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Mouloud kacem nait-belkacem

21 août 2009

Non classé

Mouloud kacem nait-belkacem
 

une personnalité hors du commun, dotée d’un savoir encyclopédique, polyglotte, membre des Académies de langue arabe de Jordanie, d’Egypte et de Syrie

Parmi ces hommes qui ont laissé l’empreinte de leur pensée dans l’histoire politique et culturelle de l’Algérie,, le militant et l’homme encyclopédie, Mouloud Kacem NAIT BELKHACEM, Révolutionnaire, il l’était dés l’enfance alors qu’il était encore élève à l’école de son village, surplombant les hauteurs d’Akbou, un paisible village attaché à ses traditions viscéralement algériennes qui sacralisent le savoir et les savants au point ou ses populations supportent la privation pour que leurs enfants puissent apprendre,,,

Né le 6 janvier 1927 à Belian (Akbou) dans la wilaya de Béjaïa, Mouloud Kacem Naït Belkacem,Mouloud s’est abreuvé de la culture livresque grâce à un potentiel mnémonique inouï et une ambition si passionnée. En apprenant le Coran, il acquit, à travers la psalmodie, la truculence de la langue et en étudiant les principes du Fiqh, il acquit la maîtrise de l’enseignement des écoles et des Zaouïas dans sa ville natale.IL se rend à Tunis à l’université de Zeitouna puis à l’université du  Caire où il fut le disciple de cheikhs et  érudits de renom à l’apogée de la renaissance arabe. Après avoir obtenu une  licence en philosophie de l’université du Caire, il regagna la Sorbonne à Paris  où il découvrira d’autres horizons du savoir où il enrichit ses connaissances  par les méthodologies d’enseignement modernes et la dialectique intellectuelle  entre les différentes écoles européennes, notamment les écoles allemandes de  la philosophie rationnelle et ses ténors Fichte, Hegel, Kant et bien d’autres.    
avant de rejoindre le FLN, en 1954. Militant de la cause nationale, il représente le pays dans plusieurs capitales occidentales jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, où il a occupé plusieurs postes de responsabilité.

Haut fonctionnaire au ministère des  affaires étrangères et cadre à la Présidence de la République.

Ministre des Affaires religieuses et des Wakfs,chargé du Haut conseil de la langue arabe, il contribuat a la promotion et l’enrichissement de l’identité algérienne, de la préservation et la sauvegarde de la langue arabe dans sa dimension culturelle, langue du Coran dans notre appartenance à la  religion musulmane .
Le grand homme fut une personnalité hors du commun, tant il abordait avec un savoir encyclopédique sur tous les sujets de religions, cultures, histoire et maîtrisant également plusieurs langues.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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9 Réponses à “Mouloud kacem nait-belkacem”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Allocution par le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika à l’ouverture du colloque sur le penseur Mouloud Kacem Naït Belkacem

