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5.Une croix d’ivoire (5e partie)

23 août 2009

Non classé

Histoires vraies
Une croix d’ivoire (5e partie)

Résumé de la 4e partie n Le musée new-yorkais veut la croix à tout prix. Le patron du musée, Rorimer, écrit une lettre à Topic pour un rendez-vous.

Une lettre part :


«Cher M. Topic, le musée serait tout à fait disposé à effectuer un examen approfondi de votre croix si vous aviez l’amabilité de nous la faire parvenir.» Signé : illisible, pour Rorimer. Hovin manque de faire une crise de foie. «C’est foutu, n’en parlons plus ! La croix ira où Dieu voudra, mais certainement pas chez nous !»
Au mois de mai, Rorimer rencontre Hovin dans un couloir : «Mon cher, je pars pour Zurich, j’ai un rendez-vous avec Topic. Margaret Freeman, notre conservateur en chef, m’accompagne.»
C’est elle qui écrira de Zurich à Hovin : «Nous sommes enthousiasmés ! Nous avons effectué un examen aux rayons ultraviolets : la croix est très bonne.»
Suivent des photos, un article écrit par Mme Topic sur la «croix du roi des confesseurs», avec toutes les inscriptions qui étaient dans le dossier perdu. Hovin se lance dans leur étude. Il n’est pas au bout de ses surprises.
Les phylactères racontent la passion du Christ, avec de nombreuses allusions à la conversion des non-croyants. Et des textes carrément antijuifs… Les citations gravées, qui renvoient à des passages du Deutéronome, confirment cette orientation contre la Synagogue. Bizarre. Il est question de fureur et de vengeance contre ceux qui ont sacrifié Jésus. La croix d’ivoire admirable, qui refuse que Jésus soit le roi des juifs, sue la haine… Hovin identifie tous les personnages, sauf le vieillard volant…
Pendant cette étude, d’autres éminents spécialistes se rendent à Zurich pour examiner la croix. Mais il faut attendre la décision de la commission, qui ne se réunira qu’au mois d’octobre. Hovin ronge son frein… Il n’est pas loin de penser que la croix est un objet maléfique. Pour convaincre la commission de l’acheter, il en fait réaliser un fac-similé en bois, à partir des photos fournies.
Enfin, le jour de la commission arrive. Hovin, remonté par un repas bien arrosé, réveille les administrateurs qui sommeillent. Il exhibe le fac-similé et annonce que le British Museum est sur le point de leur souffler l’affaire. On annonce le prix de 600 000 dollars. Rorimer finit par obtenir la majorité des voix. On prévient Topic, qui fait savoir : «Pas question de vendre la croix seule. J’ai l’intention de vous vendre d’autres objets de ma collection.»
Il reçoit une lettre glaciale de Rorimer en guise de réponse.
Bientôt, on apprend que le British Museum réunit les fonds pour l’achat de la croix. Rorimer annonce à Hovin : «Vous partez pour Zurich.»
La joie de Hovin est de courte durée : «Nous n’avons qu’un crédit de 500 000 dollars. Il va falloir marchander !»
L’avion de Hovin ne peut atterrir à Zurich et se retrouve, à cause de la neige… à Barcelone, puis à Nice. Hovin finalement arrive à Genève puis, par le train, rejoint Zurich, où une nouvelle déception l’attend. Topic annonce : «Je viens d’accorder une option au British Museum jusqu’au 10 février, dans quelques jours.» (à suivre…)

D’après Pierre Bellemare

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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8 Réponses à “5.Une croix d’ivoire (5e partie)”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un couple d’originaux (1re partie)

