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La Nausée  (Jean-Paul Sartre – 1938)

27 septembre 2009

1.Lu pour vous

Dans La Force de l’âge, Simone de Beauvoir, à qui est dédié le livre, écrit que Sartre   avait voulu avec La Nausée « exprimer sous forme littéraire des vérités et des sentiments métaphysiques ». Difficile projet qui aurait pu donner un roman à thèse, un plaidoyer déguisé en récit afin de faire passer des « idées » à des lecteurs peu préparés à les recevoir de façon directe. Pour trouver une forme plus acceptable et plus personnelle, Sartre a dû travailler quatre ans durant, de 1933 à 1937, à la rédaction et aux corrections de ce livre, d’abord important manuscrit intitulé Melancholia, refusé par la N.R.F. en 1936, accepté sous ce titre en 1937, avant de paraître sous celui de La Nausée en 1938 chez Gallimard.

À cette date, Sartre a découvert la phénoménologie de Husserl. Il a travaillé sur la « contingence » qui va être au centre de sa philosophie existentialiste et dont les analyses culmineront dans L’Être et le néantLa Transcendance de l’ego (1933-1934), L’Imaginaire (1934) et publié L’Imagination (1936). Outre des essais littéraires de jeunesse, c’est avec La Nausée qu’il fait véritablement son entrée dans la littérature. (1943). Il a déjà rédigé

L’ouvrage sera diversement accueilli, avant d’être traduit dans une trentaine de langues. On lui reprochera « la grossièreté de son vocabulaire », les sophistications de ses analyses philosophiques (« Sartre a fait descendre la métaphysique dans les cafés », dira un critique). On le louera, au contraire, pour avoir procédé à des analyses qui « se situent au niveau de profondeur où se joue le drame de l’existence » (Maurice Blanchot). Georges Poulet, de son côté, y voit une « parodie du Discours de la méthode ».

Un roman de la conscience

La Nausée se présente comme un roman de la contestation et de la dérision de la culture et des valeurs bourgeoises. Son « héros », Roquentin, exilé à Bouville, petite ville normande dans laquelle on peut reconnaître Le Havre (Sartre, jeune agrégé de philosophie, y avait été nommé professeur en 1931), commence à rédiger son journal où il consigne les étranges changements d’humeur dont il est la proie. Il fait l’expérience d’une conscience solitaire qui, progressivement, se dépouille de ses illusions, se défait de ses attaches au monde et touche le sol aride de l’existence pure où le temps se disloque et où les choses apparaissent dans leur inquiétante réalité brute.

« Expérience métaphysique » au cours de laquelle l’existence ramenée à elle-même, dépouillée de tous ses attributs, dégagée de tout sens, s’éprouve elle-même dans sa nullité écœurante dont rien, si ce n’est la musique ou la littérature, ne peut la délivrer. C’est tout d’abord sous forme de crises, « petites crises de folie », que la nausée se manifeste. Bien vite, pourtant, Roquentin se persuade qu’il ne s’agit pas là de quelque chose de purement pathologique, mais de manifestations beaucoup plus profondes, qui touchent aux racines mêmes de son être. Des objets, les choses les plus anodines (un galet boueux, des bretelles, une pipe, la racine d’un marronnier, etc.) apparaissent alors à ses yeux comme doués d’une vie propre, tout à la fois monstrueuse et attirante, répugnante et fascinante. Avec eux, sous les yeux effrayés du héros, c’est la contingence du monde qui se révèle : « La contingence n’est pas un faux-semblant, une apparence qu’on peut dissiper ; c’est l’absolu. [...] Quand il arrive qu’on s’en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter [...] : voilà la Nausée. »

Expérience riche d’ambiguïtés : si le regard du héros a mis entre parenthèses toutes les fonctions et jusqu’au nom même des choses qui apparaissent, ce n’est toutefois pas tant la réalité elle-même qui surgit que la conscience d’exister qui fait surface dans le malaise.

Une rédemption par l’art ?

Dans La Nausée, tout semble tourner autour d’un individu qui occupe le centre du texte. Cet individualisme forcené sera bientôt abandonné par Sartre, tant dans ses textes philosophiques (L’Être et le néant) que dans ses romans (Les Chemins de la liberté) ou ses textes autobiographiques (Les Mots). Sartre s’efforcera de montrer dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948) les limites du « réalisme subjectiviste » dont relève encore son roman.

Toutefois, il faut remarquer que l’auteur et le narrateur tendent à confondre leur identité. Bien souvent, Roquentin semble être le porte-parole de Sartre philosophe alors en pleine recherche, malgré tous les efforts stylistiques pour multiplier les effets de distinction entre le « moi » et la « conscience ». L’impasse où Roquentin semble acculé n’aboutit ni au désespoir ni au suicide, pas plus qu’à la révolte, comme chez Camus. Le « salut » parvient d’un air de jazz entendu dans un café et qui joue un rôle quasi rédempteur : « Derrière l’existant qui tombe d’un présent à l’autre, sans passé, sans avenir, derrière ces sons qui, de jour en jour, se décomposent, s’écaillent et glissent vers la mort, la mélodie reste la même, jeune et ferme. » Le monde répugnant, « gluant », « obscène » des choses (auquel même le visage d’autrui ne saurait échapper) n’a pas le dernier mot. Il appartiendra à l’œuvre future de Sartre, tant philosophique que romanesque, de chercher à ouvrir les difficiles « chemins de la liberté ».

  • Francis WYBRANDS
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    À propos de Artisan de l'ombre

    Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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