    « Excellences,
    Eminents professeurs,
    Honorable assistance,
    Les nations glorifient leurs illustres hommes parmi les savants, les penseurs et les politiques, et s’enorgueillissent de leur empreinte dans leur histoire tant par leur œuvre que par leur parcours de vie.
    Elles commémorent leur souvenir pour demeurer des exemples pour les générations de par leurs apports au service de leurs patrie et cultures, ce sont eux qui y ont hissé l’étendard de la civilisation, et leur ont donné une place de choix dans le concert des nations. Mieux encore, la dynamique et le progrès des nations se mesurent à l’intérêt accordé aux bâtisseurs de leur civilisation, ce sont eux qui thésaurisent le génie de la nation et le traduisent en réalisations éternelles.
    Leur conduite dans la vie est parfois la référence de l’esprit de leur nation et des valeurs à suivre.
    A contrario, les nations dont l’histoire s’est étiolée sont celles qui ont coupé tout lien avec leurs penseurs et ulémas, et les ont jetés dans les méandres de l’oubli quand bien même leur savoir et leurs œuvres sont éternels. L’histoire célèbre, à travers les hommes de guerre et leurs exploits, les penseurs qui étaient derrière eux et les soutenaient car l’épée n’est que l’outil qui permet la réalisation de l’objectif autrement il n’aurait servi qu’à l’effusion de sang et à la destruction.
    Si nous glorifions nos penseurs, ce n’est pas seulement pour les services rendus à la patrie et les vertus qu’ils véhiculaient mais aussi pour témoigner de notre reconnaissance de leurs nobles missions en faveur de la promotion de leurs peuples et notre attachement à la poursuite de leur parcours.
    Cette attention reflète, en outre l’intérêt que nous accordons au développement de notre patrie et à la promotion de notre société, et à la valorisation de la relation entre l’être humain et sa patrie car si les patries enfantent les hommes, elles ne se développent et ne prospèrent que par eux.
    L’Algérie compte des hommes que nous nous devons de célébrer non seulement par la commémoration de leur souvenir mais en nous penchant sur leurs œuvres, pour en tirer ce dont nous avons grand besoin aujourd’hui.
    Parmi ces hommes qui ont laissé l’empreinte de leur pensée dans l’histoire politique et culturelle de l’Algérie, l’ami, le compagnon, le militant et « l’homme encyclopédie », Mouloud Kacem Naït Belkacem, que Dieu, le miséricordieux, accorde paix à son âme.
    Révolutionnaire, il l’était dès l’enfance alors qu’il était encore élève à l’école de son village, surplombant les hauteurs d’Akbou, un paisible village attaché à ses traditions viscéralement algériennes qui sacralisent le savoir et les savants au point où ses populations supportent la privation pour que leurs enfants puissent apprendre.
    Mouloud s’est abreuvé de la culture livresque grâce à un potentiel mnémonique inouï et une ambition passionnée. En apprenant le Coran, il acquit, à travers la psalmodie, la truculence de la langue et en étudiant les principes du Fiqh, il acquit la maîtrise de l’enseignement des écoles et des Zaouïas.
    A l’instar de ses contemporains, il partit à la conquête des grandes citadelles du savoir à Tunis et au Caire, où il fut le disciple de cheikhs et érudits de renom à l’apogée de la renaissance arabe. Après avoir obtenu une licence en philosophie de l’université du Caire, il regagna la Sorbonne à Paris où il découvrira d’autres horizons du savoir où il enrichit ses connaissances par les méthodologies d’enseignement modernes et la dialectique intellectuelle entre les différentes écoles européennes, notamment les écoles allemandes de la philosophie rationnelle et ses ténors Fichte, Hegel, Kant et bien d’autres.
    L’intérêt qu’il portait aux œuvres de ces philosophes, sur la nation allemande, ses anciennes gloires et sa nécessaire renaissance, n’a eu de cesse de grandir au point de produire des écrits prolifiques sur Fichte qu’il voulait traiter en thèse de doctorat, avant d’y renoncer, en raison, apparemment du déclenchement de la Révolution de libération nationale qu’il rejoint très tôt puis des responsabilités et des missions importantes qu’il a eues à assumer. En effet, il a été représentant du Front de Libération Nationale, puis du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne dans la plupart des capitales européennes ou il avait vécu, notamment en Suède et en Allemagne. Il s’intégra dans leurs sociétés où il étudia les langues, les arts et les cultures, et fut impressionné par l’intérêt qu’elles portaient au travail sérieux et assidu et à la production intellectuelle et matérielle.
    Nos chemins se sont croisés maintes fois sur la voie de l’édification de l’Algérie indépendante lorsqu’il était haut fonctionnaire au ministère des affaires étrangères et cadre à la Présidence de la République, avant de devenir ministre des affaires religieuses et des wakfs où il a accompli d’importantes réalisations au service du système éducatif et de la culture en général. Longtemps à la tête de ce département, il a initié notamment les colloques annuels de la pensée islamique et la revue Assala (authenticité). Il a introduit également des réformes dans l’administration et a été l’initiateur des instituts islamiques dans les grandes villes du pays.
    Consciencieux, il assumait ses responsabilités avec la rigueur et la fermeté qui se confondaient avec son personnage; ce qui a conféré à ses réalisations un caractère particulièrement sérieux.
    Il s’est attelé à l’édition des travaux de ces colloques internationaux dans des ouvrages, véritables corpus aujourd’hui, tant pour la réflexion que la référence quand il s’agit des questions inhérentes à l’Islam en tant que pensée, civilisation, jurisprudence et culte… etc.
    Il a veillé également à la traduction de ces corpus vers la langue française au grand bonheur de larges communautés intellectuelles et estudiantines.
    La revue Assala traita toutes les dimensions de cette pensée qu’elle a véhiculée à de larges pans de lecteurs. Les colloques de la pensée islamique revêtirent alors une dimension internationale au point de devenir un pôle d’attraction des érudits de tous les continents.
    Mouloud Kacem accordait également un intérêt particulier au message de la mosquée et à son rôle civilisationnel et éducatif dans la société, il s’attela à l’amélioration du contenu des prêches du vendredi en vue de propager la culture islamique en tant qu’outil de développement et de mobilisation de la société entière pour lui permettre de comprendre sa religion, promouvoir ses valeurs et ses idéaux, propager la paix et le bien et s’imprégner des vertus de la tolérance et de l’entraide.
    Il œuvra à l’ancrage de la conviction que ces prêches ne devaient pas constituer une tribune pour propager le fanatisme et l’extrémisme, ou répandre la discorde et attiser les rancœurs ni pour pervertir les vérités et exploiter la religion à des desseins profanes ou à des fins politiques et autres considérations d’ici bas.
    Il instruit les imams pour la lutte contre l’analphabétisme et œuvra à l’amélioration de leur formation et situation administrative sur la base des diplômes et qualifications. il se chargea d’officialiser la profession d’enseignant d’écoles coraniques, longtemps marginalisée, en lui assurant le statut de salarié et en organisant, au profit des enseignants, des cycles de formation en créant même des centres de formation dans différentes régions du pays.
    Le ministère s’intéressa également, du temps de Mouloud Kacem, aux manuscrits relatifs à notre histoire. Il a veillé personnellement à leur publication dont Ethaghr el-djemani fi ibtissam ethaghr el-wahrani de Mohamed Bensahnoun Errachedi et Dalil el-Hayrane oua anis essahrane de Mohamed Benyoucef Eziani, authentifiés par feu El-Hadj El-Mahdi Bouabdelli.
    “Il a écrit de nombreux ouvrages tels que :
    - Iniya oua assala
    - Assalia am Infissaliya
    - L’identité internationale et l’aura mondiale de l’Algérie
    - Les hauts faits du premier novembre et les réactions internationales à l’intérieur et à l’extérieur.
    Il a également écrit plusieurs articles de presse parus dans la revue Assala et autres journaux. En somme, le défunt avait une culture encyclopédique, et une passion pour la lecture au point d’avoir une bibliothèque personnelle très riche en ouvrages anciens et nouveaux.
    Ses pensées, cristallisées dans ses écrits et ses déclarations, conciliaient authenticité et modernité qu’il estimait indissociables. Son credo était : « l’homme doit vivre en adéquation avec son époque, tout en demeurant attaché à ses valeurs intrinsèques ».
    Authenticité rimait, pour lui, avec attachement à la foi, vertus et civilisation, en tant que legs de notre patrimoine et de notre histoire, et garante de notre identité grâce à laquelle la société a pu résister au colonialisme.
    L’authenticité était pour lui le contraire de la sclérose et du marasme, voire l’acceptation du renouveau, du développement et l’adaptation à l’époque que nous vivons. Il était, que Dieu ait son âme, sensible aux idées de Djamel Eddine El-Afghani et l’école de la renaissance contemporaine.
    Il citait souvent le verset coranique: « En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les individus ne modifient pas ce qui est en eux » (Sourate ar-Rad, verset 11). « Ce même verset que son ami l’érudit Malek Bennabi, que Dieu ait son âme, expliquait et analysait, en langues arabe et française, lors des salons de discussions qu’il organisait tous les samedis et dimanches à son domicile.
    Il se referait souvent à ce verset car il avait la profonde conviction que les difficultés ne sont vaincues et les miracles qui changent le destin des peuples réalisés que par les hommes et les femmes de notre peuple, armés de la détermination de concrétiser leurs aspirations, tant personnelles que nationales, en retroussant leurs manches et en comptant sur eux-mêmes.
    Témoin de son siècle, il a constaté de visu les efforts déployés par les allemands pour la reconstruction de leur pays après sa défaite à la deuxième guerre mondiale au point d’avoir acquis la certitude que le travail assidu est la clé pour vaincre les difficultés et relever les défis.
    Cette conviction l’a amené à affirmer que le peuple allemand nous a devancés dans la compréhension du message coranique voire son application, il se référait notamment au verset : « Et dis: œuvrez, car Allah, va voir votre œuvre ainsi que son Prophète et les croyants ».
    Il n’a eu de cesse, paix à son âme, d’exhorter à l’effort, à l’initiative et à l’adoption d’une approche basée sur le jugement, la contemplation et la critique constructive. Il s’insurgeait contre l’apocryphe, l’ignorance et l’intégrisme et condamnait la négligence et le laxisme.