    Dans la constitution d’une grande collection qui deviendra l’essentiel d’un musée célèbre, on trouve souvent, au départ, un marchand. On se demande parfois quelles sont les motivations d’un collectionneur. A-t-il un instinct profondément artistique, ou suit-il aveuglément les conseils d’un marchand ? Est-il mû par des raisons purement économiques, ou par le désir de laisser une trace aux générations futures ? Sans doute un mélange de tout cela. Le cas des Cognacq-Jay, M. Cognacq et Mme Jay, les créateurs des magasins de la Samaritaine, puis de la «Samaritaine de luxe» et du musée Cognacq-Jay, «annexe» de leur établissement, est assez étrange. C’est un exemple bizarre de collectionneurs surdoués et pourtant constamment étrangers aux choses de l’art.
    Ernest Cognacq est né en 1839, près de La Rochelle. Il monte à Paris et commence à vendre de la pacotille aux passants, sur le Pont-Neuf, dans un parapluie rouge. Il est le dernier de onze enfants et son père, ruiné par un associé indélicat, s’est suicidé. Ernest essaye de se faire engager par le fondateur des magasins du Louvre qui le juge… mal habillé. Alors Ernest est contraint de mettre son parapluie en gage pour manger.
    Il repart pour son pays natal, fait le tour de la France en déballant de la marchandise aux quatre coins de l’Hexagone, si l’on peut dire.
    Avec ses trois sous d’économies, il revient à Paris, se fait engager comme vendeur, et passe de patron en patron. Puis il achète un fonds de commerce et… ferme bientôt boutique. Le revoilà sur les routes comme marchand forain. Il a du bagou. Et se retrouve… sur le Pont-Neuf, avec son parapluie rouge.
    Un beau jour, Ernest parvient à sous-louer une partie d’un café, en payant le loyer à la journée, les affaires marchent ; il loue au mois, prend un employé…
    Arrive l’année 1870.
    Ernest achète du drap de couleur garance et propose ses services, comme atelier, à un fournisseur de pantalons rouges pour l’armée. Il monte la garde le jour, coupe et coud les pantalons la nuit, gagne une jolie pelote et… manque de devenir aveugle à force de travail.
    Il a remarqué une jolie vendeuse originaire de Savoie, Louise Jay, qui, elle aussi, économisant sou par sou depuis des années, possède un capital intéressant : vingt mille francs-or. Ils se marient, et la grande aventure commence…
    Les jeunes mariés empruntent à la famille, achètent des boutiques du voisinage, et intitulent leur nouveau royaume la Samaritaine. Pendant soixante ans, ils ne songent qu’à travailler et n’ont qu’un seul dieu : le bénéfice. Et à quoi servira ce bénéfice ? A améliorer et agrandir leur enfant, la Samaritaine. C’est en créant en 1917, la Samaritaine de luxe que les deux travailleurs acharnés se mettent à collectionner. Pourquoi ? Pour se délasser… Les voilà, dans leur hôtel XVIIIe siècle de l’avenue Foch, ne recevant pratiquement personne, se livrant à de longues parties de bésigue ou de dominos, le soir venu, sous leurs Boucher ou leurs Fragonard. Le seuI but plausible de cette collection semble avoir été d’enrichir la Samaritaine de luxe d’améliorer son image. (à suivre…)

    D’après Pierre Bellemare

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un couple d’originaux (2e partie)

    Résumé de la 1re partie n Louise Jay et Ernest Cognacq, partis de rien, se retrouvent à la tête des magasins de La Samaritaine…

