Au coin de la cheminée
Le laurier volant (1re partie
I1 était une fois un padichah qui avait une fille et un garçon. Quand ils furent grands, le souverain vint à mourir, et un autre monta sur le trône. Pendant que leur père régnait, les enfants n’avaient appris aucun métier, aussi vivaient-ils de l’argent laissé par celui-ci. Puis leur mère disparut à son tour, les laissant seuls au monde.
Ils n’avaient plus rien, il leur fallait travailler maintenant, mais le garçon ne savait rien faire. Alors, sa sœur aînée lui donne une hache et l’envoie dans la montagne couper du bois qu’il vendra ensuite pour assurer leur subsistance, mais il ne sait comment faire. Alors, elle va au jardin lui montrer comment on coupe le bois avec la hache, comment on l’entasse en le serrant avec une corde pour le transporter sur le dos. Le garçon s’en va dans la montagne. Au retour, le boulanger lui achète son bois pour quarante sous et lui donne aussi un pain. Sa sœur le félicite de son travail, les voilà maintenant assurés de ne jamais connaître la faim. Chaque jour, le garçon part dans la montagne et, chaque jour, le boulanger achète son bois, augmentant ainsi leurs économies de quelques sous, deux sous, trois sous, cinq sous de plus.
Un commerçant juif qui passait dans le pays fit annoncer par le crieur public qu’il offrait cinquante pièces d’or à qui le suivrait pour une durée de cinq, dix ou quarante jours. Personne n’était intéressé par son offre, mais on lui désigna le fils du padichah. Le Juif trouve le garçon, qui a pour nom Ahmet ou Mehmet, mais comme c’est la sœur qui décide, il va la voir pour obtenir son accord. Pour dix, vingt ou quarante jours, c’est cinquante pièces d’or, au-delà, c’est cent pièces d’or. Elle accepte le marché, mais exige d’être payée sur-le-champ.
Le commerçant juif emmène Ahmet ou Mehmet sur son bateau et trois jours plus tard ils accostent une belle montagne qui se dresse au milieu de la mer : c’est la Montagne aux Bijoux. Ils débarquent un cheval, le tuent, l’écorchent, le vident de ses entrailles, y mettent le garçon à la place, recousent le ventre de l’animal et s’en vont. Là vivaient des aigles qui, aussitôt, avec leurs crochets, se saisissent de la charogne et l’emportent au sommet de la montagne. Alors la peau du cheval se fend, laissant apparaître le garçon et faisant fuir les rapaces. D’en bas, on lui crie de faire rouler les pierres – c’est-à-dire les bijoux – et quand il y en a suffisamment, on lui crie de descendre par le chemin qui est de l’autre côté de la montagne. Pendant ce temps-là le bateau prend le large. Le garçon, n’ayant trouvé sur son chemin que des précipices aussi profonds que plusieurs minarets mis bout à bout, revient sur ses pas et constate avec effroi que le bateau a disparu. Il fait nuit, il meurt de faim et de soif autour de lui gisent des os : en effet, le Juif débarquait là des gens qui l’aidaient à ramasser les bijoux et ensuite il les abandonnait.
Ne voyant pas d’autre solution que la mort certaine, il choisit un endroit peu profond où se laisser glisser. Revenu à lui, il se lève et s’engage dans un sentier, où il rencontre un vieillard haut de soixante-dix ou quatre-vingts mètres (jadis les hommes étaient ainsi) qui s’évanouit en arrivant près de lui. Il se précipite, va chercher de l’eau dans son fez (jadis on portait le fez) et en donne quelques gorgées au vieillard, qui, une fois ranimé, lui dit : «Dans ce monde et dans l’autre, tu es désormais mon fils. Mais comment es-tu arrivé jusqu’ici ?». Alors il lui raconte toute l’histoire (à suivre…)
Traduits du turc et présentés par
A. Flamain et M. Nicolas






27 décembre 2009
1.Contes