    Il accorda un intérêt particulier à l’histoire nationale, qu’il estimait être un facteur déterminant dans le façonnement de la personnalité nationale et organisa de nombreux colloques sur les révolutions qui ont eu lieu à travers le pays à l’époque de l’Emir Abdelkader, El Mokrani, Cheikh Bouamama jusqu’à la glorieuse révolution de novembre.
    Il s’intéressa autant à la langue arabe qu’à sa littérature, qu’il considérait comme symbole de l’existence même de la nation et secret de son unité, sa perdition était, pour lui, synonyme de la désagrégation de la nation tout entière.
    Aussi, veilla-t-il à sa préservation et sa consolidation par tous les moyens : désigné à la tête du Conseil Supérieur de la Langue Arabe, il balisa le terrain à l’émergence de l’Académie et l’Université Islamiques. Et voila qu’aujourd’hui, Alger abrite l’Académie de la Langue Arabe et le Conseil Supérieur de la Langue Arabe, et Constantine l’université islamique l’Emir Abdelkader des sciences islamiques.
    Cela étant, il n’a guère négligé les langues étrangères dont il encourageait l’apprentissage car elles ouvrent des portes sur le monde et favorisent le dialogue entre les cultures et les civilisations.
    L’on peut, à mon avis, compter le défunt parmi ceux cités dans le Verset 23 de la Sourate des Coalisés : « Il est des hommes parmi les croyants qui ont tenu leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont accompli leur destin. D’autres attendent (leur tour). Ils n’ont jamais varié (dans leur attitude ni leurs convictions) ». Le regretté Mouloud Kacem Naït Belkacem était un homme de principes et de positions. Il avait des qualités rarement réunies en un seul homme. Il était connu pour sa fermeté, son courage, sa culture et sa loyauté à la patrie et aux amis. Ses qualités, ô combien nombreuses, seront certainement évoquées de manière exhaustive par les chercheurs et les spécialistes lors de ce colloque. Permettez-moi maintenant chers frères, même si je sais que, dans mon intervention, je ne vous apporte rien de nouveau sur Si Mouloud, de le remémorer avec vous au travers de quelques anecdotes, qui me viennent à l’esprit, pour dire toute l’affection et l’amitié que j’ai pour lui.
    « Permettez-moi, en cet hommage qui lui est rendu, de l’interpeller en ami et comment ne pas l’évoquer en tant que tel, moi qui t’ai bien connu cher ami après l’indépendance. Tu as côtoyé tous les dirigeants de la révolution et les personnalités algériennes, soient-ils gouvernants ou opposants. Ami de tous, tu veillais à ne prendre aucun parti, optant souvent pour la réserve, tu écoutais tout le monde sans préférence et tu n’intervenais que pertinemment.
    - En dépit de ton calme apparent et de ton sourire éternel, expression d’un sens très fin de l’humour, tu étais, et je l’atteste, farouchement attaché à tes idées et inflexible dans tes positions.
    Les traits de ton visage se crispaient lors des débats et autres échanges oratoires mais sans jamais offenser personne. Tel un souverain du haut de son trône, tu restais, dans tous les cas de figure, noble car fort de tes certitudes et convictions que tu étayais par des preuves indéniables et argumentais par des références solides.
    Je te revois encore dans ton vieux manteau bleu, compagnon de tes jours heureux et malheureux comme s’il était une partie intégrante de ta personnalité, ô combien humble et modeste.
    Tu as des amis qui t’aiment et t’apprécient certes mais tu as aussi des contradicteurs qui, loin de te haïr, te respectent tant tu étais mystérieusement attachant. Toujours entouré d’ouvrages, de magazines, de publications et de dossiers divers, je me demande encore comment tu te retrouvais dans cet enchevêtrement du savoir.
    Cependant, fidèle à toi-même, tu as toujours été au rendez-vous, lorsque tu étais sollicité pour une contribution sur un quelconque sujet.
    Quotidiennement, sur le chemin de retour du bureau au domicile, tu portais une lourde pile de journaux d’expression arabophone, francophone, anglophone, germanique et même suédoise, et je m’interroge encore où tu puisais, chaque jour sans lassitude, cette force pour prendre à bras le corps toutes les misères du monde relatées à travers tant d’informations tristes et accablantes, comme si, tel Jésus sur le chemin de croix, tu portais sur toi les souffrances de l’humanité.
    Tu étais entouré d’un petit cercle d’amis dont tu appréciais la compagnie mais la plupart t’ont rejoint auprès de l’Eternel comme Mohamed Chérif Salhi, le Dr Azouz El Khaldi et Malek Benabi. Te rappelles-tu Mouloud, ce jour où nous nous sommes retrouvés au sud du Yémen et où nous avons rencontré des frères de Hadramaout parlant un dialecte qui nous a ébahis l’un comme l’autre. Et, interloqué, tu disais : « je comprends leurs propos, j’ai saisi tout ce qu’ils ont dit mais je ne saurais dire si c’est grâce à la grande connaissance de la langue arabe, dont Dieu m’as gratifié, ou à ma parfaite maîtrise du tamazight comme tu le sais ».
    « Te souviens-tu, cher Mouloud, ce soir lorsque nous étions à Laguera au Sahara Occidental, tout près de Nouadhibou en Mauritanie. Tourmenté par l’identité des Sahraouis, tu demandais à ce vieil homme propriétaire d’un magasin, êtes-vous originaires du Maroc ou de la Mauritanie?
    Il répondit alors, sans hésitation aucune, comme s’il s’attendait à la question : ni de l’un ni de l’autre, nous sommes de Ouled Delim de la péninsule arabique. Avide de savoir que tu étais, tu posais des questions dont la précision en embarrassait parfois plus d’un. Te souviens-tu lorsque nous étions à Hanoi, alors que le général Vo Nguyên Giàp expliquait, sur une carte, à la délégation algérienne, le déroulement de la bataille de Dien Bien Phu, puis, hésitant, il lança, un tant soit peu gêné, en désignant une plaine : « Chers frères, nous avons tant enduré sur cette plaine face aux résistants ». Il observa ensuite un long silence qui traduisait cette vertu des asiatiques qui consiste a estimer les hommes à leur juste valeur, même en cas de conflit voire de guerre.
    « Tu lui avais demandé alors : « Pourquoi la résistance était-elle si cruelle ? ». Et si seulement tu pouvais ne pas soulever une telle interrogation pour qu’il ne te réponde pas. Il se retourna vers toi, avec, sur le visage, un large sourire qui trompait une certaine amertume et dit : « Parce que les soldats étaient des Maghrébins, mon ami ». Il voulait dire bien sûr qu’ils étaient Algériens.
    « Que de fois, cher frère, tu nous as surpris. Nous apprenions tant de choses grâce à tes questions ô combien précises. Ton avidité de savoir ne trouvait satisfaction que dans l’étendue de la science, et tu étais conscient que Seul Dieu Le Tout-Puissant détient le savoir absolu.
    Je te vois encore au Comité Central du glorieux parti, dénoncer, à partir de ton siège, les dérives et les manœuvres malsaines d’où qu’elles provenaient. Tu ne cessais de nous avertir et de nous mettre en garde.
    Des mises en garde qui étaient presque des présages.
    Ce que tu avais prédit, comme par inspiration divine, n’est-il pas finalement une fatalité. Ton nationalisme ardent, ton amour et ta maîtrise de la langue arabe, t’ont amené à mettre à nu les visées et les desseins, et à les critiquer sans euphémisme, toléré par tant de termes conventionnels dont foisonnent tous les dictionnaires. Tu rejetais ces termes auxquels tu en substituais d’autres qui traduisent les faits et la réalité, pour dévoiler au grand jour les véritables objectifs. Tu n’as jamais accepté les mots dénaturés délibérément de leur portée et leur sens, par le colonialisme. Tu as tenu alors à remplacer le ter
    me colonisation par dévastation et c’était là le mot propre, car cette colonisation n’était en fait qu’une vile entreprise de destruction. Ce terme fut largement usité par ceux qui refusent les mots détournés de leur sens.
    Et tu avais bien raison car tu as su transmettre le message aux générations futures.
    « Cher ami, mon intérêt pour toi était plus grand que tu ne pouvais croire. Je suivais tes nouvelles auprès d’amis sincères qui étaient tes compagnons dans ton village éloigné et de ceux qui avaient étudié avec toi à Tunis et au Caire.
    Nous t’évoquions souvent et ils me narraient alors tes qualités. Un de tes adeptes et qui est également un de mes plus proches amis, m’a raconté ta révolte contre l’étranger encore enfant dans ton village.
    Il m’a raconté tes séjours répétés dans la prison d’Akbou pour avoir crié haut ton amour pour ta patrie et pour avoir exhorté tes pairs, à l’école, à ne pas porter les couleurs de l’occupant. Des drapeaux que vous étiez contraints de lever dans les fêtes nationales. Il m’a raconté comment tu affichais ton adhésion au mouvement national au grand dam des autorités coloniales qui t’infligèrent le plus rigoureux des contrôles dans tes déplacements voire même dans tes haltes, mesure qui ne concernait que les grands leaders.
    Et cet autre incident avec un enseignant d’histoire au Caire auquel tu racontais les affres coloniaux subis par ton pays et comment le colonialisme a tenté, par tous les moyens d’aliénation, d’annihiler son identité et son histoire.
    Cet enseignant auquel tu avais montré ton passeport pour prouver tes dires t’avait répondu à ta grande surprise : »tu as le passeport et la nationalité française, quelle chance ». Une telle réponse t’indigna d’autant plus qu’elle émanait d’un enseignant d’histoire. Ta fureur fut telle que tu étais prêt à le battre s’il ne s’était pas éclipsé. Pendant des années tu n’as pas adressé la parole à cet enseignant, pourtant si avenant.
    Cet ami m’a longtemps parlé de ton parcours sain et vertueux. Contrairement à tes compagnons qui succombèrent à quelques douces folies de la jeunesse, toute ta vie fut dévouement et abnégation. Mouloud, cher frère, subsiste-t-il encore au fond de toi le moindre souci maintenant que tu constates les changements survenus dans ton cher pays ?
    Te poses-tu encore des questions dont tu attends inlassablement les réponses ? Es-tu heureux de voir que ton pays se réconcilie, qu’il resserre ses rangs et qu’il s’applique à conjuguer ses efforts pour amorcer son développement global, retardé des années durant par les affres du terrorisme? Ou peut-être qu’au terme de toutes ces années de tourmente de telles questions n’effleurent plus ton esprit qui a enfin trouvé le repos éternel.
    Puisse Dieu Le Tout-Puissant accorder sa sainte miséricorde à notre grand regretté Mouloud Kacem et l’accueillir en son vaste Paradis parmi les fidèles et les sincères.

