises lui permirent en plus de l’appel obligatoire d’agiter un drapeau blanc dont l’avantage est qu’il était visible à plusieurs kilomètres à la ronde. Un peu plus tard, les services communaux mettaient à la disposition de la mosquée la sirène des sapeurs-pompiers. Pour les soirées au village, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’animation culturelle était au maximum. La seule mosquée du bourg était prise d’assaut pour les prières des «taraouih» et l’unique cinéma n’affichait que des films égyptiens distribués par la maison Régence tels que «Antar Ibn Chedd» «Nour El-Islam» et bien sûr toute la série des succès de Faten Hamama, Samia Gamal, Farid El-Atrach, et Mohamed Abdelwaheb.

    I. Z.
    Nostalgie n Dans le petit village de Sougueur, perché sur les hautes plaines du Sud-Ouest oranais, et que l’on appelait Trezel, le ramadan était le mois le plus attractif de l’année, le plus interactif et surtout le plus coloré.
    Le dossier du jour Edition du 27/9/2008

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