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Le mensonge et la vérité

1 août 2009

Non classé

On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte, et l’on boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère.

Denis DIDEROT    (1713 - 1784)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “Le mensonge et la vérité”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    A. −Affirmation contraire à la vérité faite dans l’intention de tromper. Synon. craque (pop.), bobard (fam.), boniments (fam.), histoires (fam.), menterie. Elle prétendit d’abord avoir la migraine; puis elle rougit de ce mensonge et le pallia soudain en disant qu’elle ne me voyait point partir sans regret (Balzac, Lys, 1836, p. 152). Il n’est pas possible de dire la vérité, mais on peut faire des mensonges transparents: c’est à vous de voir au travers (Renard, Journal, 1902, p. 726). Francillon se penchait sur le livre avec une application pleine de défiance, comme s’il se fût proposé de déceler les mensonges de l’auteur (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 54). V. mentir ex. 1.
    SYNT. Mensonge calomnieux, diplomatique, grossier, humiliant, hypocrite, inutile, maladroit; affreux, beau, grand, infâme, petit, vilain mensonge; longue suite, tissu de mensonges; faire des mensonges gros comme des montagnes; commettre, conter, dire, fabriquer, faire, forger, inventer, raconter un (des) mensonge(s); aligner des mensonges; être contraint, entraîné au mensonge; s’abaisser jusqu’au mensonge; avoir horreur du mensonge; être accusé, être convaincu de mensonge; aller de mensonge en mensonge.
    ♦ Père du mensonge. Le diable. Satan, dit l’évangile, est le père du mensonge; le mal ne veut jamais porter son nom et s’offense mortellement de l’entendre prononcer (Amiel, Journal, 1866, p.66).
    ♦ Mensonge joyeux. Mensonge fait par plaisanterie. Depuis 1851, je ne crois pas avoir fait un seul mensonge, excepté naturellement les mensonges joyeux (Renan, Souv. enf., 1883, p. 363). Mensonges officieux. Mensonge fait dans l’intention de rendre service. Obtiens de ta soeur et de ton beau-frère qu’ils prennent sur eux un petit mensonge officieux (Balzac, Splend. et mis., 1844, p. 216). Pieux mensonge. Mensonge fait à quelqu’un dans l’intention de lui épargner quelque chose de pénible. Si Breuil, pour s’excuser de ses pieux mensonges, nous dit que les peintures se sont effacées depuis soixante-quatorze ans qu’on les a découvertes, il faudra que les autres se donnent bien du mal pour nous expliquer comment elles se sont conservées intactes pendant les 53.877 ans qui ont précédé la trouvaille (T’Serstevens, Itinér. esp., 1963, p.308).
    ♦ Mensonge par omission*.
    − En partic., au sing. [Avec art. déf.] Fait, habitude de mentir. S’enfoncer dans le mensonge. L’habitude arrangea tout. Ils vécurent l’un et l’autre quelques années assez à l’aise dans le mensonge (Guéhenno, Jean-Jacques, 1948, p. 74):
    1. À tant de preuves qui corroboraient ma version première, j’avais stupidement préféré de simples affirmations d’Albertine. Pourquoi l’avoir crue? Le mensonge est essentiel à l’humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d’ailleurs est commandé par cette recherche.
    Proust, Fugit., 1922, p. 609.
    B. −P. ext.
    1. Tromperie, illusion. Synon. erreur, mirage. Dis-moi que tu es sinon heureuse, du moins calme. Le bonheur est un mensonge dont la recherche cause toutes les calamités de la vie (Flaub., Corresp., 1847, p. 55).
    2. Artifice:
    2. Lohengrin lui paraissait d’un mensonge à hurler. Il haïssait cette chevalerie de pacotille, cette bondieuserie hypocrite, ce héros sans peur et sans coeur, incarnation d’une vertu égoïste et froide qui s’admire et qui s’aime avec prédilection.
    Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 392.
    REM.
    Mensonginet, subst. masc. Petit mensonge. Un joli petit mensonginet vaut souvent mieux qu’une épaisse vérité (Labiche, Misanthr. et Auv., 1852, I, 19, p. 197).
    Prononc. et Orth.: [mɑ̃sɔ̃:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 mençunge «affirmation contraire à la vérité» (Roland, éd. J. Bédier, 1760); ca 1160 mençonge (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1557); 1188 mensonge (Aimon de Varennes, Florimont, 862 ds T.-L.); 1694 mensonges officieux (Ac.); 1826 pieux mensonge (Stendhal, Souvenirs d’un gentilhomme italien ds Romans et nouvelles, éd. H. Martineau, p. 1175); 1874 théol. mensonge joyeux (Lar. 19e); 2. 1re moitié du xiie s. «illusion, ce qui est trompeur» (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, 4, 2). D’un lat. pop. *mentionica, dér. du b. lat. mentio «mensonge» (vie s. ds Du Cange et TLL), qui paraît plutôt continuer le lat. class. mentio «mention» (d’où «mention mensongère»: Pensomeni discuntur fallaces qui rem aliquam mentionibus conantur adserere ut diximus de philosophis qui dicunt sidicomentarii et mentitur uerum dico ds CGL, p. 38, 18), qu’être issu par haplologie de *mentitio, de mentitus, part. passé de mentiri «mentir»; un autre type *mentionia est supposé par l’ital. menzogna, a. fr. mensoigne (v. FEW, 6, 1, p. 738b-739). Mensonge est du genre fém. jusqu’au début du xviie s., ensuite masc. (on le trouve une 1re fois au masc. en 1530, Palsgr., p. 239), peut-être sous l’infl. de songe*, avec lequel il est lié, dans la litt., dès le xiie siècle. Fréq. abs. littér.: 3 838. Fréq. rel. littér.: xixe s.: a) 3896, b)3715; xxe s.: a) 6827, b) 6900. Bbg. Blumenfeld (R.). Rem. sur songe/mensonge. Romania. 1980, t. 101, pp. 385-390. _ Hasselrot (B.). Pt suppl. de dimin. fr. St. neophilol. 1959, t. 31, p. 38 (s.v. mensonginet). _ Jud (J.). Mensonge,… Vox rom. 1950, t. 11, pp. 101-124. _ Malkiel (Y.). Ancient hispanic vera(s) and mentira(s)… Rom. Philol. 1952, t.6, pp.121-172. _ Quem. DDL t. 20 (s.v. mensonginet).
    http://www.cnrtl.fr/lexicographie/mensonge

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Vérité
    1re Section. Toujours au sing. [Le plus souvent avec art. déf.]
    I. A. − 1. [D'un point de vue abstr.]
    a) α) PHILOSOPHIE
    − Connaissance reconnue comme juste, comme conforme à son objet et possédant à ce titre une valeur absolue, ultime. Progresser dans la vérité; critérium de la vérité; disciple, serviteur de la vérité; (prétendre, croire) détenir, posséder la vérité. La vérité ne vaut jamais que par l’unité totale de son expression, tandis que les objections et les hérésies ont toujours la facilité de s’attaquer au détail (Blondel, Action, 1893, p. 238). V. analogue ex. 9:
    1. … la conscience que le savant a prise de son travail a été d’abord quelque peu ambiguë… Ainsi Descartes, qui distingue de la métaphysique, quête de l’Être au travers de la pensée, la science, analyse de la nature, ne peut s’empêcher d’unir science et métaphysique comme le tronc et les racines du même arbre de la connaissance, et d’user pour l’une comme pour l’autre du même mot Vérité.
    M. Deschoux, J. Gagey, P. Bigler, Philos. dernière, 1965, p. 44.
    ♦ Vérité + adj. déterminatif précisant sa nature. La vérité éternelle, nécessaire, universelle. Nous rejetons (…) le scepticisme frivole et le dogmatisme scolastique (…). Nous croyons à la vérité, bien que nous ne prétendions pas posséder la vérité absolue (Renan, Avenir sc., 1890, p. 445). V. premier II B 1 ex. de Cl. Bernard et relatif B 1 ex. de Sartre. Vérité + adj. déterminatif précisant son domaine d’élection ou d’investigation. La vérité métaphysique, morale, scientifique. Albert: (…) Sous quel soleil s’épanouiront nos intelligences lorsqu’elles arriveront au jour?… Il faut qu’il y ait un soleil! Maurice: Comment donc!… Il y en a plus d’un!… Le soleil qui vous attire est la vérité biologique. Le mien, c’est la vérité psychologique. D’autres tendent vers la vérité physique, la vérité mathématique. Autant de soleils que de sciences! (Curel, Nouv. idole, 1899, ii, 5, p. 220).
