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Au nom du père, du fils et de saint Sharon ! (1er partie )

9 décembre 2009

Non classé

Epître aux officiels et médias égyptiens

Au nom du père, du fils et de saint Sharon ! (1er partie )

« L’exemple n’est pas le meilleur moyen d’avoir une action sur autrui, c’est le seul » Albert Schweitzer

Sur la campagne égyptienne des Verts, tout a été dit, mais mon petit doigt me susurre qu’il en reste davantage à dire. Je vous propose humblement une synthèse de mon cru, dans laquelle, je l’espère, vous y décèlerez une déclinaison de l’élégance intellectuelle des Algériens.

Si d’aventure, vous me décerniez, chers lecteurs, l’avant-dernière place dans cette catégorie, elle me comblerait de satisfaction. J’ai à cœur surtout de faire honneur à la citation que Hanane, ma fille chérie qui va sur sa quinzième année, me propose comme sous-titre à mes élucubrations rédactionnelles en guise de riposte aux provocations égyptiennes. Avec une stupéfiante outrecuidance et une stupidité phénoménale, les médias égyptiens ont fomenté une crise de paranoïa collective pharaonique. Déjà, avant le match du Caire, les Chehata et consorts nous ont abreuvé d’extravagantes explications, avec beaucoup de suffisance, pour nous persuader qu’ils étaient déjà qualifiés à la Coupe du monde 2010, bien qu’ils consentent de s’acquitter de la formalité du match du 14 novembre chez eux. Ils ont négligé une donnée qui s’est révélée essentielle : l’adversité éperonne la force morale chez l’Algérien, quand elle se fait déloyale, voire même méprisable, sa combativité décuple.

L’enjeu d’une compétition sportive n’autorise jamais le recours à des recettes prohibées surtout lorsqu’elles sont grossièrement concoctées, comme ce fut le cas au Caire. Le souvenir de l’épopée espagnole de 1982 avec l’héroïque Korichi, le sublime Assad, le créatif Madjer est encore vivace. Quant au jeu séduisant du Ballon d’or africain 1981, le magicien qu’était Belloumi, il doit encore hanter la mémoire des supporters égyptiens eux-mêmes. N’ont-ils pas commencé à se faire les dents sur lui, histoire de cultiver la haine des Algériens ? En 1982, ces gars avaient admirablement et proprement terrassé l’ogre allemand qui se promettait de n’en faire qu’une bouchée. La Mannschaft, avec sa cohorte de géants de la Budesliga, le Kaiser Franz Beckenbauer inclus, fut contrainte à la plus déshonorante des « combinazionnes » de la planète foot avec la complicité des Autrichiens. Dire qu’aujourd’hui une simple main se discute et soulève un questionnement grave sur la moralité des fauteurs. A la bonne heure ! La victoire de l’équipe algérienne est restée dans les annales, et on en parle encore dans toutes les honnêtes chaumières. En revanche, on rit aujourd’hui de l’inanité des sarcasmes avec lesquels nos joueurs furent accueillis ; l’arrogance allemande avait, quant à elle, durablement perdu de sa superbe.

Qariat el fingan

J’ai retrouvé cette capacité à se transcender intacte chez les capés de Rabah Saâdane. Ils se sont mis en quête du billet pour l’Afrique du Sud 2010 avec une saine détermination, ils se sont vaillamment jetés dans un combat qu’ils ont âprement disputé sur le terrain après avoir affronté la plus inattendue et la plus angoissante des épreuves à l’extérieur du stade. Les images de Canal+ du caillassage du bus des Verts par des énergumènes déchaînés, blessant les joueurs Lemouchia, Halliche et Saïfi sont aussi éloquentes qu’irréfutables : elles traduisent l’indignité de leurs auteurs. Malgré la tiédeur de sa réaction, la FIFA avait tout de même infligé un avertissement à la Fédération égyptienne. Elle a fini par ouvrir une procédure disciplinaire susceptible de déboucher sur des sanctions à l’encontre de la FEF, le mois de décembre. Nos griefs envers les Egyptiens sont donc loin d’être des jérémiades. Je voudrais donc, avec votre permission, délivrer de bien bonnes pensées pour le bienheureux gagneur ! (Saâdane Rabah).

