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 »…Quand les intellectuels crèvent la dalle, les beggaras tiennent le haut du pavé »

22 octobre 2009

Non classé

Hamid Grine »…Quand les intellectuels crèvent la dalle, les beggaras tiennent le haut du pavé »''…Quand les intellectuels crèvent la dalle, les beggaras tiennent le haut du pavé'' 2252_77588

Hamid
Grine, en vieux briscard du métier, aborde dans son nouveau roman Il ne
fera pas long feu, édité chez les éditions Alpha, l’univers de la
presse. Une panoplie de personnages : Hassoud (personnage central du
roman), Mehrez (reporter), Chawki, Zerbit (chef du gouvernement),
Lakhdar( Red chef), Linda,….et Si Messaoud, crées de toutes pièces et
frisant le monde du réel pour tisser en filigrane l’histoire racontée.  Hassoud,
directeur d’un journal « Espoir », est un être pervers, hideux, vil, qui
harcèle les femmes et fait du chantage à ses journalistes (qui lui
écrivent des articles et dossiers de complaisance),

aux entreprises
(qui lui offrent de d’argent de peur d’un scandale médiatique), qui
cumule les 4X4 et rêve  de fructifier son capital
et construire une villa dans des quartiers huppés et chics. Ce dernier
se croyant être une personnalité importante se voit réduit à moins que
rien par un chef d’entreprise qui lui tend un piège. En contre partie
d’une somme d’argent colossale, il fomente un dossier contre le chef du
gouvernement en titrant en première page : « Il ne fera pas long feu »,
ce qui le fera descendre en flamme, puisqu’il sera menotté comme un
vulgaire malfrat et incarcéré. Le roman Il ne fera pas long feu suscite
la curiosité, invite à la réflexion… « Il est bien parti pour faire long
feu », dira notre collègue. Une œuvre à méditer, après lecture bien sûr.
A propos du personnage Hassoud, corrompu et corrupteur, un véritable
« schizophrène » qui a perdu le sens du contact avec la réalité, Hamid
Grine dira : « Il est évident que je ne vise personne. C’est une
histoire inventée de toutes pièces, ce n’est pas le portrait d’un
directeur de journal que je connais et ce n’est pas un écrit ou un
essai sur la presse algérienne ».  Hamid Grine,
romancier au talent avéré, incontesté, vu sa prolixité et son
exploration du rapport humain, a répondu avec amabilité et sincérité à
nos questions dans l’entretien qui suit…

Dépêche de Kabylie : Qu’est ce qui vous a inspiré le personnage central du Roman?

Hamid Grine : tout simplement le milieu de la presse ici et dans certains pays arabes.

Déjà
au 19e siècle, Balzac (Illusions perdues et Splendeurs et misères des
courtisanes) ainsi que Maupassant avec Bel ami ont ausculté le monde de
la presse. Ils ont décrit une faune où tous les coups bas sont permis.
Pour « il ne fera pas long feu », je décris donc un milieu que je connais
bien pour l’avoir longtemps fréquenté ici et à l’étranger. Même si
Hassoud est inventé de toutes pièces, on trouve son spécimen dans la
société algérienne. Des beggaras, il y’en a beaucoup. Pour faire court,
je dirais que hassoud est un personnage de composition inspiré par
notre société.

 

Les personnages du roman sont à profil duel et contrasté…un choix minutieux et délibéré ?

Oui.
Comme des personnages réels. On n’est jamais tout à fait noir ou tout à
fait blanc, nous sommes tous gris, paradoxaux, gentils ici et méchants
là. Tout dépend des situations auxquelles on est confronté. On peut
être 10/10 le matin et dix minutes plus tard à cause d’une agression ou
d’un autre élément provocateur retombé à 0/10. Deux hommes différents
en dix minutes. Et peut être même 4 ou 5 hommes dans la journée. Je
pense qu’il faudrait prendre chaque être humain dans sa vérité du
moment. Mes personnages sont ainsi. Comme vous et moi.