    − [Dans une perspective relativiste; la vérité sans caractère absolu, mais au contraire intériorisée dans l'homme] La phénoménologie se refuse à expliquer le monde, elle veut être seulement une description du vécu. Elle rejoint la pensée absurde dans son affirmation initiale qu’il n’est point de vérité, mais seulement des vérités (Camus, Sisyphe, 1942, p. 63). La saisie de la vérité ne se distingue pas de la vérité elle-même. La vérité c’est d’abord la visée personnelle, l’effort d’appropriation d’une transcendance dont nous pouvons relever seulement l’empreinte et comme le sillage dans l’immanence. Il s’agira donc toujours d’une vérité spéculativement imparfaite, inaccomplie. Une vérité comme école ou exercice de soi (G. Gusdorf, Mythe et métaphys., 1953, p. 187). V. absolu ex. 4.
    ♦ Expr. proverbiales. À chacun sa vérité. [P. allus. au titre fr. d'une pièce de Pirandello: Chacun sa vérité; pour exprimer qu'il y a autant de points de vue sur la vérité qu'il y a de partis] Les athlètes (et quelquefois, dans une certaine mesure, leurs entraîneurs-conseillers) ont individuellement le dernier mot de ces palabres [sur la psychologie de l'athlète]. Ils proclament qu’à chacun sa vérité (Jeux et sports, 1967, p. 1229). Vérité en deçà* des Pyrénées, erreur au delà.
    β) Norme, principe de rectitude, de sagesse considéré(e) comme un idéal dans l’ordre de la pensée ou de l’action. Flambeau de la vérité; règne, triomphe de la vérité; commettre une faute, un crime contre la vérité; rendre hommage à la vérité. La Justice et la Vérité, même méconnues de tout un peuple, resteront la Justice et la Vérité, c’est-à-dire des choses supérieures aux aberrations d’un jour (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 115). La recherche de la vérité doit être le but de notre activité; c’est la seule fin qui soit digne d’elle (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 1). V. absolu ex. 3, absurde ex. 21, doute ex. 7, sage ex. 1.
    − Par personnification, gén. dans la lang. poét. On voit, louche rhéteur des vieux partis hurlants, (…) Pendre à tes noirs discours, comme à des clous sanglants, (…) La Vérité, fermant les yeux, la Liberté Échevelée et pâle (Hugo, Châtim., Paris, Hachette, 1932 [1853], p. 420).
    ♦ [La vérité, représentée allégoriquement par une femme nue sortant d'un puits et tenant, à la main, un miroir] Nous nous penchâmes sur le puits. C’était le frère profond des colonnes. En haut de cette colonne inverse, la Vérité se cachait (Cocteau, Fin Potomak, 1940, p. 136):
    2. Dans le beau siecle d’or, quand les premiers humains,
    Au milieu d’une paix profonde,
    Couloient des jours purs et sereins,
    La Vérité couroit le monde
    Avec son miroir dans les mains.
    Florian, Fables, 1792, p. 158.
    Expr. proverbiale. La vérité est au fond du puits*.
    γ) THÉOL. (Éternelle) vérité. La seule vérité absolue, inaltérable, fiable, parce que donnée par Dieu. Quand le génie disparoît, un désespoir profond s’empare de Faust et il veut s’empoisonner. « Moi, dit-il, l’image de la divinité, je me croyois si près de goûter l’éternelle vérité dans tout l’éclat de sa lumière céleste! » (Staël, Allemagne, t. 3, 1810, p. 77). Sans visage est la vérité. Lui ayant prêté le nôtre, nous l’avons rendu périssable. « De la divine Vérité, nous ne pouvions faire qu’une vérité humaine. Ainsi, du même coup, nous la livrions à la mort », avait-il écrit (E. Jabès, Le Livre du Dialogue, 1984, p. 100). V. absolu ex. 6.
    − P. méton. Dieu lui-même. La souveraine, suprême vérité; la vérité ineffable. Immense, éternel, immuable, il [Dieu] est la vérité première, hors de laquelle tout est ténèbres (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p. 195). V. juste ex. 4.
    ♦ En partic. [Dans la relig. chrét.; p. réf. aux paroles du Christ dans l'Évangile selon saint Jean, XIV, 6: Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie] Jésus dit dans l’Évangile: « Je suis la Vérité », et la vérité, mon cher Henry, c’est qu’il faut souffrir, puisque celui qui se nomme la Vérité, celui qui déclare ainsi son Nom de Famille, est précisément le Chef des souffrants et des suppliciés (Bloy, Journal, 1894, p. 158). V. absolu ex. 7.
    ♦ Subst. + de vérité. Homme de vérité. Homme dont le rôle est de répandre la parole du Christ ou d’en être le garant. Les hommes de vérité sont-ils pour autre chose ici-bas, que pour y être perpétuellement en sacrifice? (…) Immole-toi sans regret, homme de vérité; la carriere est douce à celui qui a seulement commencé d’y poser le pied (Saint-Martin, Homme désir, 1790, p. 203). Pour être l’homme, le ministre de la paix, il faut que l’évêque soit: un homme d’autorité, un homme de zèle et de prières, un homme de vérité, s’il le faut, un homme de miracles (Dupanloup, Journal, 1851-76, p. 103). Livre de vérité. L’Évangile. Son attitude [du Christ sculpté au XIIIe siècle] s’est calmée, sa face s’est ennoblie; d’une main il tient le livre de vérité et, de la droite il fait le geste de bénir (Hourticq, Hist. art, Fr., 1914, p. 73). P. anal. Pendant des siècles en Europe la parole du fou ou bien n’était pas entendue, ou bien, si elle l’était, était écoutée comme une parole de vérité (M. Foucault, L’Ordre du discours, 1971, p. 13).
    ♦ Expr. (Être, marcher, demeurer, se maintenir) dans la vérité. Selon Dieu, selon l’enseignement, les lumières de la foi. Jahvé est saint; il ne se met pas en colère pour toujours; il pardonnera aux coupables, s’ils se convertissent, s’ils appellent Dieu leur père. La conversion consiste à marcher dans la vérité (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 995). En esprit et en vérité. Conformément à la révélation de Dieu en Jésus-Christ rendu présent par l’Esprit (d’apr. Allmen 1956). Jésus vient non pour abolir mais pour accomplir la loi de Moïse et des prophètes; il s’oppose à tous les pharisaïsmes, qu’ils soient de la lettre ou de l’esprit. Il prêche une religion « en esprit et en vérité » mais il se borne aux rites juifs et il en fonde de nouveaux pour unir les siens (Philos., Relig., 1957, p. 32-11).
    b) LOG. Vérité (logique). Conformité de la pensée ou de son expression avec son objet. La définition traditionnelle de la vérité la tient pour copiée sur son objet. Elle serait l’adéquation de l’intellect à la chose (…). Cette définition n’est simple qu’en apparence; car toute la question est de savoir en quoi consiste l’objet (H. Dreyfus-Le Foyer, Traité de philos. gén., 1965, p. 151). V. évidence B ex. de Lamennais:
    3. … [pour saint Thomas] c’est là qu’est la vérité à proprement parler et en premier lieu, dans son ordonnance à l’intellect divin. De cette distinction [entre rapport fidèle de la chose à son image qui est en Dieu et rapport fidèle de nous-mêmes à la chose] naîtra la distinction entre la vérité intellectuelle ou absolue et la vérité logique ou relative.
    J. Wahl, Traité de métaphys., 1968 [1953], p. 399.
    − En partic.
    ♦ [Chez Kant, selon un critère log. ou formel] Accord de la pensée avec elle-même, considérant la forme et la cohérence de la connaissance ou de son expression, indépendamment de son contenu, de toute observation du monde. La logique formelle nous donne les conditions sans lesquelles il n’y a pas de vérité possible; tout ce qui est en contradiction avec ses règles est faux, puisque ces règles concernent l’accord de la pensée avec elle-même. Mais il ne suffit pas qu’une proposition soit conforme aux règles de la Logique formelle pour qu’elle soit vraie; car les conditions de l’accord de la pensée avec elle-même ne concernent nullement le contenu même de la pensée. La Logique donne donc un critère purement négatif de la vérité (G. Pascal, La Pensée de Kant, 1966, p. 59). [S'oppose au critère de vérité matérielle de la connaissance] Accord de la pensée avec son objet, c’est-à-dire avec les phénomènes de l’expérience. Une connaissance ne s’accorde matériellement avec son objet que si elle prend en compte son caractère particulier, et permet de le distinguer des autres objets auxquels elle pourrait être appliquée mais ne conviendrait pas (pour lesquels elle serait fausse). Sa vérité provient ainsi de sa capacité à rendre compte de la singularité de son objet (G. Potdevin, La Vérité, 1988, p. 36).