Constatez-le, avec moi, que les choses étaient écrites mais cela à échappé à la clairvoyance de Qariat el fingan. Elle lit bien dans le marc de café comme chacun sait, mais elle a perdu son arabe pour décoder les signes clairs du destin. Sans être féru de foot, j’ai une affection particulière pour Rabah Saâdane ; les larmes qu’il avait versées en homme à Alger ne sont pas étrangères à ce sentiment. Elles ont révélé un homme. Un Algérien pur jus, stoïque, apte à la révolte et surtout disposé à relever les défis qui ont du sens. En un mot, Chaoui ! S’il a concédé à Chehata la remise à zéro du compteur sur terrain miné, au stade du Caire, quatre jours plus tard, le 18 novembre, il réussit sur le terrain neutre du Merreikh Stadium d’Omdurman, choisi par l’adversaire, une qualification incontestable ; « indiscutable » atteste le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke à Dubaï, le 22 novembre. Il ramène au bercail nos futés Fennecs avec les bagages bondés à craquer de bonheur pour tout un peuple, une résurrection !

Amour inoxydable

Je suis désolé pour le public égyptien qu’il apprenne à ses dépens la nature de ce caractère algérien un tantinet excessif. Il peut s’afficher sous son mauvais jour ; alors, il ne paye pas de mine. Un peu comme une gemme brute que l’on confondrait avec un vulgaire morceau de sucre qui, taillé, se révèle un diamant de la plus belle eau. On ne cherche pas trop longtemps un Algérien car il ne tergiverse pas pour se montrer sous son vrai jour, c’est-à-dire entier et fait d’acier trempé. Les dirigeants égyptiens ont mésestimé le sentiment de fierté qui anime les Algériens. Ils savent maintenant qu’ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils sont piqués au vif. Ces dernières années, l’autoflagellation à laquelle on s’adonne à tout propos et à tout bout de champ, est devenue un véritable sport national. Je me suis laissé presque convaincre par une observation de William Quandt, universitaire américain, sur le patriotisme douteux de mes concitoyens. Ils n’aimeraient pas leur pays, car, expliquait-il dans un de ses livres, ils auraient la fâcheuse tendance à confondre leur pays avec l’autoritarisme de leurs gouvernants. Et voilà que leur réaction à la perfidie égyptienne a surgi fulgurante, éblouissante. Plus qu’à la démocratie, plus qu’à leur mère, les Algériens ont montré au monde que l’amour qu’ils portent à leur pays est aussi incommensurable qu’inoxydable.

L’extraordinaire mobilisation pour soutenir leur équipe, puis cette magnifique explosion de joie pour faire un triomphe à leurs champions sur l’ensemble du territoire et partout où ils se sont trouvés me font définitivement et indéfectiblement aimer mes compatriotes. Rien qu’à repenser à ces fantastiques scènes de liesse, mon cœur chavire de nouveau. Il est vrai que je suis parfois navré lorsque je les vois, portés par le bonheur, se laisser aller à d’effrayantes hardiesses. C’est que, quand ils aiment, ils ne calculent pas. La cerise sur le gâteau est venue de Yahia Antar. Un nom légendaire, bien arabe qui suffit à semer la panique dans les rangs adverses sur les champs de bataille. Il prend de la hauteur et d’un tir puissant et précis, exécute l’excellent gardien des Pharaons à partir d’un angle impossible. Il ruine les prétentions pharaoniques des Egyptiens, au moment précédent la pause, le plus délicat du match. Ce but de la qualification algérienne est un but d’anthologie.