    Honorables invités,
    Tout en vous souhaitant la bienvenue et un agréable séjour parmi nous, je prie Dieu le Tout-Puissant de couronner vos travaux de succès. »

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Mouloud Kacem Naït Belkacem
    Bouteflika rend hommage à l’« homme encyclopédie »
    Le président Bouteflika a rendu hommage, hier, au défunt penseur Mouloud Kacem Naït Belkacem pour ses réalisations dans les domaines de la culture et de la pensée.

    Il a qualifié d’« ami » et de « compagnon » celui qui a été, pendant longtemps, un des inspirateurs de la doctrine de l’Etat, aux côtés d’Ahmed Taleb Ibrahimi. Dans une allocution prononcée à l’ouverture du colloque national organisé en hommage au défunt par le Haut Conseil islamique (HCI), le chef de l’Etat a indiqué que le penseur Mouloud Kacem fait partie de ces hommes qui « ont laissé l’empreinte de leur pensée dans l’histoire politique et culturelle de l’Algérie », le qualifiant d’« homme encyclopédie ». Abdelaziz Bouteflika a mentionné que le penseur Mouloud Kacem « a exhorté à l’effort et à l’initiative par l’adoption d’une approche basée sur le jugement, la contemplation et la critique constructive ». « Il s’insurgeait contre l’apocryphe, l’ignorance et l’intégrisme et condamnait la négligence et le laxisme », a soutenu le chef de l’Etat. M. Bouteflika a évoqué, en outre, les idées du défunt qui « conciliaient entre l’authenticité et la modernité qu’il estimait indissociables ». Le regretté a reçu, rappelle-t-on, ses premiers enseignements coraniques et philosophiques dans une école de son village surplombant les hauteurs d’Akbou, en Kabylie. M. Naït Belkacem se rendra, ensuite, en Tunisie puis en Egypte où il obtint une licence de philosophie avant de poursuivre ses études à la Sorbonne. En Europe, l’homme produira des écrits prolifiques sur le philosophe allemand Fichte qu’il voulait traiter en thèse de doctorat, avant d’y renoncer, en raison du déclenchement de la Révolution de libération nationale qu’il rejoint très tôt puis des responsabilités et des missions importantes qu’il a assumées. Durant la Révolution, Mouloud Kacem a été représentant du Front de libération nationale, puis du GPRA dans la plupart des capitales européennes où il avait vécu, notamment en Suède et en Allemagne. A l’indépendance, le défunt était haut fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères et cadre à la Présidence de la République, avant de devenir ministre des Affaires religieuses et des Wakfs. C’est à ce poste que M. Naït Belkacem se distinguera et sera connu du grand public. S’étalant sur cette période, le président Bouteflika lui reconnaîtra le « grand mérite » d’avoir organisé des colloques de la pensée islamique de dimension internationale, introduit des réformes dans l’administration et créé des instituts islamiques dans les grandes villes du pays. Le professeur Mouloud Kacem s’est également attelé, a affirmé le président Bouteflika, à « l’édition des travaux de ces colloques » et à « leur traduction vers la langue française ». « Mouloud Kacem accordait un intérêt particulier au message de la mosquée et à son rôle civilisationnel et éducatif dans la société », a fait remarquer le chef de l’Etat, précisant qu’il « a instruit les imams pour la lutte contre l’analphabétisme et œuvra pour ce faire à l’amélioration de leur formation et situation administrative ».