    ♦ [Dans une conception mod. de la log. et en épistémol.] Rapport de non-contradiction entre une proposition et un ensemble de propositions servant de référence. Les propositions vraies qui forment un ensemble sont dites telles dans des contextes. Il n’y a pas une réalité, mais diverses représentations, chacune cohérente, dont l’ensemble constitue la réalité. Chaque proposition vraie est dite telle par rapport à l’ensemble des autres propositions vraies dans le même contexte. Tout examen de la vérité ou de la fausseté d’une proposition doit d’abord passer par l’examen des questions « où? », « quand? » (A. Lercher, Les Mots de la philos., 1985, p. 342).
    ♦ Valeur de vérité. Valeur (vraie ou fausse) d’une proposition. Si la valeur de vérité d’une proposition élémentaire est supposée donnée avant tout calcul par simple constat empirique ou expérimentation scientifique, celle de toute proposition complexe est fonction des valeurs de vérité des propositions élémentaires qu’elle contient ainsi que du jeu des opérateurs qui les lient et les transforment (D. Vernant, Introd. à la philos. de la log., 1986, p. 14). V. proposition ex. 6. Table de vérité. V. table III B.
    2. Lang. cour.
    a) α) [P. oppos. à erreur, ignorance] Connaissance conforme à ce qui existe ou a existé; expression de cette connaissance. Figurez-vous les drapeaux entourés de vingt, trente ou cinquante hommes au plus, criant à l’envi: « Les lâches sont à l’abri, et nous périssons ici dans la misère! » C’était la triste vérité (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 235). V. avouer ex. 19:
    4. L’Algérie restait sa passion. Mythologique ou vécue, Marc l’avait dans la peau (…). La vérité ? Marc en disposait. Elle n’était jamais figurative ou fidèle à l’histoire, elle était lyrisme pur, célébration, flamboiement. Il suffisait qu’on le crût pour qu’il crût lui-même avoir dit vrai.
    Y. Queffélec, Le Charme noir, 1988 [1983], p. 215.
    SYNT. Avoir le respect, le souci de la vérité; être très éloigné, à cent lieues, près, proche de la vérité; s’écarter, aller à l’encontre de la vérité; être, demeurer en dessous, au-dessous de la vérité, fidèle à la vérité; poursuivre, traquer, débusquer la vérité; entrevoir, mettre au jour, laisser percer, filtrer la vérité; mener, parvenir à la vérité; mettre le doigt sur la vérité; posséder, proclamer la vérité; avoir peur de la vérité; reculer devant la vérité; accepter, admettre, reconnaître, refuser la vérité; regarder la vérité en face; ne pas supporter la vérité; la vérité se dévoile, se découvre, se dégage, se fait jour, se livre, jaillit, surgit, prend forme, éclate, saute au visage; l’affreuse, la brutale, la cruelle, la dure, l’horrible, l’odieuse, la terrible vérité; (faire) la vérité complète, toute entière, totale sur qqc.; la vérité à tout prix, sans ménagement.
    − En appos. Opération vérité. Opération au cours de laquelle on décide de porter à la connaissance de tous, des informations qui ne sont pas habituellement diffusées. Et si votre chef de service vous convoquait demain matin pour vous dire: « Dupont, la direction a décidé une opération vérité sur les salaires de tous les cadres de la société. D’ici quinze jours, faites-moi une analyse précise de vos fonctions » (Le Point, 5 janv. 1976, p. 56, col. 1).
    − [Figé dans des tours du type voilà la vérité, la vérité est que/c'est que; pour renforcer ce qu'on affirme ou rectifier ce que dit qqn d'autre] Courpière: J’éprouve, en effet, pour elle un respect qui me coupe bras et jambes. Robert Esprels: Je te prie de ne pas te payer ma tête… La vérité, c’est que Mme de Passelieu ne te dit rien, parce qu’une autre… te dit trop (Hermant, M. de Courpière, 1907, ii, 4, p. 16). « (…) Moi je vous ai bien reconnu tout de suite. » (Elle dit cela comme si elle m’avait reconnu tout de suite dans le salon, mais la vérité est qu’elle m’avait reconnu dans la rue (…)) (Proust, Fugit., 1922, p. 574). Fanny: (…) je ne voudrais pas que vous engagiez votre parole sur un mouvement de pitié. Pannisse: Pitié? Qué pitié? Alors, tu n’as pas compris ce que je t’ai dit? Fanny, je te jure que jamais un homme n’a fait une action aussi égoïste que moi en ce moment. Je me fais plaisir, voilà la vérité (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 6, p. 138).
    − Fam. [P. allus. à l'expr. proverbiale il n'y a que la vérité qui blesse/qui offense; pour signifier à qqn que s'il ressent un reproche ou un propos comme offensant, c'est que celui-ci est justifié] − « Monsieur le comte, je vous somme de vous expliquer. » − « La vérité blesse toujours, » fit négligemment l’Italien. − « Drôle, » cria le prince, et il lui jeta, à travers la table, sa serviette au visage (Péladan, Vice supr., 1884, p. 299). V. offenser B 3 b ex. de Las Cases.
    − Locutions
    ♦ Loc. verb.
    À dire la vérité; pour dire (toute) la vérité. [En incise ou au déb. d'une prop.; introd. une précision] Synon. à dire vrai (v. dire1 II C 5 a), pour dire vrai*, sans mentir*, pour être franc (v. franc3 II A 1). Je prévois que vous m’entraînerez dans une longue et triste dissertation dont je ne sais pas trop, à vous dire la vérité, comment je me tirerai, sans tromper votre attente ou sans vous ennuyer (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 445). Je me plaignais bien encore à ma mère des cruautés horribles d’Alphonsine; mais elle me faisait plus de peur que de mal et, pour dire toute la vérité, elle ne me faisait ni mal ni peur (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 144).
    Être dans la vérité. [P. oppos. à être dans le faux (v. faux2 III A 1), être dans l'erreur*] Analyser un fait, un phénomène, d’une manière qui est conforme à la réalité. Synon. être dans le vrai*. M. J. Lefebvre (…) démolit de fond en comble la thèse du néo-latinisme, en établissant que l’abbé Espagnolle, dans son ouvrage l’Origine du français, était dans la vérité (Fulcanelli, Demeures philosophales, t. 1, 1929, p. 112).
    Loc. adv.
    À la vérité. [Introd. une précision ou une rectification] Synon. en vérité (infra), en réalité*, à dire vrai*, à dire la vérité*. Qu’ai-je donc perdu avec la jeunesse? (…) Quelques illusions qui me remplissaient à la vérité et passagèrement d’un bonheur assez vif, mais qui étaient cause, par cela même, d’une amertume proportionnée (Delacroix, Journal, 1849, p. 297). Incapable de résister davantage à sa curiosité, elle questionna d’un ton qu’elle tâcha de rendre indifférent mais qui, à la vérité se révéla bourré d’anxiété (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 218).
    Dans la vérité (vieilli). Même sens. Elle éteignit les lumières, mit de la cendre sur notre feu, s’approcha nu-pieds de la croisée, et tâcha de voir qui frappait. Mais, dans la vérité, c’était pour faire signe à Lamontette de se retirer et qu’elle n’était pas libre (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 216).
    En vérité. Synon. de à la vérité (supra), dans la vérité (supra). Parfois, M. Lavoine disparaissait comme un lutin. Il restait quelques jours absent et ne donnait sur ses fugues aucune sorte d’explication. Personne, en vérité, ne lui demandait la moindre explication (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 226). V. feinte ex. 2. [Corresp. à certaines valeurs de vraiment; avec valeur intensive, indique qu'une dénom. est prise dans son sens le plus complet] À cette idée d’un os à moelle du milieu de la période quaternaire, il éclatait de rire comme si on lui avait conté une bonne farce! Est-ce qu’à notre époque un savant, un véritable savant, digne en vérité de ce nom de savant, pouvait encore s’intéresser à un squelette du milieu de la période quaternaire! (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 63). [Renforce un groupe nom. exprimant un jugement] Synon. de assurément, certainement, certes, sûrement. [L'union du paysan avec la terre] est austère, elle prend tous les jours, toutes les heures. Et tout y est du côté de l’homme: inquiétude et labeur; sans compter les coups du sort (…). Rude école de patience en vérité, de résignation et de ténacité. Parce que rien n’est acquis aux champs, et semer n’est pas récolter (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 261). [Fonctionne comme adv. de phrase, dans une situation de dialogue, en tête ou en fin de prop.] En vérité, madame, je ne comprends pas… Votre trouble… pour une chose si simple! Je regrette de vous avoir indisposée (Vogüé, Morts, 1899, p. 331). Je vous félicite. Mais je ne vois pas pourquoi je suis avertie la première [de vos fiançailles]. C’est trop d’honneur, en vérité. Elle est jeune? (R. Bazin, Blé, 1907, p. 220). [Dans des tours exclam.; marque l'émotion, l'indignation] Il te sied bien, en vérité, de faire l’Adam d’avant le mensonge! Reconnais enfin où tu es, regarde! (Milosz, Amour. init., 1910, p. 150). [Sert à renforcer une interr.] − Bah! dit Monte-Cristo, impossible. − Cela est pourtant comme je vous le dis. − Ah! vraiment! dit Monte-Cristo, et vous en avez la preuve? − Je l’avais du moins? − Et vous l’avez perdue, maladroit? − Oui; mais en cherchant bien on peut la retrouver. − En vérité! dit le comte, contez-moi cela, monsieur Bertuccio! car cela commence véritablement à m’intéresser (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 632).