En plus du goal, il a plongé le pouvoir égyptien dans une profonde consternation. L’impérial portier des Fennecs, Chaouchi, et ses camarades ont su ensuite contenir le team égyptien face à son impuissance devant une pléthore de stars égyptiennes du grand et du petit écran déconfites et médusées. L’ignominieux guet-apens du Caire, ourdi, à ne pas en douter, sinon par les autorités sportives et politiques, certainement avec leur aval, aura été absolument contreproductif. Il n’aura servi qu’à donner au monde une idée bien triste sur l’hospitalité égyptienne.

Brave Soudan

Le Soudan mérite les félicitations et la considération de toute personne attachée à l’éthique sportive et aux valeurs morales dans les relations internationales. Il gère la manifestation avec un sens irréprochable de la responsabilité et de l’équité, allant jusqu’à interpeller les autorités égyptiennes prises en flagrant délit de délirants mensonges. Le staff égyptien espérait que les subliminales suggestions et les sous-entendus politiques à leur voisin seraient suffisants pour qu’il se fasse leur comparse pour concrétiser leur dessein d’effectuer une balade de santé en pays sinon conquis, du moins acquis à leur cause. Le Soudan a courageusement refusé de laisser discréditer les Algériens ou de laisser ternir leur victoire par un plan médiatique minutieusement synchronisé dans son orchestration même s’il fut lamentablement ficelé. Les faits ont été impitoyablement têtus pour les aboyeurs égyptiens. Le monde sait maintenant que si le ridicule ne tue toujours pas, il ne commencera certainement pas avec les journaleux égyptiens.

Faisant fi de toutes les incohérences et autres invraisemblances, ils se gargarisent de leur professionnalisme. Leurs agitations étaient d’une concordance chorégraphique. Le la est bien sûr donné par les fils Moubarak. Il était impératif d’empêcher que la débâcle sportive ne suscite un mécontentement populaire ciblant le régime. Pour faire barrage à la colère, on désigne un bouc émissaire, les Algériens. Que leur reproche-t-on ? D’avoir gagné les Pharaons malgré le climat de terreur instauré pour les tétaniser. En somme, un crime de lèse-pharaons. Pharaons de pacotille, évidemment !

Histoire d’emblème

Il est charitable de souligner à l’intention des médias égyptiens quelques évidences. Primo, une fois les bornes dépassées, il n’y a plus de limites, ils peuvent donc continuer à se pavaner dans l’infamie. Il ne leur est cependant pas interdit de s’interroger s’il est permis de draper de honte une histoire aussi prestigieuse que celle de l’Egypte ? Leur inqualifiable conduite dénote un grave déficit éducatif, ils se délectent des dérapages les plus inadmissibles. Les fans des Pharaons, véritables pitbulls enragés, sont complaisamment montrés déchiquetant l’emblème algérien. Ont-ils eu la bonne idée d’en faire quelques talismans pour d’hypothétiques victoires futures ? Il aurait été bien plus approprié de nous en faire la demande. Chérissant nos couleurs, nous les leur aurions offertes en fanions dans du papier cadeau, bien comme il convient de le faire avec des concurrents magistralement défaits. Les Algériens se souviendront que pendant qu’ils regardaient faire brûler l’emblème d’une révolution anticoloniale exemplaire, le régime de Moubarak recevait Shimon Peres en grande pompe en déployant le drapeau de l’Etat hébreu. L’ondoiement dans le ciel d’Egypte du symbole de l’Etat hébreu, qui a emmuré le peuple palestinien et transformé ce qu’on appelle pudiquement les Territoires palestiniens en camp de concentration, semblait narguer tous les musulmans et tous les Arabes.

D’une épître à l’autre

Outré par le déluge de feu qui s’est déversé sur Ghaza, transformée en un camp hermétiquement fermé avec la complicité de l’Egypte pour faciliter à Tsahal de semer la mort avec autant d’efficacité que l’exige une entreprise méthodique d’extermination d’un peuple sans défense, j’ai exprimé ma colère dans un cri d’impuissance que j’ai intitulé : « Epître aux Israéliens : Réveillez-le ! » Aujourd’hui écœuré par le déferlement d’invectives et d’insanités à l’encontre du peuple algérien, j’ai été pris d’une paradoxale mais irrésistible envie de commettre cette épître à l’adresse des journaleux et feuillistes égyptiens. J’ai la troublante sensation d’être sur le même exercice. Le carnage de Ghaza n’ayant pas réveillé Ariel Sharon de son coma afin qu’il se délecte de la détresse des mères de ces écoliers palestiniens ensevelis sous les bombes israéliennes, je soupçonne le pouvoir politique égyptien d’organiser les obsèques de la fraternité arabe avec un vacarme médiatique sans précédent pour en faire un lot de consolation pour le boucher sanguinaire de Sabra et Chatila.

