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La muflerie Poutakhine

29 octobre 2009

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La muflerie Poutakhine

C’est encore sur l’humeur exécrable de Madame la ministre de la Culture, contrariée pour la troisième année consécutive par la sortie d’un livre désagréable, que s’est ouvert le Salon du livre d’Alger et j’en viendrais presque à jubiler d’être enfin innocent de cette goujaterie, moi qui ai eu l’indélicatesse de gâcher la fête de la ministre à deux reprises par deux ouvrages discourtois, j’en viendrais presque à jubiler de mon innocence si l’auteur de la muflerie 2009, la muflerie Poutakhine, n’était un confrère de longue date, doublé d’un gentlemen qu’on ne saurait suspecter d’incorrection envers une dame. Je mesure son émoi. Rien n’est plus violent pour un galant homme que de se surprendre dans la peau d’un butor.

On ne s’en remet qu’avec peine. Rien n’est plus blessant, de surcroît, que les propos acerbes d’une femme bafouée. « Cette chose qui s’appelle livre » est allée jusqu’à dire Mme Toumi, avec l’assurance d’une chevronnée en littérature apte à consacrer le chef-d’œuvre comme à vilipender le torchon. Puis, ce fut l’inévitable fadaise. « Nos révisionnistes ne peuvent pas accéder au Salon du livre », comparant l’auteur de Poutakhine au philosophe français Roger Garaudy, insinuant par là que, dans notre beau pays, le genre humain s’est amélioré et qu’il n’y a plus de rebelles, plus d’esprits chagrins, plus de contestataires, seulement des courtisans… C’est là que réside le plus affligeant pour un homme distingué : forcer une dame irritée à la bêtise. Il y avait, une fois de plus, comme une pulsion suicidaire qui poussait Mme Toumi à se couvrir de ridicule et à livrer sa postérité à la redoutable société cancanière d’Alger, quant aux « qu’est-ce qu’elle fut belle ! », s’ajouteront les « qu’est-ce qu’elle fut sotte aussi ! » pour évoquer une ministre de la Culture qui fit métier de s’indigner de tout.

Car enfin, l’exemple de Garaudy étant bien celui à ne pas prendre, il nous rappelle que son livre fut interdit selon des voies démocratiques, par le juge de la 17e chambre correctionnelle de Paris, alors que Poutakhine, comme bien d’autres livres interdits sous l’ère Bouteflika, l’a été selon les méthodes abjectes d’une République bananière : par une escouade de policiers. C’est toute notre misère. Les voies de fait. Mme Toumi semble éprouver un sordide bonheur à être en dehors du temps. Qui lui dira que dans les us d’un Etat moderne, c’est la justice et non le gouvernement qui décide du caractère outrancier d’un livre. Quel livre, en dehors de ceux des prévôts, ne serait frappé d’indignité s’il ne dépendait que de l’humeur des dirigeants ? Qui juge quoi ? Qui, en dehors d’un magistrat, a prérogative de conclure à « l’atteinte à l’unité nationale, à l’intégrité territoriale et à la sécurité nationale ; l’atteinte à la morale et aux bonnes mœurs ; la falsification du Saint Coran et l’offense à Dieu et aux Prophètes » ?

Ministre sous Naegellen, Mme Toumi aurait interdit Nedjma ; sous de Gaulle elle aurait interdit Sartre ! En vérité, Mme Toumi s’adonne, avec peu de talent, au complexe exercice de théoriser l’arbitraire. Elle enrobe de mots et de mimiques un ordre venu du président Bouteflika en personne. La tâche est ardue. Historiquement ingrate. Ce fut la tâche de tous les chambellans qui, de leur vivant, ont fait le lit des dictatures et qui, binocle sur le front, en singes savants, escomptaient duper le monde au moyen de futiles minauderies pour toujours finir par nous jeter en enfer. Que dire à l’auteur de Poutakhine sinon qu’il doit y avoir un Dieu pour les écrivains persécutés, sans quoi, les bibliothèques ne seraient pas pleines de livres interdits et le monde se serait rappelé du nom des chambellans plutôt que de celui des plumes pestiférées.