 

La
projection du roman dans l’espace temporel, d’une Algérie récente,- le
profil du personnage central, Hassoud, (Généreux, froid, apeuré,
pervers, brutal, sans moralité aucune, corrompu et corrupteur) issu
d’une mère castratrice et d’un père fruste et analphabète- est sujet à
commentaires et interrogations, voire réflexions… Etes-vous d’accord ?

Parfaitement.
Hassoud est un personnage emblématique d’une certaine minorité
pervertie de la société algérienne. A ce titre, il est matière à
interrogation. Hassoud n’est pas né du néant. On le croise chaque jour.
Il ronge notre société car c’est un anti-modèle qui est devenu pour
beaucoup une sorte de modèle. Quand les intellectuels crèvent la dalle,
normal que les beggaras tiennent le haut du pavé.

 

Il
ne fera pas long feu, est une véritable dissection d’une société rongée
par la corruption, l’appât du gain facile, le contraste et la
contradiction. Vous qui n’êtes pas sans savoir les dessous du monde de
la plume. Est-ce une manière de pointer du doigt ces fléaux de la
société qui la gangrènent et la font trébucher ?

Vous
avez tout à fait raison. Ce roman est une dénonciation de l’arrivisme
et de l’argent facile c’est aussi un coup de gueule : qu’avons nous
fait de nos valeurs?

Qu’avons nous fait du mérite, de la matière grise et du travail?

Nos
repères ne sont plus les hommes de culture. Mais les hommes d’argent
qui ont comme devise : « L’Algérie est une vache qu’il faut traire sans
scrupules. »

 

« Cueillir
le jour avant la nuit », un roman à connotation philosophique ; « le café
de Gide », bien après les exploits sportifs de Belloumi et de l’équipe
nationale, en passant par « chroniques d’une élection pas comme les
autres », d’où puisez-vous cette prolixité et cette subtilité à
« slalomer » entre des genres aussi variés que profonds ?

L’éclectisme
est dans ma nature. J’aime toutes les musiques, toutes les
littératures, tous les genres humains. Je suis un homme d’ouverture et
non de fermeture. J’aime voir une partie de football. Mais en même
temps, j’aime lire Sénèque. Je bois à toutes les sources. Pourvu
qu’elles soient claires. Pour répondre à votre question, je pense que
l’éclectisme est une question d’éducation. Il est consubstantiel à la
tolérance et à l’amour des autres.

 

La
pertinence de la description des personnages, de l’approche
sociologique des rapports entre employeurs, employés et le … N’est-il
pas le regard du “vieux routier” du secteur de la communication que
vous êtes ?

Absolument.
J’aime citer cette anecdote : à une jeune fille qui lui demandait :
« comment écrire et quoi écrire? », Dostoïevski répond : « Parlez de ce
que vous voyez, et entendez, n’inventez rien. Mettez tout en
perspective… » Je suis ce précepte. Il est évident que mon roman est
le fruit de mon expérience de journaliste et d’observateur de la presse.

 

Au fait, à quoi vous attendiez-vous avant sa publication ? 

Pour
être sincère, j’espère qu’il sera apprécié par les journalistes. Les
premières marques de sympathie qui me viennent de cette corporation me
confortent dans cette idée.

 

Auteur
à succès, vos romans ont connu plusieurs rééditions, n’est-il pas
légitime de présager que votre dernière cuvée…fera long feu ?

J’espère
que mon roman connaîtra le même sort que mes autres publications. Mais
mon souhait est ailleurs : qu’il n’y ait plus de Hassoud, à terme dans
la presse algérienne. Et que les Lakhdar (le brillant rédacteur en chef
de L’espoir) ne soient plus obligés de vendre leurs âmes à des Hassoud.

Propos recueillis par Ahmed Kessi

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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