En attendant qu’il le lui soit remis, Shimon Peres est venu prendre livraison du cadeau par procuration. Il a vraisemblablement profité pour délivrer son satisfecit au président égyptien pour l’éminent rôle de chef de meute qu’il a assumé dans cette crise d’indigestion de la défaite tonitruante, exorbitante et surtout impudique. Ni l’enjeu, ni le déroulement du match, ni l’explosion de joie des vainqueurs ne justifient que le pouvoir politico-médiatique du Caire donne l’assaut à cette fraternité arabe, pourtant sans contenu réel. C’est une belle utopie pour laquelle des mots arabes chatoyants existent pour l’habiller joliment. Son seul mérite est d’exister pour entretenir le rêve. Après que Sarkozy ait réussi la prouesse d’imposer Israël dans une ligue presque arabe, baptisée Union pour la Méditerranée, afin de ménager les susceptibilités irréductibles des masses arabes, venir dans ces conditions porter l’estocade à une unité arabe, même factice, n’est pas innocent. Nul besoin d’être un fin limier pour subodorer les courants non représentatifs du peuple égyptien et autres forces occultes qui contrôlent les rouages du régime.

Je n’ai aucun élément tangible sur la nature communautaire de ces instigateurs pour incriminer quiconque. Je n’insinue donc pas que ces acteurs de l’ombre se recrutent dans la nébuleuse copte, je constate seulement qu’au moindre incident de l’Egypte avec un pays musulman voisin ou pas, une pléthore de pompiers pyromanes se bousculent sur les médias égyptiens pour attiser l’incendie. Les secousses sismiques pour déstabiliser toute velléité de construction d’une unité arabe un tant soit peu crédible ont systématiquement leurs épicentres au Caire. Ce travail de sape sournois est d’une redoutable efficacité. A l’occasion d’un simple match, ils se précipitent pour aggraver la discorde entre deux pays appartenant à deux entités différentes du monde arabe, le Maghreb et le Machrek. La réaction intempestive pour instrumentaliser le désamour patent depuis des lustres entre deux peuples aux mentalités différentes est étrange.

L’idée que la crise égypto-algérienne n’est qu’un contre-feu pour circonscrire la détresse de la rue égyptienne n’est valable que partiellement, elle ne dispense pas de rechercher à qui profite in fine le crime. Les hypothétiques objectifs inavouables poursuivis par l’Egypte pour obtempérer aux désirs d’Israël donnent à l’action du régime Moubarak une cohérence sur les plans interne et externe. Je crois qu’entre ces deux pays, il existe de fructueuses interactions faites de non-dits. Le machiavélisme à l’égyptienne s’élabore et se met en œuvre de manière plus sophistiquée qu’il n’y paraît. L’Egypte travaille donc à faire proscrire aux Arabes leurs rêves les plus fous, les seuls qu’il serait sage de préserver ! Après Dieu, c’est notre seul lien avec un avenir heureux et prospère. L’idée d’un monde arabe uni paraît si incongrue eu égard à son état de délabrement politique actuel et le rêve qui s’y rattache est si utopique que cela le rend probable, donc possible dans un monde où les intérêts de diverses communautés se fédèrent partout, chaque jour davantage. Pour le moment, le ciel arabe doit être constamment maintenu chargé de cumulo-nimbus les plus menaçants pour être toujours prompt aux orages. (A suivre)

Par Dr Mokhbi Abdelouahab

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Au nom du père, du fils et de saint Sharon ! (1er partie )”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Epître aux officiels et médias égyptiens
    Au nom du père, du fils et de saint Sharon ! (1er partie )

    « L’exemple n’est pas le meilleur moyen d’avoir une action sur autrui, c’est le seul » Albert Schweitzer

    Sur la campagne égyptienne des Verts, tout a été dit, mais mon petit doigt me susurre qu’il en reste davantage à dire. Je vous propose humblement une synthèse de mon cru, dans laquelle, je l’espère, vous y décèlerez une déclinaison de l’élégance intellectuelle des Algériens.

