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La guerre sans nom

7 novembre 2009

Colonisation

La Guerre sans Nom


La guerre d’Algérie se déroule de 1954 à 1962.
Elle oppose, d’un coté, l’armée française, faisant cohabiter commandos de troupes d’élites (parachutistes, légionnaires), forces de maintien de l’ordre (gardes mobiles, CRS), appelés du contingent et supplétifs indigènes (harkis, moghaznis) et du coté algérien, le FLN (Front de Libération Nationale) et plus précisément son armée, l’ALN (Armée de Libération Nationale).

Elle se double d’une guerre civile et idéologique au sein des deux communautés, donnant lieu à des vagues successives d’attentats, assassinats et massacres sur les deux rives de la Méditerranée. Pour l’Algérie, elle se traduit par une lutte de pouvoir qui voit apparaître la victoire du FLN sur les partis algériens rivaux, notamment le MNA (Mouvement National Algérien) et par une campagne de répression contre les harkis soutenant la situation du rattachement de l’Algérie à la République française. Par ailleurs, elle suscite côté français l’affrontement entre une minorité active hostile à sa poursuite (mouvement pacifiste), une seconde favorable à la révolution (les « porteurs de valises »), et une troisième ralliée au slogan de l’« Algérie française » (Front Algérie Française, Jeune Nation, OAS).
Cette guerre s’achève à la fois sur la proclamation de l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962 lors d’une allocution télévisée du général de Gaulle, sur la naissance de la République algérienne le 25 septembre et sur le départ du million de Français vivant en Algérie.

La guerre d’Algérie est restée un traumatisme moral et psychologique durable pour les deux pays. Elle est tristement célèbre pour les multiples pratiques de violence, de tortures, entretenues de part et d’autre, et longtemps niées des mémoires officielles.

 

Photos representatives de la torture

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Dés le début de la guerre, de nombreux articles, et de nombreux livres sont publiés dans les journaux et les maisons d’éditions pour faire part de la torture présente.
L’Etat va alors prendre des mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales.


Le livre interdit

Le 12 février 1958, le livre « la Question » d’Henry Alleg est publié aux éditions de Minuit. Toutes les méthodes de torture (gégène, eau, paillasse barbelée, sérum de vérité, arrachage d’ongles, brutalité, privation de sommeil, poivre dans le vagin etc…) y sont détaillées. Il se vend a 60.000 exemplaires en quelques semaines. Ce sera le premier ouvrage saisi par le gouvernement, le 27 mars 1958, ouvertement censuré sous prétexte d’« atteinte au moral de l’armée ».


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A partir de ce moment et jusqu’à la fin de la guerre, de nombreux ouvrages seront interdits, notamment ceux qui évoquaient les actes de torture. La censure touche essentiellement deux maisons d’édition, F. Maspéro et les éditions de Minuit. Elles sont toutes deux très impliquées à la cause de l’indépendance algérienne, considérant que la France mène en Algérie une guerre injuste et immorale.


Liste de livres censurés :