    Par A. Z.
    Edition du 28 mars 2005
    L’info. au quotidien > Actualité
    El Watan

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Des contrevérités coloniales à récuser
    « A la mémoire de Mouloud Kacem Naït Belkacem »
    La propagande coloniale a commencé lorsque le dey Mustapha a inauguré son règne, le 14 mai 1798, à la mort du dey Hassan, par la réclamation des créances algériennes détenues sur la France demeurées impayées à ce jour. C’est Napoléon qui va introduire l’intitulé Régence dans ses correspondances écrites(1) à destination d’Alger comme nous l’enseigne feu Mouloud Kacem Naït Belkacem dans son mémorable et inépuisable ouvrage d’histoire sur la personnalité internationale de l’Algérie avant 1830.

    Alger, qu’auparavant dans les correspondances des rois de France s’appelait Royaume, République et Puissance, devient brusquement Régence en souvenir, influençant sans doute Napoléon, du règne de Philippe d’Orléans à la mort de Louis XIV. Cela est attesté par les intitulés des traités qu’Alger signait souverainement avec les Etats d’Europe en toute liberté et loin de toute référence à la Porte Sublime (signalons pour appuyer cette thèse que les emblèmes de la Porte Sublime et d’El Djazaïr n’étaient pas du tout les mêmes durant trois siècles). Nous allons tenter de dénouer le fil attaché à la patte d’Alger qui a abouti à sa prise par les forces expéditionnaires du général de Bourmont, le 5 juillet 1830, sur la base de ces accusations mesquines de la propagande coloniale, présentant El Djazaïr comme une régence, le repaire de forbans et le nid de pirates venus d’ailleurs suite à la perte de notre flotte le 20 octobre 1827 à Navarin en Grèce (sur 2500 bâtiments, deux ont pu regagner Alger).

    De l’origine du quolibet « la Régence » :

    Le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse(1) remonte l’origine de ce terme à Philippe d’Orléans pendant la minorité de Louis XV (1715 – 1723). Cette période de gouvernement de Philippe d’Orléans, consécutive à la mort de Louis XIV, fut caractérisée par le relâchement des mœurs. Pour le dictionnaire sus-cité, la régence désigne une dignité, une fonction de celui qui gouverne un Etat en tant que régent pour une durée limitée. Alger, depuis les frères Barberousse (sollicités par le roi Medjkane de Béjaïa) qui ont fondé l’Etat des Algériens en 1510, n’a jamais souffert de flottement dans la direction de ses affaires publiques, malgré les assassinats de deys auxquels les comploteurs succédaient. Le même dictionnaire qualifie Alger de Régence à partir de 1587 en parlant de son organisation et en présentant la monographie de l’Algérie. Or, nous voyons bien que ce terme, dont le cours a débuté en France même, était bien après 1587 puisqu’il remonte à 1715 et a duré huit ans à 1723. Le dictionnaire ne s’empêche pas de préciser qu’Alger, qualifiée donc de régence dès 1587, vit de la course et met entre parenthèses le mot piraterie. Nous allons voir que le dictionnaire amalgame entre les deux mots en leur donnant pourtant des significations différentes. Jamais auparavant les rois de France ne s’adressaient aux illustres et magnifiques deys de la République d’Alger (intitulé exact de leurs correspondances) en utilisant le terme de Régence. Les archives des correspondances, traités, accords et conventions entre El Djazaïr et la France (70 au total jusqu’à Evian) soulignaient le Royaume, l’Etat, la Puissance. C’est Napoléon qui, le premier, va utiliser le terme de Régence pour répondre au dey Mustapha qui réclamait les créances d’Alger, sans intérêts faut-il le rappeler, détenues sur la France royale, puis sur le directoire de la République auquel il a renouvelé son crédit contre un traité de reconnaissance des dettes établi par l’Assemblée française de l’époque.

    Les Algériens étaient corsaires ou pirates ?

    Chez le commun des mortels, les mots ‘‘course’’ et ‘‘piraterie’’ se confondent, alors même que d’après l’Encyclopédie Larousse chaque terme signifie une chose bien différente. Pour le mot ‘‘piraterie’’, il est noté : « Actes de dépravation ou violence commis en mer contre un navire, son équipage ou sa cargaison. » Quant à la ‘‘course’’, elle est présentée comme tant « l’ensemble des opérations menées autrefois par les corsaires ». Qui sont donc les corsaires, sont-ils les pirates ? Tout au moins, devraient-ils l’être ? Si le pirate est un « aventurier qui courait les mers pour se livrer au brigandage », le corsaire est « un navire rapide armé par un équipage habilité par son gouvernement(3) à poursuivre et à prendre à l’abordage des bâtiments de commerce ennemis (XVe – XIXe siècles) ». Son capitaine ou son marin est appelé corsaire. Donc les corsaires ne sont pas des pirates comme les pirates ne sont pas des corsaires. Comme l’action de courser (suivre quelqu’un) n’est pas synonyme de l’action de pirater (voler). C’est Larousse qui l’écrit. Et c’est là qu’une question a illuminé notre esprit préoccupé par tant d’injustices coloniales commises à l’égard d’El Djazaïr (la question des redevances dues à l’Algérie par les nations chrétiennes et même musulmanes, dont au moins Tunis qui versait 150 000 livres en 1790) que le même dictionnaire qualifie tantôt de Régences barbaresques (nom donné du XVIe au XIXe siècles aux Etats musulmans du nord-ouest de l’Afrique) et tantôt, Barbarie ou Etats barbaresques (nom donné jadis aux régions de l’Afrique du Nord situés à l’ouest de l’Egypte : Maroc, Algérie, Tunisie, régence de Tripoli) .