    Si d’aventure, vous me décerniez, chers lecteurs, l’avant-dernière place dans cette catégorie, elle me comblerait de satisfaction. J’ai à cœur surtout de faire honneur à la citation que Hanane, ma fille chérie qui va sur sa quinzième année, me propose comme sous-titre à mes élucubrations rédactionnelles en guise de riposte aux provocations égyptiennes. Avec une stupéfiante outrecuidance et une stupidité phénoménale, les médias égyptiens ont fomenté une crise de paranoïa collective pharaonique. Déjà, avant le match du Caire, les Chehata et consorts nous ont abreuvé d’extravagantes explications, avec beaucoup de suffisance, pour nous persuader qu’ils étaient déjà qualifiés à la Coupe du monde 2010, bien qu’ils consentent de s’acquitter de la formalité du match du 14 novembre chez eux. Ils ont négligé une donnée qui s’est révélée essentielle : l’adversité éperonne la force morale chez l’Algérien, quand elle se fait déloyale, voire même méprisable, sa combativité décuple.

    L’enjeu d’une compétition sportive n’autorise jamais le recours à des recettes prohibées surtout lorsqu’elles sont grossièrement concoctées, comme ce fut le cas au Caire. Le souvenir de l’épopée espagnole de 1982 avec l’héroïque Korichi, le sublime Assad, le créatif Madjer est encore vivace. Quant au jeu séduisant du Ballon d’or africain 1981, le magicien qu’était Belloumi, il doit encore hanter la mémoire des supporters égyptiens eux-mêmes. N’ont-ils pas commencé à se faire les dents sur lui, histoire de cultiver la haine des Algériens ? En 1982, ces gars avaient admirablement et proprement terrassé l’ogre allemand qui se promettait de n’en faire qu’une bouchée. La Mannschaft, avec sa cohorte de géants de la Budesliga, le Kaiser Franz Beckenbauer inclus, fut contrainte à la plus déshonorante des « combinazionnes » de la planète foot avec la complicité des Autrichiens. Dire qu’aujourd’hui une simple main se discute et soulève un questionnement grave sur la moralité des fauteurs. A la bonne heure ! La victoire de l’équipe algérienne est restée dans les annales, et on en parle encore dans toutes les honnêtes chaumières. En revanche, on rit aujourd’hui de l’inanité des sarcasmes avec lesquels nos joueurs furent accueillis ; l’arrogance allemande avait, quant à elle, durablement perdu de sa superbe.

    Qariat el fingan

    J’ai retrouvé cette capacité à se transcender intacte chez les capés de Rabah Saâdane. Ils se sont mis en quête du billet pour l’Afrique du Sud 2010 avec une saine détermination, ils se sont vaillamment jetés dans un combat qu’ils ont âprement disputé sur le terrain après avoir affronté la plus inattendue et la plus angoissante des épreuves à l’extérieur du stade. Les images de Canal+ du caillassage du bus des Verts par des énergumènes déchaînés, blessant les joueurs Lemouchia, Halliche et Saïfi sont aussi éloquentes qu’irréfutables : elles traduisent l’indignité de leurs auteurs. Malgré la tiédeur de sa réaction, la FIFA avait tout de même infligé un avertissement à la Fédération égyptienne. Elle a fini par ouvrir une procédure disciplinaire susceptible de déboucher sur des sanctions à l’encontre de la FEF, le mois de décembre. Nos griefs envers les Egyptiens sont donc loin d’être des jérémiades. Je voudrais donc, avec votre permission, délivrer de bien bonnes pensées pour le bienheureux gagneur ! (Saâdane Rabah).