El watan du 29 octobre 2009
Par Mohamed Benchicou

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “La muflerie Poutakhine”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Pourquoi je boycotte le Sila
    Par Mustapha Benfodil, Auteur
    mustapha_benfodil2.gif
    Le Salon internationale du Livre d’Alger (Sila) marque sa 14ème édition. Et pour la 14ème fois, les mêmes travers reviennent, les mêmes foucades et les mêmes oukases. Ce Sila, faut-il le noter, intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par un retour féroce de la censure, et une emprise inquiétante des services de sécurité sur les œuvres de l’esprit. En témoigne ce qui vient de se passer avec la campagne de harcèlement que subit l’écrivain Mehdi El Djazaïri, dont le roman « Poutakhine » est saisi avec brutalité.

    Je déplore également les pressions et les humiliations policières infligées aux libraires qui « osent » diffuser ce roman et autres textes « polémiques » frappés d’imprimatur. Le spectre de la censure plane donc sur le Sila avant même son inauguration officielle. Une nouvelle fois, l’Algérie du DRS et de la « bouteflicaille » vient nous rappeler qu’un roman peut être plus dangereux qu’un émir repenti ou même en cavale, et que l’imagination est fortement préjudiciable à la santé mentale du régime.

    Nous ne nous faisons guère d’illusions quant à la velléité de quelque réaction solidaire à l’égard des écrivains et des éditeurs proscrits, de la part de l’instance exécutive du Salon. Après treize éditions soigneusement encadrées, formatées, normalisées, il serait naïf d’attendre un meilleur emballage politico-éditorial de cette 14ème fournée. La censure va encore sévir dans l’indifférence générale comme elle le fut les saisons précédentes. Qu’on se souvienne du sort qui fut réservé à Mohamed Benchicou pour ses livres « Les gêoles d’Alger » et « Journal d’un homme libre ». Qu’on se remémore la campagne hostile déclenchée contre le roman de Boualem Sansal, « Le Village de l’Allemand », ou encore l’interdiction qui frappa « Tuez-les tous » de Salim Bachi et « O Maria » de Anouar Benmalek, pour ne citer que ces auteurs. Nous-mêmes, nous avons connu un véritable embargo éditorial pour notre livre : « Dilem Président. Biographie d’un émeutier ». Et voici venu le tour de « Poutakhine » de subir le fait du prince pour son contenu jugé outrancier par le « Comité de lecture » du ministère de l’Intérieur.

    Censé être une fête de la Parole, le Sila – qui se pare cette année du slogan (pompeux) « Le Roi Livre » –, se décline comme un cirque de papier. Le roi livre reste le valet du roi. Un objet suspect. Le Salon, d’aucuns le rêvaient comme un forum ouvert sur tous les récits. Mais voilà qu’il s’enferme dans une forme obscure de pensée unique et un format de plus en plus fliqué, étriqué, jusqu’à devenir éditorialement inintéressant et moralement encombrant. Le drame est que la profession, les écrivains, la société, le vivent comme une fatalité, essentiellement pour des motifs commerciaux.

    Sur le plan de l’animation, il est regrettable de constater la marginalisation systématique des jeunes, le peu d’intérêt accordé aux nouvelles voix émergentes, aux textes pas très « bankables ». Et la discrétion programmée dans laquelle se trouve confinée la production littéraire et intellectuelle de fabrication algérienne sous tous ses supports de diffusion (y compris le Net et les réseaux sociaux). Au lieu de traiter cet élan créatif par le mépris, le Sila aurait pu être justement l’occasion de faire le point sur ce qui s’écrit aujourd’hui en Algérie, en questionnant cette moisson dans un échange vif et festif avec le public plutôt que de reléguer cet échange exclusivement dans le rayon peu glorieux des « ventes-dédicaces ».

    Autant de frilosités qui accentuent l’image d’un salon pour salonards.

    C’est un fait : le Sila manque cruellement d’insolence. De fraîcheur. D’imagination. Toujours les mêmes thèmes et les mêmes têtes. En se gardant scrupuleusement d’inviter les voix discordantes qui pourraient faire mouche. Qui pourraient faire mal. Veiller à ne pas dépasser les lignes rouges. Ne pas dire n’importe quoi. Ne pas tendre le micro aux mots qui fâchent. Fatalement, c’est devenu un méga rendez-vous marchand que se disputent les lobbies de l’importation, les cartels du parascolaire, et les rentiers du papyrus.