    β) En partic.
    − [Dans des cont. évoquant la dissimulation, le mensonge; p. oppos. à invention, mensonge] Cacher, détenir, taire, étouffer, avouer, confesser, révéler, raconter, livrer, déballer, déformer, arranger la vérité (sur qqc.); flairer, soupçonner, deviner, exiger, obtenir, rétablir la vérité (sur qqc.). L’attente se prolongeait. Elle sourit enfin: − « Dis la vérité, mon grand », fit-elle, avec un geste aventureux de la main. « On ne se repent jamais de ne pas mentir » (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 676). Je lui rappelai [à un cancérologue] ce jour, à la télé, où je l’avais entendu expliquer qu’un malade ignorant la vérité, se laissant mener par la maladie, au lieu d’agir, mourait doublement: un malade qui affrontait lucidement son sort ne disparaissait jamais pour les autres (A. Francos, Sauve-toi, Lola! Paris, J’ai lu, 1984 [1983], p. 171). V. absolument ex. 18, avouer ex. 5, hypocrite I ex. de Rolland, mensonge A ex. de Renard.
    ♦ [Dans un cont. métaph.] Déguiser, farder, maquiller, travestir la vérité; faire un croc en jambes, une entorse à la vérité; tourner le dos à la vérité. Ce fut avec avidité que je m’en emparai pour la lire [l'histoire de sa vie]. Mais je ne tardai pas à m’apercevoir qu’elle y avait tu, adouci, ou déguisé la vérité (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 100). Vérité toute nue. [Par recoupement avec supra 1re Section I A 1 a β (représentation allégorique de la vérité)] L’Inspecteur: Mes remerciements, Mesdemoiselles. J’espère que grâce à vos indications, nous allons voir enfin la vérité toute nue (Giraudoux, Intermezzo, 1933, i, 5, p. 49).
    ♦ [Avec redoublement intensif] La vérité vraie. La vérité pure, celle qu’on dit sans détour, sans ornement. Ce qu’il voulait dire était très beau, très fort, de quoi soulever une montagne. Et tout se ratatinait, une fois écrit, devenait con et ridicule. Alors, de rage, il avait gribouillé n’importe quoi sur un bout de papier, l’essentiel, la vérité vraie: « Je t’aime et j’ai du chagrin » (G. Dormann, Je t’apporterai des orages, Paris, Le Livre de poche, 1973 [1971], p. 104).
    ♦ Jeu de la vérité. Jeu qui consiste à dire ce qu’on pense des personnes présentes, en général ou sur des points particuliers, les joueurs passant sur la sellette soit à tour de rôle soit ensemble (d’apr. Cl. Aveline, Le Code des jeux, 1961, p. 250). Asseyez-vous là: on va jouer au jeu de la vérité, dit Claudie. Je déteste ce jeu; je ne dis jamais que des mensonges et ça m’est pénible de voir mes partenaires, avides d’exhiber sans se nuire le mystère qui les habite, s’interroger avec scrupule et ruse (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 185).
    ♦ Sérum de vérité. Substance narcotique qui plonge une personne dans un état tel qu’elle ne peut que répondre la vérité à toute question qu’on lui pose. Synon. penthotal (s.v. pent(a)- I A 5). On n’a pas insisté [dans les journaux] sur son utilité [de la narcoanalyse] pour guérir les troubles d’origine psychique, faire le diagnostic d’une affection ou analyser le subconscient mais on l’a présentée comme le sérum de vérité. Quittant les hôpitaux, la narcoanalyse a pénétré au prétoire (P. Chauchard, Hypnose et suggestion, 1970, p. 9).
    ♦ Expressions
    Fam. S’il le dit, (c’est que) c’est la vérité. [Pour exprimer que l'on fait confiance à qqn à propos d'une chose que l'on ne peut vérifier soi-même] Langle de Cary continue: « … Jusqu’à maintenant nous ne semblons pas avoir beaucoup souffert [du tir d'écrasement]… » Un rire très gai secoua la poitrine de Joffre: − S’il vous le dit, c’est que c’est la vérité. Lui, jusqu’à présent, il n’a pas l’impression d’avoir beaucoup souffert… C’est un fait (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 47).
    [Dans des tours exclam. de la lang. parlée, dans un dialogue, sert à renchérir sur ce qu'on vient d'affirmer face à un interlocuteur sceptique] − Ne dites pas ça, allons… − C’est la vérité, monsieur Haudoin. − Vous exagérez, Mainehal, vous exagérez. − Non, monsieur Haudoin, non. Pourquoi voulez-vous que j’exagère? (Aymé, Jument, 1933, p. 129). − Dis donc pas de conneries. − Tu me crois point? − Sûr que non. − Ah ben, brailla Goubi, c’est quèque chose! Pour une fois que c’est la pure vérité du bon Dieu! (Fallet, Un Idiot à Paris, 1990 [1966], p. 126).
    Dis la vérité. [Dans le parler pied-noir, interr. moqueuse en fin de phrase] [Nous ferons la route à pied.] Ti as fait la mise au point à tes rémorqueurs, dis la vérité? (Musette, Cagayous aviat., 1909, p. 7).
    Expr. proverbiale. La vérité sort de la bouche des enfants. [Pour exprimer qu'un enfant dans son innocence, n'est pas encore capable de la dissimulation ou de la rouerie de l'âge adulte] Un jour, j’avais dit à Alice de Roquefeuil: − Pourquoi est-on comme ça avec Madame de Vaugiraud?… − Comment, comme ça?… − Ben, on n’a jamais l’air de voir qu’elle est là… même quand on est chez elle… excepté Alphonse et Grand-père qui sont gentils pour elle, personne ne lui parle… Et Alphonse de Roquefeuil avait conclu, avec son sourire triste: − La vérité sort de la bouche des enfants! (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 192).
    [P. allus. au proverbe lat. In vino veritas; pour exprimer qu'une pers. ivre révèle par ses propos ou par son comportement, des choses qu'elle arrive à dissimuler lorsqu'elle est à jeun] C’est la guerre qui m’a sauvé en me tirant de là et en me jetant anonyme parmi le peuple en armes, un matricule parmi des millions d’autres. 1529. Quelle ivresse! La vérité est dans le vin. La vérité et la liberté (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 194).
    − [Dans le cadre d'une enquête, d'une investigation mettant notamment en cause le témoignage hum.] Ce qu’une personne a effectivement vu, perçu ou accompli. [Les soldats] s’ouvrent à la joie de revivre posément et sans risque. Pour un peu ils se tâteraient les os afin d’être sûrs qu’ils sont encore bien vivants. Les visions de cauchemar qui leur reviennent les en feraient douter encore. Il faut sans hâte prendre contact avec leurs chefs et avec eux-mêmes pour démêler petit à petit la vérité et reconstituer les premiers combats de Vaux (Bordeaux, Fort de Vaux, 1916, p. 77). La détention préventive qui peut être ordonnée de manière à éviter qu’une personne sur laquelle pèsent de graves soupçons puisse se soustraire au jugement ou commettre des actes qui empêcheraient la manifestation de la vérité (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 48).
    ♦ [P. allus. à la formule du serment demandé à une pers. qui témoigne devant un tribunal: Vous jurez de dire, la vérité, toute la vérité, rien que la vérité; levez la main droite et dites: je le jure] Ça court les rues les braves gens prêts à sacrifier quelques années de votre belle jeunesse pour dire la vérité, rien que la vérité, cette putain de vérité dans sa totalité! (B. Blier, Les Valseuses, Paris, J’ai lu, 1989 [1972], p. 60).
    b) α) Conformité d’une affirmation à la réalité. Quand un homme perd sa liberté, dit Homère, Jupiter lui enlève la moitié de son âme. Ce mot d’Homère est d’une vérité sublime. Telle est en effet la bonté de la Providence; elle nous ôte dans nos douleurs les facultés qui nous les rendraient intolérables (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 31). [Les fédérés] chantaient, ils buvaient, ils jouaient aux cartes, tous, jeunes et vieux, en bonnets rouges ou chapeaux à cornes; et c’est là que je reconnus la vérité de ce que Chauvel nous avait raconté du peuple parisien, qui vit partout comme dans ses vieilles rues, sans s’inquiéter du reste (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 39).
