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Littérature maghrébine

27 septembre 2009

LITTERATURE

proche de l’écriture de l’essai que de celle de la fiction, il a néanmoins fait paraître, en 1990, Un été à Stockholm. Enfin, plus récemment, Abdelhak Serhane (Messaouda, 1983) donnait un souffle nouveau au roman marocain. Du côté des femmes, on ne peut noter d’œuvres marquantes en langue française.

Le cas de la Tunisie est encore différent. En 1975, un Tunisien, Mustapha Tlili, fait paraître un roman, La Rage aux tripes. En 1979, le public commence à se familiariser avec l’écriture sophistiquée d’Abdelwahab Meddeb qui publie Talismano, et définit sa position comme celle de l’« entre-deux », irrécupérable tant par le « nationalisme » que par le « fondamentalisme ».

Dans la même période, des poètes – qui continuent à publier – éditent leurs premiers recueils : Hedi Bouraoui dès 1966, Salah Garmadi et Moncef Ghachem en 1970, Majid El Houssi en 1972, Sophie El Goulli en 1973, Chems Nadir (pseudonyme de M. Aziza) en 1978. Avec des écrivains plus nombreux, la littérature tunisienne se fait alors une place dans le champ maghrébin de langue française ; elle rejoint les préoccupations des autres auteurs avec une réflexion et des réalisations originales dans la recherche d’un syncrétisme ou d’un ajustement entre les deux cultures et les deux langues, sans doute parce que le bilinguisme français-arabe y est mieux vécu parce que mieux maîtrisé.

Il nous faut noter la création tout à fait originale, dans le conte et le récit filmique de Nacer Khemir (dont on connaît L’Ogresse en 1978) qui, entre rêve et histoire, et par la magie du verbe, parvient à donner existence à un pays jamais advenu. D’autres écrivains viennent encore enrichir cette littérature tunisienne, tels Tahar Bekri ou Amina Saïd, auteurs de plusieurs recueils de poèmes. Hélé Béji, déjà connue pour un essai, publie un récit autobiographique, L’Œil du jour (1985), et plus récemment un roman. Fawzi Mellah (également dramaturge, comme Hedi Bouraoui) fait paraître coup sur coup deux romans au rythme enlevé (dont Le Conclave des pleureuses, 1987). Enfin, un très beau roman, Chronique frontalière, de Emna Bel Haj Yahia (1991) évoque l’inaccomplissement des vies féminines ; d’une parole en sourdine, plus corrosive que bien des cris.

Des écrivains maghrébins d’origine juive ont choisi d’être citoyens d’un des trois pays du Maghreb après l’indépendance et, au début des années 1980, ont publié une première œuvre, suivie d’autres : le Marocain Amran El Maleh (Parcours immobile, 1980), le Tunisien Gilbert Naccache (Cristal, 1982), l’Algérienne Myriam Ben (Ainsi naquit un homme, 1982).

Quel devenir ?

Au terme de ce parcours, il apparaît que la littérature maghrébine, déjouant les sombres pronostics, a refusé de disparaître. Elle s’est entêtée à dire la réalité maghrébine, malgré des idéologies totalitaires au pouvoir qui entendaient restreindre considérablement la marge d’expression. Pour cela, elle a dû souvent s’expatrier pour se faire entendre.

Sur le plan strict des écritures, les genres codifiés ont fait place à une prose narrative ou poétique inclassable. Les réalisations vont des recherches les plus hermétiques aux récits dont la symbolique plus accessible et suggestive laisse place à la liberté du lecteur. Nombreuses sont également les écritures de l’urgence, sachant marier engagement et symbolisme : comment échapper à l’histoire dans un Maghreb en pleine mutation ?

Sur le plan des échanges entre les deux domaines linguistiques de création, la complémentarité s’est imposée davantage que la concurrence. Des metteurs en scène et des auteurs passent, sans complexe, d’une langue à l’autre. Les auteurs se traduisent mutuellement ; les recherches esthétiques convergent vers une modernité assumée.

Les femmes, minoritaires, font une percée remarquable depuis 1980 dans les deux langues. De jeunes romancières rejoignent Assia Djebar dont le parcours est exemplaire depuis le tournant décisif pris, en 1967, avec Les Alouettes naïves (récemment, elle a publié Loin de Médine, 1992). Elles s’essaient dans d’autres genres que l’autobiographie.

Des Maghrébins, exilés par choix ou enfants d’immigrés, prennent la plume et inscrivent, dans l’espace littéraire français, une parole marginale dont on ne sait pas très bien encore quel statut lui donner. C’est le cas d’Ahmed Zitouni (La Veuve et le pendu, 1993), Leïla Rezzoug, Ahmed Kalouaz, Fatiha Berezak ou Leïla Houari. C’est le cas de ces écrivains qui forment ce qu’on appelle la littérature « beur », comme Farida Belghoul, Azouz Begag, Akli Tadjer ou Mehdi Lallaoui. Les premiers puisent dans un imaginaire nourri de leurs années maghrébines, de leur langue et de leur culture, que leur nouvelle résidence ne les empêche ni de nourrir ni d’approfondir ; les seconds, par raidissement identitaire face à une différence qu’on leur renvoie comme un signe d’exclusion, ont recours à un imaginaire maghrébin en souffrance. Pourront-ils, au-delà de leurs cris ou de leurs plaidoyers, transformer leurs mots en création ? Se contenteront-ils de puiser dans la culture d’origine comme dans un exotisme nostalgique pour affirmer leur singularité ?

En ces années 1990 où tous les espoirs semblaient permis pour la constitution d’une véritable littérature capable de se nourrir du réel pour s’ouvrir à l’universel, l’histoire politique du Maghreb freine brutalement le mouvement ascendant. Rares sont les écrivains que nous avons cités qui résident en terre maghrébine. Rares sont ceux qui peuvent y créer en toute liberté et en toute sérénité. Les plus opiniâtres à rester ancrés dans leur sol sont souvent acculés à prendre à leur tour le chemin de l’exil, sous peine de disparaître.

Née de l’exil – dans une langue, dans une histoire –, la littérature maghrébine de langue française demeure, pour d’autres raisons, une littérature de l’exil et en exil. Soutenus par les maisons d’édition parisiennes les plus prestigieuses, célébrés par de multiples prix littéraires, ses écrivains restent d’« ailleurs », sans reconnaissance de « résidence ». Les institutions de leurs pays ne les intègrent pas à part entière dans les circuits de diffusion. Les institutions françaises les diffusent avec leur label d’exotisme.

Si le Maghreb, enlisé dans sa difficile naissance à la modernité, ne peut reconnaître, comme une partie de lui-même, leur différence, seront-ils condamnés à être les témoins d’une époque éphémère de l’histoire ? S’il est difficile de répondre à cette question, au moins peut-on souhaiter que ces écrivains soient assimilés à une plus vaste littérature de la Méditerranée et de l’Orient, où le Maghreb accepterait son Nord sans que l’Europe désavoue son Sud. À l’heure où les échanges interplanétaires doivent prendre toutes leurs dimensions, ils représentent une partie modeste mais tenace de la fertilité de rencontre des cultures et des langues.

 

  • Christiane CHAULET ACHOUR

  • À propos de Artisan de l'ombre

    Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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