    Constatez-le, avec moi, que les choses étaient écrites mais cela à échappé à la clairvoyance de Qariat el fingan. Elle lit bien dans le marc de café comme chacun sait, mais elle a perdu son arabe pour décoder les signes clairs du destin. Sans être féru de foot, j’ai une affection particulière pour Rabah Saâdane ; les larmes qu’il avait versées en homme à Alger ne sont pas étrangères à ce sentiment. Elles ont révélé un homme. Un Algérien pur jus, stoïque, apte à la révolte et surtout disposé à relever les défis qui ont du sens. En un mot, Chaoui ! S’il a concédé à Chehata la remise à zéro du compteur sur terrain miné, au stade du Caire, quatre jours plus tard, le 18 novembre, il réussit sur le terrain neutre du Merreikh Stadium d’Omdurman, choisi par l’adversaire, une qualification incontestable ; « indiscutable » atteste le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke à Dubaï, le 22 novembre. Il ramène au bercail nos futés Fennecs avec les bagages bondés à craquer de bonheur pour tout un peuple, une résurrection !

    Amour inoxydable

    Je suis désolé pour le public égyptien qu’il apprenne à ses dépens la nature de ce caractère algérien un tantinet excessif. Il peut s’afficher sous son mauvais jour ; alors, il ne paye pas de mine. Un peu comme une gemme brute que l’on confondrait avec un vulgaire morceau de sucre qui, taillé, se révèle un diamant de la plus belle eau. On ne cherche pas trop longtemps un Algérien car il ne tergiverse pas pour se montrer sous son vrai jour, c’est-à-dire entier et fait d’acier trempé. Les dirigeants égyptiens ont mésestimé le sentiment de fierté qui anime les Algériens. Ils savent maintenant qu’ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils sont piqués au vif. Ces dernières années, l’autoflagellation à laquelle on s’adonne à tout propos et à tout bout de champ, est devenue un véritable sport national. Je me suis laissé presque convaincre par une observation de William Quandt, universitaire américain, sur le patriotisme douteux de mes concitoyens. Ils n’aimeraient pas leur pays, car, expliquait-il dans un de ses livres, ils auraient la fâcheuse tendance à confondre leur pays avec l’autoritarisme de leurs gouvernants. Et voilà que leur réaction à la perfidie égyptienne a surgi fulgurante, éblouissante. Plus qu’à la démocratie, plus qu’à leur mère, les Algériens ont montré au monde que l’amour qu’ils portent à leur pays est aussi incommensurable qu’inoxydable.

    L’extraordinaire mobilisation pour soutenir leur équipe, puis cette magnifique explosion de joie pour faire un triomphe à leurs champions sur l’ensemble du territoire et partout où ils se sont trouvés me font définitivement et indéfectiblement aimer mes compatriotes. Rien qu’à repenser à ces fantastiques scènes de liesse, mon cœur chavire de nouveau. Il est vrai que je suis parfois navré lorsque je les vois, portés par le bonheur, se laisser aller à d’effrayantes hardiesses. C’est que, quand ils aiment, ils ne calculent pas. La cerise sur le gâteau est venue de Yahia Antar. Un nom légendaire, bien arabe qui suffit à semer la panique dans les rangs adverses sur les champs de bataille. Il prend de la hauteur et d’un tir puissant et précis, exécute l’excellent gardien des Pharaons à partir d’un angle impossible. Il ruine les prétentions pharaoniques des Egyptiens, au moment précédent la pause, le plus délicat du match. Ce but de la qualification algérienne est un but d’anthologie.