    SYNT. Estimer, dégager, établir, constater, attester, confirmer, prouver, garantir, contester, méconnaître, altérer, affaiblir la vérité de qqc.; conclure, croire à la vérité de qqc.; trancher de la vérité de qqc.; être dénué, manquer de vérité; avoir, contenir une vérité fragmentaire, tronquée; être d’une vérité littérale, rigoureuse, infaillible, passagère, probable, approximative, totale; un détail criant de vérité.
    − Expr. Il y a de la vérité, il y a quelque/beaucoup/peu de vérité dans des propos. [Pour exprimer qu'on accorde un crédit aux propos de qqn, qu'on lui reconnaît de la perspicacité, de la lucidité à propos d'une situation donnée] Il y a sans doute quelque vérité dans ce vieux préjugé que les fous connaissent l’avenir; mais, quand tout l’avenir devrait m’être dévoilé, je ne voudrais point être fou (Alain, Propos, 1914, p. 181). − (…) Tu sais ce que c’est, une putain? − C’est des personnes qui se défendent avec leur cul. − Je me demande où tu as appris des horreurs pareilles, mais il y a beaucoup de vérité dans ce que tu dis (E. Ajar, La Vie devant soi, 1990 [1975], p. 23).
    β) En partic. Caractère de ce qui n’est pas suspect de dissimulation ou de mensonge. S’assurer, témoigner de la vérité d’un récit, d’un soupçon. Il a énuméré tous les soufflets qu’il avait reçus d’elle, sans jamais les rendre. Interrogée par le président sur la vérité des allégations de son mari, Jeanne a répondu qu’elle ne se rappelait plus,… que la violence appelait la violence (Goncourt, Journal, 1894, p. 704). La parole confère une vérité neuve à ce que le temps nous a dérobé; elle en prête même une, quelquefois, aux mensonges (A. Hardellet, Le Seuil du jardin, 1979 [1966], p. 172).
    ♦ Vérité historique, vérité de l’histoire. Certitude qui porte sur la nature des sources et sur la fiabilité de l’historien. En fait, lorsque l’histoire est vraie, sa vérité est double, étant faite à la fois de vérité sur le passé et de témoignage sur l’historien (Marrou, Connaiss. hist., 1954, p. 229).
    − ÉCON. Vérité des prix. V. prix I B 2.
    c) [Le plus souvent dans des loc. ou en constr. syntagm.]
    α) Objectivité d’une personne; expression de cette objectivité. La vérité parle par sa bouche. Bien loin qu’il [le mariage des prêtres maronites] ait nui, comme on affecte de nous le dire, à la pureté des mœurs sacerdotales (…), on peut dire avec vérité que, dans aucune contrée de l’Europe, le clergé n’est plus pur (…) qu’il l’est ici (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 103).
    ♦ La vérité oblige/force qqn à/de + inf. Tout en dînant, Albert ne put s’empêcher de remarquer la différence notable qui existait entre les mérites respectifs du cuisinier de maître Pastrini et de celui du comte de Monte-Cristo. Or la vérité força Franz d’avouer, malgré les préventions qu’il paraissait avoir contre le comte, que le parallèle n’était point à l’avantage du chef de maître Pastrini (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 516). La profondeur des bois m’inspirait dès ma plus tendre enfance un plaisir mélancolique. Toutefois la vérité m’oblige à dire que, m’étant enfoncé dans les fourrés où la lumière tombait à travers la feuillée en disques d’or, je m’éloignai à la hâte, de peur des rôdeurs qui troublaient ma solitude (A. France, Vie fleur, 1922, p. 324).
    β) Sincérité d’une personne; expression de cette sincérité. Ami, reprend très-vivement l’archevêque, répondez-moi avec vérité, l’avez-vous laissé sans espoir? (Cottin, Mathilde, t. 2, 1805, p. 328). Il faut nous parler en toute vérité, comme de bons amis (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1456). Tous [nos juges d'instruction] savent et admettent que l’émotion et l’accent de vérité du témoin ne créent pas la connaissance du fait, qu’au contraire ils la supposent, et c’est précisément parce qu’ils la supposent, qu’on en tient compte (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 821).
    − P. méton.
    ♦ Honnêteté, authenticité d’une parole, d’un sentiment. Garde-toi de prendre des détours dans ton cœur, pour t’autoriser à jurer, si tu n’es pas sûr de la vérité de ton serment (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 139). Il n’est pas d’autre mesure à la valeur morale de notre amour ou de son objet que la profondeur et la vérité de notre sentiment (Milosz, Amour. init., 1910, p. 163). V. paraître1 I A 1 ex. de Restif de la Bretonne.
    ♦ [À propos d'une pers.; avec valeur intensive] Elle qui était la sagesse, la droiture et la vérité même (Fromentin, Dominique, 1863, p. 184).
    B. − Domaine de la création littér. et artist. [P. oppos. à académisme, conventionnalisme]
    1. Accord d’une œuvre avec la réalité ou avec l’idée qu’on s’en fait.
    a) Ressemblance précise et vivante d’une œuvre avec son modèle. Un crabe en bronze d’une exécution si troublante de vérité que j’étais tenté de le croire surmoulé, si le naturaliste Pouchet ne m’avait affirmé qu’il n’en était rien, se basant sur l’absence de certains organes de la génération (Goncourt, Journal, 1894, p. 684).
    b) Caractère spontané, vivant, naturel d’une œuvre. Les connaisseurs remarquent (…) que la vive invention, le naturel, le grand élan du cœur, la vérité parfaite, dont les premières œuvres de Michel-Ange sont remplies, ont disparu [dans le Jugement dernier] (Taine, Philos. art, t. 1, 1865, p. 17). Heure d’émerveillement [à la télévision] : la Belle Vie (…) de Jean Anouilh, joyeusement réalisée par Lazare Iglésis. Le bonheur de jouer Anouilh nimbait les comédiens. On reconnaît la vérité d’une œuvre à ce qu’elle réjouit d’abord les interprètes. Un signe qui ne trompe pas, parce qu’il est aussi difficile de simuler la volupté intellectuelle que l’intelligence (Le Figaro Magazine, 17 oct. 1987, p. 71, col. 1). V. naturaliste ex. 2, réaliste C 2 ex. de Morand.
    − En partic. Réalisme, authenticité du sujet restitué par l’artiste. Les eaux étaient d’une profondeur inouïe [dans un tableau de M. Decamps] ; les grandes ombres qui coupent les pans des maisons et dorment étirées sur le sol ou sur l’eau avaient une indolence et un farniente d’ombres indéfinissables. Au milieu de cette nature saisissante, s’agitaient ou rêvaient de petites gens, tout un petit monde avec sa vérité native ou comique (Baudel., Salon, 1846, p. 141). [Les impressionnistes] ont observé ces êtres [les paysans et les ouvriers] dans la vérité de leurs occupations au lieu de les ankyloser dans une pose factice, et de peindre des déguisés (Mauclair, Maîtres impressionn., 1923, p. 37).
    2. Qualité de naturel, de sincérité d’un interprète, d’un acteur. Lorsqu’il [Jean Gabin] était en face de vous, qu’il vous donnait la réplique, il était tellement « juste » et il émanait de lui une telle vérité, un tel magnétisme qu’il finissait par vous communiquer un peu de son talent (C. Mars ds A. Brunelin, Gabin, Paris, J’ai lu, t. 2, 1989 [1987], p. 56).
    3. Accord de l’œuvre avec la réalité et ses caractères, considéré par l’écrivain ou par l’artiste comme un objectif à atteindre. L’apparence de « vie » et de « vérité », qui est l’objet des calculs et des ambitions du romancier, tient à l’introduction incessante d’observations, − c’est-à-dire d’éléments reconnaissables, qu’il incorpore à son dessein. Une trame de détails véritables et arbitraires raccorde l’existence réelle du lecteur aux feintes existences des personnages (Valéry, Variété [I], 1924, p. 169). V. exactitude B 1 ex. de Delacroix et de Gautier:
    5. Picasso veut la vérité. Non pas cette vérité fictive qui laissera toujours Galatée inerte et sans vie, mais une vérité totale qui joint l’imagination à la nature, qui considère tout comme réel et qui, allant sans cesse du particulier à l’universel et de l’universel au particulier, s’accommode de toutes les variétés d’existence, de changement, pourvu qu’elles soient nouvelles, qu’elles soient fécondes.
    Éluard, Donner, 1939, p. 94.