    Ni Ernest ni Louise ne se passionnent le moins du monde pour l’art. Ils n’achètent que des valeurs sûres, sur les conseils d’experts ayant pignon sur rue et garantissant chaque acquisition «sur facture». Ernest Cognacq commence par acheter des impressionnistes, bien qu’il ne comprenne rien à leurs audaces. Puis, un jour, il bazarde tout sauf les Degas, les Monet et les Boudin pour se consacrer uniquement au XVIIIe siècle, aidé par un marchand spécialiste : M. Jonas. En suivant ses conseils, les Cognacq-Jay accumulent dans leurs vitrines des boîtes précieuses. Ils couvrent leurs murs de tableaux, alignent les pendules en bronze doré. Tout est déposé sans aucune idée de mise en valeur, au touche-touche…
    Ils décident alors de fonder un musée. Les deux époux sont pourtant si loin de la grâce des Watteau qu’ils accumulent avec acharnement… Ernest choisit des tableaux de «petites femmes», Louise se couche dans un lit doré à baldaquin de damas bleu pâle…
    Mais les années passent et la vue d’Ernest baisse. Il ne distingue plus ses toiles les unes des autres. Alors il se contente de les caresser.
    Ernest et Louise n’ont pas d’enfant réel pour perpétuer leur œuvre. Heureusement, un neveu Cognacq semble pouvoir faire un successeur possible. Hélas ! alors qu’ils le forment dans cette perspective, le coquin épouse une employée de la Samaritaine. Il est immédiatement congédié. Un neveu Jay est alors choisi, mais il entre dans les ordres, un troisième se révèle inférieur à l’ampleur de la tâche ; un quatrième accepte d’être arraché à sa mère, pour devenir l’héritier. C’est Gabriel Cognacq. Il se met au travail comme on entre en religion. Mais lui, contrairement à Ernest et Louise, a une passion pour les arts et l’instinct du beau.
    Gabriel est formé à la dure. Il vit, jour et nuit, sous la surveillance de ses oncle et tante, tout en poursuivant des études de droit. En 1914, quand il est mobilisé, Ernest et Louise lui suppriment son salaire ! Il revient de la guerre officier et couvert de citations. Les affaires prospèrent régulièrement. En 1925, quand Ernest meurt, le chiffre d’affaires dépasse le milliard.
    Gabriel devient alors le patron de cette entreprise prestigieuse et du musée somptueux qui semblent nés du caprice de dieux pleins d’humour. Bien que marié et père de famille, il se transforme en une sorte de vestale d’une collection qui échappe au regard des étrangers. Lui aussi collectionne les gravures et les livres rares. Il est mécène, homme de goût, sensible aux problèmes des autres. Il aide le sculpteur Bourdelle, met l’écrivain André Suarès à l’abri du besoin, en le logeant. Il faut songer à la prochaine génération (à suivre…)

    D’après Pierre Bellemare

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un couple d’originaux (3e partie et fin)

    Résumé de la 2e partie n Ernest et Louise n’ont pas d’héritier. Ils forment à la dure leur neveu Gabriel Cognacq qui, plus tard, à la tête de l’empire, collectionne, lui aussi, les œuvres d’art…