    De l’origine des obligations de « Redevances »

    Comment les nations de Suède, de Norvège, de Hollande ou du Danemark pouvaient se laisser intimider par les corsaires d’Alger pour obliger leurs royaumes à verser des redevances annuelles ou biannuelles au Trésor d’Alger ? Les corsaires d’Alger menaçaient-ils ces trois pays lointains de missiles intercontinentaux avant l’heure ? Disposaient-ils de porte-avions comme l’Entreprise de la flotte américaine stationnée en permanence en Méditerranée ? Où peut-être avaient-ils des sous-marins à missiles nucléaires ? Il est connu que les corsaires d’Alger, comme ceux des nations voisines méditerranéennes, disposaient de chebeks, de bricks, de chaloupes canonnières et bombardières qui tiraient au canon à boulets, à quelques brasses ! Alors, comment des nations lointaines à des milliers de miles d’Alger succombaient, sous le régime des pirates et des forbans (ainsi qualifiés par la propagande coloniale française), pour payer des redevances et envoyer autres présents consulaires et diplomatiques, elles qui avaient en permanence à Alger leurs ambassadeurs et consuls et étaient liées avec El Djazaïr par des traités de commerce, et parfois d’amitié ? Les ambassadeurs de Suède, de Hollande, du Danemark et de la Norvège, de nos jours, les rappellent fièrement à chacune de leur installation à Alger, lors de la remise des lettres de créances au chef de l’Etat. Ils savent de quoi ils parlent quand ils soulignent que leurs relations avec Alger remontent au minimum au XVIe siècle.

    La réponse saute aux yeux !

    Par Dieu, les historiens qui ont parlé de droits de passage en Méditerranée ne se sont pas trompés, loin s’en faut. El Djazaïr dispose de la façade maritime la plus longue en Méditerranée, soit 1200 km. La Méditerranée était une région florissante de commerce et d’échanges de toutes sortes. Les navires des nations de cette époque naviguaient à la voile près des côtes algériennes, pour se mettre à l’abri des intempéries et autres avaries. Ils pouvaient avoir besoin d’accoster dans les ports d’El Djazaïr pour s’armer en victuailles et autres réparations nécessaires à leurs bâtiments. Ils faisaient du commerce avec Alger (orge, blé, laine, huile, sel, etc.) et les autres pays de l’empire ottoman comme le Maroc, la Tunisie et la régence de Tripoli. Ils remontaient vers Venise, Malte, l’Espagne, le Portugal, la Corse ou la France. C’est à ce titre, et uniquement à ce titre, que ces nations versaient à Alger des droits calculés en fonction de leurs volumes d’affaires de l’époque, couplés au nombre de navires en mer Méditerranée qui naviguaient sous la protection bienfaitrice des raïs (amiraux) algériens (calculs des droits consignés dans les traités). C’est cette protection, qui coûtait au Trésor d’Alger, qui était monnayée contre les vrais pirates de mer qui pouvaient être des Espagnols, Portugais, Italiens, Corses, Français et même, tenez-vous bien, Tunisiens. Jean-Michel de Venture de Paradis, que nous présenterons ci-après, parle d’une affaire de piraterie d’un navire anglais par des Tunisiens que les autorités d’Alger ont vite fait de libérer et rendre à la Grande-Bretagne. Il n’est pas dit que des Algériens, qui ne représentaient pas le deylicat, ne s’adonnaient pas à ce brigandage. Mais d’après ce diplomate espion, c’était au prix de leur vie : « S’ils étaient pris, Alger ne réclamait jamais leur libération, ils voguaient alors comme esclaves. »

    Qui mieux qu’un espion de la France peut le prouver ?

    En effet, Jean-Michel Venture de Paradis(4), sur ces notes et observations de diplomate espion à Alger, raconte dans ses mémoires que les prises effectuées par les corsaires algériens se faisaient au nom du droit(5) maritime. Les navires, confisqués au motif de droit, sont ramenés à Alger pour que leur équipage soit jugé sur les infractions commises devant les représentants officiels de leur nation à rang d’ambassadeur ou de consul. Ces dignitaires en poste à Alger avaient toute latitude de récuser les griefs de la marine de guerre algérienne, qui faisait office de garde-côtes. Sur certaines affaires qui dépassaient la compétence du ministre de la Marine, ces autorités établies à Alger plaidaient la cause de leurs sujets devant le dey lui-même assisté de son Premier ministre, le ministre des Finances (héritier du deylicat). Souvent contre de simples amendes, les navires abordés repartaient libres avec leur équipage et cargaisons. Mais ils tombaient souvent aussi sous le coup de la loi (navires en infraction) et si leurs cargaisons étaient confisquées, leur équipage tombait dans l’esclavage, c’était la loi de l’époque qui s’appliquait de même aux Algériens que les autorités d’El Djazaïr ne rachetaient jamais pour les dissuader d’aller brigander sur les côtes des pays voisins. C’est ce que rapporte fidèlement le sieur Venture de Paradis à l’attention de son gouvernement la France au XVIIIe siècle (1788-1790). Peu avant les débuts des préparatifs de l’expédition d’Afrique (à 40 ans près).

    On est loin de la piraterie, on est loin du règne des « forbans » et « des pirates » qui faisaient injure à la chrétienté. Le Trésor de la Casbah détourné par la France coloniale prouve le contraire de ces accusations gratuites, sinon, la France n’aurait rien trouvé à détourner. Alger aussi n’était la régence de personne. Ses corsaires étaient des marins soldats au service de leur pays. Ils naviguaient sur des bâtiments portant toujours le pavillon, l’emblème, de leur pays. Avec passeports officiels et rôles, tout aussi officiels des navires. Ils étaient reconnaissables à la vue et on se soumettait volontairement à leur contrôle du rôle des navires, de la nationalité de l’équipage, du contenu des cargaisons, dans les eaux territoriales algériennes, sans que cela suscite de la part de leurs nations quelques récriminations. En fait, aujourd’hui, ces pratiques ont toujours cours dans les eaux territoriales des nations, y compris en Algérie. Seulement, le droit et les mœurs ont évolué. Quant aux contrevenants (équipages clandestins et cargaisons illicites), elles sont toujours « coursées » partout.