    − En partic. Expression littéraire ou artistique qui s’inspire directement de la réalité humaine, concrète, quotidienne. Je suis allé carrément mon chemin. Cette franchise des situations et du style a révolté. Ma vérité a été sifflée, et l’on a hué ma fantaisie (Zola, Bouton de rose, 1878, p. iv). V. naturalisme ex. 2, réalisme C 1 ex. de Baudelaire.
    − En appos. Du théâtre vérité [la pièce de J.-P. Wenzel « Marianne attend le mariage »] qui trace des ondes dans nos mémoires (L’Express, 14 mars 1977, p. 14, col. 2).
    C. − 1. PHILOS. [Chez les Grecs et dans la tradition des scolastiques] Vérité (ontologique). Conformité d’un être ou d’un objet avec la pensée, avec son type idéal, avec la pensée divine. Ce qu’elle [la connaissance intellectuelle] cherche (…), c’est à le définir [son objet] et à le caractériser, c’est-à-dire à le saisir dans sa permanence et dans sa généralité, hors de la vie, pourrait-on dire, sans les variations perturbant l’évidence typique et immuable! Jamais cette tendance ne fut poussée plus loin que dans la théorie platonicienne qui, par delà les apparences, toujours plus ou moins liées à l’événement qui passe, affirme une vérité absolue qui sera l’Idée des choses (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 398). La vérité au sens logique et humain est une vérité dérivée; son fondement est la vérité ontologique, l’accord de l’être créé avec la pensée de Dieu (I.-M. Bochenski, La Philos. contemp. en Europe, trad. par Fr. Vaudou, 1967, p. 197).
    2. P. ext. Ce qui constitue la valeur d’un être ou d’un objet, lui est essentiel et justifie son existence. Découvrir sa vérité; accomplir la vérité de son être. Chaque être, si misérable qu’on le suppose, a néanmoins sa vérité. Mais qu’importe la vérité des êtres à qui n’a jamais entrepris de rechercher sa propre vérité? (Bernanos, Joie, 1929, p. 536). Quand nous voulons penser le mouvement (…), nous nous plaçons aussitôt dans l’attitude critique ou attitude de vérification, nous nous demandons ce qui nous est donné au juste dans le mouvement, nous nous apprêtons à rejeter les apparences pour atteindre la vérité du mouvement (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 309).
    ♦ Subst. + de vérité
    TAUROM. Terrain de vérité. Sable de l’arène où le torero doit faire la preuve de son talent et de son courage. Sur le sol de l’arène, il [le torero] lutte pour être sauf, comme le veut son instinct, qui gouverne sur ce sol, et c’est bien pourquoi on appelle ce sol le « terrain de la vérité » (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 524). P. anal. Désormais[dans l'espace ouvert] l’œuvre apparaît dans sa nudité essentielle. Mais c’est là, pour le comédien comme pour l’œuvre, une épreuve sans recours. La scène nue est « terrain de vérité ». La médiocrité y est impitoyablement démasquée (Serrière, T.N.P., 1959, p. 73).
    Heure, minute, instant, épreuve de vérité. Moment décisif, ultime, dans une confrontation, une compétition, une situation de crise ou de paroxysme, où chacun doit faire la preuve de ce qu’il est, sans se dérober, sans tricher. Pour Israël, voici l’heure de vérité (…). La question posée désormais au gouvernement israélien est celle-ci: contre une reconnaissance arabe (…) est-il prêt à rendre « des » territoires qui permettraient à un peuple sans patrie d’investir enfin son énergie dans la construction de son État? (L’Événement du Jeudi, 14-20 mars 1991, p. 6):
    II. A. − [P. oppos. à fiction, légende, rêve] Ce qui existe indépendamment de l’esprit qui le conçoit. Synon. réalité. Mais ne suffit-il pas que tu sois l’apparence, Pour réjouir un cœur qui fuit la vérité? Qu’importe ta bêtise ou ton indifférence? Masque ou décor, salut! J’adore ta beauté! (Baudel., Fl. du Mal, 1860, p. 172). Un rêve ne dure pas, sans doute celui d’Hélène est-il déjà terminé, tandis que la réalité est toujours là, imperturbable et constante. Rien n’est plus persévérant que la vérité, on essaie de l’oublier, on y parvient et vlan! la revoilà, narquoise. On marche toute sa vie dans du présent (Fr. Dard, La Crève, 1989 [1946], p. 39).
    − [Avec compl. prép. de] La vérité des choses, de la vie. La réalité concrète. Quand on songe que tout le mouvement intellectuel accompli jusqu’ici a été réalisé par des hommes malheureux, souffrants, harcelés de peines (…), et que nous-mêmes nous en recueillons la tradition, (…) on prend en meilleure estime cette nature humaine, capable de poursuivre si énergiquement un objet idéal. Il est temps, définitivement de revenir à la vérité de la vie, et de renoncer à tout cet artifice de convention, reste de nos distinctions aristocratiques et de la société artificielle du XVIIe siècle (Renan, Avenir sc., 1890, p. 462).
    − En partic. Le réel en tant que sujet de la littérature ou de l’art. Ce Courbet-là (…) nous regarde, nous fouille (…) puis, résumant nos laideurs, il nous peint dans notre vérité, afin de nous faire rougir (Zola, Mes haines, 1866, p. 29).
    B. − Nature profonde d’une personne, par opposition aux apparences ou à l’idée plus ou moins juste qu’on se fait d’elle. Charlotte m’a aimé pour des raisons absolument différentes de celles qu’avait su aménager ma naïve psychologie. Elle est morte, désespérée, quand, à la lumière d’une explication tragique, elle m’a vu dans ma vérité. Alors je lui ai fait horreur (Bourget, Disciple, 1889, p. 129). On ne croit pas que ça existe si fort, ce petit monde. On vit tout au milieu de lui, sans presque le voir, tant c’est simple. Et puis, un soir, au bout d’une trop longue solitude, on retrouve ses enfants un à un, le vrai regard de leurs yeux vivants, la vérité de leurs petites personnes: et c’est quand on les a perdus (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 313).
    − Loc. adv., rare. En vérité. Tel qu’en lui-même. Le comte Michele Cantarini ne livrait pas facilement le secret de la nature élevée, violente, impatiente qui était la sienne. Une année durant, Paulina s’était aimée elle-même dans la personne de Michele; à présent Michele lui apparaissait en vérité (Jouve, Paulina, 1925, p. 100).
    2e Section. Au sing. ou au plur. [Le plus souvent avec art. indéf.]
    I. A. − PHILOS., THÉOL., lang. des sc. Énoncé conforme à la réalité. Adhérer à une vérité; enseigner, professer des vérités; une vérité moyenne, provisoire, définitive; une vérité fondamentale, reconnue, objective, irréfutable. Ce qui fait le prosélytisme, ce qui entraîne le monde, ce sont des vérités incomplètes. La vérité complète serait si quintessenciée, si pondérée qu’elle n’exciterait pas assez les passions, et ressemblerait au scepticisme (Renan, Avenir sc., 1890, p. 446). V. aberration ex. 1, absolu ex. 78, principe ex. 1, réalité ex. 4, relatif B 1 ex. de Le Dantec:
    ♦ Vérité + adj. ou compl. déterminatif indiquant son domaine d’appartenance. Vérité morale, philosophique; vérités des mathématiques, de la physique. Karl Marx avait énoncé avec profondeur une vérité économique en disant que le capital est une relation sociale (Perroux, Écon. XXe s., 1964, p. 255). Chacun va répétant qu’une vérité scientifique n’a de valeur qu’en référence au système global qui la contient et la rend possible: allégation qui prend son meilleur sens dans l’univers du discours mathématique (M. Serres, Hermès I, La Commun., 1984 [1969], p. 78). V. présomption A 1 ex. de Langlois.
    ♦ Le plus souvent au plur. Vérités éternelles, révélées, absolues, logiques, a priori, de raison, analytiques. Vérités constantes et nécessaires au regard des sciences, indépendantes de l’expérience au regard de la logique, reconnues comme provenant de Dieu par les philosophes classiques et par les religieux. Distinguer un plan des vérités a priori et un plan des vérités de fait, ce que doit être le monde et ce qu’il est effectivement (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 255). [Les jugements a priori] sont d’abord valables dans le plan idéal parce qu’ils expriment des relations entre essences. À ce niveau, ils sont nécessaires. C’est ce que la tradition cartésienne appelait les « vérités éternelles » (R. Verneaux, Crit. de la Crit. de la raison pure de Kant, 1972, p. 107). V. éternel II A ex. de Alain. Vérités relatives, contingentes, d’expérience, de fait, synthétiques. Vérités liées au monde de l’expérience, établies par l’observation scientifique. La loi de Newton est une vérité d’expérience; comme telle elle n’est qu’approximative, ce qui montre que nous n’avons encore qu’une définition par à peu près (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 44). V. réel II A ex. de Gds cour. pensée math.