    Avez-vous jamais vu le Sila « ouvrir sa gueule » lors des événements de Kabylie ? Ou quand les libertés et les droits humains sont bafoués, les livres pilonnés, les Algériens molestés ? Quel sens revêt une tribune comme celle-ci quand ça ferme les yeux sur ce qui vient de se passer à Diar Echems ? Quand des dizaines de harragas sont jetés en prison simplement pour avoir risqué une évasion toute légitime de la « Prison Algérie » ? Si le Sila se passe sur Mars, qu’on nous le dise. Si c’est bien le Salon international du livre « d’ALGER », alors, qu’il assume ce qu’il y a autour : Diar Echems, Diar El Mahçoul, Diar El Kef…

    Pour toutes ces raisons, j’estime qu’il est temps d’en découdre une bonne fois pour toutes avec un événement qui donne une image si terne et si « langue de bois » de la littérature, et qui se trompe si lourdement sur la place du livre et des écrivains dans la société.

    Forcément, une idée pour un salon « off » chemine. Ce serait le salon des « refusés ». Le salon des « censurés » et des « sans-voix-au-chapiteau ». Nous le rêvons plus audacieux. Plus joyeux, plus ouvert, plus impliqué sur le front des libertés. En tout cas nettement plus fou, décoincé, moins guindé, moins langue de bois…

    Et, surtout : éditorialement souverain !

    En attendant, je lance un appel pour marquer notre solidarité avec les écrivains, éditeurs, libraires, et autres gens du livre qui subissent dans leur chair toutes les formes de persécution. Et pour dire notre inquiétude face à cet « horizon funèbre » que nous dessinent les administrateurs de nos esprits. Qu’on envahisse en force les travées du Sila pour exprimer notre indignation en lisant bruyamment tous les livres maudits, de « Bouteflika une imposture algérienne » à « Soufisme, l’héritage commun ». La voix insoumise de Kateb Yacine nous accompagnera dignement dans cette mutinerie pour dire basta à un salon ballotté entre le silence et le profit.
    27/10/2009 | 12:27 | réactions 92

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Mon bébé, Justin, me manque beaucoup

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Il est considéré comme un pamphlet anti- Bouteflika : « Poutakhine », un roman qui suscite la polémique en Algérie
    Par Merouane Mokdad

    Un roman de Mehdi El Djazaïri au titre curieux de « Poutakhine, Journal presque intime d’un naufragé », sorti dans les librairies à la mi-octobre, suscite une vive polémique à Alger. Publié à compte d’auteur, il est considéré comme un pamphlet anti-Bouteflika. Lundi, le quotidien arabophone En-Nahar a reproché à Khalida Toumi, ministre de la Culture, d’avoir autorisé la publication d’un livre qui « insulte » le président de la République.

    Dans « Poutakhine », Mehdi El Djazaïri raconte l’histoire des harraga, ces jeunes qui quittent le pays sans papiers à travers la mer pour émigrer en Europe. « C’est cette Algérie hideuse et humiliante que je montre dans toutes ses forfaitures et ses trahisons contemporaines. J’y interroge pour l’avoir fait en réel, en dehors de la fiction, ces jeunes desperados qui se jettent à la mer, presque sûrs de mourir, mais se jetant quand même pour un tout petit bout d’espoir d’arriver… », écrit l’auteur dans son livre.

    Vendredi 23 octobre, la police a perquisitionné le domicile de l’écrivain à Alger. “Les policiers avaient pour ordre de saisir mon roman. Ils ont fouillé partout. Ils ont défait mon lit, cherché dans le jardin, même les toilettes et la salle de bains ont été passées au crible. Ils ont embarqué mon fils au commissariat central. Ils ne l’ont relâché que vers 23h. Pourtant, il n’a rien à voir dans cette affaire.», a expliqué Mehdi El Djazaïri à El Watan.

    Pourtant, il n’existe aucune décision de justice interdisant la vente du livre. Le roman a obtenu le numéro ISBN 978-9947-0-2601-4. Il est conforme à la procédure du dépôt légal. Mais les policiers ont débarqué chez l’imprimeur pour saisir les exemplaires encore sous presse. Plus de 5000 exemplaires ont été déjà tirés. “Pourquoi serais-je devenu un ennemi public alors que ce que je raconte est régulièrement rapporté par la presse?”, s’est interrogé Mehdi El Djazaïri qui se trouve actuellement en France où il vient de trouver un éditeur pour publier son livre en Europe.

    Aucun éditeur algérien n’a accepté de publier ce roman. L’auteur a acheté un stand au quatorzième salon international du livre d’Alger (SILA) qui s’ouvre demain à l’esplanade du 5 juillet. Mais, rien n’est sûr quant à la vente du livre sur place. Smail Ameziane, commissaire du SILA, a voulu rassurer en disant qu’aucune censure ne touchera un ouvrage algérien.
    26/10/2009 | 09:20 | réactions 30

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