    En plus du goal, il a plongé le pouvoir égyptien dans une profonde consternation. L’impérial portier des Fennecs, Chaouchi, et ses camarades ont su ensuite contenir le team égyptien face à son impuissance devant une pléthore de stars égyptiennes du grand et du petit écran déconfites et médusées. L’ignominieux guet-apens du Caire, ourdi, à ne pas en douter, sinon par les autorités sportives et politiques, certainement avec leur aval, aura été absolument contreproductif. Il n’aura servi qu’à donner au monde une idée bien triste sur l’hospitalité égyptienne.

    Brave Soudan

    Le Soudan mérite les félicitations et la considération de toute personne attachée à l’éthique sportive et aux valeurs morales dans les relations internationales. Il gère la manifestation avec un sens irréprochable de la responsabilité et de l’équité, allant jusqu’à interpeller les autorités égyptiennes prises en flagrant délit de délirants mensonges. Le staff égyptien espérait que les subliminales suggestions et les sous-entendus politiques à leur voisin seraient suffisants pour qu’il se fasse leur comparse pour concrétiser leur dessein d’effectuer une balade de santé en pays sinon conquis, du moins acquis à leur cause. Le Soudan a courageusement refusé de laisser discréditer les Algériens ou de laisser ternir leur victoire par un plan médiatique minutieusement synchronisé dans son orchestration même s’il fut lamentablement ficelé. Les faits ont été impitoyablement têtus pour les aboyeurs égyptiens. Le monde sait maintenant que si le ridicule ne tue toujours pas, il ne commencera certainement pas avec les journaleux égyptiens.

    Faisant fi de toutes les incohérences et autres invraisemblances, ils se gargarisent de leur professionnalisme. Leurs agitations étaient d’une concordance chorégraphique. Le la est bien sûr donné par les fils Moubarak. Il était impératif d’empêcher que la débâcle sportive ne suscite un mécontentement populaire ciblant le régime. Pour faire barrage à la colère, on désigne un bouc émissaire, les Algériens. Que leur reproche-t-on ? D’avoir gagné les Pharaons malgré le climat de terreur instauré pour les tétaniser. En somme, un crime de lèse-pharaons. Pharaons de pacotille, évidemment !

    Histoire d’emblème

    Il est charitable de souligner à l’intention des médias égyptiens quelques évidences. Primo, une fois les bornes dépassées, il n’y a plus de limites, ils peuvent donc continuer à se pavaner dans l’infamie. Il ne leur est cependant pas interdit de s’interroger s’il est permis de draper de honte une histoire aussi prestigieuse que celle de l’Egypte ? Leur inqualifiable conduite dénote un grave déficit éducatif, ils se délectent des dérapages les plus inadmissibles. Les fans des Pharaons, véritables pitbulls enragés, sont complaisamment montrés déchiquetant l’emblème algérien. Ont-ils eu la bonne idée d’en faire quelques talismans pour d’hypothétiques victoires futures ? Il aurait été bien plus approprié de nous en faire la demande. Chérissant nos couleurs, nous les leur aurions offertes en fanions dans du papier cadeau, bien comme il convient de le faire avec des concurrents magistralement défaits. Les Algériens se souviendront que pendant qu’ils regardaient faire brûler l’emblème d’une révolution anticoloniale exemplaire, le régime de Moubarak recevait Shimon Peres en grande pompe en déployant le drapeau de l’Etat hébreu. L’ondoiement dans le ciel d’Egypte du symbole de l’Etat hébreu, qui a emmuré le peuple palestinien et transformé ce qu’on appelle pudiquement les Territoires palestiniens en camp de concentration, semblait narguer tous les musulmans et tous les Arabes.

    D’une épître à l’autre

    Outré par le déluge de feu qui s’est déversé sur Ghaza, transformée en un camp hermétiquement fermé avec la complicité de l’Egypte pour faciliter à Tsahal de semer la mort avec autant d’efficacité que l’exige une entreprise méthodique d’extermination d’un peuple sans défense, j’ai exprimé ma colère dans un cri d’impuissance que j’ai intitulé : « Epître aux Israéliens : Réveillez-le ! » Aujourd’hui écœuré par le déferlement d’invectives et d’insanités à l’encontre du peuple algérien, j’ai été pris d’une paradoxale mais irrésistible envie de commettre cette épître à l’adresse des journaleux et feuillistes égyptiens. J’ai la troublante sensation d’être sur le même exercice. Le carnage de Ghaza n’ayant pas réveillé Ariel Sharon de son coma afin qu’il se délecte de la détresse des mères de ces écoliers palestiniens ensevelis sous les bombes israéliennes, je soupçonne le pouvoir politique égyptien d’organiser les obsèques de la fraternité arabe avec un vacarme médiatique sans précédent pour en faire un lot de consolation pour le boucher sanguinaire de Sabra et Chatila.