    Le plus riche trésor de l’univers

    Selon la thèse de Daniel Lefeuvre, l’histoire de « la colonisation de l’Algérie a plus coûté que rapporté à la France »(6). Si telle était la vérité, M. Lefeuvre prendrait ses ancêtres colonisateurs pour ce qu’ils ne sont pas, c’est-à-dire des mécènes ou des bourgeois gentilhommes. Au commencement de la colonisation, nous l’avons déjà rappelé dans une précédente contribution(7), il y avait un éventail de raisons qui explique l’expédition coloniale sur l’Algérie et, parmi elles, la faillite de la France qui ne pouvait plus rembourser sa dette envers l’Algérie de plusieurs millions de francs or(8). L’Algérie était, à cette époque, de par le témoignage de Xavier Bardon, « le plus riche trésor de l’univers »(9). Aujourd’hui, nous allons rappeler quelques vérités historiques qui édifieront M. Lefeuvre et tout le courant révisionniste de l’histoire coloniale sur ce qu’a coûté à l’Algérie la colonisation, non pas durant 132 années d’exploitation des hommes et des richesses du pays, mais au lendemain du 5 juillet 1830, nonobstant la dette de l’Etat français proprement dite qu’un jour ou l’autre le peuple algérien réclamera, parce que les dettes des Etats ne s’éteignent pas avec le temps (jurisprudence internationale constituant une norme du jus cogens : le droit impératif international). En effet, et en guise d’introduction, disons que les frais de l’expédition coloniale furent amortis au premier jour comme le rappelle si justement Léon Galibert(10) : « Ainsi, par un hasard heureux, la conquête d’Alger, loin de grever la France, couvrit ses propres dépenses et fit rentrer plusieurs millions dans les caisses publiques ; car, outre le trésor, la Casbah contenait encore des quantités considérables de laine, de peaux, de cuirs, de cire, de plomb et de cuivre ; dans les magasins de la marine on trouva aussi du blé, du sel, de la toile, des cordes, du bois, des ferrures et du chanvre en abondance. » En résumé, voici l’état des recettes et des dépenses de l’expédition jusqu’à l’époque du retour des forces navales à Toulon :
    Le trésorier de la Casbah, à Alger, consigna à la commission française des finances, en juillet 1830 : 48 684 527 Fr.
    Valeurs des laines et denrées diverses : 3000 000 Fr.
    Idem, des pièces d’artillerie de bronze : 4000 000 Fr.
    Total : 55 684 527 Fr. Les dépenses de tout genre pour l’expédition, celle de la marine et de la guerre réunies, se sont élevées à 48 500 000 Fr. L’excédent des recettes est arrêté à 7 184 527 Fr. Il poursuit en notant : « Dans les différentes salles qui renfermaient le trésor, M. l’intendant Denniée avait été frappé de la grande quantité d’or et d’argent qui s’était offerte à sa vue. »

    Ainsi, en plus des créances détenues sur la France, reconnues et consignées par trois fois dans des actes de gouvernement engageant deux Etats souverains, que l’Algérie allait perdre momentanément de par son nouveau statut de pays occupé, son trésor fut confisqué et transporté à bord de cinq navires comme nous allons le voir ci-après. La reconnaissance exacte du trésor algérien fut réalisée par la très officielle commission des finances sous la direction de l’intendant Denniée, de concert avec des officiers supérieurs, notamment le lieutenant-général Desprez qui a consigné dans son Journal sur la campagne des informations importantes sur les quantités d’or et d’argent inventoriées.« La commission fit d’abord le tri des pièces et des lingots d’or qui se trouvaient dans les différentes salles ; puis elle procéda à leur pesage. Cette opération délicate qui dura plusieurs jours eut lieu par les soins des officiers d’état-major et de la trésorerie, sous la surveillance de la commission des finances. Ses résultats donnèrent :
    7212 kilogrammes d’or, à 3434 Fr le kg : 24 768 000 Fr
    108 704 kilogrammes d’argent, à 290 Fr le kg : 23 915 000 Fr. » Huit sous-officiers d’artillerie furent chargés d’embaler ces matières. A mesure que les caisses étaientclouées, ficelées et cachetées, elles recevaient un numéro d’ordre et on les plaçait méthodiquement dans l’un des caveaux, d’où elles ne sortaient que pour être embarquées à bord des vaisseaux de l’Etat par des militaires de corvées, commandés par des officiers, et sous la conduite du payeur-général et des agents de la trésorerie.

    Le Marengo et le Duquesne reçurent à leur bord les matières d’or ; celles d’argent furent réparties entre le Scipion, le Nestor et la Vénus. Et pour donner du crédit à ces informations consignées par ailleurs dans le rapport officiel de la commission des finances, reprenons ces quelques notes qui vont faire état de détournement par les officiers supérieurs de l’expédition, qui ont reçu des mains du général de Bourmont en plus des gratifications, des présents reçus par la République d’Alger principalement des nations européennes au titre des traités d’amitié et de commerce conclus avec elles (armes de collection en or massif et en argent) : « Les matières d’or et d’argent entassées depuis de longues années(11) dans le même lieu avaient laissé sur la muraille des traces très visibles de leur présence : on mit à profit ces fugitives indications ; on pensa qu’en prenant toutes les hauteurs et en les cubant, on parviendrait à déterminer l’importance des valeurs concentrées à La Casbah. M. Guy, capitaine du génie, procéda à cette opération, et constata que l’or avait plus occupé un espace de 4,467 m3 , et l’argent 34,464 m3. D’après ce volume et le poids spécifique des métaux, le trésor de La Casbah aurait contenu plus de 300 millions de francs. » Le mémoire ajoute que le chiffre de 150 millions de francs était plus approprié, compte tenu d’un calcul géométrique qui ôtait la part du vide (40% de différence du plein au vide et 10% pour l’alliage des monnaies). Ce chiffre est du reste corroboré par les déclarations du consul d’Angleterre, sur l’importance du trésor d’Alger, reçues par de Bourmont, le jour de la capitulation. Avec le document historique publié par Scheler, consul général d’Amérique près la République d’Alger, le rapport de Deval, consul de France, envoyé le 26 février 1828(12) et la déclaration du premier ministre du bey de Tunis reçue par le chef de bataillon du génie, M. Guy, qui a procédé lui-même au cubage ; ce chiffre de 150 millions de francs (or et argent) paraît le plus indiqué.