-Henry Alleg, « La Question », Paris, éd. De Minuit, 1958, 112 p.
-Bachir Boumaza, Mustapha Francis, Benaïssa Souarni, Abdel Kader Benhadj, « La Gangrène », Paris, éd. de Minuit, 1959, 101 p.
-Frantz Fanon, « L’An V de la révolution algérienne », Paris, Maspéro, 1959, 183 p.
-Robert Davezies, « Le Front », Paris, éd. de Minuit, 1959, 233 p.
-Noël Favrelière, « Le Désert à l’aube », Paris, éd. de Minuit, 1960, 227 p.
-Francis Jeanson, « Notre guerre », Paris, Maspéro, 1960, 120 p.
-Maurienne, « Le Déserteur », Paris, éd. de Minuit, 1960, 128 p.
-Comité Maurice Audin, « Sans commentaires », Paris, éd. de Minuit, 110 p.
-Mohamed Bedjaoui, « La Révolution algérienne et le droit », éd. de l’Ass. Int. des juristes démocrates, 1961, 264 p.
-A. Ben Abdallah, M. Oussedik, J. Vergès, « Nuremberg pour l’Algérie », Paris, Maspéro, 1961, 1 & 2, 32 et 31 p.
-Jacques Charby, « L’Algérie en prison », Paris, éd. de Minuit, 1961, 106 p.
-Zohra Drif, « La Mort de mes frères », Paris, Maspéro, 1961, 19 p.
-Frantz Fanon, « Les Damnés de la terre », Paris, Maspéro, 1961, 244 p.
-Pierre Leuliette, « St Michel et le dragon », Paris, éd. de Minuit, 1961, 358 p.
-André Mandouze, « La Révolution algérienne par les textes », Paris, Maspéro, 1961, 275 p.
-Robert Bonnaud, « Itinéraire », Paris, éd. de Minuit, 1961, 155 p.
-Paulette Peju, « Ratonnades à Paris », Paris, Maspéro, 1961, 75 p.
-Paulette Peju, « Les Harkis à Paris », Paris, Maspério, 1961, 120 p.
-Benoît Rey, « Les Egorgeurs », Paris, éd. de Minuit, 1961, 97 p.
-A. Benabdallah, M. Courrège, M. Oussedik, J. Vergès, M. Zavrian, « Défense politique », Paris, éd. Maspéro, 1961, 114 p.
-Hocine Bouhazer, « Des Voix dans la Casbah », Paris, Théâtre Maspéro, 1962, 129 p.
-Chambart de Lauwe, « L’Evolution de la situation en Algérie », 1962.
-Maurice Maschino, « L’Engagement », Paris, Maspéro, 1962, 136 p.
-Ouvrage collectif, « Le droit à l’insoumission », Paris, Maspéro, 1962, 240 p.
-Maurice Maschino, « Le Refus », Paris, Maspéro, 1960, 208 p.


Durant ce temps, près de 250 ouvrages ont étés publiés, touchant directement à cette guerre.
Entre 1958 et 1962, près de 14% de la production d’ouvrages consacrés à la guerre d’Algérie se retrouvent censurés.


Plus la censure sévit, plus elle se fait contourner. La circulation des ouvrages interdits s’opère pas des chemins détournés, hors des circuits officiels de la distribution. Le Centre d’informations et de coordinations pour la défense des libertés et de la paix, lancée en octobre 1957 par R. Barrat et M. Pagat, publie dans son mensuel, « Témoignages et documents », des pages entières d’ouvrages saisis dont « La Question » « La Gangrène » et « Notre Guerre ». A partir de 1960, « Vérité-Liberté » va publier également les textes de livres interdis.


Les révélations sur la torture en Algérie était également dénoncée dans la presse, d’abord dans l’Humanité (qui dans la période fut saisi 27 fois et censuré à 150 reprises), puis dans l’Express, France-Observateur, le Monde, Témoignage chrétien, Le Canard enchaîné (saisi sept fois entre juillet et septembre 1958) et dans la revue de Jean-Paul Sartre, les Temps modernes, au prix d’une répression judiciaire permanente. D’énormes pages blanches remplacèrent tous les articles.

La presse métropolitaine, bien que déjà censurée, était soumise à un examen de passage des plus difficiles.

Tous ces journaux ont tenté de braver propagande et censure.
Ne parvenaient en Algérie que les textes de stricte obédience Gaulliste. Certains jours on ne distribua dans les kiosques algérois que Paris-Jour et La Nation.


Exemple de journaux censurés:

2 mai 1957, France-Observateur.
Dans ce numéro, un article au titre éloquent, « Les jeunes soldats devant la torture » se transforme en page presque blanche.

 Avant censure

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Aprés censure

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7 Mars 1961. Un an avant la fin de la guerre, les saisies de journaux se poursuivent. Cette fois, la censure frappe l’Humanité.