    Mais le fils de Gabriel, Philippe, veut vivre libre. Il désire être aviateur. Gabriel, en apprenant cette décision, le chasse de la maison. Le «traître», le moment venu, ne sera même pas cité dans le testament de son père.
    Nous arrivons en 1936 et Gabriel, représentant d’un paternalisme familial vieux de près de soixante-dix ans, ne comprend rien au Front populaire, aux grèves, aux revendications sociales, qui lui semblent obscènes. La Samaritaine ne fait-elle pas tout ce qu’il faut pour ses employés, depuis leur embauche jusqu’à leur mort ? Gabriel s’enferme dans ses collections, qu’il décide de léguer au Louvre. Boudin, Corot, Jongkind Daumier, Degas, Courbet, Manet, Marquet, Dunoyer de Segonzac : un ensemble prestigieux.
    1938 : Gabriel Cognacq est élu membre de l’Institut. 1939 : les camions de la «Samar» évacuent les richesses vers le musée de Chantilly. Puis c’est la vraie guerre. Gabriel accepte la présidence du Conseil des musées nationaux. C’est ainsi qu’il dialogue avec le gouvernement de Vichy, entre au Comité de la Légion des volontaires français, où il côtoie les frères Lumière. Erreur d’un homme qui vit trop isolé du monde. Sa collection est désormais à l’abri, en Corrèze. Il lui faut la tenir éloignée des griffes de l’insatiable Goering, ogre universel en matière de vol d’œuvres d’art. Gabriel Cognacq y parvient, grâce à l’aide du prince von Metternich.
    Tout cela provoquera des grincements de dents au moment de la Libération et de l’épuration. Le voilà traité de collaborateur et de traître. On demande son arrestation.
    C’est un homme désabusé qui s’enferme alors dans une solitude hautaine, que seule sa réconciliation avec Philippe, son fils aviateur, vient apaiser.
    Pourtant, un dernier affront lui est fait. Le conservateur en chef du Louvre lui fait savoir, par une lettre ronéotypée du 31 août 1944, que, désormais, l’accès au Conseil des musées lui est interdit. On lui retire sa carte des Amis du Louvre. Immédiatement, il déchire son testament en faveur du musée et s’écrie : «S’ils veulent mes tableaux, ils les achèteront !» Désormais, ce sont les fondations Cognacq-Jay qui hériteront. Cependant le testament, contesté par la famille, est cassé. Les collections sont vendues. Ce sera l’occasion, en 1952, d’une des plus belles ventes du siècle. Pommes et biscuits, de Cézanne, «fait» trente-trois millions et va rejoindre la collection Walter-Guillaume. Un record qui provoque chez tous les propriétaires de Pommes cézanniennes des espoirs fous. La vente dure sept jours et rapporte 302 525 000 francs… Les musées français, faute de crédits, doivent s’abstenir.

    D’après Pierre Bellemare

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Amour conjugal (1re partie)

    Dante Gabriel Rossetti est Anglais, comme son nom ne l’indique pas. Il est le fils d’un professeur italien poète considérable – immigré à Londres où notre futur peintre et poète voit le jour en 1828. Il a la chance de naître dans une famille cultivée et attentive, ce qui est une grande chance pour ce surdoué. Dante a une sœur, Christine, qui est poète ; il a aussi un frère qui s’est lancé dans la critique d’art.
    En 1847, à dix-neuf ans, Dante publie un poème dont le titre sera désormais associé à sa gloire : La Demoiselle élue. Plus tard, sous le même titre, Dante peint aussi un tableau. Debussy vit-il la peinture ? En tout cas, d’après le poème il compose à son tour une cantate pour soli, chœur et orchestre, toujours sous le même titre.
    Rossetti se rallie assez vite au mouvement de peinture des préraphaélites, groupe d’artistes symbolistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour eux, les sommets de la peinture ont été atteints par les maîtres italiens qui ont précédé Raphaël. Ils se font les champions d’une peinture à sujets mystiques, d’une minutie extrême. Rossetti devient leur chef de file et peint L’Enfant de la Vierge. Puis, vexé par les critiques dont sa peinture fait l’objet, il cesse pratiquement d’exposer. Désormais, il se consacre surtout à l’aquarelle, et illustre les poèmes de Dante Alighieri.
    En 1850, Dante Rossetti rencontre la charmante Elizabeth Siddal, qui possède le physique diaphane et désincarné qu’il considère comme son idéal féminin. Il l’épouse dix ans plus tard. Mais Elizabeth est trop désincarnée… Au bout de trois ans de vie conjugale, elle rend son âme à Dieu.
    Rossetti, poète autant que peintre, avait écrit tout un livre de poèmes dont le thème principal était son épouse. Quand vient le jour des funérailles, Rossetti saisit le petit ouvrage manuscrit et adresse un dernier discours au cadavre : «J’ai écrit ces vers alors que tu étais plongée dans des souffrances mortelles. J’aurais dû être plutôt à ton chevet, occupé à te tenir la main essayant d’éloigner de toi les angoisses. Il est donc juste et légitime que tu emportes avec toi, en tribut ces poèmes qui m’ont éloigné de toi.» (à suivre…)

    D’après Pierre Bellemare

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Amour conjugal (2e partie et fin)

    Résumé de la 1re partie n Dante Rossetti, poète et peintre, culpabilise sur le fait qu’il écrivait un recueil de poèmes sur Elizabeth, son épouse, alors que celle-ci souffrait avant de rendre l’âme.