    Il n’a jamais été établi une estimation des malversations commises par les lieutenants généraux, les maréchaux de camp, les officiers supérieurs et les officiers puisqu’on considéra que : « Tel fut, pour les officiers d’une armée qui avait fait une si riche conquête, le seul fruit matériel de la victoire. » Cette « si riche conquête », dont fait état le rapport de la commission des finances, ne mentionne pas non plus d’autres valeurs (hors trésor de la Casbah), comme les tapis, des meubles sculptés, les bijoux des familles des chefs militaires, les tableaux, les armes de collections privées en or et argent, les chevaux et tout ce qui a pu être transporté, y compris des canons en bronze(13), exposés aujourd’hui même en France dans certaines villes. Des clés en or massif reçues jadis du royaume d’Espagne et d’autres nations, vivant en bonne intelligence avec El Djazaïr, ont été soustraites. Sans parler du trésor des bibliothèques et d’autres œuvres du génie militaire algérien applicable au domaine maritime dont certaines ont été brûlées sur place. La France, qui a reçu d’El Djazaïr beaucoup de bonnes choses en nature et en numéraire, sans intérêt, s’est renié pour occuper militairement Alger avec toutes les conséquences connues, après la destruction de sa flotte légendaire à Navarin en 1827.

    Le plus grand tort de la colonisation ne se mesure pas aux dépossessions matérielles et financières qui ont contribué grandement à refaire la santé de la France que le peuple algérien saura les pardonner ou les réclamer conformément au droit des gens (droit international sous sa forme civilisée) qui inspire les relations des peuples et de leurs Etats. Au moment de la colonisation qui a constitué pour la France son va-tout, elle vivait la disette, le tumulte politique de la Révolution, l’insolvabilité financière(14), la famine et les maladies, et faisait face à l’Europe entière (l’Europe impériale hostile à la République) qui voulait la dépecer et l’anéantir à jamais. Qui a été aux côtés de la France ? Le gouvernement « des pirates(15) » ainsi qualifié par Jules Ferry, qui a écrit, comme les révisionnistes d’aujourd’hui le pensent, que la France a occupé une terre sans maître et que, ce faisant, elle a apporté dans ses vaisseaux de guerre « la civilisation ». Que non, que non et que non ! Le plus grand tort de la colonisation, c’est qu’elle a laissé, à son départ en 1962, un peuple, jadis cultivé, analphabète à 97% après 132 années d’occupation et d’exploitation.

    Notes de renvoi :

    1- Correspondance du 15 floréal an VIII de la République (5 avril 1800) de Napoléon Bonaparte, premier consul de la République française à Moustafa Pacha, dey d’Alger.
    2- Edition de 1986.
    3- Souligné par l’auteur, tellement c’est important de le préciser. Il s’agit de forces gouvernementales.
    4- Alger au XVIIIe siècle (1788-1790) présentations et notes par Abderrahmane Rebahi, Editions Grand Alger des Livres, Collection Histoire dirigée par Kamel Chehrit, Alger 2006, ISBN : 9961-819-65-9.
    5- Souvent à cause des passeports qualifiés de courts, c’est-à-dire retouchés, raturés, surchargés. Les modèles de passeports officiels étaient entre les mains de nos marins déposés par leurs gouvernements.
    6- N. Bouzeghrane in El Watan du 28/11/04, « Douce et chère Algérie ».
    7- « Pourquoi l’Algérie a été colonisée » in El Watan du 16 mai 2004.
    8- « La dette française envers l’Algérie d’avant 1830 » in El Watan du 18 avril 2004.
    9- X. Bardon : Histoire nationale de l’Algérie, pages 117 et 118.
    10- Léon Galibert : L’Algérie, page 318 et suivantes cité par M. K. Naït Belkacem, La personnalité internationale de l’Algérie avant 1830 et son influence mondiale.
    11- Ce qui prouve que les deys de la République d’Alger n’étaient pas des « forbans ». Les biens de la nation étaient déposés au Trésor public, inaugurant ainsi une tradition d’Etat qui a cours aujourd’hui chez les nations civilisées.
    12- A cette date, les visées coloniales ne faisaient aucun doute. Le Trésor épié faisait l’objet de rapport consulaire très officiel.
    13- Que notre ami Babassi, tout à son honneur, ne cesse de réclamer.
    14- H. D. de Grammont. Histoire d’Alger sous la domination turque, pages 348 et 349 (pénurie de finances, épuisement du trésor, disette, insolvabilité à propos de l’Etat français avant l’expédition).
    15- Sublimés par les rois de France « Illustres et magnifiques deys de la République et du Royaume d’Alger la puissante, la bien gardée, l’invincible etc. ». Tel était leur titre officiel dans les correspondances royales françaises.

    Par Sadek Berkane El Djazaïri
    El Watan
    Edition du 25 mai 2009
    L’info. au quotidien > Histoire

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  4. amesbrid Dit :

    Vous oubliez d’indiquer que c’est 1 arabo-islamiste 1 idéologie, ce qui est n’a rien à avoir avec l’Islamité et l’Arabité. A la télé dont il était 1 abonné, il s’expriemait beaucoup en Allemand pour afficher sa culture et jamais en Kabyle.

    Nait Belkacem fait partie des complices ( Abesalam, Taleb ect)des criminels Ben Bella et Boumedienne qui ont essayé d’effacer la culture amazighe et martyrisé l ‘ Algérie.

  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Ce n’est qu’un blog de culture et nous devrions rendre hommage à un tel érudit .Que de choses à apprendre de Mouloud !
    ce qui effaceront sans doute ce que vous dites de mal en lui.
    Citez-nous un autre personnage ,un érudit tel ce Mouloud !Désormais ce blog est tout culture , apolitique et point subjectif ,on n’a pas d’ennemis .
    djameleducation@yahoo.fr

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  6. FARIDA Dit :

    MOULOUD KACEM NAÏT BELKACEM EST UN SAVANT ET QUE PERSONNE NE PEUT DIRE LE CONTRAIRE C EST ALGERIEN KABYLE QUI ETAIT FIER DE SES ORIGINES ET PARLAIT KABYLE AVEC SA FAMILLE ALORS QU IL MAITRISAIT BIEN D AUTRES LANGUES

    FARIDA

  7. FARIDA Dit :

    MOULOUD KACEM NAÏT BELKACEM EST UN SAVANT ET QUE PERSONNE NE PEUT DIRE LE CONTRAIRE C EST UN ALGÉRIEN KABYLE QUI ÉTAIT FIER DE SES ORIGINES ET PARLAIT KABYLE AVEC SA FAMILLE ALORS QU IL MAITRISAIT BIEN D AUTRES LANGUES

    FARIDA

  8. citoyen Dit :

    message à amesbrid. toi l’etre sans jugeote, je suis convaincu qu’en algérie il existe un apatride qui ignore vraiment d’ou il vient, non seulement de quel pays, mais de quels parents, et cet energumène C’EST TOI.

  9. Kool Dit :

    Je suis fière d’être une MEDJKANE.

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