Avant censure

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 Aprés censure

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La censure s’est aussi effectuée sur des films évoquant la guerre d’Algérie, celle-ci étant la dernière grande époque de censure massive du cinéma français.


Listes de films censurés:

-58 2/B de Guy Chalon, 1959 sur le retour d’un rappelé court métrage censuré.
-Secteur postal 89.098 de Philippe Durand, 1959 court métrage censuré. Vision de la séparation d’un couple durant la guerre d’Algérie.
-Le petit soldat de Jean-Louis Godard, 1959. Film hostile au FLN qui montre les services secrets des deux bords pro et anti -FLN. Film censuré.
-Les honneurs de la guerre de Jean Dewever, 1960. Film sur la seconde guerre mondiale qui soutient le pacifisme. Censuré.
-Le retour de Daniel Goldenberg de 1959. Censuré.
-Les lâches vivent d’espoir de Claude Bernard Aubert, 1961. Une scène du film est censurée.
-Octobre à Paris d’Armand Panijel, 1962 sur les manifestations des algériens en France en octobre 1961. Censuré.
-Tu ne tueras point de Claude Autant-Lara, 1961. Interdit en France.
-Le combat dans l’île d’Alain Cavalier, 1961 dénonce les pratiques de l’OAS. Censuré.
-La belle vie de Robert Enrico, 1963 dénonce les parachutistes lors d’une scène d’un passage à tabac à Marseille. Censuré.
-La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, 1966 montre la vision de la guerre par les algériens. Lion d’or et prix de la critique internationale au festival de Venise en 1966. Sorti en France en1970.
-Madame Jeanne de Jacques- André Bizet, 1966. La vie de Jeanne d’Arc qui laisse apparaître une scène de torture sur une femme algérienne par un parachutiste français. Film interdit.
-Elise ou la vraie vie de Michel Drachen, 1970 évoque un amour impossible entre une française et un ouvrier algérien. Interdit pour un an.
-Une nation, l’Algérie de René Vautier , 1955. L’une des deux copies est détruite, la deuxième a disparu. Après la révolution du 1er novembre 1954, le film relate en images la véritable histoire de la conquête de l’Algérie. René Vautier est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat pour une phrase du film : « L’Algérie sera de toute façon indépendante ».
-Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier, 1972.
-L’Algérie en flammes, de René Vautier , 1958.
-Adieu Philippines de Jacques Rozier, 1963
-J’ai 8 ans de Yann Le Masson et René Vautier,1960. Film qui montre les dessins des enfants qui ont vécu la guerre et qui sont réfugiés dans les camps en Tunisie. Censuré.

 

Affiches de films censurés:

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Toute guerre suscite des limitations importantes de la liberté de presse, d’édition.
La censure, institué de façon quasi-automatique, était omniprésente durant les huit années de 1954 à 1962 que dure la guerre.
Il n’y eut plus d’autre information que celle de la r
ue.



À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “La guerre sans nom”

  1. BIETH Dit :

    Madame, monsieur,

    J’ai cherché à aller sur les liens indiqués dans le texte La guerre sans nom. Sans succès… Existe-t-il un autre moyen pour accéder à ces liens?
    Merci de me dire.
    cordialement,

    J-S Bieth

  2. abdelkader wahrani Dit :

    le 1er novembre 1954 est l´acte de naissance politique de la guerre de libération nationale, mais auparavant il n´y avait pas de calme sur la seule année qui précéde, on dénombre. 56 attentats, dans en plein jour rue d´Isly a Alger ! mais on ne voulait rien voir. les journaux fascistes d´Alger et de Paris publiaient ces nouvelles dans la rubrique des faits divers ! Ici, un train avait déraillé, la un réglement de compte avait eu lieu dans une ville d´Algerie. il y avait un déni et un aveuglement criminel extraordinaire. guerre son nom?.

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