    Rossetti soulève alors délicatement les cheveux de la pauvre Elizabeth et glisse son petit manuscrit contre la joue de la morte. Puis on referme la bière et elle descend au tombeau.
    Mais les amis les plus proches de Rossetti, parmi lesquels William Hunt, parlent beaucoup de ces poèmes, qu’ils ont eu l’occasion d’entendre de la bouche même de l’auteur :
    «Dante, quel dommage que toutes ces belles choses soient enterrées avec la chère Elizabeth. Si elles avaient été publiées, ce serait un hommage permanent à la disparue…
    — Je vais en faire une copie de mémoire.»
    Espoir vain. Rossetti a beau essayé de fouiller dans son souvenir, trop d’années ont passé : il ne parvient pas à reconstituer tous les poèmes ensevelis. Alors, avec répugnance, il accepte ce qu’on lui demande instamment : «Bien, comme vous voudrez. Nous procéderons de nuit !»
    Sept ans après l’enterrement d’Elizabeth, à la lueur d’un feu de bois allumé dans le cimetière, on soulève la dalle, on remonte la bière, on l’ouvre. Le temps a malheureusement fait son œuvre destructrice, mais, là, sous les cheveux du squelette, on trouve le manuscrit. Dante Rossetti n’a pas eu le courage d’être présent à l’exhumation. Le spectacle de sa chère Elizabeth lui serait insoutenable. Il attend seul, non loin de là, chez des amis.
    Quand on lui remet le manuscrit, celui-ci aussi a subi les outrages du temps. Le petit volume est moisi, taché et maculé.
    Rossetti, la mort dans l’âme, doit s’attaquer à la copie de ses propres poèmes. Puis il détruit par le feu le livre repris à Elizabeth. Il lui semble impensable de déranger une fois de plus les restes de son épouse pour lui rendre le manuscrit…
    Mais Elizabeth, par-delà la mort, avait dû donner son accord car, dès sa parution, le recueil que Dante lui a consacré est un tel succès qu’il porte Rossetti au pinacle des poètes de sa génération…

    D’après Pierre Bellemare

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un peintre discret

    J’ai encore le souvenir d’une aventure qui est arrivée à l’un de mes confrères. Il reçoit la visite d’une jeune femme élégante, qui lui dit en substance : «Je suis l’amie d’un peintre et celui-ci bien que marié, désire me constituer un petit capital pour me mettre à l’abri du besoin. Il vient donc de m’offrir son fonds d’atelier.»
    Le fonds d’atelier d’un peintre, c’est l’ensemble des œuvres qu’il possède chez lui : tableaux qui n’ont pas été commercialisés, parfois inachevés, études, esquisses ou toiles abouties. Bref, ce monsieur, qui apparemment n’avait pas de problèmes d’argent, avait dit à la dame : «Prends toutes les toiles qui sont dans l’atelier, et fais une vente à ton profit.»
    Il y en avait un certain nombre, puisqu’il fallut deux journées pour tout vendre. Quand on vend un atelier d’artiste et que les toiles sont de qualité, ce qui était le cas, on fait d’abord un catalogue ; mon confrère demande à la jeune femme une notice biographique concernant l’auteur des tableaux : lieu et date de naissance, résidence, principales expositions particulières ou collectives, éventuellement les noms des musées en France et à l’étranger qui possèdent des œuvres de l’artiste. Le nom du peintre, Uberti ne lui disait absolument rien. La dame donne des détails : ce peintre réside habituellement en Espagne, il a participé à telle et telle exposition, à telle date, etc. Puis on procède à la confection du catalogue, illustré de photographies en couleurs et arrive le jour de la première vente : elle se déroule le mieux du monde, à la plus grande satisfaction de la cliente et du commissaire-priseur.
    Le problème c’est que, entre les deux ventes, une rumeur commence à enfler : on dit que le fameux Uberti est un peintre qui n’existe pas. Un commissaire-priseur et non des moindres, enfourche ce cheval de bataille et menace de saisir les instances supérieures de la profession. Du coup, mon confrère convoque la cliente et lui demande des explications détaillées sur ce mystère. Au bout d’un moment, la dame, assez gênée, craque : «En fait, Uberti n’est que le nom de peintre de mon amant. Il s’agit de M. X., qui est marié, comme je vous l’ai dit, et qui en dehors de sa passion pour la peinture, exerce la profession d’avocat.»
    Assez ennuyé, mon confrère, avant la seconde vente, fait paraître un avis disant en substance : «Suite à la première vente des toiles du peintre X, dit Uberti, nous avertissons tous les clients qui se sont portés acquéreurs d’une œuvre qu’ils peuvent s’ils le désirent et s’ils estiment qu’il y a eu une ambiguïté quant à la personnalité de l’artiste nous contacter à l’étude afin d’annuler la vente qui les concerne. Ils seront remboursés intégralement du prix qu’ils ont payé.» Initiative dangereuse, mais honnête, car la biographie d’Uberti, inventée par la dame, était complètement bidon !
    Heureusement l’honnêteté paie, car il n’a pas eu à sortir un seul centime : aucun des acheteurs des tableaux de la première vente n’a demandé le remboursement, et le résultat de la seconde vente a été très satisfaisant…

