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On ne badine pas avec l’honneur
Engagement
Dans un grand immeuble de 17 étages, habité depuis des années par des travailleurs qui bouclent difficilement leur fin de mois, les locataires se sont cotisés pour acheter un immense drapeau de 50 m de hauteur pour la somme de 25 000 DA.
Croire, à partir des difficultés qu’ils rencontrent dans la vie, que les Algériens n’aiment pas leur pays est une erreur que l’on commet souvent, un leurre qui a pris, il y a quelques semaines, tout le monde à contre-pied, de court.
C’est mal connaître ce peuple.
C’est mal connaître les Algériens.
C’est mal nous connaître. La réaction du peuple algérien suite à la rencontre Algérie-Egypte au Caire et l’incroyable hogra dont ont été victimes aussi bien les joueurs de l’Equipe nationale que leurs supporters a révélé au monde de quel bois se chauffaient les enfants de ce pays et de quelle pâte, ils sont pétris. Du sommet à la base. Du Chef de l’Etat au chômeur le plus anonyme.
Pour l’honneur du drapeau, on ne calcule pas, pour l’honneur du pays, on ne compte pas, pour l’honneur de la nation on ne transige pas, on ne tergiverse pas.
Si un petit hittiste a vendu à Mers el-Kebir son portable pour aller au Caire — et c’est sa propre mère qui le raconte — et même le pantalon qu’il portait, un magnifique jean, et s’est dévêtu publiquement, le peuple algérien n’était pas près de baisser le froc devant l’équipe nationale des Pharaons. Il l’a prouvé une semaine durant, partout à travers le territoire national et les quelques images éparses et sélectionnées qu’a diffusées la télévision, étaient loin de rendre compte de l’état d’esprit des Algériens et surtout de leur «nif»
Sans que personne leur dise ou leur conseille, des milliers d’automobilistes ont spontanément collé sur leurs capots la fameuse photo ensanglantée du joueur blessé par une pierre lancée par des Cairotes dont il était l’invité.
Cette photo de journal qui a fait le tour du pays a été perçue par un peuple traumatisé comme une hogra, une lâcheté à l’endroit d’un joueur sans défense et d’une équipe sans protection comme une perfidie qui ne pouvait venir que de gens perfides.
Encore une fois, on ne plaisante pas avec l’honneur du pays. Et s’il fallait une preuve, une toute petite preuve, elle vient de la classe la plus modeste, la plus pauvre, qui vit au jour le jour.
Dans un grand immeuble de 17 étages à Oran, habité depuis des années par des travailleurs qui bouclent difficilement leur fin de mois, les locataires se sont cotisés pour acheter un immense drapeau de 50 m de hauteur pour la somme de 25 000 DA et qu’ils ont tout de suite étendu le long de la façade d’entrée…
… alors qu’en période normale, le comité ne pouvait même pas réunir 3 000 DA pour colmater une fuite d’eau.
I. Z.
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1 décembre 2009
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