    ♦ Vérité première. LOG. Vérité évidente, indémontrable. Suivant le vœu de Bacon, il [le père Buffier] entreprenait de découvrir le fondement des principes, et de faire un traité des vérités premières (Destutt de Tr., Idéol. 3, 1805, p. 134). Lang. cour. Vérité première. Idée de base, essentielle, qui s’impose d’elle-même. Voilà, il me semble, ce qui plus que toute autre chose est une vérité première: c’est que le théâtre, art indépendant et autonome, se doit pour ressusciter, ou simplement pour vivre, de bien marquer ce qui le différencie d’avec le texte, d’avec la parole pure, d’avec la littérature, et tous autres moyens écrits et fixés (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p. 126). Ils étaient beaux, les jardins de mon père. Plus tard encore, mes voyages me confirmeront cette vérité première: le paradis est un jardin. Toutes les civilisations le disent à leur manière (N. Avril, Dans les jardins de mon père, Paris, France Loisirs, 1990 [1989], p. 37). Fam., p. iron. Vérité première. Opinion arrêtée, considérée par celui qui l’énonce comme allant de soi pour tous. De bonnes, de grosses vérités premières. Lili déversait ses vérités premières et ses poncifs qui lui tenaient lieu de pensée (G. Dormann, Je t’apporterai des orages, Paris, Le Livre de poche, 1973 [1971], p. 29). Expr. Il pleut des vérités premières. [Pour exprimer qu'un dialogue ou un débat n'a aucun intérêt parce que rempli d'évidences, de propos redondants] Sur le calcul (encore de la science) que nous avons fait sur quarante ans. − Encore un calcul, ou le même, sur quarante ans. Quarante ans peut être quarante ans d’âge ou quarante ans de durée. Sous cette réserve que c’est la durée qui amène l’âge. (Il pleut des vérités premières) (Péguy, V.-M., comte Hugo, 1910, p. 764).
    − [Dans une perspective relativiste; l'accent est mis sur l'aspect temp. des vérités, une vérité pouvant être une certitude à une époque et se révéler plus tard partielle, caduque ou fausse] Tout le monde, aujourd’hui (…) consent qu’il n’y ait pas de notions, de principes, pas de vérité comme on disait jadis, qui ne soient sujets à revision, à retouche, à refonte; pas d’action qui ne soit conventionnelle, pas de loi écrite ou non, qui ne soit qu’approchée (Valéry, Variété III, 1936, p. 198).
    B. − Lang. cour.
    1. Idée conforme à la réalité ou tenue pour telle. Synon. certitude, conviction. Être convaincu, pénétré d’une vérité; convenir d’une vérité; une vérité flagrante, limpide, lumineuse; une vérité méconnue, rebattue, dérangeante, désolante. Les passions nous découvrent une infinité de vérités sur nous, vérités pour nous au moment où nous les voyons, mais le plus souvent très éloignées d’être réellement vraies (Stendhal, Journal, t. 2, 1806, p. 249). V. lapalissade ex. de Mauriac, nature ex. 12, plaider II B 2 b ex. de Martin du Gard, sagesse ex. 1:
    6. Singulier pays [l'Algérie] qui donne à l’homme qu’il nourrit à la fois sa splendeur et sa misère! La richesse sensuelle dont un homme sensible de ce pays est pourvu, il n’est pas étonnant qu’elle coïncide avec le dénuement le plus extrême. Il n’est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume.
    Camus, Noces, 1938, p. 49.
    ♦ Vérité de La Palice, de La Palisse, de M. de La Palisse. Vérité trop évidente. Synon. lapalissade, truisme. Il est évident que pour s’occuper d’histoire grecque, il faut consulter des documents rédigés en langue grecque, et, par conséquent, savoir le grec. Vérité de La Palice, dira-t-on. Observez cependant que l’on agit très souvent comme si l’on n’en avait pas conscience (Langlois, Seignobos, Introd. ét. hist., 1898, p. 32). En disant que le matérialisme eût été impensable avant Napoléon, je n’entends pas que les circonstances ne s’y fussent pas prêtées, − vérité de M. de La Palisse, − mais que sa doctrine même, son corps, sa politique et son éthique sont tout imprégnés de napoléonisme (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p. 297).
    − [P. oppos. à mensonge] Information sûre, confirmée. − T’en es sûr? Mais on devait être relevés demain… Pas possible, c’est un bobard… qui c’est qui t’a dit ça? Bouffioux, fort des vérités qu’il apporte, se tourne simplement vers son second: − Ce que c’est pas vrai? (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 79). Par brassées, il achète les journaux dont les mensonges (…) vous mettront peut-être sur la piste de quelques vérités (Arnoux, Solde, 1958, p. 252).
    − Expr. proverbiale. Toute vérité n’est pas bonne à dire. [Pour exprimer qu'il est préférable de dissimuler une vérité susceptible de blesser qqn, de perturber un équilibre] Nous prenons le cas extrême du Pouvoir politique et de l’opinion publique (…). Si on croit à la vérité d’un ensemble d’idées liées à des structures, on ne peut pas ne pas s’interroger sur l’opportunité de transmettre des vérités partielles qui risquent de secouer les structures et peut-être de les détruire. Qu’on y réfléchisse, et l’on verra que la racine de la plupart des informations mauvaises et malhonnêtes est là. On peut en tirer la conclusion immédiate que « toute vérité est bonne à dire » (Salleron, Comment informer, 1965, p. 44).
    2. P. méton., le plus souvent au plur. Paroles exprimant une opinion tenue pour fondée. L’an prochain, Bel-Gazou aura plus de neuf ans. Elle ne proclamera plus, inspirée, ces vérités qui confondent ses éducateurs (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 278). [Le curé de Torcy:] Enseigner, mon petit, ça n’est pas drôle! Je ne parle pas de ceux qui s’en tirent avec des boniments (…). Des vérités consolantes, qu’ils disent (Bernanos, Journal curé camp., 1936, p. 1071).
    − [Dans des loc. figées] Déclarations faites sans fard, sans ménagement, sans accommodement et donc souvent peu agréables pour leur destinataire. Lancer certaines vérités à qqn; dire des vérités offensantes; asséner de dures vérités; se jeter de sèches vérités à la face, à la figure, au front. Pardonnez-moi ma rude franchise. Mon intention n’est pas de vous blesser. Certaines vérités sont dures à entendre, à votre âge (Villiers de L’I.-A., Contes cruels, 1883, p. 58). L’abbé Grégoire fut des nôtres. Il a présidé la Convention. Il a dit au Sénat des vérités courageuses devant le maître qui écrase l’Europe (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 123).
    ♦ Dire, envoyer ses (quatre) vérités à qqn; se dire, se crier ses quatre vérités. Tenir à quelqu’un des propos désagréables; lui faire, le plus souvent sur un ton véhément, des reproches qu’on estime justifiés. C’était la comtesse X… et sa dame de compagnie qui étaient en train de se crier leurs vérités (Larbaud, Jaune, 1927, p. 183). Tu vas me les appeler tous (…). Tu vas tous me les rabattre sur l’église. Ça ne leur fera pas de mal d’entendre une vraie messe et tu vas voir un peu, dans mon sermon, comme je leur dirai leurs quatre vérités (Queffélec, Recteur, 1944, p. 217).
    II. − Chose réelle, visible. Synon. réalité. La mantille espagnole est donc une vérité; j’avais pensé qu’elle n’existait plus que dans les romances de M. Crevel de Charlemagne (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 91). Nous sentons le gros mal de Jofroi. Nous savons que c’est une vérité, ce mal; au vu et au su de tout comme le soleil ou la lune, et nous faisons les fanfarons (Giono, Solit. pitié, 1932, p. 135).
    REM.
    -vérité, élém. de compos. entrant dans la constr. de subst. a) [Le 1er élém. est un subst.; -vérité est inv.] α) [Indique que ce que désigne le 1er élém. dépeint la réalité sans fard, la vie dans ses aspects les plus quotidiens] V. théâtre vérité (supra 1re Section I B 3) et aussi:
    Cinéma-vérité, subst. masc. À se métisser avec la civilisation occidentale, celles des Africains risquent de disparaître et Jean Rouch a fixé ce qui existait encore. (…) Cinéma-vérité? Cependant, les personnages ne sont pas filmés à leur insu. Ils font ce qu’ils ont à faire, mais ils jouent, c’est leur droit, et le montage sera un coup de pouce de plus à la réalité brute (Le Figaro, 6 mars 1987, p. 32, col. 5).
    Interview-vérité, subst. fém. Que vous soyez amateur de musiques, de grands débats, d’interviews-vérité, de voyages (…), Télérama vous annonce et présente chaque semaine tous les programmes de toutes les radios françaises (Le Nouvel Observateur, 20 sept. 1980, p. 127).