    En attendant qu’il le lui soit remis, Shimon Peres est venu prendre livraison du cadeau par procuration. Il a vraisemblablement profité pour délivrer son satisfecit au président égyptien pour l’éminent rôle de chef de meute qu’il a assumé dans cette crise d’indigestion de la défaite tonitruante, exorbitante et surtout impudique. Ni l’enjeu, ni le déroulement du match, ni l’explosion de joie des vainqueurs ne justifient que le pouvoir politico-médiatique du Caire donne l’assaut à cette fraternité arabe, pourtant sans contenu réel. C’est une belle utopie pour laquelle des mots arabes chatoyants existent pour l’habiller joliment. Son seul mérite est d’exister pour entretenir le rêve. Après que Sarkozy ait réussi la prouesse d’imposer Israël dans une ligue presque arabe, baptisée Union pour la Méditerranée, afin de ménager les susceptibilités irréductibles des masses arabes, venir dans ces conditions porter l’estocade à une unité arabe, même factice, n’est pas innocent. Nul besoin d’être un fin limier pour subodorer les courants non représentatifs du peuple égyptien et autres forces occultes qui contrôlent les rouages du régime.

    Je n’ai aucun élément tangible sur la nature communautaire de ces instigateurs pour incriminer quiconque. Je n’insinue donc pas que ces acteurs de l’ombre se recrutent dans la nébuleuse copte, je constate seulement qu’au moindre incident de l’Egypte avec un pays musulman voisin ou pas, une pléthore de pompiers pyromanes se bousculent sur les médias égyptiens pour attiser l’incendie. Les secousses sismiques pour déstabiliser toute velléité de construction d’une unité arabe un tant soit peu crédible ont systématiquement leurs épicentres au Caire. Ce travail de sape sournois est d’une redoutable efficacité. A l’occasion d’un simple match, ils se précipitent pour aggraver la discorde entre deux pays appartenant à deux entités différentes du monde arabe, le Maghreb et le Machrek. La réaction intempestive pour instrumentaliser le désamour patent depuis des lustres entre deux peuples aux mentalités différentes est étrange.

    L’idée que la crise égypto-algérienne n’est qu’un contre-feu pour circonscrire la détresse de la rue égyptienne n’est valable que partiellement, elle ne dispense pas de rechercher à qui profite in fine le crime. Les hypothétiques objectifs inavouables poursuivis par l’Egypte pour obtempérer aux désirs d’Israël donnent à l’action du régime Moubarak une cohérence sur les plans interne et externe. Je crois qu’entre ces deux pays, il existe de fructueuses interactions faites de non-dits. Le machiavélisme à l’égyptienne s’élabore et se met en œuvre de manière plus sophistiquée qu’il n’y paraît. L’Egypte travaille donc à faire proscrire aux Arabes leurs rêves les plus fous, les seuls qu’il serait sage de préserver ! Après Dieu, c’est notre seul lien avec un avenir heureux et prospère. L’idée d’un monde arabe uni paraît si incongrue eu égard à son état de délabrement politique actuel et le rêve qui s’y rattache est si utopique que cela le rend probable, donc possible dans un monde où les intérêts de diverses communautés se fédèrent partout, chaque jour davantage. Pour le moment, le ciel arabe doit être constamment maintenu chargé de cumulo-nimbus les plus menaçants pour être toujours prompt aux orages. (A suivre)

    Par Dr Mokhbi Abdelouahab

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