    D’après Pierre Bellemare

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un homme bien conservé (1re partie)

    Nous sommes en 1950, le 8 mai exactement, la journée touche à sa fin, et le soleil qui va se coucher éclaire de ses rayons rasants la tourbière de Bjaeldskov, au Danemark.
    Ce jour-là, les paysans du village viennent de procéder aux semailles de printemps. Mais pour eux, pas question de gaspiller la fin de la journée. C’est le bon moment pour extraire la tourbe, qui leur servira à se chauffer pendant l’hiver.
    «Peter, viens voir un peu. Il y a un cadavre !»
    Peter et les autres s’approchent : «Tu le connais ?»
    Non, personne ne le connaît. Pourtant, le visage du mort est tellement «vivant» qu’on a un peu l’impression de l’avoir vu dans les rues du village.
    «Il faut prévenir la police, à Silkeborg.»
    Quelqu’un saute sur sa bicyclette et se charge de cette mission.
    Mais les policiers qui savent des choses, s’ils arrivent aussi vite que possible, ont pris la précaution de se faire accompagner par… un représentant du musée local.
    «Un représentant du musée ? Pourquoi ?
    — Ce n’est pas la première fois que, dans le pays, on trouve des cadavres dans la tourbière. Mais, en général, ce sont des cadavres qui datent de l’Âge du fer. Si ça se trouve, votre bonhomme dort là depuis deux mille ans !»
    Dès que les policiers ont jeté un œil sur le visage de la victime, ils font prévenir le professeur Glob, qui est occupé à donner un cours sur l’Antiquité devant quelques étudiants. Il arrive sans tarder.
    L’homme, puisqu’il s’agit d’un homme, semble endormi, il repose sur le côté droit. Sa tête est orientée vers l’ouest. Il est à une cinquantaine de mètres de la terre ferme. Il faut savoir que la tourbière est constituée d’une épaisseur de plusieurs mètres de tourbe, c’est-à-dire de charbon fossile issu de la longue décomposition de végétaux. La tourbe est un combustible médiocre qui dégage beaucoup de fumée. Mais pour les habitants pauvres de ces rudes contrées, c’est un moyen de lutter contre le froid. En tout cas, ça l’était. Et de plus, il est fourni gratuitement par la nature. Une des caractéristiques de la tourbe, formée d’un milieu très aqueux et très acide à cause de la présence de végétaux est sa capacité à conserver les corps qui y sont enfouis. L’homme a donc été enseveli il y a près de deux mille ans, mais on croirait qu’il n’est là que depuis quelques jours. Les traits de son visage, sa peau, ses cils sont encore apparents. Il est coiffé d’une sorte de bonnet en peau, attaché sous le cou, un peu comme les béguins qu’on mettait autrefois aux nourrissons. C’est d’ailleurs son seul vêtement, avec une ceinture de cuir. Les cheveux, coupés court, sont cachés sous le bonnet. Sur son menton, on voit des poils de barbe. Ses sourcils aussi sont encore visibles. La peau est encore présente sur une grande partie du torse.
    Quand on dégage le corps, l’impression de sommeil paisible perçue par les premiers témoins s’efface. Autour de son cou, une corde sinistre dit assez qu’il a été soit pendu, soit étranglé. En retournant le corps, on découvre sur le visage une expression qui frappe : les rides du front et le rictus de la bouche montrent clairement que l’homme, avant de mourir, a souffert une douleur intense.
    Malgré l’heure tardive, on contacte une menuiserie toute proche et on commande une sorte de cercueil capable de contenir non seulement le cadavre, mais encore toute la couche de tourbe sur laquelle il repose. (à suivre…)