    Télé-vérité, subst. fém. De la parole aux actes, du portrait à la caricature, des dialogues (de Jean Amadou) à l’image (de Jacques Besnard), c’est une bien jolie satire de la radio-mensonge et de la télé-vérité qu’on nous a donnée là [avec le feuilleton « Allo Béatrice »] (Le Nouvel Observateur, 16 nov. 1984, p. 18, col. 2).
    β) Domaine de l’expr. artist. et littér. [Indique que ce que désigne le 1er élém. restitue son sujet de la manière la plus fidèle, la plus authentique] V. roman-vérité (s.v. roman- B) et aussi:
    Photo-vérité, subst. fém. Dr Erich Salomon. Le premier reporter photographe qui, alliant la dignité à l’audace, jeta, vers 1930, les bases de la photo-vérité (L’Express, 23 févr. 1976, p. 18, col. 3).
    Portrait-vérité, subst. masc. En 1984, à Londres, Helmut Newton, le photographe de l’érotisme sophistiqué et des corps insolents, fait le portrait d’Ava Gardner. Et sous le portrait-vérité, la légendaire beauté demeure intacte (Paris-Match, 8 févr. 1990, p. 69, col. 1).
    γ) [Indique que ce que désigne le 1er élém. ne présente aucune ambiguïté, aucun discours caché, ne dissimule rien]
    Dossier-vérité, subst. masc. Avec les dossiers-vérité Phox numéro 6 et 7, « les caméras » et « la projection cinéma », pas de problèmes (Le Point, 21 mai 1979, p. 117).
    Taux-vérité, subst. masc. Que vous ayez ou non un livret, que vous soyez jeune ou moins jeune (…), vous profiterez de taux avantageux clairement calculés: les taux-vérité de l’Écureuil! (Le Nouvel Observateur, 25 avr. 1977, p. 23).
    Test-vérité, subst. masc. Êtes-vous femme ou homme? un test-vérité présenté par Walter Lewino (Le Nouvel Observateur, 6 janv. 1984, p. 38).
    b) [Le 1er élém. est un préf. ou un élém. de compos.] V. contrevérité, non-vérité (s.v. non(-) II B) et aussi:
    Demi-vérité, subst. fém. Propos ou déclaration qui ne reflète qu’incomplètement ce qu’on pense ou ce qui existe. Souvent (…), il s’identifiait à ses malades, qu’il lui arrivait pourtant de haïr avec leur demande de paternage, de réconfort, leurs regards effrayés, leur agressivité, leurs mensonges, les demi-vérités qu’il fallait négocier (A. Francos, Sauve-toi, Lola! Paris, J’ai lu, 1984 [1983], p. 373).
    Prononc. et Orth.: [veʀite]. Ac. 1694, 1718: verité; dep. 1740: vérité. Étymol. et Hist. I. Subst. A. 1. a) α) 2e moit. xe s. veritiet « (en parlant de religion) opinion conforme à ce qui est, par opposition à erreur » (St Léger, éd. J. Linskill, 34); ca 1050 veritet (Alexis, éd. Chr. Storey, 64); en partic. 1656 les vérités de l’Evangile (Pascal, Les Provinciales, deuxième lettre, éd. L. Lafuma, p. 378); β) 1585 plus gén. [cacher et obscurcir] la vérité des hautes et entières sciences (N. Du Fail, Contes et discours d’Eutrapel, XXX ds Œuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t. 2, p. 244); γ) 1684 une vérité première et fondamentale (J. Abbadie, Traité vérité relig. chrét., p. 4); 1910 p. iron. il pleut des vérités premières (Péguy, V.-M., comte Hugo, p. 764); b) 1567 dire à qqn ses vérités « lui dire des choses désobligeantes sans ménagement » (Amyot, Brutus, 42 ds Littré); 1676 p. ext. « lui dire des injures » (Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 2, p. 398); c) ca 1590 « opinion accréditée ayant forme d’axiome mais pouvant être fausse » (Montaigne, Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 579); 2. xiiie-xive s. « caractère de toute connaissance jugée vraie » (Roman des sept Sages ds Le Livre des proverbes fr., éd. Le Roux de Lincy, t. 2, p. 434 [= ca 1210, Dolopathos, 352 ds T.-L., s.v. maçue: Vertez c'est la massüe Qui menteor ossist et tüe]); 3. fin xiiie-déb. xive s. [ms.] « caractère de conformité de la pensée d’un objet » (Ronceveaux, ms. Châteauroux, éd. W. Foerster, XIII, 4, p. 11); d’où a) 1872 vérité matérielle (Viollet-Le-Duc, Archit., p. 247); b) 1920 vérité formelle (Théol. cath. t. 4, 1, p. 1200); 4. 1485-90 « principe général considéré comme une entité pouvant être ou non personnifiée » (Proverbes en rimes, éd. Gr. Frank et D. Miner, 895-896: Dame Loyauté dort Et Verité est morte); cf. 1639 la Vérité, cette fille timide (Rotr.[ou], Antig., IV, 6 ds Littré); 5. 1re moit. xvie s. « Dieu considéré en tant que fondement de toute vérité » il [le Christ] est la Verité (M. de Navarre, La Nativité de Jesus Christ, éd. F. E. Schnéegans, 492); 6. 1932 vérité ontologique (Gilson, Esprit philos. médiév., p. 32). B. 1. a) Ca 1165 « caractère d’une chose conforme au réel, donnée comme telle, fidèlement rapportée ou à connaître » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 18708: que la vérité n’en iert dite); b) 1735 une vérité historique (Lenglet du Fresnoy, Hist. justifiée, p. 289); 2. a) 1165 « ensemble des caractères, des traits, ou caractère essentiel qui définit un objet » la vérité de sa dolor (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 16497); b) 1964 en appos. caméra-vérité (Le Monde, 21 août ds Gilb. 1980); 3. ca 1500 « ce qui est conforme au réel tel que nous le percevons » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, prol., t. 1, p. 1); cf. 1561 Que vérité s’assemble avec la fiction (J. Grévin, César, III ds Théâtre compl., éd. L. Pinvert, p. 35); 4. 1669 « caractère de ce qui est ou nous paraît conforme à la réalité, en particulier dans le domaine artistique » (Molière, La Gloire du Val de Grâce, 101 ds Œuvres, éd. E. Despois et P. Mesnard, t. 9, p. 543: donner au sujet sa vérité); 1765 peint. (Dider., Salon, Œuv., t. XIII, p. 3 et 4 ds Pougens ds Littré); 5. a) 1687 « sincérité, bonne foi d’une personne qui exprime avec sincérité ce qu’elle sent » d’où « expression spontanée et fidèle de cette réalité » un air de vérité (Racine, Lettre à Boileau, 24 mai ds Œuvres, éd. P. Mesnard, t. 6, p. 552); b) 1761 p. ext. « personne sincère qui parle sans détour et sans réticence » vous, la vérité même (Marmontel, Cont. mor. Amit. à l’épr. ds Littré); 6. av. 1709 « véracité d’une personne » (St Simon d’apr. Lar. Lang. fr.); 7. 1939 « caractère essentiel d’un être qui en constitue la valeur intrinsèque, en justifie l’existence » (Saint-Exup., Terre hommes, p. 251: La vérité des gazelles est de goûter la peur). II. Loc adv. 1. de vérité 1174-80 « en vérité » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 3754); 2. en vérité a) ca 1274 « d’une manière vraie; véritablement » dites en vérité (Adenet le Roi, Berte, éd. A. Henry, 1105); b) ca 1456-67 sert à renforcer une affirmation En vérité, monseigneur (Cent Nouvelles Nouvelles, 96e Nouvelle, éd. Fr. P. Sweetser, p. 541, ligne 63); c) 1672 « formule évangélique » En vérité, en vérité, je vous le dis (Saci, Bible, Év. St Jean ds Littré); 3. à la vérité 1485 (Myst. Vieux Testament, 37574, éd. J. de Rothschild, t. 5, p. 41); 4. dans la vérité 1671 (Sévigné, op. cit., t. 1, p. 317). Empr. au lat. class. veritas « la vérité, le vrai, la réalité », dér. de verus « vrai, véritable, réel » (v. aussi vrai); une forme pop. verté est aussi att. du xiie au xive s. Fréq. abs. littér.: 20 075. Fréq. rel. littér.: xixe s.: a) 34 868, b) 19 330; xxe s.: a) 28 590, b) 28 070. Bbg. Mortensen (A. Th.). Sens et vérité à la lumière de la glossématique. Languages. Paris, 1967, no 6, pp. 120-128. − Quem. DDL t. 38.

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