    D’après Pierre Bellemare

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Histoires vraies
    Un homme bien conservé (2e partie)

    Résumé de la 1re partie n Au Danemark, en 1950, on retrouve un cadavre présumé de l’âge de fer très bien conservé grâce à du charbon fossile qui constitue la tourbière où il était enseveli…

    Quand, le lendemain, devant les autorités accourues tant des musées nationaux que des bureaux de la police, on soulève le cercueil et son contenu, le tout pèse près d’une tonne. Il faut manœuvrer l’ensemble à la main, car le sol d’une tourbière est trop meuble et ne supporterait pas le poids d’une grue capable de soulever cette masse sur une hauteur de trois mètres, c’est-à-dire jusqu’au niveau de la charrette prévue pour le transport.
    L’étude de cette découverte démontre que l’individu a été placé dans la tourbière à une époque où les hommes du Jutland extrayaient déjà de la tourbe, dans le lit d’un ancien lac à présent entièrement recouvert de végétation. Les habitants d’autrefois, installés ici depuis dix mille ans, vivaient de chasse et de pêche. Des tumuli, au nombre de trois ou quatre cents, délimitent le paysage… Ce sont des tombes de l’Âge de pierre. On y découvre parfois des restes d’«hommes aux haches de combat», un peuple venu des confins de l’Asie centrale, en passant par l’Europe centrale et orientale.
    Déjà, non loin de là, en 1938, des paysans occupés à extraire de la tourbe avaient eu une surprise.
    «Venez voir, il y a le corps d’un chevreuil dans la tourbe !
    — Mais non, ce n’est pas un chevreuil ! Regarde, il est entouré de tissu.
    — Ah, mais tu as raison, c’est un homme… enveloppé dans un sac en peau de bête.
    — Il faudrait avertir le musée.»
    Ce qui fut fait. Le corps dégagé en 1938 était intéressant pour sa coiffure. Deux tresses, très bien conservées, partant respectueusement du front et de la nuque, réunies par un nœud sur le côté gauche du crâne. Lui aussi avait sans doute été étranglé. Il portait une ceinture. Le sac se révéla être fait de peau de mouton et de peau de vache.
    Dans le même secteur, à une autre occasion, on trouve un trésor composé d’or, de morceaux de bijoux, et d’un lingot d’argent…
    Tollund, lieu de la découverte, signifie probablement «petit bois du Dieu Tor». Tor est le plus célèbre des dieux scandinaves. Il circule dans un char tiré par des boucs, et sa main gantée de fer est prête à lancer un marteau du même métal vers son ennemi : le Christ. (à suivre…)

    D’après Pierre Bellemare

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